Le 3 Mai
Essayez donc de vous faire une idée. Vous détestez un homme comme pas permis et cet homme vous déteste à son tour. Jusque là tout va bien, on appel ça une haine réciproque. Mais, contre toute attente, le fils de cet homme que vous pouvez même pas voir en peinture devient votre meilleur ami.
Ouais, le dénommé Noah Monroe qui fit irruption dans ma vie un dix-huit avril en début d’après-midi fait partie des rares personnes que je peux supporter. Autant l’avouer, la première impression qu’il m’a faite n’était pas forcément agréable. Mais, ayant participé à ma demande de fiançailles maladroite - adressée à Tony bien sûr - il nous a vivement félicité avant même que Tony ait pu donné une réponse. En fait, celui-ci est resté enfermé dans un mutisme indéchiffrable plusieurs heures d’affilé dans la chambre avant de revenir dans le salon, de s’assoir près de moi dans la canapé et de me dire « Je t’aime ». Noah, resté dans l’appartement sans y avoir vraiment été invité, en train de fumer près de la fenêtre, m’a sourit. Et là j’ai su que je m’entendrais bien avec lui.
Pour vous résumer brièvement le personnage: aux premiers abords Noah Monroe peut paraître froid et complètement indifférent. Y’a qu’à croiser son regard noir et terne pour comprendre ce que « Casses-toi tu pus et marches à l’ombre » signifie. Mais en fait, c’est simplement que Noah est très sélectif en ce qui concerne son entourage et il n’y a qu’un groupe très limité de gens qui peuvent se vanter de le connaître suffisamment pour affirmer qu’en réalité ce jeune homme de vingt-quatre ans est tout ce qu’il y a de plus chaleureux et aimable - quoi qu’un peu zarbe parfois, taciturne souvent et lunatique. Et moi je fais désormais parti de ce groupe. Et je crois que c’est surtout pour ça que je le supporte, parce que j’agis de la même façon. Jouer la comédie, c’est pas mon rayon et c’est pas le sien non plus. Quand on ne supporte pas quelqu’un, on le dit clairement et basta. À l’inverse, on devient très gentil avec les gens qu’on aime. C’est en ça qu’il m’a plût direct. Franc et honnête - si souvenez-vous ça fait parti de mes qualités les plus ignobles.
En moins d’un mois, j’ai eu le temps d’en apprendre plus sur sa vie. Étant déjà au courant de l’identité de son père, du fait que ses parents aient divorcé alors qu’il avait à peine un an et qu’il ait grandit dès ses treize ans avec un Tony sujet aux crises d’angoisse nocturne, sans oublier que c’est en fait la femme de Ryan Hampton qui lui a apprit à marcher et manger sans en mettre partout sauf dans la bouche, j’en connaissais déjà un rayon. La plupart des choses, c’est en fait Tony qui m’en a parlé - Noah étant peu enclin aux révélations. Ayant grandi ensemble, les deux hommes se considéraient comme de véritable frères et gardaient contact en se téléphonant au moins une fois pas jour. Et tout ça à mon insu ! Par conséquent, en arrivant dans l’appartement, Noah savait déjà qui j’étais, d’où je venais, ce que j’avais vécu dans mon pays natal et aussi que je ronflais comme un possédé quand je dormais. En gros, on était pas vraiment étranger l’un à l’autre, fallait juste qu’on s’apprivoise.
J’ai donc appris que Noah avait eu son Baccalauréat Littéraire haut la main à seize ans - spécialité troisième langue : Espagnol - et qu’il avait continué ses études en obtenant un doctorat en psychologie et devint célèbre dans la criminologie en écrivant une thèse sur l’exploitation des femmes et le commerce du sexe en Europe. Dès lors, il aurait pu devenir psychologue en criminologie et d’ailleurs certains autres psy le nommait déjà « Docteur Monroe » - à vingt-quatre ans seulement j’sais pas si vous réalisez ! - et utilisaient sa thèse comme la première référence en la matière. Mais le concerné se contenta de faire la sourde oreille à tout ça et d’entreprendre des études de philosophie et de viser le master.
Je ne sais pas si vous mesurez mon sentiment d’infériorité en apprenant tout ça. Je crois qu’en fait c’est un peu à cause de ça que je le trouve zarbe. Noah évolue dans son monde bien à lui et parle de lui très rarement, il ne dit jamais ce qu’il pense et lorsqu’il le fait c’est pour te fermer ton clapet en une seule phrase indémontable. En gros, ce gars est un cas unique qui évolue dans un monde à part.
Autre raison pour laquelle je l’aime bien : bien qu’étant ce qu’il est, je ne l’ai jamais vu prendre ses airs supérieurs. En réalité, lorsque tu t’engages dans une conversation avec lui, tu découvres son langage Jeune Parisien qui fait très « Cacaille des Rues ». Bah ouais, il a grandi dans la capitale faut pas lui en vouloir.
Concernant le physique, Noah ressemble énormément à son père - c’est ce qui m’a refroidit la première fois que je l’ai vu en fait - même cheveux noirs raides, mêmes yeux noirs impérieux, quoi que la peau plus clair, il a à peu près la même carrure. Il est plus petit que moi mais pèse le même poids et entretient son corps avec une certaine obsession. Je crois que c’est son côté philosophe, car après tout d’après les grecques de l’antiquité, l’esprit ne vaut quelque chose que si le corps est sain - ouais c’est pas ça mot pour mot mais en gros c’est ça l’idée.
Voilà, vous connaissez Noah Monroe.
Maintenant, je vais vous parler un peu de Tony. Bon, depuis le Drame Gabriel, il s’est vachement renfermé sur lui-même et j’ai énormément du mal à lui arracher rien que quelques mots alors qu’avant c’était un vrai moulin à parole difficile à suivre. Pareil pour manger. Quand je l’ai connu il mangeait comme quatre et maintenant c’est la bagarre pour qu’il finisse son assiette. Il a refusé de retourner travailler et lorsque j’ai voulu le pousser et le faire réagir en haussant un peu le ton il s’est recroquevillé dans un coin de mur de la chambre et s’est mi à pleurer. Je n’ai plus jamais élevé la voix et je me suis moi-même déplacé jusqu’au magasin où il travaillait pour remettre sa lettre de démission à son patron. D’ailleurs quand je suis rentré ce jour-là il s’est jeté sur moi en hurlant que je l’avais abandonné avant de s’évanouir.
Bref, vous devinez sans problème que les premiers mois suivant le Drame Gabriel ont été dur, très dur. En réalité, la situation s’est un tantinet améliorée à l’arrivée de Noah. La semaine dernière il m’a même avoué, un soir alors qu’on fumait une clope au pied de l’immeuble :
- C’est mon père qui m’a appelé et demandé de venir.
J’ai inspiré la fumée de travers et manqué de me tuer.
- Selon lui j’suis pas capable de m’en occuper c’est ça ?! ais-je crié.
Il m’a sourit, tiré une taffe en regardant dans le vide avant de reprendre :
- Mot pour mot il m’a dit : Pérez est un con à peine capable de s’occuper de son cul j’ai peur que Tony soit enfermé avec une andouille, déplaces-toi et sors-le de là.
J’ai écrasé ma cigarette du bout des doigts pour en faire de la charpie. Noah a poussé un rire bref mais franc.
- Il t’aime pas je crois.
- Réciproquement.
- Je m’en doute. Moi non plus.
Je l’ai regardé. Il ne souriait plus, et son regard était grave.
- Ton père ?
- Je le hais.
- Pourquoi ?
Pendant un moment j’ai cru qu’il ferait la sourde oreille comme chaque fois que je lui poses une question personnelle mais il a répondu :
- Parce ce qu’il est gay.
J’ai encaissé. Beuh il serait pas homophobe quand même ? Dans ce cas pourquoi il reste en contact avec Tony et moi ?! J’avoue être beaucoup moins futé que lui mais quand même …
- Euh …
Ouais, beaucoup moins futé puissance dix. Il m’a regardé.
- Il était déjà gay en se mariant avec ma mère, m’a-t-il avoué, elle l’aimait vraiment. Il lui a fait trop de peine pour que je lui pardonne.
- Bah … pourquoi il s’est marié avec alors ?
- C’était des amis d’enfance d’après ce que j’ai compris, leur parent respectif rêvaient de les voir se marier alors il l’a épousé. Selon le souhait de sa sœur.
Ok, encore cette Sylvia.
- Le con, ais-je simplement dit.
Il a écrasé sa clope du bon du pied.
- Allez, on rentre sinon Tony va paniqué.
Et une fois monté, on l’a trouvé endormi sur le canapé. Premier fois depuis des mois que je le voyait si calme, seul dans l’appartement.
Je vais finir par vous faire déprimer avec tout ça. Nous sommes donc aujourd’hui le trois mai et j’ai enfin reçu la chevalière, celle que j’avais offert à Tony pour nos fiançailles avant de réaliser qu’elle était trop grande. Planté devant la porte de l’appartement, je la sors de l’écrin. Elle est en or, avec les initiales « T.P » gravé en argent dessus. C’est exactement la même que la mienne, avec les initiales « D.P », ayant appartenu à mon père, et transmise de père en fils, vous l’aurez deviné. Jusqu’ici, je ne l’avais jamais porté - la mienne - étant donné que j’en ai hérité le jour de la mort de mes parents, ce même jour où j’ai appris que Daniel Pérez n’était pas mon père. Mais ma mère m’aimait, je suis son fils, je m’appel Daniel, et je suis en droit de porter cette chevalière. Comme ça, Tony et moi on est assorti. Gerbement romantique je sais. Mais ses yeux étaient tellement brillants quand je lui ai offert que je ne peux pas ressentir ne serait-ce qu’une once de regret.
Je rentre.
Aussitôt, Tony me tombe dessus, légèrement secoué.
- T’en as mi du temps, me reproches-t-il.
Je lui présente l’écrin.
- Tada ! clamais-je.
Il me sourit et s’en empare délicatement.
- J’espère qu’elle ira cette fois, me dit-il.
Ouais, si seulement il avait pas fait une crise quand je lui ai di qu’il devrait sortir pour se rendre à la bijouterie mesurer son annulaire, il y serait allé avec moi et ça m’aurait évité de commander au pifomètre !
Il sort la chevalière, la passe à son doigt. Je retiens ma respiration. Il me sourit.
- Nickel, me dit-il.
J’ai sorti la mienne de ma poche pour l’enfiler à mon tour.
- Voilà maintenant on peut plus se tromper, ais-je dit.
Il m’a sourit et s’est blotti contre moi. Allez Daniel courage ! Mama Gourou t’engueule chaque fois que tu veux des nouvelles de ta petite sœur faudrait peut-être que tu en parles !
- Ça te dit un voyage en Espagne ?
On ne peut plus bref. Tony s’est détaché de moi et a reculé de quelques pas.
- Quoi ?
- Ouais euh, bafouillais-je en sélectionnant mes mots avec soin, des petites vacances quoi !
Beuh nan j’lui ment pas ! Je lui évite de stresser en omettant de lui dire que si on va là-bas c’est pour que Mama Gourou le passe au rayon X. Il baisse les yeux et commence à triturer ses doigts et sa chevalière : signe d’une imminente crise de panique si je ne le rassure pas tout de suite.
- Je… sais pas je … peut-être… plus tard ?
- J’en ai déjà parlé à la famille il nous attende pour la première quinzaine de ce mois-ci.
Tony se met à pleurer et secoue la tête de droite à gauche. C’est plus fort que moi, j’envoie mon poing dans le mur en criant :
- Putain !
Il a reculé, effrayé.
- J’ai pris un appart’ avec toi pour vivre avec un homme pas une larve !
Il s’est acculé au mur et s’est mi à trembler violemment. J’ai fuis, quitté le salon et gagné la chambre pour donner un coup de pied dans la table de nuit et m’assoir sur le lit en grognant :
- Merde !
Ça commence à devenir limite cette situation. Je ne peux pas le toucher sans qu’il tremble, dès que je lui parle il fuit mon regard, dès qu’il voit que je le fixe intensément il s’enfuit, dès que je tente un geste de tendre il recule, apeuré. J’en peux plus …
Assit face à la fenêtre, la porte derrière moi, quelques minutes passent avant que je l’entende grincer doucement. Le lit s’affaisse lorsque Tony s’installe près de moi.
- Désolé, souffle-t-il d’une voix brisée.
- Ouais je sais, répliquais-je tranchant.
Minute de silence.
- Je vais faire un effort, reprend-il.
Je soupire et me tourne vers lui, calmé. Ses yeux brillent de peur et ses larmes ont laissé des traces sur ses joues. Il recule de quelques millimètres à peine, mal à l’aise.
- Te fâches pas, murmure-t-il presque suppliant.
Ouille, ma jambe commence à tressauter - vous vous souvenez de ce que ça signifie ? - et je me tourne pour fixer la fenêtre.
- J’aurais pas du m’énerver excuses-moi, dis-je simplement.
Puis je me suis levé pour aller dans la salle de bain. Voilà, on vit comme ça maintenant, comme des étrangers. J’ai l’impression de ne pas le connaître et lui a une trouille bleue de moi. Ça me brise le cœur mais en même temps, j’ignore si je pourrais supporter ça encore longtemps. Finalement je sors et traverse tout l’appartement vers la porte d’entrée. Tony surgit du couloir.
- Où tu vas ? me demande-t-il brusquement.
- Fumer une clope.
Et je claque la porte. Une fois dans la rue, je me laisse tomber au sol, appuyé contre le mur de l’immeuble, puis sort une cigarette. Quelques secondes passent avant que je ne me mette à pleurer. Quelques minutes ensuite avant que je sente une présence à mes côtés. Je relève la tête. Noah me regarde de ses yeux indéchiffrables.
- Un problème ? me demande-t-il.
- J’en ai marre.
- À quel sujet ?
Des fois j’ai l’impression qu’il fait exprès d’être con. Je lui résume ce qu’il s’est passé. Il lève les yeux, regarde dans le vide un moment comme chaque fois qu’il réfléchit, puis reporte son attention sur moi.
- Si ce que mon père m’a di est vrai, la dernière fois que tu t’es méchamment énervé contre lui il s’est coupé les veines sous la douche non ?
Une seconde, deux secondes, trois secondes. Je me relève et me ru dans les escaliers pour les monter quatre à quatre et pénétrer comme une furie dans l’appart’.
- Tony ?!
Pas de réponse. Salon, cuisine, salle de bain : vides. Des pleures dans la chambre. Presque rassuré, j’y pénètre. Il est allongé sur le lit et sert ses mains contre sa poitrine, et je devine qu’il se blotti contre Le Briquet. Je m’approche doucement et m’agenouille près de lui pour lui caresser tendrement les cheveux, le cœur lourd.
- Pardon, murmure-t-il en tremblant, pardon pardon pardon …
Je me penche vers lui.
- On va en Espagne, lui dis-je doucement, changer d’air va te faire le plus grand bien.
- J’ai jamais pris l’avion, m’a-t-il avoué en se redressant pour me regarder, tu crois qu’ils vendent de vrai maracas là-bas ?
Hein ?
Pendant quelques brèves secondes, j’ai eu l’impression de le retrouver, puis il a de nouveau sombré dans son mutisme.
...
Le 16 Mai …
- Vous avez tout ? m’a demandé Noah.
- Ouais.
- C’est pas que je doute de ta capacité d’organisation mais ça me ferait chier de devoir venir dans ton pays de gitans quand tu m’appelleras en chialant : Nono j’ai oublié mes capotes pitié !!
J’ai souris malgré moi.
- Les capotes sont en ventes libre en Espagne aussi.
- Ah bon ?!
J’ai rigolé et il m’a sourit.
Il a un sacré don pour me détendre. Tony est arrivé en bas de l’immeuble vêtu d’un jean, d’un pull et d’un manteau. Le tout trop large.
- T’as un tee-shirt sous ton pull ? lui ais-je demandé un peu brusquement.
Il a secoué la tête en signe de dénégation.
- Tu survivras jamais avec un pull sur le dos à la mi-mai à Séville, vas enfiler un tee-shirt.
Il a fait demi-tour. Noah m’a regardé gravement.
- Quoi ?!
- C’est pas en le brusquant comme ça que tu vas faire avancer les choses, m’a-t-il dit.
J’ai grogné.
- Prends ton mal en patience, je me doute que ça doit pas être facile mais il est très fragile.
J’ai soupiré.
- Tu ne veux pas non plus que je m’allonge sur un divan en cuir marron le psy ?! ais-je lancé.
Il m’a sourit.
- C’est tentant mais non merci je ne suis pas homo.
Connard. Tony a réapparut.
- J’ai que des baskets, m’a-t-il dit d’une voix tremblante.
Sous le regard lourd de menace de Noah, je lui ai tendu la main.
- Viens, lui dis-je doucement.
Lorsque je l’ai serré dans mes bras, il a frissonné. J’ai relevé son visage pour qu’il me regarde.
- J’ai pas envie de te brusquer, lui ais-je dis, mais crois-moi ça te fera énormément de bien !
- Je comprend que tu ais besoin de voir ta famille, m’a-t-il répondu.
Mais euh j’en ai marre qu’on lise en moi comme dans un livre ouvert !
Légèrement décontenancé, j’ai fourré la dernière valise dans le coffre et Tony est monté à l’arrière de la voiture de location. Noah me souriait, l’un de ces sourires qui veut dire : tu t’ai fais eu ! Je lui ai tiré la langue avant de lui dire :
- Allé monte.
Et il est monté côté passager pendant que je prenais le volant direction l’aéroport de Roissy.
Une fois arrivé à bon port près de deux heures plus tard, j’ai déchargé les valises alors que Noah prenait le volant - bah ouais faut bien la rendre cette voiture ! Il s’est penché par la vitre lorsque j’ai refermé le coffre.
- Hey ! Envoyez-moi une carte postal. De préférence de belles espagnoles chaudes et nues sur la plage. Mais pas trop de blabla, votre vie ne m’intéresse pas.
J’ai souris.
- Et toi fais gaffe au nid de poule sur la route, l’ais-je salué.
- T’inquiètes les poulettes je gère comme un prince !
Puis il a démarré sur les chapeaux de roues. Ah Noah …
Dans l’avion, Tony s’est endormi après avoir avalé des calmants à mon insu et j’ai passé presque tout mon temps à le regarder. Je l’aime … comme avant ? Il est fragile et délicat, plus qu’une femme en tout cas - je vous l’accorde ma dernière expérience en matière de femme n’était pas vraiment ce qu’on fait de plus féminin mais quand même. Mais j’aimais tellement son côté imprévisible, aguicheur et j’adorais aussi quand il décidait d’un coup de prendre les initiatives et de me pousser sur le lit … ma jambe tressaute. Merdeuh !
Il s’est réveillé une dizaine de minutes avant l’amorce de l’atterrissage, a cligné des yeux l’air de se demander où il pouvait bien se trouver, puis m’a regardé et m’a simplement dit :
- J’ai fais un rêve bizarre.
Avant de regarder par la fenêtre. Ouais, y’a des moments où je le suis encore moins qu’avant.
Une fois débarqué - je sais on di ça pour les bateaux mais je m’en tape - le stresse a monté en flèche. Tout à coup, j’ai eu envie de prendre Tony par la main, de courir et de lui dire :
- Viens on peut toujours prendre un vol de retour sans qu’ils s’en aperçoivent!
Je sais pas si vous imaginez le bordel que ça peut causer une troupe de huit gitans habillés en créole dans un aéroport. En tout cas moi ça me fait peur. Soudain, Tony a saisi ma main et s’est arrêté. Je l’ai regardé, les sourcils froncés.
- J’ai peur, m’a-t-il simplement dit.
Sa main me serrait fort. Je lui ai sourit.
Une fois arrivé dans le hall, toujours main dans la main, mon stresse s’est mué en paniqué lorsque un cri collectif du genre : « AAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH » a retentit dans tout le bâtiment. Je me suis arrêté en apercevant, à l’autre bout du hall, un groupe d’individu shooté au Red Bull faire de grands signes de la main dans notre direction. Ils se sont mi a courir vers nous. La foule de gens qui se pressaient dans l’aéroport s’est écarté pour les laisser passé et, en tête de liste, j’ai pu voir une jeune femme aux longs cheveux noirs et aux yeux incroyablement vert courir comme une possédée en hurlant :
- Daniel !!
J’ai cru voir ma mère. C’était Morgan. Les cheveux ondulés longs jusqu’aux cuisses, des formes féminines que j’aurais qualifié de généreuses et un tatouage tout le long du bras gau … UN TATOUAGE !!!
Elle a sauté dans mes bras. J’ai lâché la main de Tony. Je l’ai réceptionné. Elle sentait bon le musc sauvage et ses cheveux étaient doux sous mes doigts. Je l’ai serré fort contre moi en retenant mes larmes et les autres sont arrivés peu de temps après. Immédiatement, Mama Gourou l’a détaché de moi pour se mettre à brailler en espagnol et il me fallut un certain moment avant de tout comprendre. Retrouver sa langue maternelle si brutalement c’est délicat. Mama avait changé. La dernière fois que je l’ai vu, elle était une femme aux rondeurs alourdis par cinq grossesses, aux cheveux cuivrés et à la sensualité débordante. Aujourd’hui, elle avait pris quarante bon kilos, avait le visage rond et les cheveux gris. Elle m’a pincé la joue avant de pousser ma cousine Lola, sa cadette, dans mes bras. Certaines choses ne changent pas. Se fut au tour de mon cousin Juan, premier fils de Mama, de me serrer la main et de me présenter sa femme Dolorès, une pure espagnole forte et belle à la fois, puis Juan Pérez, mon parrain et père de Juan - tradition espagnole de prénom transmit de père en fils -, qui me serra chaleureusement la main, une drôle d’émotion dans le regard. Il en manquait deux.
Ils étaient tous autour de moi, tous en train de parler en même temps. Mais je n’ai pas oublié la chose la plus importante. Je me suis retourné, les ai poussé sans ménagement et récupéré Tony qui avait sagement décidé de rester en retrait. Il a vivement saisi ma main et je l’ai senti qui tremblait. J’ai à peine eu le temps de me tourner vers les autres que Mama Gourou s’est jeté sur lui en criant :
- Mi cariño !
J’ai amorcé un geste pour la stopper mais c’est qu’elle est super rapide pour sa corpulence la Mama ! Et elle a serré fort Tony contre son corps, si fort que j’ai cru un moment que son idée était de l’étouffé. Le stresse a fait pulsé le sang à mes oreilles mais contre toute attente, Tony a sourit. Morgan s’est immédiatement rué vers lui pour le serrer à son tour et tous sans exception - je les ai compté ils sont six - l’ont imité. Puis Morgan s’est tourné vers moi et a levé le pouce dans un sourire. Mama Gourou tenait fermement la main de Tony en braillant des paroles sans queue ni tête en Andalou alors que les autres lui répondait, tout aussi fort, en Catalan. Un vrai bordel. Lorsque j’ai réalisé que Mama refusait catégoriquement de lâcher la main de mon pauvre Tony j’ai décidé de voler à son secours et tenté de la faire lâcher mais j’ai pris un coup sur la tête. Mama venait de faire voler tous mes doutes en éclat : apparemment son nouveau petit « cariño » était déjà adopté. Son mari m’est venu en aide et sitôt libéré, Tony a attrapé ma main avec force et s’est collé à moi le plus possible, complètement effrayé. Ouais, ils font toujours cet effet-là. Néanmoins, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire, simplement heureux.
On a récupéré les valises et attendu un taxi hors de l’aéroport. Revoir Séville sous le soleil m’a fait un effet étrange et j’ai perdu la parole quelques secondes. J’étais tellement heureux !
On a finalement eu un taxi et Maman Gourou a insisté pour monter avec son « cariño », on s’est donc retrouvé à quatre dans le taxi : moi, Tony, Morgan et Mama. Par mesure de sécurité, on a installé la Big Mama à l‘avant, Morgan est monté sur mes genoux et Tony s’est fait le plus discret possible sur son siège alors que moi ma sœur et ma tante nous lancions dans une discussion enflammée en Andalou. Ça m’a fait un bien fou.
Si mes souvenirs sont bon, vingt minutes en voiture et on est arrivé. On a mi quarante-cinq minutes avant de quitter la ville - c’était l’heure de pointe - et dix autres pour rejoindre le champ dans lequel … au fait, j’ai di à Tony qu’on vivait tous dans un champ de blé dans des caravanes ?!
Euh … je crois que j’ai oublié ce détail.
Rapidement, la mer brillante sous le soleil de plomb a notre droite a attiré son attention et il a manqué la moitié du trajet : des champs et des caravanes d’autre groupes familiaux à perte de vue. Puis le taxi c’est arrêté au milieu de ce qu’il semblait être une plage.
- Nous voilà arrivé ! lui ais-je chantonné tout sourire.
Il s’est tourné, n’a rien di quelques secondes, puis m’a regardé, indécis. Peut-être un peu étonné. Mais carrément déboussolé.
- Dany tu … ne m’avais pas di que …
- On était une famille de gitans ?
Morgan a choisit ce moment pour descendre du taxi, sans oublier d’écraser une partie sensible de moi au passage, puis a contourné le véhicule pour se ruer vers le second taxi qui arrivait alors que Mama sortait ses griffes devant le prix exorbitant demandé par le chauffeur. Je suis descendu et Tony aussi. Ses gestes étaient lents et il continuait de fixer les caravanes sans trop y croire, puis il m’a sourit.
- C’est mignon, m’a-t-il dit.
Mama Gourou a choisit ce moment pour descendre du taxi et se mettre à courir au milieu des caravanes en hurlant pour faire sortir ceux de la famille qui étaient resté sur les lieux. Un énorme chien noir et blanc gambada joyeusement parmi tout ce petit monde avant de me sauter allégrement dessus et me faire chuter.
- Ça alors Bel ! me suis-je exclamé.
Beuh ce vieux sac à puce est encore vivant ?!!!
*- J’ai pris soin de lui pendant ton absence.
J’ai relevé les yeux et ouvert la bouche sans prononcer un mot alors que l’homme en face de moi m’aidait à me relever et me serrait la main dans un grand sourire.
*- Ricco ? soufflais-je.
Il a prit quelques centimètres depuis la dernière fois que je l’ai vu mais globalement il n’a pas du tout changé ! Et le fait que la dernière fois qu‘on se soit parlé, il m’ait taillé une sacré pipe n’a pas l’air de le déranger outre mesure. Moi par contre …
*- Ça me fait plaisir de te revoir mec, me dit-il.
*- Ouais … moi aussi.
J’ai eu un sourire crispé. C’est bizarre ce que je ressens. Soudain, une agitation m’a obligé a tourné la tête. Là, au milieu de la troupe, Mama Gourou était en train de forcer Tony a retiré son pull. En voyant son expression paniqué j’ai volé à son secours. Mama m’a redonné un coup sur la tête mais j’ai fini par l’arrêter avec l’aide de Morgan et du Chef de Famille - le mari de Mama Gourou souvenez-vous. Tony a accepté de retiré son pull. Le tee-shirt qu’il avait enfilé en-dessous le maigrissait encore d’avantage et le faisait paraître très fragile. J’ai capté un regard interrogateur de ma sœur avant que Ricco ne se rapproche.
*- C’est ton mec ça ! s’est-il étonné.
*- Oui, c’est Tony.
Ricco lui a gentiment serré la main dans un grand sourire mais Tony s’est empressé de la lâcher et de se coller à moi.
*- Mmh il est sexy, a balancé mon - ancien - ami d’enfance.
Tony m’a lancé un regard plein de question, un sourcil arqué en m’adressant une question muette du genre :
- Qu’estcequidit ?
J’ai souris d’un air contrit.
- Euh … en gros il t’a di bonjour, lui ais-je dit.
Ricco a rigolé.
- Mais oui bonjour, c’est ça, s’est-il exclamé.
Merde j’avais zappé qu’il avait des origines françaises lui aussi. Il s’est alors adressé à Tony :
- Salut moi c’est Ricco Torez, le dépucelage de Daniel.
Connard ! J’ai jeté un regard inquiet à Tony, qui a continué de fixer Ricco sans aucune expression dans le regard pendant quelques minutes avant de déclarer brièvement :
- Tony Pérez, son fiancé.
Je t’aime ! Je me suis gonflé d’orgueil et de fierté en entendant le nom de famille qu’il avait choisi. De son côté, Ricco a encaissé la nouvelle dans un sourire crispé. Et toc ! Au même moment, un cri de joie pure a retentit et j’ai sursauté lorsque ma sœur m’a sauté dessus en répétant :
- Fiancés fiancés !!
Ouais, elle aussi parle bien français et le comprend facilement. Tout le monde s’est mi a crier et j’ai cru apercevoir une larme au coin de l’œil droit de Mama puis elle a agrippé Tony en répétant : « Mi cariño mi cariño ! » et m’a pincé la joue. Mais euh ! Puis elle a scandé :
- Si si Tony Pérez ! Viene viene !
Elle m’a attrapé la main pour nous tirer au milieu des caravanes, suivit des Pérez qui parlaient tous en même temps dans un brouhaha infernal. C’est une manie des espagnols ça, d’essayer d’en placer une quoi qu’il arrive. Soudain, j’ai réalisé quelque chose. Ils sont huit, à raison de deux par caravanes, il aurait dû donc y avoir quatre caravanes et quatre voitures pour les tirer - c’est ça hein j’me trompe pas ? - et bien il y avait bien quatre caravanes et quatre voitures PLUS un camping-car flambant neuf et j’ai eu peur de comprendre.
Mama s’est arrêté, tous les autres se sont tus, elle nous a regardé puis a déclaré :
*- Bienvenu chez vous Daniel et Tony Pérez.
Traduction : Tony, tu es des nôtres.
Cette fois, je n’ai pu retenir mes larmes de joie.
Près d’une heure plus tard, le soleil était haut dans le ciel et un immense repas familial se préparait à la caravane de tête. Tony et moi m’étions de l’ordre dans notre chez nous grand de vingt-cinq mètres carrés ndla : beuh c’est plus grand que mon studio 0_o avec un lit double derrière un rideau de perle, une table et deux chaises placés contre un mur et une fenêtre, en face d’un placard et d’une cuisinière complète avec plaque vitrocéramique, micro-onde/four, lave-vaisselle et frigo. Près de la place conducteur, il y avait un compartiment de douche, des toilettes et une machine à laver. Bref ! Le genre de truc que tu regardes de derrière une vitrine en rêvant avant de faire un coma en voyant le prix. Brusquement, je me suis inquiété. Ils ont enregistré qu’on était ici pour un mois ? J’avais pourtant bien précisé à Morgan que je prenais un mois de vacance avec eux. Mmh …
J’ai soupiré de satisfaction après avoir rangé le dernier pantalon dans un placard de la chambre, puis ai retiré ma veste, mon tee-shirt, et me suis laissé tomber sur le lit. J’ai fermé les yeux. Par la fenêtre, que j’avais au préalable ouverte, j’entendais les grillons et le bruit des vagues. L’odeur de sable chaud salé m’a détendu. J’ai entendu le bruit des perles du rideau et senti que Tony s’asseyait près de moi.
- Alors … si j’ai bien compris, la dame qui n’arrête pas de parler c’est la chef c’est ça ?
J’ai souris et rouvert les yeux. Faut pas être trop fut-fut pour comprendre qu’il parle de Mama Gourou. Je l’ai regardé avant de me redresser sur les coudes.
- Pas vraiment, en fait Mama Gourou a une place spéciale ici, c’est elle qui décide qui est un Pérez et qui ne l’est pas.
Il a rigolé.
- Mama Gourou ?
- Ouais, on la soupçonne de lancer des malédictions à tout va mais en vrai sa seul véritable capacité c’est de lire les lignes de la main et te dire : « Tu vivras de grande chose ! C’est 500€ la séance. » Son vrai nom c’es Gazolina Pérez.
Il a de nouveau rigolé.
- Et elle m’a accepté d’après ce que j’ai compris ?
J’ai acquiescé et brièvement évité son regard.
- Désolé de ne pas t’avoir parlé de Ricco plus tôt.
- C’est pas grave, me répliqua-t-il en perdant son sourire, tu étais libre d’avoir ta première fois avec celui que tu avais choisis.
Mon cœur s’est alourdi lorsque je me suis dit que lui n’avait pas eu cette chance.
- Par contre j’aurais préféré que tu me parles un peu d’eux quand même.
J’ai eu un sourire contrit.
- Désolé, j’y ai absolument pas pensé.
- Alors en tout ils sont sept ?
- Nan huit d’après Morgan, Ricco vit certainement avec quelqu’un mais il n’a pas l’air d’être là.
- Alors c’est pour ça qu’ils nous acceptent si facilement, y’a déjà un couple gay.
- Ouais mais en fait ça date du frère de Mama Gourou, il était gay lui aussi.
- Ah … Mais quand même huit, je pensais que vous seriez plus nombreux.
J’ai rigolé.
- Tu sais on est au vingt-et-unième siècle, la vie de Tzigane c’est pas le pied et la plupart des jeunes choisissent un appart’ et un boulot stable. Mama Gourou a eu cinq enfants et y’a que son fils aîné et sa fille cadette qui vivent ici.
- Lola c’est ça ?
- Ouais, Juan c’est son grand frère.
- Celui qui est marié ?
Je lui ai souris. C’était la première fois depuis le Drame Gabriel qu’on avait une conversation si longue dans laquelle il montrait un tant soit peu de passion. Et elle concernait ma famille.
- Alors le plus vieux qui s’appel Juan aussi, c’est le mari de Mama Gourou ? m’a-t-il demandé.
- Ouais le père de Juan et Lola.
- Le père et le fils portent le même prénom ?!
- Une tradition espagnole spéciale Andalousie. Mon père s’appelait Daniel.
- Ah.
Il s’est tu un moment, fixant la mer par la fenêtre, en pleine réflexion, puis il a reprit :
- Mais y’a un chef non ?
- Oui, c’est Juan señor, ais-je répondu dans un sourire contrit, c’est lui qui gère financièrement le groupe et que tout le monde suit quand il a choisit un trajet à l’année.
Allais-je osé lui dire que cette place de chef me revenait de droit ou pas ? Beuh pas la peine, on est là pour un mois avec un peu de chance on me laissera tranquille avec ça.
- Ça y est je commence à m’y retrouver, m’a-t-il dit, une dernière question. Ricco, il est de ta famille?
- Nan.
Bref silence.
- D’ailleurs je me demande ce qu’il fou ici !
Tony a rigolé devant mon air ahuri. Les Torez - la famille de Ricco - sont aussi une famille de Tzigane en très bon terme avec la notre, à l’inverse de la famille Morina qui nous a toujours haï et vice versa. Ricco n’avait rien à foutre ici puisque les Torez occupent la plage deux places plus loin. Et d’après ce que j’ai compris, il occupe une caravane avec quelqu’un au beau milieu des Pérez et en plus c‘est lui qui a gardé le camp alors que les autres venaient nous accueillir à l‘aéroport ! Euh, y’a des trucs qu’il faudrait que j’éclaircisse.
Tony s’est levé, a regardé par la fenêtre qui donnait sur le campement, puis a dit :
- Ils sortent des chaises et des tables de sous leur caravane. Tu crois qu’on a ça nous aussi ?
- On va regardé.
On est sorti et le vent frais apporté par la mer m’a rafraîchit avec bonheur. J’avais oublié à quel point c’était bon de se promener avec juste un jean sur le cul en marchant sur du sable et des mauvaises herbes réchauffé par un soleil de plomb. J’ai jeté un regard inquiet à Tony qui ne semblait pas souffrir de la chaleur. Du moins pour l’instant.
- N’oublie pas de boire souvent, lui ais-je di, si tu tombes dans les pommes à cause d’un coup de soleil sur la tête Mama Gourou va me frire sur le bûcher pour négligence.
Il n’a pas sourit et j’ai ressenti un léger malaise.
Effectivement, il y avait un compartiment sous le camping-car. Il s’est agenouillé dans le sable.
- J’aurais dû prendre un chapeau, m’a-t-il dit.
Je me suis agenouillé près de lui et en dix minutes, on avait installé une table et des chaises de jardin couleur blanc cassé flambant neufs devant notre maison roulante.
- Regarde en haut !
J’ai obéis.
- Attends je te porte, ais-je dit.
Je l’ai facilement porté au-dessus de ma tête pour qu’il sorte un immense store bleu du toit. Et à ce moment-là :
- Daniel !
J’ai tourné la tête, Tony toujours au-dessus de moi, et vu Ricco qui approchait, accompagné par quelqu’un. J’ai doucement déposé Tony au sol. Le store était à moitié sorti. Ricco et son ami se sont arrêtés à un deux mètres de nous. Un garçon petit, mince, brun aux yeux bleus. Mon cœur s’est gonflé. C’est quoi ça ?!
*- Dan je te présente Cora, mon ami qui vit avec moi dans la caravane.
Le dénommé Cora ma sourit et serré la main. Un visage souriant angélique et des yeux bleus très brillants. J’ai rapidement retiré ma main. Cora n’a pas accordé un seul regard à Tony.
*- Ça fait à peu près un an qu’il vit là et moi trois, m’a dit Ricco.
*- Pourquoi t’es plus chez les tiens au fait ? lui ais-je demandé en croisant les bras.
Attitude typique d’un pur Chef de Famille qui prend ses marques. Mais je ne m’en suis rendu compte qu’après.
*- Bah quand la Matriarche des Torez a su que j’étais gay, elle m’a mi dehors.
*- Ah, désolé.
Il a balayé le sujet d’un geste négligent de la main.
*- Mama Gourou m’a bien accepté et depuis, entre Pérez et Torez c’est plus vraiment la joie.
Oups.
*- Bref ! Cora vient de rentrer du lycée alors je voulais te le présenter.
Un lycéen !! Je l’ai regardé. Il m’a sourit. Je me suis forcé de l’ignorer.
*- Mama m’envoie de te dire que le repas est presque près, reprit Ricco, on passe à table dans quelques minutes alors elle précise que : tu n’as pas intérêt à commencer quelque chose avec ton fiancé vous n’aurez pas le temps.
Il a rigolé, j’ai souris, Cora me dévorait des yeux et Tony s’est crispé. Quoi il a comprit ?! Ricco et Cora sont repartis et j’ai de nouveau soulevé Tony pour qu’il termine de sortir le store. Tony dans les bras, j’ai tourné la tête pour suivre le couple du regard. Avec ses cheveux noirs et ses yeux marrons, Ricco ressemblait à l’espagnol typique - ouais un peu comme moi quoi - et Cora avait tout d’un immigré arrivé ici quelques générations plus tôt. Mais comme il en a pas placé une, j’ai pas pu entendre son accent. Soudain, il s’est tourné et m’a sourit. J’ai vite tourné la tête. Le store était sortit.
Tout le long du repas - trois heures à table quand même - je me suis régalé d’un plat préparé par ma sœur - une bonne paella de chez moi !! - Mama Gourou a insisté pour s’installer près de son « cariño » et une bonne ambiance familial a baigné le repas. Tony et moi discutions surtout avec Morgan dont le français laissait un peu à désirer et mon fiancé nous avoua qu’il ne parlait pas un mot d’espagnol et le comprenait encore moi, alors qu’il était pratiquement bilingue en anglais. Ma sœur lui a juré de lui donner des cours particulier ce à quoi il a répondu en lui promettant de l’aider à améliorer son français. Le fait qu’ils s’entendent si bien m’a rassuré. Mais, malgré-moi, je n’ai pu m’empêcher de jeter des regards systématiques à Cora, assit à l’autre bout de la table. Il riait, il parlait avec un Andalou parfait à l’accent délicat et chaque fois qu’il me grillait, il me souriait presque tendrement. J’avais l’impression de voir Tony avant le Drame. Je me suis traité d’imbécile lorsque Tony a saisit ma main pour me dire que finalement, il était heureux d’avoir fait ce voyage.
Après quoi Mama Gourou et son mari nous ont accompagné moi et Tony en ville pour des achats - ouais on avait besoin de bouffe dans notre camping-car tout neuf quand même -, petite virée durant laquelle j’ai tenté de faire comprendre à ma tante que je n’étais ici que pour des vacances de quatre semaines alors qu’elle s’échinait à me répondre :
*- Fermes-la tonto ! T’es revenu ici tu restes ici !
Et Juan señor qui rigolait ne m’a pas aidé. Tony a acheté une carte postal pour Noah qui sera bien déçu en la recevant : Séville illuminée en pleine nuit de la Saint-Jean. Et non Docteur Monroe, pas de belles espagnoles à poiles sur la plage. Moi j’ai choisi une casquette rouge « Puma » pour Tony que je lui ai mi sur la tête dès qu’on est sorti du magasin et Mama Gourou s’est acheté des rubans de tissu. J’ai bien deviné ce qu’elle comptait faire avec mais n’ai rien di à Tony. Ensuite nous nous sommes arrêtés à un bar, bien à l’ombre, pour boire quelque chose de frais puis avons fait nos courses dans une grande surface avant de rentrer dans la jeep d’oncle Juan. Ni lui ni Mama ne m’ont parlé de la condition de Chef de Famille et ça m’a bien arrangé. Mais je me suis douté que le sujet serait lancé lors de la prochaine réunion mensuelle.
À peine revenu, il devait être pas loin de dix-huit heures, nous avons découvert le reste des Pérez tous en maillot de bain sur la plage occupés à tenter de se couler mutuellement. Mon instinct protecteur de grand frère reprit vite le dessus et j’ai hurlé à Morgan de retirer ce deux pièces riquiqui et d’enfiler un polo. Après quoi je me suis jeté à l’eau et me suis bagarré comme un gosse avec Ricco alors que Cora jouait au ballon avec Morgan et Lola - ballon que je reçu sur la tête d’ailleurs - et je me suis surpris à apprécier le simple slip de bain que le lycéen avait enfilé. Alors que Tony avait catégoriquement refusé de retirer son tee-shirt et de se baigner.
Le soir venue, on dîna de nouveau tous ensemble autour d’un gaspacho hyper rafraîchissant et les premiers récalcitrants - Juan et sa femme Dolorès - quittèrent la table vers minuit. Mama envoya Morgan et Lola se coucher et Tony suivit peu après - sous ma demande, il dormait quasiment debout - ne restèrent alors que moi, Mama et son mari ainsi que Ricco et Cora. Juan señor aborda la question délicate :
*- On sait bien que tu n’es là que pour quelques semaines Daniel, me dit-il, aussi on ne t’embêtera pas avec cette histoire de Chef de Famille.
*- Merci.
Mama Gourou grogna et à voir son expression j’ai vite compris qu’elle avait cédé sous la menace.
*- On aimerait aussi te parler de quelque chose de particulier.
J’ai tendu l’oreille, attentif, en ignorant Cora qui ne me quittait pas du regard.
*- Morgan est venu nous dire en pleurant il y a quelques mois que vous vous étiez fâchés et que tu lui avais raconté une histoire sans queue ni tête sur ton père qui ne serait pas ton père.
J’ai serré les poings.
*- On me l’a dit à l’hôpital à la mort de maman, ais-je di crispé, Daniel était encore en vie et avait besoin d’une transfusion de sang importante, je me suis proposé.
*- Quoi ?! a rétorqué Ricco. Alors que ce connard venait de butter ta mère !
Il a reçu un coup sur la tête de Mama. J’ai continué :
*- Mais on m’a di que mon sang n’était pas compatible et qu’il n’était pas mon père. Il est mort dix minutes après.
*- C’est pour ça que tu es partis ? m’a demandé Juan.
J’ai acquiescé. Mama m’a serré contre elle en disant :
*- Pauvre petit choux !
Beuh j’ai plus cinq ans ! Je me suis dégagé gentiment.
*- J’en ai voulu à maman pour ça, ais-je dit, et je crois que j’avais peur que vous l’appreniez.
*- Mais on le savait déjà pauvre andouille ! a lancé Mama.
J’ai avalé une brique.
*- Quoi ?!
*- Ta mère est venu nous voir un jour, m’a raconté Juan, elle voulait voir Miguel.
J’ai regardé Mama.
*- Ton frère ?
Elle a acquiescé.
*- Elle nous a avoué qu’ils avaient eu une relation d’une nuit après une beuverie et qu’elle était enceinte, a terminé Juan, et tu es né sept mois plus tard.
Bref silence.
*- Faut que tu comprennes qu’elle n’avait pas le choix ! reprit Juan. Miguel s’est proposé pour l’épouser mais elle refusait d’enchaîner un homosexuel à elle et de lui gâcher la vie. Alors elle a accepté Daniel Pérez, mon frère, qui lui tournait déjà autour à l’époque. Elle vous a aimé toi et Morgan avec la même force et Miguel n’a pas cessé de prendre de tes nouvelles, tu te souviens certainement qu’il était toujours présent lors des grandes occasions. Il t’a toujours considéré comme son seul fils et t’a laissé un héritage en mourant il y a deux ans.
*- Il est mort ?! ais-je répliqué.
*- Sida, a simplement répondu Mama, il l’a attrapé il y a quinze ans.
Plus tard, Ricco et Cora m’avaient laissé seul avec Mama et Juan lorsque je suis enfin retourné à mon camping-car. En rentrant tout doucement pour ne pas réveiller Tony au cas où il dormait, j’ai noté dans un coin de ma tête que la lumière de la caravane situé à trente mètres sur notre droite et qui appartenait à Ricco et Cora, était encore allumée. Et puis je me suis arrêté avant d’entrer dans la chambre. Ayant succombé à la chaleur, Tony s’était étendu nu sous les draps qui recouvraient son corps depuis ses reins jusqu’à ses genoux. Il dormait paisiblement. J’ai senti une vague de chaleur m’envahir et ai du faire appel à toute ma bonne volonté pour ne pas sauter sur le lit et le prendre. J’ai simplement fait demi-tour en extirpant mon paquet de cigarette de la poche de mon jean et suis sorti sur la plage.
Torse nu, j’ai apprécié la chaleur et me suis planqué pour fumer derrière un rocher en conter-bas sur la gauche, tout près de la troupe des Morina. J’ai souris tout seul en constatant que je continuais de me cacher pour fumer, tout comme je le faisais à quinze ans pour ne pas que ma mère me voit. Des bruits de pas.
*- Vagabond de la nuit hein ?
J’ai regardé en arrière. Cora était arrêté à bonne distance et me souriait. La lune reflétant ses rayons sur la mer, je pouvais distinguer le moindre de ses traits et ses yeux bleus brillants.
*- Nan, ais-je répliqué, j’suis juste un peu chamboulé.
Il s’est assit près de moi et a glissé à mon oreille, d’une voix bien trop sensuelle :
*- Tu sais que tu me plais vachement.
Je l’ai regardé. Ses yeux brillaient.
*- Quand je t’ai vu pour la première fois cette après-midi, tu portais ton mec éclairé par le soleil. Ça m’a excité. Une telle puissance se dégage de toi.
Il s’est penché pour m’embrasser mais je me suis détourné. Il a eu un petit rire.
*- Fais pas celui que ça intéresse pas, me dit-il amusé, t’as une trique du diable.
*- C’est pas grâce à toi, ais-je dit d’un ton tranchant.
Il a rigolé.
*- Quoi c’est ton mec imbaisable qui te fait cet effet-là ! Tu te fous de ma gueule ?
Je me suis levé rapidement pour m’éloigner mais il m’a rattrapé.
*- Ça va excuses-moi, a-t-il dit, Tony est sympa mais … enfin … on imagine difficilement un mâle comme toi avec ça.
J’ai repris mon chemin.
*- Bordel attend ! Je me suis excusé merde !
Je le regardais, intransigeant - du moins j’ai essayé. Il a soupiré.
*- Je veux juste que tu me baises, a-t-il lancé, juste une fois après je te fous la paix ! T’imagines pas comme c’est frustrant pour quelqu’un de mon âge de se taper le même mec tous les soirs. J’ai une capote dans ma poche, baises-moi là par terre et on en parle même plus.
Résistes Daniel résistes !! Il a soupiré puis m’a dit, résigné :
*- Bon … t’aimes Tony je peux comprendre ça. Mais laisses-moi au moins m’occuper de ça.
Il a posé sa main sur mon entrejambe et ma main a lâché ma cigarette. Malgré-moi, j’ai aimé. Je n’ai pas bougé et il m’a sourit. Je me suis laissé faire et Cora a eu vite faite d’ouvrir mon pantalon et de me prendre en bouche. J’ai poussé un gémissement. C’était bon.


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