Je sais pas si vous voyez le truc. Mettez-vous un peu à ma place. Y’a dix secondes, je me mettais dans une colère noire et envoyais mon poing dans la tronche d’un capitaine de brigade de Paris. Trois secondes plus tard, je découvre un cadavre. Le temps d’analyser la situation - environ cinq secondes - puis de prendre une décision - environs deux secondes - et me voilà en train de monter quatre à quatre les marches de l’escalier de service emplie de colère, de peur et d’adrénaline. Et puis, autant l’avouer, le sport c’est pas ma tasse de thé - j’aurais dû commencer par là je crois. Alors arrivé au troisième étage, voilà que je souffle déjà comme un bœuf.
J’aurais peut-être mieux fait de ne pas sonné Ray à moitié, et peut-être même que j’aurais dû commencer par le prévenir. Mais en même temps, un dingue est peut-être en ce moment même dans le studio avec Tony. La terreur remplace la peur et je redouble d’effort. Arrivé au cinquième, un cri me glace les sangs. Je m’arrête.
J’entends la porte de service un étage plus haut, des pleurs, des bruits dans les escaliers puis je réceptionne Tony au cinquième. Il se jette dans mes bras.
- Dany ! Il est là, me dit-il affolé, il est là !!
La terreur dans son regard me fait perdre quasiment tous mes moyens. En réalité non. Vu le sang qui coule de sa lèvre inférieur fendue et l’état de sa chemise de nuit - quelle idée de rester dans cette tenue toute la journée aussi - qu’on aurait déchiré au niveau de l’épaule, j’imagine bien ce que ce connard là-haut a tenté de lui faire. Ne me reste qu’un seul sentiment. La colère, muée en rage. Paniqué, Tony m’attrape par la main et me tire.
- Viens, me supplie-t-il, viens j’t’en prie ! Il arrive il est là !!
Je vais le dérouiller !
« Tu as quelqu’un à protéger. »
Cette voix dans ma tête … maman ? Je cligne des yeux. Oui. D’abord, mettre Tony en sûreté.
On inverse les rôles. Je lui attrape le poignet et le tire pour descendre les escaliers. Premier arrêt : Ray Monroe, en espérant qu’il est pas filé sur sa moto. Ensuite : faire équipe - mon Dieu j’aurais jamais cru ça possible - avec lui et faire regretter à ce Gabriel d’avoir touché à MON Tony ! Beuh comment ça Ray avait raison ?
Un hurlement furieux raisonne depuis l’étage. Bon Dieu c’est lui ça ?! On aurait di un grizzly ! Malgré moi, je tremble. Je resserre le poignet fragile de Tony dans ma main. Tiens le coup ! Avec le peu qu’il a mangé et les blessures qu’il s’est infligé le matin-même j’ai peur que … il s’écroule deux étages plus bas - on en est donc au troisième. J’ai tout juste le temps de m’arrêter et de le réceptionner avant qu’il ne touche le sol. Un peu plus haut, des pas furieux font trembler les escaliers et un cri dément retentit :
- Pérez !!
C’est après moi qu’il en a. Ok, il m’a trouvé. De toute façon Tony n’a plus assez de force pour fuir. Il tremble, il halète, son poignet gauche saigne de nouveau. Je le dépose doucement au sol et me redresse puis remonte les escaliers un étage plus haut, attendant Gabriel de pieds fermes. J’entends Tony qui me supplie faiblement :
- Non Dany j’t’en prie, sauves-toi …
- J’ai assez fuis, murmurais-je pour moi-même sans être sûr qu’il m’entende.
J’ai fuis toute ma vie, c’est terminé maintenant ! Gabriel arrive enfin, et désormais seul un escalier d’acier, un étage nous sépare. C’était bien lui, celui que j’avais pris pour un Bob - le numéro 4. Il a toujours son costume d’agent secret raté sur lui mais a abandonné sa veste et les premiers boutons de sa chemise blanche sont ouverts. Il a laissé tomber sa perruque blonde et je remarque avec haine qu’il lui manque sa ceinture à son pantalon.
- Qu’est-ce que t’as essayé de faire salopard ! ais-je hurlé.
Il m’a sourit et j’ai eu la trouille. C’était un sourire de malade, de dingue, de psychopathe. J’étais en bas des marches, lui en haut, par conséquent sa carrure - déjà impressionnant d’après la description qu’on m’en avait fait - paressait irréel. Je me suis peut-être un peu avancé en affirmant que je ne fuirais plus. Mais bon, c’est pas comme si j’avais le choix, Tony n’est plus vraiment en état de courir. Soudain, le sourire de Gabriel disparait et je jurerais devant Dieu que ses yeux bleus ont viré au rouge.
- Je vais te crever, m’a-t-il dit d’une voix incroyablement neutre, plate, sans aucune émotion.
Puis il s’est rué en avant dans un cri. Si je me souviens bien : deux mètres et quatre-vingt dix kilos c’est ça ? Bah lorsque je l’ai réceptionné et qu’il m’a écrasé de tout son poids contre le mur derrière moi, j’ai plutôt eu l’impression de rentrer de plein fouet dans un deux tonnes. L’escalier qu’il a dévalé aidant sûrement, il m’est tombé dessus a une sacré vitesse. J’ai juste eu le temps de me dire qu’un buffle me fonçait dessus que j’avais déjà le souffle coupé. Quelque chose en moi s’est brisée. Ma côte. Salope !
Dans un moment pareil quand vous vous rendez compte qu’il vous manque vingt centimètres et dix bons kilos de muscle pour venir à bout de votre adversaire, vous voyez votre vie défiler, comme un petit film. Bah nan c’est faut. Moi j’ai surtout revu Olaf Rudkarsav, un soviétique qui fut mon entraîneur de boxe pendant huit ans en Espagne. Et j’ai entendu sa voix : « Lèves les mains Pérez bordel de merde! Protèges ton visage ! Encaisses et frappes encaisses et frappes ENCAISSES ET FRAPPES ! » J’ai encaissé et frappé.
Dès que Gabriel a levé le poing, j’ai levé les bras et protégé mon flanc fragilisé et mon visage puis, profitant de son étonnement face à mon reflexe digne de Rocky Balboa, j’ai riposté pour le frapper en plein estomac. Bah, autant vous le dire tout de suite, ça fait très mal d’envoyer son poing dans un mur de béton ! Nan j’ai pas bêtement raté ma cible et tapé dans le mur, j’ai bel et bien atteint Gabriel seulement, non seulement j’ai eu mal à la main, mais en plus lui n’a pas chancelé de plus de deux centimètres et plutôt que de lui faire perdre sa belle assurance, je l’ai mi méchamment en colère.
Alors j’ai fais ce que tout boxeur fait quand il sent que la situation est critique pour lui - nan j’lui ai pas mordu l’oreille ! - je me suis accroché à lui. Seulement, je ne me doutais pas un seul instant qu’avec mes quatre-vingt kilos je serais autant gênant pour lui que l’aurait été un moustique. Il m’a tout simplement soulevé. Je me suis senti décoller du sol et là j’ai réalisé à quel point ma tactique fut minable, pour me rendre compte lorsqu’il m’a balancé dans les escaliers, que le mieux avec Gabriel Kendallson c’est pas de jouer au plus fin, c’est de faire front et advienne que pourra.
J’ai fais un sacré roulé boulé dans les escaliers et atterrit un étage plus bas, tout près de Tony, momentanément aux abonnés absents. Tony s’est accroché à moi, en larmes et son touché m’a aidé à garder conscience. Des points noirs dansaient devant mes yeux et je sentais que si je ne me concentrais pas, je tomberais complètement dans les pommes. Malgré ma semi-conscience, j’ai vu Gabriel dévaler les escaliers et soulever Tony par le bras, lui arrachant un cri de douleur mêlé à la terreur. Dans un dernier effort pour le protéger, j’ai tenté de l’agripper. Mais je n’avais plus aucune force. J’ai laissé ma tête tomber mollement au sol.
Tony a crié. J’ai lutté contre l’évanouissement qui me tendait les bras et rouvert les yeux.
- T’es à moi p’tite salope ! a crié Gabriel dans une rage démentielle.
Tony a tenté de se débattre mais il était beaucoup trop faible et totalement sans protection dans sa chemise de nuit. Gabriel l’a plaqué ventre au mur et dos à lui, le tenant d’une main par la nuque pour l’empêcher de s’enfuir, il a commencé à dégrafer son pantalon. Tony a crié, supplié, pleuré. Et moi ma vue s’est brusquement éclaircit.
J’ai pas réfléchis. Quoi, vous seriez capable de réfléchir posément alors que votre amant s’apprête à se faire violer sous vos yeux ?! Bah moi, pas. Je me suis relevé, et j’ai foncé. En oubliant bien sûr que son poids, plus le mien, lancés ensemble sur une fenêtre qui n’était - comme de par hasard ! - pas double vitrage… inutile que je vous fasse un dessin je crois.
La fenêtre s’est brisée et on a basculé.
Premier reflexe humain : s’accrocher à quelque chose quand on sent qu’on tombe. Et moi je me suis accroché au rebord de la fenêtre sans oublier de me planter des éclats de verre dans la main. Gabriel n’a rien tenté - à croire qu’il n’est même pas humain ! - il a juste crié et s’est laissé tombé au sol, du haut du troisième étage, dans la cour de l’immeuble - qui forme un U j’ai oublié de vous le dire ? - terminé par une grande porte qui aide certainement à rejoindre le boulevard opposé à la porte par laquelle je suis entré - eux, j’sais pas qu’elle image vous pouvez vous faire de cet immeuble maintenant grâce à ma description pourrie.
J’avais mal à cause de ma côte cassé et de ma sacré chute dans l’escalier mais je continuais de m’agripper désespérément. Au moins, Gabriel était tombé. Soudain, une main tremblante a saisi la mienne pour tenter de m’aider à remonter. Devant mes yeux, les points noirs étaient revenus mais j’ai pu voir le visage baigné de larmes de Tony.
- Accroches-toi, m’a-t-il dit d’une voix que je perçus sourde, remontes …
Il a tiré de toutes ses forces mais je n’ai pas bougé d’un pouce. Mes bras se sont mis à trembler et ma main gauche a lâché le rebord. Tony a crié.
- Non accroches-toi !
J’ai laissé mon bras pendre quelques secondes avant de m’accrocher de nouveau. Puis j’ai vu ses yeux s’écarquiller de terreur et il a crié, paniqué :
- Oh mon Dieu remontes, remontes !!!
Je me suis permis un coup d’œil vers le bas. Gabriel se relevait. Il s’est remit sur ses pieds, a épousseté son pantalon comme s’il venait simplement de chuter d’un tabouret, puis a levé les yeux vers moi. Pas de colère. Rien. Juste un sourire dément très satisfait. Tony a tiré plus fort.
- Remontes j’t’en prie, m’a-t-il supplié en pleurant.
Mais je n’y arrivais pas.
Gabriel a lentement dégainé son arme en souriant toujours. Tony a crié :
- Non !
Une détonation, et j’ai lâché. Puis une autre, une troisième, quatre, cinq, six ! Et ça s’est enfin arrêté. Au bout de quelques secondes, mon cerveau m’a transmit cette info étrange : « T’as lâché gars, mais tu ne tombes pas ». Et j’ai enfin senti la poigne puissante d’une main m’agrippant le poignet. J’ai relevé les yeux.
Ray Monroe, le nez en sang, me fixait de son regard noir.
- Pouvez pas vous empêcher de faire le pitre vous, m’a-t-il dit.
Malgré-moi, j’ai souris. Il m’a agrippé avec son autre main et, inutilement aidé de Tony, il m’a remonté. Je me suis laissé tombé au sol dans la cage d’escalier, et sitôt fait, Tony s’est jeté sur moi et m’a serré dans ses bras en pleurant.
- J’ai eu si peur, a-t-il sangloté.
Et moi j’avais vraiment du mal à respirer. J’ai vu Ray jeté un œil par la fenêtre et son visage s’est figé dans une expression insondable. Puis il a simplement dégainé son talkie walkie de sous sa veste :
- Ryan l’ambulance est là ? Ok transmets-leur : cage d’escalier, troisième étage, un homme à terre et un autre sous le choc. Quant à Gabriel ils le trouveront dans la cour truffé de plomb. Ouais. Ok.
Il a stoppé la communication et m’a regardé, toujours aussi insondable. J’avais de plus en plus de mal à respirer. J’ai toussé.
Du sang ?
Puis j’ai perdu connaissance.
KAWABOUNGA !!!!!

Pleurez pas ! Encore un épilogue et un
extra très long ( une trentaine de page sur Works
)
) Hey, qui aime les patates
douces ?

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