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Que du bonheur ( terminé )

Que du bonheur - chapitre 20  (Que du bonheur ( terminé )) posté le vendredi 31 juillet 2009 14:46

Le 5 Février

    Et ouais, je suis resté trois jours dans cet hôpital pour une côte fêlée, un bras en écharpe et un genoux gauche remis - le lendemain de l’accident l’inflammation était déjà partie, ne me laissant qu’une légère douleur - les médecins eux-mêmes sont restés incrédules face à mon rapide rétablissement mais hey ! Faut pas sous-estimer un ex-champion national de boxe catégorie poids léger ! J’en ai vu pire dans ma vie.

    Je sais vous vous en foutez. Alors vous serez certainement ravis d’apprendre que j’ai pleuré lorsque Tony est parti. Pas tout de suite certes, mais les minutes passant j’ai fondu en larmes et pleurer ainsi longtemps, jusqu’à ce que l’infirmière revienne. Une charmante femme métisse aux cheveux noirs légèrement crêpés qui portaient un badge sur lequel « Yaya » était écrit - quoi c’est vraiment un nom ça ?! - ndla : coucou ma Yayette ^^ . En me voyant dans cet état elle s’est approché et a gentiment pressé mon épaule en répétant : « Là là ! Ça va aller. » Moquez-vous si vous voulez, mais ça m’a fait du bien. Quelque chose dans son geste et la chaleur de sa voix m’a rappelé ma mère.

    J’avais tant besoin d’elle en cet instant.

    Lorsque cette jeune femme m’a appris que les médecins voulaient me garder une semaine histoire d’être sûr, je suis devenu chiant et irritable. Alors, au bout de trois jours, les différents infirmières - et un infirmier quand même … enfin je crois - sont allés se plaindre au médecin qui s’occupait de moi et j’ai eu le droit de signer une décharge. Je suis sorti de l’hôpital en claudiquant, un bras en minerve et une affreuse coupure sur l’arcade sourcilière gauche avec toujours ce bandage autour de la tête et à peine sortit, devinez sur qui je tombe !

- Salut !

- Ryan ?! ais-je dis perplexe. Qu’est-ce que vous vous foutez là ?!

- On m’a mi sur vot’ dos pour vot’ sécurité. Pas que ça m’enchante mais un ordre direct de Ray Monroe, on n’peut pas passer à côté.

    Hein ?! Pourquoi le Bourru s’en ferait-il pour moi?! C’est pas comme si Gabriel allait retenter quelque chose … Si ?! Ryan le Niais a sourit.

- Vous vous gourez carrément si vous croyez que Gabriel en a finit avec vous, c’est pas parce que vous avez envoyé chier Tony qu’il va vous laisser la vie sauve. Il aime tuer c’est un fait, et plus encore ceux qui l’ont défié.

    Il est quoi lui, empathique ? J’ai pas le temps de me pencher dessus que mon cœur se serre. Tony … je t’aime. Tes yeux si tristes quand je t’ai traité de cette façon, ta peau si douce quand je te touche, ton souffle quand je te fais l’amour … et tu m’as menti. Je secoue la tête.

- Si je l’ai envoyé baladé ça me regarde, déclarais-je brusquement, et Gabriel j’ai jamais cherché à jouer avec lui, moi je veux qu’on me foute la paix.

- Z’êtes un lâche.

- M’en fou.

- Vous voulez que je vous ramène ?

- Nan.

    Ryan a soupiré en souriant. Beuh y’a rien de drôle !!

- Fêtes pas le con, vous êtes handicapé sans voiture et y’a pas de bus.

- Rien à foutre.

- Z’allez quand même rentré à pied jusque chez vous ?

- Si j’ai envie ça me regarde.

    Il a rit.

- Allé, montez.

    Il a traversé le parking pour monter dans une vieille Renault rouge comme on en croise à la pelle. Ouais, j’suis con mais pas à ce point, je me doute bien que je ne peux pas rentré jusqu’à Boissy à pied et appeler un taxi ça me fait chier surtout que j’ai pas de monnaie sur moi. Alors je suis monté dans la voiture du flic. On est vite partis.

- Pourquoi z’avez fait ça à Tony ?

- Pas envie d’en parler.

- Comprends pas, vous l’aimez pourtant non ?

- Occupez-vous de conduire et de fermer votre gueule.

    Il a soupiré.

- Vous êtes vraiment con, a-t-il lâché avec une pointe de colère dans la voix.

    Il a de la chance d’être au volant lui.

    Quelques minutes plus tard, me voilà dans mon appartement. Je crois que je n’ai jamais autant haï rentrer chez moi. J’ai fermé la porte et me suis adossé à elle. J’ai balayé le salon du regard, puis j’ai soupiré et frotté mes paupières. Apparemment, il n’est pas là. J’aurais bien aimé qu’on parle. Il est certainement chez Ray. Tony … j’ai besoin d’une bière. Je claudique jusqu’à la chambre et ouvre l’armoire. Bah c’est pas ici que je vais trouver une bière. Ses affaires sont encore là ! Je me fixe quelques secondes, regarde le lit, puis la porte ouverte de la chambre et enfin, j’appel :

- Tony ?

    Une bouffé d’espoir m’envahit. Une seconde, deux, trois. Je réitère :

- Tony ?

    Rien. Sans refermer l’armoire, je quitte la chambre et entre dans la salle de bain. Personne. Non, il n’est pas là. Mais il n’a pas prit ses affaires. Je soupire et m’appuis contre le mur en plongeant mon visage dans mes mains. Qu’est-ce que j’espérais sincèrement ?! Je l’ai traité de pute ! Des larmes coulent sur mes joues lorsque j’entends raisonner en moi les paroles que j’ai prononcé. Où est-il allé sans ses fringues bordel ?! Et si … Gabriel … La panique m’envahit.

    Je me dirige aussi vite que possible vers la porte de l’appartement. Faut que j’aille voir Ray, lui le sait forcément. Pourvu qu’il ne lui soit rien … je m’arrête. Là, sur la porte d’entrée, une enveloppe est punaisée. Je la décroche. Elle est lourde.

    Je l’ouvre et fait glisser quelque chose dans ma main. C’est froid, c’est en métal. C’est un briquet et je suis certain de l’avoir déjà vu quelque part. Je n’y prête pas plus d’attention et sors une lettre de l’enveloppe. J’ai très facilement reconnu l‘écriture de Tony :

« Daniel, tu ne liras peut-être pas mais :

Je suis désolé j’ai égaré le parapluie dans un bus. Je m’en veux terriblement. Par contre, j’ai gardé précieusement ton briquet, même si après toutes ces années, il a forcément arrêté de fonctionner. Tu as réchauffé mon cœur grâce à lui il y a plus de dix ans. Tu ne t’en rappels pas je le sais. Mais moi si. J’étais mort de peur et de froid, de fatigue aussi enfin, je voulais mourir pour de bon lorsque tu m’a protégé de la pluie. Je me souviens encore du sourire que tu m’as adressé, de la chaleur de ta main lorsque tu m’as doucement caressé, et de ce geste fort lorsque tu as fait glisser ce petit objet en métal dans ma main. Tu m’as sauvé ce jour-là Dany, j’ai trouvé la force de me battre dans tes yeux. Je me suis di à cet instant : « Il y a des gens si gentils dans ce monde ?! » Tu n’as pas arrêté de me hanter dès cet instant, et je me suis accroché à ton souvenir pour lutter, même si j’étais de nouveau seul. Oui Gabriel est mon frère, et ce jour-là il venait de tuer la femme qui s’était occupé de moi quelques années. Simplement pour me récupérer. Il était de nouveau à mes trousses et j’ai fuis. J’ai fuis toute ma vie, sauf face à toi. Lorsque je t’ai revu lors de mon aménagement en face de ton appartement, je n’y croyais pas. C’était toi. On s’est rencontré à Paris et on se retrouve dix ans plus tard dans la cambrousse briarde. C’était presque absurde. Mais c’était si beau. Ce jour-là, lorsque j’ai compris que tu ne me reconnaissais pas, je me suis juré de devenir quelqu’un de proche de toi. Et j’ai réussi, plus que je ne l’espérais. Les instants que j’ai passé dans tes bras ont été le plus beau de ma vie, jamais on ne m’avait aimé comme tu l’as fait. Oui tu as raison, je t’ai menti, je ne suis plus vierge depuis mes quatre ans. Mais je voulais tant tout oublier, je voulais construire quelque chose avec toi sans avoir à parler de tout ça, sans avoir à te révéler que oui, je suis une pute qu’on a prostitué des années. Je ne peux pas t’en vouloir de m’avoir jeté de cette façon, j’aurais mieux fait de te dire la vérité, d’être franc. Mais j’avais beaucoup trop peur et je voulais une histoire longue et saine avec toi. J’ai tout fait foiré je crois. Je suis désolé d’avoir menti et de t’avoir attiré tant d’ennui. Je ferais tout pour que Gabriel ne te fasse aucun mal, je te le promet.

J’aurais peut-être pas dû écrire tout ça parce qu’en vérité, je ne voulais te dire qu’une seule chose et je me suis un peu laissé emporter. Tu n’as certainement pas lu, et donc tu ne verras pas ce que je comptais de dire en priorité, mais c’est un risque que je prend car après tout, se n’est peut-être pas si important.

Bref, je voulais simplement te dire merci.

Merci de m’avoir sauvé la vie, merci de m’avoir aimé.

Merci.

Et pardonnes-moi ces dix ans de retard.

 

Je t’aime »

    Je me suis effondré. Ndla : et moi j’ai chialé en l’écrivant.

    J’ai lentement glissé le long de la porte pour finir à terre, ma main tremblante tenant fermement cette lettre et le briquet. Bien sûr que si je m’en souviens ! Et moi qui me demandait encore pourquoi j’avais tout tenté pour l’éviter au début de notre rencontre. Maintenant je le sais : inconsciemment je revoyais en lui cet enfant que j’avais rencontré, cet enfant que j’avais aidé tellement j’avais eu pitié. Cet enfant que je fus obligé d’abandonner par terre parce que je n’avais rien d’autre qu’un briquet et un parapluie à lui offrir à défaut d‘un toit et d‘un peu d‘argent. Et je revois son petit corps tremblant trempé par la pluie et les larmes, ses grands yeux bleus terrorisés et abattu, tellement différents du regard qu’il avait lorsque nous nous sommes - rencontrés est maintenant mal venu - revus. Bien sûr que je m’en souviens. Je m’en souviens nettement parce qu’en le voyant ainsi, si misérable, je me suis vu à sa place. Nous étions tellement semblable. Deux enfants abandonnés à leur propre sort, touché dramatiquement par le destin. Le sommes-nous seulement encore ?

    J’ai éclaté en sanglot.

    Tout en pleurant, j’ai tourné et retourné le briquet dans ma main. Écrit sur un flanc d’argent usé, le nom de mon père, à qui le briquet avait appartenu : « Daniel Pérez ». Et dire qu’il connaissait mon identité depuis plus de dix ans. Était-ce un hasard si nous nous sommes revus ? Si nous sommes devenus voisins, amis, amants ? Non. Notre rencontre l’avait prédis.

    J’ai été élevé parmi des Tziganes dans le sud de l’Espagne. Je suis né dans une caravane et j’y ai grandis. Jamais d’adresse fixe, juste cette caravane à la tête d’une foule d’autres semblables qui nous suivaient. Tous les matins, un paysage différent à notre fenêtre. Et ma mère, une diseuse de bonne aventure. Avait-elle réellement un don? Savait-elle à quel point elle avait raison en disant - un jour alors que je lui avais demandé de lire les lignes de ma main - : tu sauveras une âme innocente et trouveras le bonheur loin de chez toi mon fils ? Le savait-elle au moins ? Avait-elle seulement raison ? Avais-je réellement sauvé Tony ?

    La réponse m’est venue comme une baffe : non.

    Je ne l’ai pas sauvé. Tout ce que nous avons vécu jusqu’ici : notre rencontre, nos retrouvailles, notre amour, tout ceci n’était qu’une amorce. Je ne l’ai pas sauvé, pas encore. Je fuis alors qu’il est en danger !

    J’ai serré fort le briquet et la lettre - au point de la froisser - et je me suis redressé en réprimant une grimace. Putain de genoux !

    Je suis vite sorti de l’appartement, notre appartement, et descendu les marches. Arrivé dehors, une fine pluie avait commencé à tomber. La Renault rouge était là, garée en face. Je m’en suis approché le plus vite possible. Derrière le carreaux de la portière conducteur, j’ai vu Ryan, la tête renversé en arrière, les yeux clos la bouche ouverte. J’entendais ses ronflements d’ici. J’ai abattu mon point sur la vitre et il a sursauté. En me reconnaissant, il a abaissé le carreaux.

- Qu’est-ce que vous foutez là? s’exclama-t-il. Vous voulez vous faire butter ?!

    Avec un garde du corps qui roupille j’ai toutes mes chances.

- Où est Tony ? ais-je demandé.

    Il est soudain devenu très sérieux.

- Pas le droit de vous le dire.

    Pas le temps de négocier. J’ai déverrouillé sa portière avant qu’il ait eu le temps de réagir et l’ai ouverte. Le tirant par le col de sa veste, je l’en ai fait sortir pour le plaquer contre la voiture.

- Répondez putain ou je vous dérouille ! ais-je hurlé.

    Sur le trottoir d’en face, une vieille dame a pressé le pas. Ryan a levé les mains en signe de soumission.

- Mollo l’asticot ! a-t-il dit pas rassuré pour un sou. Puisque je vous dis que j’ai pas le droit de vous le dire.

    J’ai mal au bras.

- Pourquoi ?

- Parce que Ray ne veut pas se coltiner un con dans vot’ genre alors il m’a donné l’ordre de …

- Et vous êtes près à vous faire casser la gueule pour ce gars ?!!!

- Ouais, et pour trois raisons : de une c’est mon supérieur, de deux c’est mon collègues et de trois c’est aussi accessoirement mon ami.

- Et moi je suis genre méchamment en rogne !

    Il a semblé peser le pour et le contre puis :

- Ils sont à Paris. Ndla : ouais moi aussi xD

    J’ai avalé ma chic. Alors se serait là-bas.

    Là où tout a commencé.

Et là je tiens à féliciter tout particulièrement : Yaya, qui fut la seule à accorder une importance au souvenir du briquet et du parapluie {#}

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Que du bonheur - chapitre 21  (Que du bonheur ( terminé )) posté le vendredi 31 juillet 2009 14:55

Le 7 Février

    Bah ouais, il nous a fallu deux jours pour partir à Paris. Non mais, je suis sûr que Ryan l’a fait exprès. Oui bon d’accord c’est aussi un peu de ma faute, dans mon état je ne peux pas trop voyagé mais maintenant, j’ai retiré mon bandage autour de ma tête et je n’ai plus le bras en écharpe. Il n’y a que mon genoux qui me fasse encore un peu mal ainsi que mon flanc gauche me je ne suis pas en sucre. Ryan et moi on est resté ensemble le temps que le départ se fasse et à force de le côtoyer, j’ai fini par l’apprécier. C’est quelqu’un de naturellement gentil et détendu qui a toujours un mot pour rire. Il ne ressemble pas vraiment à l’image que je m’étais fait du flic ces derniers mois, et encore moi à celle que j’avais d’un ami de longue date de Ray Monroe. Le problème c’est que c’est aussi quelqu’un qui parle énormément.

    Sans que je lui ai rien demandé, il m’a raconté comment il avait rencontré Ray. Apparemment ils avaient fait l’école de police ensemble. Ray étant plus âgé que lui et déjà stagiaire en seconde année, ils ne s’étaient pas adressé la parole tout de suite. Mais la maladresse de Ryan aidant, ils s’étaient rentrés dedans dans la salle de tir et après ça, chaque fois qu’ils se croisaient dans l’école, ils se disaient bonjour. Deux ans plus tard, Ryan devenu stagiaire - il avait redoublé sa première année - et Ray ayant obtenu son diplôme haut la main avant de s’engager dans la Brigade de Répression du Proxénétisme, ils s’étaient perdus de vu pour se retrouver quelques années plus tard lorsque Ryan avait enfin obtenu son diplôme. Scandant qu’il avait été touché par la malchance, il avait été envoyé dans la même Brigade contre son grès. Ses notes étant médiocre, on ne lui avait pas laissé le choix. Là, il avait revu Ray déjà Sergent et ils s’étaient vite liés. De toute évidence, la côté taciturne de Ray ne l’avait pas aidé à se créer une côte de popularité élevée et beaucoup des membres de la Brigade ne pouvaient pas le voir en peinture mais Ryan l’aimait bien lui. D’abord récalcitrant, Ray avait finalement fini par céder et ils étaient devenus bons amis. Lorsque Ray avait demandé une mutation à la Brigade Criminelle, Ryan l’avait suivit. Il m’assura même qu’il suivrait son Capitaine n’importe où, et tenta de me convaincre que malgré son attitude un peu « je m’en foutiste », Ray était un flic au sens de la justice ultradéveloppé et à l’obsession de la vérité hors du commun. Pour ma part il restait ce même connard qui avait fait capoté mon couple en plus d’avoir tout fait pour l’empêcher de naître.

    J’ai également appris que Ryan était marié et père de cinq enfants - en voilà un qui n’a pas chaumé ! - et que sa femme avait préféré avorter du sixième avant de se faire poser un stérilet contre la volonté de son mari. « Moi j’en voulais quatorze minimum ! » m’a-t-il hurlé, et j’ai réalisé qu’il était juif. Il m’a aussi révélé, dans la foulée, que Ray s’était marié il y a vingt-cinq ans, qu’il avait eu un fils un an après et avait divorcé un an plus tard. Là par contre j’étais pas étonné bizarrement.

    Lorsque, en début d’après-midi la veille de notre départ, je lui ai demandé plus d’information sur Gabriel lui-même ainsi que toute l‘histoire Kendallson - quand je me frotte à quelqu‘un, j‘aime en savoir un maximum - il m’a simplement répondu :

- On part demain, je te dirais tout dans le train. Pour l’instant je préfère te voir ruminer sur ta connerie.

    Et il avait raison. J’ai été con. À présent Tony était quelque part dans Paris, cette ville dans laquelle il a grandi et vécu toutes ces … choses. Mais pire encore, il était seul avec Ray pour unique compagnie qui devait certainement s’en donner à cœur joie avec des déclarations du genre : « Tu vois je t’avais prévenu pour ce Pérez à la mords-moi-le-nœud. » Je l’entendais d’ici et je fulminais.

    Pour celles qui se poseraient la question - comme si ça vous intéressait - non mon passage à l’hôpital ne m’a pas guéri de la nicotine. Au contraire j’en ai encore plus besoin. En deux jours : trois paquets. La seule chose qui me frêne c’est Ryan : « Éteins cette merde je supporte pas la fumée », sinon j’en aurais descendu cinq. Ouais, toutes les questions que je me pose ne m’aident pas à me calmer : Est-ce que Tony me pardonneras ? Est-ce que Ray me laissera entrer dans l’appart’ en un seul morceau ? Est-ce que Tony m’aime seulement encore ? Je panique, je l’avoue. Et pour couronner le tout, Philip Starkey qui n’arrête pas de m’appeler pour savoir où je suis passé et si je compte venir bosser un jour. J’ai pris un mois de congé maladie. J’ai cru qu’il allait se ramener ici pour me botter les fesses et je l’ai entendu fumer par les oreilles au téléphone quand je lui ai annoncé.

    L’heure du départ a sonné et nous voilà dans le train. Non, pas ce genre de train pourri dans lesquels faut mordre pour s’assoir. Un train qui a la classe - la première - un train spécial voyageur avec cabines individuelles non-fumeur - j’ai cru que j’allais l’égorger Ryan le Niais !! - et des rideaux rouges pour nous cacher des gens qui traversent le couloir. Voilà pourquoi on a dû attendre deux jours avant de partir. La première chose que j’ai demandé c’est :

- Pourquoi un train comme ça ? Avec un normal on serait déjà à Paris et les places coûtent moins cher.

- Plusieurs bonnes raisons. Déjà, c’est pas nous qu’on paie c’est le gouvernement -l’un des nombreux avantages d’être flic je suppose - ensuite c’est pour qu’on puisse discuter tranquille et enfin, c’est parce que toutes les demi-heure, y’a un contrôleur qui passe. Si Gabriel avait décidé de nous suivre, il se serait fait griller.

- Pas forcément, lui aussi a des papiers en règles.

- Oui c’est sûr, mais on a prit des précautions à la Brigade, tout le monde connaît sa gueule. Gare, aéroport, métro et même les quais. Il peut aller nulle part.

- C’est con ton système il peut très bien se déguiser.

    Ryan a rigolé.

- Quoi ?! me suis-je offusqué - c’est vrai quoi il m’énerve à se marrer chaque fois que je dis quelque chose.

- Si tu savais à quel point t’as raison ! m’a-t-il dit, hilare. J’ai eu beau dire que c’était complètement inutile mais ils ont insisté pour qu’on voyage en première classe.

- Qui ça « ils » ?

- Mes supérieurs.

- Tu leur en as parlé !

- Bah c’est le minimum.

- Et a Ray aussi ?!

- J’ai cru l’achever quand je lui ai annoncé.

    Il a rigolé.

- Il va me tuer, ais-je dis accablé.

- Mais nan ! Vois les choses positivement un peu.

- Il va me tuer très vite.

- Bah voilà c’est mieux.

    J’ai soupiré et enfouis mon visage dans mes mains. Ryan s’est levé pour tirer les rideaux côté couloir.

- Blague à part, a-t-il dit plus sérieusement, si je te dis à quel point t’as raison c’est que c’est vrai. Gabriel est ce qu’on appel un Caméléon.

- Hein ?!

- Caméléon. Tu connais pas la série avec Jarod ?

- Nan.

    Je suis patient mais y’a des limites. Ryan a regardé par la grande vitre, pensif. Le train étant toujours en gare, on ne voyait que les voyageurs qui s’entassaient sur le quai.

- Je crois pas que commencer par-là t’aidera à comprendre, a-t-il déclaré sans bouger, je vais plutôt commencer par le début.

    Sans blague, commencer par la fin ça marche pas généralement ?!

- Avec l’histoire de Ray.

- Et qu’est-ce que l’histoire de ce connard a à voir avec celle des Kendallson ! me suis-je écrié.

    Ryan m’a fixé intensément.

- Tout justement, me dit-il gravement, la vie de Ray est étroitement lié à celle des Kendallson et tout à commencé y’a une vingtaine d’année, presque trente je crois. Quand la petite sœur de Ray s’est fait violée à quinze ans.

    Mon souffle s’est coupé.

- Joshua Kendallson était dans l’histoire ? ais-je demandé d’une voix blanche.

- Non seulement il était dans l’histoire, mais en plus la sœur de Ray - qui s’appelait Sylvia - l’a clairement identifié comme étant son violeur. Malheureusement à cette époque Kendallson était déjà tout puissant et tenait le gouvernement par les couilles, comment je sais pas ! Moi la politique et toutes ces histoires de fric ça me dépasse. Bref, l’affaire a été classée sans suite, Sylvia traitée de menteuse et Ray n’avait plus qu’une idée en tête …

- La venger, ais-je terminé.

- Bingo. C’est pour ça qu’il est devenu flic.

- Dans la Brigade contre le Proxénétisme.

- T’as tout bon. Ray n’avait plus qu’une envie, trouver Joshua et lui trouer la peau.

- Et il a réussit.

    Ryan a gigoté, mal à l’aise.

- Ouais, ce que je vais te dire là doit rester secret hein ?

- Ok, ais-je répondu, pendu à ses lèvres.

- À l’hôpital, Ray t’as un tantinet menti. Quand on a fait cette descente dans la maison des Kendallson, on avait enfin de quoi le foutre au trou pour longtemps sans qu’il ne s’en sorte - un dossier en béton armé si tu préfères - et quand il nous a vu débarquer chez lui, Joshua s’est rendu.

- Mais je croyais que …

    Ryan a levé la main pour m’arrêter.

- Laisses-moi finir. Joshua s’est tout simplement rendu ! Sans arme ni rien, il a levé les bras devant Ray et moi - les autres membres de l’équipe ratissaient la maison - et nous a sourit. De toute évidence, il était persuadé qu’il s’en sortirait encore une fois malgré ce qu’on avait contre lui. Il avait forcément une carte dans sa manche. Et Ray l’a abattu de sang froid.

    Mon sang s’est glacé.

- Et je l’ai couvert, a déclaré Ryan dans un souffle, j’ai menti dans ma déclaration en affirmant que Joshua était armé, dangereux et qu’il s’apprêtait à mettre les voiles. Nos deux témoignages et la mort de Joshua ne tenait pas forcément la route mais le gouvernement nous était tellement reconnaissant de l’avoir enfin débarrasser d’une telle ordure qu’aucune enquête n’a été ouverte.

- Mais qui a mi le feu à la maison alors ?

- Tu devines pas ? Gabriel. Lui, il ne voulait pas qu’on l’attrape. Seulement cet imbécile avait oublié que son petit frère de neuf ans était attaché à un lit à l’étage du dessus. Je l’ai sauvé in-extremis. Après, l’histoire tu la connais, mais pas en détail. Je t’ai dis qu’on avait enfin quelque chose contre Joshua pour le faire plonger ?

    J’ai hoché de la tête.

- C’était une preuve de détournement de mineur. Ouais, jusque là on le poursuivait pour prostitution d’enfants mais on avait jamais réussi à le coincer avec ça et puis un soir une police locale nous appel, ils avaient une vidéo de chambre d’hôtel dans laquelle on voyait Joshua s’envoyer une prostituée mineur. On en a profité et construit un dossier à partir de ça. Malheureusement Ray a perdu les pédales et l’a buté. Pourtant ç’aurait été tellement plus intelligent de le laisser purger une peine de prison et voir son empire s’effondrer. Enfin …

    Il s’est tut alors que le train démarrait enfin. Il a regardé par la vitre. Cette fois, le paysage bougeait.

- Quoi qu’il en soit on a eu une belle surprise ce jour-là, reprit-il dans un sourire contrit.

- De quel genre ?

- Bah jusqu’ici on était persuadé que Joshua n’avait qu’un seul fils et que sa femme était simplement morte d’une overdose de drogue ou de coups. Mais on a trouvé un gamin dans cette maison. Et on a su que Ange était son second fils et que sa putain était morte en le mettant au monde. Là où on ne comprend pas, c’est pourquoi Joshua s’est embêté à élever un deuxième fils alors que Gabriel suivait honorablement ses traces. Et on ne le saura jamais.

- Tu veux dire que l’existence d’An … de Tony a été tenu secrète?

- Mmh pas vraiment secrète enfin, c’est difficile à expliquer ! On ne sait pas si c’est simplement pour s’amuser ou pour réellement garder la vie de l’enfant secrète mais, en interrogeant le petit et en fouillant les décombres de la maison on a découvert qu’il avait grandi dans une cave et qu’il ne sortait à l’air libre qu’en de rare moment quand son grand frère décidait d’aller le « promener » dehors comme un chien, attaché avec une corde autour du cou. Après un examen en soin intensif on a aussi découvert que l’enfant était souvent drogué et battu. Même violé. Le réhabilité a pas été facile mais Ray s’en ait occupé. Le fait qu’il prenne l’enfant de son ennemi sous son aile et qu’en plus il le confie à sa sœur Sylvia, j’ai pas trouvé ça très sain m’enfin.

    Une tristesse intense a envahit mon cœur. Et moi qui me plaignait d’avoir eu une enfance de merde avec un père alcoolique, je me sentais soudain très bête.

- Pour en revenir à Gabriel, après qu’il ait mi le feu à la baraque, il a disparu. Comme je te le disais, c’est un Caméléon, quelqu’un capable de prendre l’identité, même le caractère et l’apparence de n’importe qui. Un as du déguisement si tu préfères. Les autres de la Brigade l’ont cherché trois ans sans résultat, volatilisé le gars. Jusqu’à ce qu’il réapparaisse pour récupérer Tony.

- Je ne comprends pas, se n’est pas toi et Ray qui vous êtes occupé de lui courir après?

- Nan, nous on était de la Brigade de Répression du Proxénétisme, c’est-à-dire à fond contre les macs et autres proxénète du genre Joshua. Mais Gabriel n’était qu’un fugitif responsable de quelques meurtres et détournement de fond - à dix-huit ans je précise - il avait rien à voir avec nous et Ray n’avait rien contre lui. Il l’a laissé courir et a tenté d’oublier tout ça : Joshua et la course poursuite qui a duré des années. Seulement, Gabriel a commis une bourde. Quand il a tenté de récupérer Tony, la femme qui l’avait recueilli - donc la sœur de Ray - lui a barré la route et il l’a tué.

    Bon d’accord, là je commençais un peu à être triste pour Ray Monroe, mais pas au point de le trouver soudain sympathique et de comprendre ce qu’il ressentait. Enfin, juste un peu.

- Et rebelote, a reprit Ryan en regardant de nouveau par la vitre, Ray s’est fait muté à la Brigade Criminelle pour poursuivre Gabriel et je l’ai suivi. Je crois que se sont ses années-là qui ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Quelqu’un d’insupportable. Il croit dur comme fer que sa sœur est morte à cause de lui et il s’est occupé de Tony en le prenant comme enfant à charge alors qu’il avait déjà un fils. Je crois qu’il pourrait remercier ma femme là, c’est en parti elle qui a élevé Monroe junior !

    Et voilà, encore un mensonge de la part de Tony. Lui qui m’affirmait que Ray avait seulement pris soin de lui pendant un moment, alors qu’en réalité, il l’avait carrément élevé. Alors c’était quoi cette lettre ?! Des mensonges aussi ? Comment pouvait-il autant tenir à moi alors que Ray aurait dû être comme un père pour lui !

- C’est comme un cercle sans fin, a continué Ryan pensivement, Ray s’est certainement résigné à venger sa sœur jusqu’à la fin de sa vie.

    Il a tourné la tête vers moi.

- Imagines un peu, il choisit sa voix pour venger le viol de sa sœur et maintenant il ne vit que pour la vengeance.

- J’ai pas l’intention de le plaindre, c’est qu’un emmerdeur.

    Ryan a rigolé.

- On croirait l’entendre, vous vous ressemblez assez tous les deux.

    Je me suis renfrogné. Ouais, on me l’a déjà di. Bon, je résume. Je lui ai demandé de me raconter l’histoire des Kendallson j’ai eu le droit à celle de Ray. Encore là, ça passe à peu près, j’en sais plus maintenant. Mais je lui ai aussi demandé de me parler d’avantage de Gabriel et tout ce que je sais c’est que c’est un Caméléon. Là, ça passe pas du tout.

- Et Gabriel, ais-je dit, qu’est-ce que tu peux me dire de plus sur lui?

- Y’a beaucoup de chose à dire sur lui mais je ne sais pas si je suis le mieux placé pour t’en parler. Tu demanderas à Ray.

- Hein ?! Mais il va m’arracher les burnes avant que j’ai le temps de dire un mot !

    Il a rigolé.

- Pas si tu présentes des excuses convenable à Tony avant qu’il ne t’attrape. Tu sais bien que si Tony le lui demande, Ray ne te fera rien.

    Ouais mais j’ai pas non plus envie de me servir de Tony comme bouclier c’est nul ! Déjà que ce qu’il me dit dans sa lettre m’inquiète assez, quand il me promet de faire en sorte que Gabriel ne me fasses aucun mal j’ai peur. J’ai pas envie qu’il mette sa vie en danger. C’est à moi de le protéger.

    Ah si seulement j’avais pas réagis si bêtement !

- Tu m’excuseras j’ai un coup de fil à donner.

    Ryan est sorti. J’ai ouvert la fenêtre de la cabine et, le train étant lancé à grande vitesse, le vent s’y est engouffré. J’ai sorti mon paquet de cigarette, coincé une Gitane au coin de mes lèvres et sorti mon briquet. Le briquet, même si je sais qu‘il ne fonctionne plus. L’argent terni brillait faiblement. Je l’ai tourné et retourné dans ma main comme j’avais pris l’habitude de le faire.

    Je t’en prie Tony, pardonnes-moi.

    J’ai levé les yeux au ciel et fixé les nuages.

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Que du bonheur - Chapitre 22  (Que du bonheur ( terminé )) posté le vendredi 31 juillet 2009 15:01

    La pièce est entièrement noire. Et pourtant je le vois cet enfant totalement nu recroquevillé dans un coin. Ses pleurs raisonnent contre les murs. J’avance d’un pas. Il relève la tête. Ses yeux bleus me transpercent et les larmes coulent sur mes joues. Tony est blessé, de son corps meurtri s’échappe des filets de sang et l’odeur fraîche me paraît désagréablement réelle.

- Daniel? appel-t-il d’une voix tremblante.

    Il ne me voit pas. Ses yeux passent à travers moi sans me remarquer. Je tente d’avancer de nouveau mais reste cloué sur place. J’ouvre la bouche pour lui dire que je suis là mais aucun son ne sort de ma gorge nouée.

- Dany, murmure l’enfant entre deux sanglots, tu m’as abandonné.

    Mon cœur se serre et je tente de crier. Toujours rien.

- Pourquoi tu m’as abandonné ? répète-t-il plus fort.

    L’image de Tony disparaît et ma mère apparaît à sa place, telle que je l’ai vu la dernière fois qu’elle était en vie. Un débardeur blanc, une jupe rouge volante ample et un châle bleu sur les épaules. L’odeur musqué de ses cheveux remplace celle du sang.

- Tu devais le sauver Dany, me dit-elle de sa voix douce.

- Pardon, ais-je réussi à dire.

    Les larmes coulent sur mes joues.

- Se n’est pas à moi qu’il faut que tu présentes des excuses Dany.

    Ma mère disparaît et je me retrouve seul dans le noir.

- Maman ? appelais-je en pleurant. Maman !!!!

    Je me laisse tomber à genoux et pleure sans retenu. Soudain, parmi mes sanglots, d’autres viennent s’y ajouter. Je relève la tête et tend l’oreille.

- Non, murmure une voix suppliante, pas Dany je t’en prie.

    Je reconnais la voix de Tony et me redresse. De nouveau, je suis incapable de parler.

- Ne lui fais pas de mal, pitié.

    La voix s’élève en échos. J’ai beau tourner sur moi-même, je n’en trouve pas la source.

- Fais ce que tu veux avec moi mais ne le touche pas.

    Je commence à paniquer. Tony est en train de s’offrir en pâture pour quelqu’un qui l’a jeté ! Puis enfin, un souffle :

- Daniel …

    Derrière moi ! Je me retourne.

    Mon cœur manque un battement. Tony est allongé au sol, inerte, la peau anormalement blanche, quelqu’un est penché au-dessus de lui, la tête enfoui au creux de son cou. Non, c’est ma place ici !!! L’homme se redresse et je croise son regard.

    Gabriel.

    Ses canines démesurément longues sont gorgées de sang qui s’écoule en filet sur ses lèvres et son menton. Il me sourit.

- Tu l’as tué.

    Je me tourne de nouveau. Ray Monroe me regarde, son regard glacé caché derrière ses lunettes noires. Il pointe son flingue sur moi.

    La détonation.

    Je me réveille en sursaut.

- Allo la Terre ici la Lune ! scande Ryan en agitant ses mains devant moi. On est arrivé.

    Je regarde par la vitre et plisse les paupières sous la lumière vive du soleil. Je secoue la tête pour m’éclaircir les idées. Un rêve évidemment. Je suis Ryan dans les couloirs du train. Qu’est-ce que l’inconscient peut être bizarre quand même. J’ai fuis ma mère et trahit ma famille alors s’est elle qui m’annonce que je n’ai pas sauvé Tony, et là je vois Gabriel qui vide Tony de son sang, comme un vampire. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il l’a privé d’une vie normale des années et que si je ne le sauve pas il recommencera.

    On débarque sur le quai de la Gare de l’Est.

    C’est une manie ça chez moi, certainement parce que ma mère était diseuse de bonne aventure et que l’explication des rêves faisait partie de ses « dons » hormis la lecture des cartes et des lignes de la main - nan elle utilisait pas de boule de cristal. Bref, du coup chaque fois que je fais un rêve je m’efforce de l’interpréter.

    On est sorti de la gare et traverser la cour caillouteuse pour s’arrêter sur le trottoir ou certains bus et voyageur attendaient. En face, de l’autre côte du boulevard, mon regard s’arrête. Mon cœur se serre. Je reconnais ce coin de mur, ce bâtiment. Je revois son petit corps recroquevillé sous la pluie battante.

Ryan me secoue par l’épaule.

- C’est pas le moment d’être dans la lune, lance-t-il, notre carrosse est arrivé.

Une Mercedes noire aux vitres fumées s’arrête pile à notre hauteur. Vachement discret comme arrivée.

Ryan s’y engouffre et je le suis. Je pose mon sac de voyage à mes pieds et lève les yeux. Deux hommes en costume noir, cravate noire et chemise blanche - sans oublier l’accessoire indispensable de l’agent secret qui veut à tout prix passer inaperçu : la paire de lunette noire - sont assis devant. C’est qui eux, les Men In Black ? Aucun des deux ne me regarde m’enfin, c’est pas comme si je pouvais voir quoi que se soit derrière ces lunettes.

    Je regarde Ryan.

- À quoi tu joues ? demandais-je en grognant presque - oui ça faisait longtemps.

- C’est pour faire peur à Gabriel, répond-il dans un sourire contrit.

- Hourra j’suis sûr qu’il a chié dans son froc là !

    J’ai entendu l’un des deux Men In Black - ouais bon, généralement des gardes du corps comme ça ça s’appel Bob alors on va les appeler Bob 1 et Bob 2 - se racler la gorge, agacé. Qu’est-ce t’as t’es pas content Bobby ?! Moi aussi je suis capable de me déguiser en copie de Ray Monroe d’abord ! Au fait, pourquoi il est apparu dans mon rêve lui ? Beuh certainement parce que Ryan venait de me faire un cour détaillé sur sa vie.

- Au fait, me dit Ryan alors que la Mercedes hyper discrète se faufile dans les embouteillages, tout ce que je t’ai di dans le train ça reste entre nous hein ?

- À qui je pourrais répéter tout ça et à quoi ça me servirais t’façon ?

- J’sais pas, à énerver Ray par exemple.

- J’suis pas suicidaire !

- Nan mais t’es con.

    Bon y’en a marre à la fin !

    Je grogne et Ryan se marre.

- Détends-toi, Ray est au rapport à la Brigade aujourd’hui, le bâtiment où Tony et lui sont logés est généralement réservé aux jeunes recrus qu’ont pas de quoi avoir un appart’ dans l’immédiat, il est bourré de flic et surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Gabriel ne risque pas de se montrer là.

- C’est pas Gabriel qui me fait peur.

- Je t’ai di que Ray était au 36 ! Ndla : pour les ignares, la Brigade Criminelle est située au 36 Quai des Orfèvres.

- C’est pas non plus de Ray que j’ai peur.

    Cette fois, Ryan s’est tu.

    De qui j’ai peur ? De Tony. Avec les choses atroces que je lui ai dites, il risque de m’en vouloir. Moi-même je m’en voudrais.

    On a finit par arriver au « 36 » comme dit Ryan. Ndla : je ne sais pas à quoi il ressemble alors je préfère ne pas le décrire ^^ On l’a contourné pour arriver devant un immeuble tout à fait identique au millier d‘autres présents dans la capitale. La voiture s’est arrêté et je ne suis pas descendu. Les deux Bob commençaient à s’impatienter lorsque Ryan a soupiré :

- Je vous ai connu plus courageux.

    Beuh quoi, j’ai pas le droit de paniquer ?!!! Je lui ai lancé un regard noir avant de descendre.

- Sixième étages! a-t-il eu le temps de me crier avant que je ne ferme violemment la portière.

    Quand même j’suis ingrat, il m’amène jusqu’ici et moi je le lourde. Ouais mais il avait qu’à pas être chiant ! Je suis entré dans la bâtiment. Là, un Bob 3 m’a regardé, enfin il a tourné sa grosse tête carré et ses grosses lunettes carrées vers moi j’ai donc deviné qu’il me regardait.

- Daniel Pérez ? m’a-t-il demandé.

- Nicolas Sarkozy ? ais-je répliqué.

    Il a pas trouvé ça drôle. Ah j’ai pensé qu’on jouait à un jeu des devinettes moi.

- Carte d’identité, m’a-t-il ordonné.

- Elle peut être fausse.

    Il a pas trouvé ça drôle non plus.

- Je suis sensé vous poser une question dont seul vous connaissez la réponse.

    Ah, Ryan ne m’en a rien dit ! Il était trop occupé à raconter sa vie ce gros lourd.

- Combien d’enfant a Ryan Hampton ? m’a demandé Bob 3.

- C’est une blague ? ais-je rétorqué.

- Nan un record.

    C’est vrai que c’est plus une famille c’est une équipe de basket.

- Cinq, ais-je enfin répondu.

- Vous l’avez di au pif ?

- Ouais.

    Il a enfin sourit.

- Allez-y, m’a-t-il dit.

    Et j’y suis allé. Le pire c’est que oui, je l’ai di au pif. Ouais je sais, Ryan m’en a parlé dans le train - c’était fait exprès vous croyez ?! - mais tout ce dont je me souviens c’est que ça commençait vaguement par « sein » et se terminait par « queue » - je vous vois venir bande de perverses et oui je sais on appel ça un transsexuel. Bon j’avoue le choix était limité.

    Je suis monté dans l’ascenseur, sixième étage. Et plus l’ascenseur montait, plus mon stress montait avec lui. J’ai serré la bandoulière de ma main moite et repensé à ma mère. Tu avais tord maman, à toi aussi je dois des excuses. Toi aussi je t’ai abandonné. J’ai inspiré et expiré à fond pour tenter de me calmer. L’ascenseur à fait « Ding ! » et la porte s’est ouverte. Au dernier étage, il y avait trois portes. Bah c’est malin, c’est laquelle ?!

    Mon portable a sonné. J’ai décroché.

- C’est la seule porte qu’a pas de nom.

- Ryan ?! me suis-je écrié. Mais comment ?

- Lèves la tête.

    J’ai obéis bêtement et croisé le regard d’une caméra de surveillance.

- Coucou, m’a dit Ryan dans le combiné.

    J’ai souris.

- T’es vraiment trop con.

- Regardes dans ta poche, m’a-t-il répliqué.

    J’ai glissé ma main dans la poche de droite.

- Nan l’autre.

    Poche de gauche. Une petite clé. J’ai relevé les yeux vers la caméra.

- Je te l’ai di qu’avant de m’engager dans la police j’avais été pickpocket au lycée ?

    J’ai secoué la tête en signe de dénégation.

- Bah maintenant tu le sais, a-t-il rigolé.

    J’ai souris.

- Merci, ais-je dis plein de gratitude.

- Arrêtes, un Pérez qui se repend c’est flippant, j’te préfère quand t’es con.

    J’ai rigolé.

- Allez courage.

    Et il a raccroché. J’ai rangé mon portable dans ma veste tout en continuant de regarder la caméra. Puis je me suis tourné et me suis approché de la seule porte sans nom. J’ai glissé la clé dans la serrure. Puis suis entré.

    Un petit studio sans prétention, dix mètres carré peut-être un peu plus, un couloir étroit où je peux à peine me glisser, une porte sur la droite et en face une petite pièce qui sert à la fois de cuisine, de bureau et de chambre : une cuisinière sur la gauche, une armoire sur la droite avec un bureau devant et un lit pour terminer le tout - y’a aussi une sorte de mini-bibliothèque en face du bureau - et sur le lit : Tony. Et du sang. Ndla : là je vous ai fait la description de MON studio ^^

    Tony semblait dormir et il était affreusement pâle comme dans mon rêve. Je me suis précipité, affolé, et laissé tomber mon sac sur le sol dans un bruit sourd. Des bandages rougies entouraient ses poignets et il respirait difficilement. Je me suis accroupi près du lit et ma gorge s’est serrée. Tendrement, j’ai repoussé une mèche de ses cheveux. Il a gémit.

- Tony, ais-je dis doucement, qu’est-ce que t’as fais ?

    Il s’est brusquement tourné et, en perdant l’équilibre, je me suis appuyé au sol. Ma main a rencontré quelque chose que j’ai eu peur d’identifier. Une boîte de calmant gisait au sol, vide. J’ai commencé à paniqué et me suis redressé.

- Tony !

    Il a de nouveau gémit.

- On ne vous a jamais appris à fermer les portes Pérez ?

    Je me suis retourné. Dans le petit couloir du studio, Ray Monroe me fixait de ses yeux noirs. Je ne l’avais même pas entendu arriver. Il était pas sensé être au « 36 » ? J’ai même pas eu le temps de faire ma prière c’est de la triche ! Il a fermé la porte et s’est approché. Sans le quitter des yeux, je l’ai regardé retirer sa veste en cuir et la poser négligemment sur la chaise du bureau. Il s’y est appuyé et m’a regardé.

- Je l’ai trouvé en arrivant ce matin, m’a-t-il dit, il s’est ouvert les veines sous la douche. Il a pratiquement pas perdu de sang je suis arrivé juste après qu’il se soit tailladé mais il a fait une crise d’angoisse après ça, j’ai dû le tranquilliser.

- Le tranquilliser ! ais-je explosé en me redressant. Complètement shooté ouais !

- La faute à qui ?

    En plein dans ma poire. J’ai serré les poings et ravalé ma réplique.

- Vous me tabassez pas ? ais-je demandé.

    Il a arqué un sourcil et m’a regardé comme si j’étais l’idiot du village. Puis il a soupiré.

- Ça me démange croyez-moi mais il ne va pas tarder à se réveiller et en vous voyant il se jettera à votre cou en hurlant qu’il vous aime et qu’il vous demande pardon. Si je vous arrange le portrait je serais obligé de m’excuser et ça m’enchante vraiment pas.

    Il a tiré la chaise pour s’y assoir et a sortit son arme pour la démonter et commencé à la nettoyer. J’ai jeté un œil à Tony pour vérifier qu’il dormait toujours et reporté mon attention sur Ray.

- Dites-moi tout sur Gabriel.

    Il m’a jeté un regard furtif.

- Pourquoi ? m‘a-t-il demandé.

- Un ennemi de ce genre je préfère en savoir plus sur lui.

- Vous voulez pas plutôt tout savoir sur lui parce que c’est le grand frère de Tony et ça vous rapprocherais de lui ?

    Mais comment il fait pour être si perspicace ?!

- Peut-être, ais-je di.

- Qu’est-ce que vous voulez savoir ?

- Tout.

- Y’a pas grand chose à dire sur lui en réalité.

- Dites toujours.

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Que du bonheur - chapitre 23  (Que du bonheur ( terminé )) posté le vendredi 31 juillet 2009 15:06

    C’est marrant ça, d’un côté j’ai Ryan qui me dit qu’il y’a pas mal de chose à savoir sur Gabriel, et d’un autre Ray qui me dit l’inverse. Lorsque Ray a commencé à en parler, je me suis demandé lequel croire. Mais, dès les premières paroles, j’ai senti la peur :

- Pour résumer le personnage en quelques mots, je dirais que Gabriel est cruel comme Tony est délicat.

    Ray m’a regardé.

- Ça vous donne une idée ?

    J’ai opiné de la tête en tentant de paraître détendu mais d’après le sourire que m’a renvoyé Ray, j’ai deviné que mon expression devait être proche de celle du mec constipé. Tony a gémit dans son sommeil de drogué. J’ai tourné la tête vers lui. La peau blanche, les sourcils légèrement froncé et la bouche entrouverte, il avait l’air tellement fragile. Lentement, je me suis assit au sol tout contre le lit, histoire de me rapprocher d’avantage de lui. Ray a fait mine de ne pas me regarder et a commencé à nettoyer son arme.

- Joshua Kendallson était un mec dangereux, a-t-il reprit, un obsédé du sexe et des enfants. En cela, il était pas difficile à cerner. Mais au moins, c’était un débile.

    Ouais c’est sûr faut être con pour s’envoyer une pute mineure dans un motel en étant poursuivit par toutes les polices de France.

- Le seul truc qui nous gênait vraiment avec lui c’était ses relations. Étant le fils d’un riche industriel, il a vite comprit où étaient les avantages de son statut de riche héritier milliardaire et s’est rapidement acoquiné avec les pires crapules enfin bref, c’est pas lui qui vous intéresse.

    Nan effectivement.

- Gabriel a hérité ça de son père, c’est un homme d’affaire mais aussi un dingue de première. À quinze ans il a commis son premier meurtre.

- Et comment vous le savez ?

    Ray m’a jeté un regard agacé. Ouais j’te coupe et après ?!

- Parce qu’il s’est vanté quand on l’a arrêté y’a onze ans. Il nous a aussi avoué qu’il avait perdu son pucelage en violant une immigré que son père avait fait venir d’Egypte, une gamine de pas dix ans. Lui en avait treize. En partant de là, c’est pas compliqué de savoir qui a violé Tony étant donné qu’ils ont neuf ans d’écart.

    Beuh, j’suis pas doué en maths.

- En réalité il nous a avoué que jamais Joshua n’avait touché son cadet, il était pédophile d’accord, mais pas gay. Gabriel par contre a vite réalisé qu’il préférait les garçons.

    J’ai préféré rien dire.

- Comme je l’ai dis, Joshua était un imbécile. Gabriel en revanche est mortellement intelligent.

    Le Caméléon. Là, ce que m’a dit Ryan prend un sens.

- On a vite réalisé que Gabriel était une sorte de Joshua amélioré, surtout quand il s’est entièrement volatilisé trois ans d’affilé.

- Ok ça j’ai compris, il est pas stupide. Mais après ?

    Ray m’a de nouveau regardé. Près de moi, Tony a légèrement remué.

- Quand on l’a foutu en prison, il ressemblait à n’importe quel mec de vingt ans qui avait grandi dans le fric de son papa. Il était pas grand et pas bien costaud mais diablement intelligent. En ça, on avait plus grand chose a craindre de lui et on a relâché la vigilance. Seulement, dix ans en taule ça changerait n’importe quel homme. En tout, incarcéré Gabriel a violé au moins une dizaine de mec par semaine et commis environ deux meurtres par an bref, un palmarès assez impressionnant. Il en avait pris pour vingt ans mais sa peine a été alourdie de dix ans. Seulement, il s’est échappé avant d’en avoir purgé la moitié. Comment il a fait ça reste un pur mystère. Un soir à la fermeture des cages il était dans sa cellule et le lendemain matin pouf ! Plus personne.

- Il a changé genre comment ? ais-je demandé alors que l’image de Gabriel dans mes souvenirs était encore floue.

    Ray s’est laissé allé dans sa chaise et a croisé les bras. Il a balancé sa tête en arrière pour regarder le plafond, perdu dans ses réflexions.

- Pour vous résumer, il est puissant. Intelligent, dangereux et plus fort que vous et moi réunit. Lors de la dernière visite médicale à laquelle il a participé à la prison, il mesurait deux mètres zéro trois et pesait quatre-vingt onze kilo cinq cent, mais on arrondi à deux mètres et quatre-vingt douze kilos.

    Il m’a regardé.

- La dernière fois que moi et ma Brigade nous sommes frotté à lui, j’ai été le seul survivant.

    J’ai froncé les sourcils.

- Ryan était en congé paternité, a-t-il précisé.

    J’imagine bien ouais.

- Je sais pas si vous vous rendez compte Pérez quel effet ça fait de voir un homme souriant prendre une balle sans broncher et tuer mes hommes à mains nues. On était armé jusqu’aux dents et lui n’avait que ses mains. Je l’ai vu explosé le crâne d’un de mes collègues à coup de poing avant de se tourner vers moi. J’ai regardé la mort dans les yeux cette nuit-là.

    Il s’est penché vers moi.

- Gabriel est l’exact opposé de Tony, son contraire, son négatif. Si jamais il l’attrape ça va lui faire très mal et si jamais il vous attrape, ça va vous faire encore plus mal !

    J’imagine bien là aussi.

- Et si jamais c’est moi qui l’attrape ? ais-je demandé.

    Ray m’a sondé du regard, comme s’il tentait de savoir si je blaguais ou pas. À l’évidence j’avais l’air très sérieux.

- Avec un peu de chance il vous tuera sans procédé à quelques expériences sadiques. J’espère pour vous que le dégoût que vous lui inspirez sera assez fort pour ça. J’ai oublié de préciser qu’il avait eu le temps d’expérimenter pas mal de technique de torture dans sa cellule. En tout il en est ressorti vachement avancé sur le sujet.

    Je n’ai pas bronché tout en continuant de le regarder.

- Qu’est-ce que vous avez l’intention de faire Pérez ?

- Qu’est-ce qui vous fait croire que j’ai l’intention de faire quelque chose ? ais-je répliqué. Et ne me répondez pas que j’suis con !!

    Il a sourit faiblement.

- Vous mottez les mots de la bouche. Je répète : qu’est-ce que vous avez l’intention de faire Pérez ?

- En tout cas j’ai pas l’intention de me terrer dans ce dix mètres carrés en attendant qu’il me trouve !!

- Alors tirez-vous.

- Ok, mais j’emmène Tony avec moi.

- Qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans : s’il le trouve il lui fera très mal ?!

- Rien j’suis con.

    La colère a allumé son regard noir. Soudain, Tony a gémit.

- Pardon … a-t-il murmuré faiblement.

    Je me suis tourné vivement et avant que j’ai pu en placer une, Ray m’avait tiré par le col et je me suis ramassé sur les fesses alors qu’il prenait ma place près du lit. Retenez-moi ou je fais un malheur !

- Tony ? a-t-il doucement appelé.

    Un gémissement lui a répondu puis Tony s’est tourné vers le mur pour ne pas avoir à le regarder. Ray a doucement dégager ses cheveux chocolat de son visage pâle.

- Tony, pourquoi t’as fais ça ?

    Pas de réponse. De mon point de vu, j’ai clairement remarqué que Ray perdait patience - faut avouer que c’est pas une qualité chez lui, la patience. Oui bon d’accord chez moi non plus !

- T’as quand même pas fait ça pour ce connard de Pérez putain !! a-t-il crié.

    J’ai vu Tony se crisper et j’ai envisagé le flingue, resté sur le bureau. S’il arrête pas tout de suite de le brusquer je monte sur mes grands chevaux ! Et pis j’aime pas tant que ça qu’on parle de moi en faisant comme si j’étais pas là alors que je suis bêtement assit sur le derrière à quelques centimètres de lui.

- Si, a faiblement répondu Tony.

    Mon cœur s’est serré et j’ai ignoré le regard plein de rage que me jetais Ray. Qu’est-ce t’as ?!

- J’ai fais ça pour pas qu’il souffre, a continué Tony.

    Sa voix était tellement basse et tremblante que j’ai cru un instant qu’il parlait sous hypnose.

- Et t’as cru que c’est en te tuant qu’il …

    Tony s’est brusquement tourné vers lui et j’ai enfin pu voir son visage. Le mouvement a cependant été si rapide que Ray a stoppé sa réplique.

- Si je meurs Gabriel le laissera tranquille !! a lancé Tony.

    Puis, tout doucement, son regard a coulé sur moi. Vu l’expression que son visage a affiché j’ai deviné qu’il venait seulement de s’apercevoir de ma présence. Alors il avait même pas capté que j’étais là depuis vingt bonnes minutes ?

    Il a fermé les yeux, m’a tourné le dos, s’est recroquevillé sur lui-même et s’est mi à sangloter. Ray a soupiré puis s’est relevé pour me laisser approcher. Ce que j’ai fais.

- Tony ? ais-je doucement appeler en posant une main sur son bras.

    Il a frissonné si brutalement qu’on aurait pu prendre ça pour un sursaut.

- Non, a-t-il murmuré avant de se mettre à pleurer.

    J’ai senti mes propres larmes me monter aux yeux et j’ai appuyé mon front sur son bras.

- Pardonnes-moi, lui ais-je dis, pardon de ne pas m’en être souvenu.

    Il s’est d’avantage tassé sur lui-même et a tenté de cacher ses poignets meurtris sous sa poitrine.

- Et merci d’avoir prit soin de mon briquet.

    D’une rapidité incroyable, il s’est tourné vers moi en pleurant et s’est accroché à mon cou. Ses bras frêles m’ont entouré et serré avec le peu de force qui leur restait et j’ai senti son souffle contre ma peau ainsi que son corps délicat qui tremblait contre le mien. J’ai hésité un instant.

- Tu t’en souviens, a-t-il dit partagé entre désespoir et soulagement, tu t’en souviens !

    Je l’ai serré fort contre mon cœur.

- Je t’aime, ais-je simplement dit.

    Derrière nous, Ray s’était appuyé contre la cuisinière et a levé les yeux au ciel en soupirant :

- Oh pitié.

Gerbement romantique, j'étais en mode "guimauve ultra" ce jour-là {#}

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Que du bonheur - chapitre 24  (Que du bonheur ( terminé )) posté le vendredi 31 juillet 2009 15:14

    Je me suis allongé près de lui et, blotti contre moi, il s’est endormi. J’ai caressé ses cheveux en désordre un certain moment, tout en constatant qu’il avait maigri puis me suis endormi à mon tour. Ouais, hormis ma sieste dans le train j’ai pas énormément fermé l’œil depuis quelques jours.

    Lorsque Ray m’a gentiment réveillé - le connard m’a secoué comme un prunier ! - j’ai cligné des paupières et vu l’heure sur le réveil posé sur le bureau. Milieu de l’après-midi. Étant donné que je suis arrivé ici en fin de matinée, j’ai dormis uniquement quelques heures mais je me sentais incroyablement reposé.

- Je dois y retourner, m’a dit Ray dans un murmure, vous restez là.

    J’ai acquiescé en silence et replongé ma tête dans la chaleur diffusé par le corps de Tony. Un froissement, puis la porte, et enfin le silence. Plus de Ray Monroe. Genre il nous a regardé dormir !! Tony a légèrement remué et j’ai relevé la tête. Il m’a sourit, mal réveillé. Je lui ai rendu son sourire.

- Comment tu te sens ? lui ais-je demandé.

- Bien mieux.

    Il tremblait plus, c’était déjà un bon début.

- T’as faim ? Tu veux que je te prépare quelque chose ?

- Non je veux juste resté contre toi.

- Tony je ne suis pas psychologue diplômé mais ça se voit que t’as pas énormément mangé ces derniers jours. Je te fais un sandwich.

    J’ai fais mine de me lever mais il m’a retenu en s’agrippant désespérément à mon tee-shirt.

- S’il te plait pars pas !

    C’est de la peur que j’ai lu dans son regard et il a resserré sa prise.

- Tony le frigo est à cinquante centimètres du lit à peine, ais-je dis doucement.

    Il a enfoui son visage contre mon torse. Comment voulez-vous résister à ça vous ? Je me suis rallongé près de lui. Court moment de silence puis :

- Qu’est-ce qui t’a décidé à me retrouver ? m’a-t-il demandé.

    J’ai avalé ma chic. Beuh je pensais que c’était clair !

- Ta lettre, ais-je répondu en espérant que le message soit clair.

    Il a relevé la tête, indécis.

- Ma lettre ?

- Bah oui, celle que t’as laissé à l’appartement.

- Mais Dany, je ne suis pas retourné à l’appartement. Dès que je suis sorti de l’hôpital quand tu … ( il a évité mon regard quelques secondes et j’ai senti mon cœur se serrer ) enfin, Ray m’attendait dehors sur le parking. Je me suis écroulé dans ses bras et il m’a amené directement ici. Ça doit faire une semaine que je suis enfermé là. J’ai jamais écris de lettre.

    J’avais peur de comprendre. Légèrement perdu, j’ai sorti le briquet en argent de ma poche de pantalon.

- Tu m’as même laissé ça dans l’enveloppe, me suis-je entêté.

    Son regard s’est illuminé lorsqu’il a identifié l’objet. Il me l’a prit des mains et la serré contre son cœur.

- Je l’avais perdu, a-t-il murmuré en souriant.

    Bing Bang Putain !! - tilt vous aviez oublié ?

    J’ai serré les poings. C’était un putain de piège ! Je me suis levé précipitamment.

- Restes ici je reviens, ais-je lancé à Tony.

- Non Dany !

- Restes là surtout !

    Et je suis sorti en trombe du studio. En laissant la porte ouverte.

    Trop énervé pour attendre l’ascenseur, j’ai dévalé les escaliers de services. Une fois au rez-de-chaussée, j’ai constaté qu’un nouveau Bob avait remplacé Bob 3 - celui-là on va l’appeler Bob 4, autant resté dans la logique des choses - il m’a suivis du regard lorsque je suis passé devant lui comme une furie. Jusque là, rien d’anormal me direz-vous.

    Celui que je voulais s’était arrêté sur le trottoir pour allumer une cigarette. J’ai poussé la porte de l’immeuble et l’ai tourné vers moi, de la haine dans les yeux. Ray Monroe ne semblait pas étonné de me voir débouler là près de lui.

- Espace de connard ! ais-je explosé.

    Il m’a forcé à lâcher prise.

- Qu’est-ce que vous faites là Pérez je vous avais di de rester là-haut ! Gabriel est dans le quartier on a retrouvé deux de mes hommes flingués dans leur voiture y’a pas dix minutes, retourné dans le studio.

- Pas tant que vous m’aurez expliqué.

    Pas de panique, y’a un Bob qui surveille l’entrée.

- Vous faites chier Pérez !

- Pourquoi vous avez écrit cette lettre ?

    Il m’a regardé quelques secondes et j’ai cru un instant qu’il allait exploser de fureur en hurlant que j’étais un crétin qui déblatérait des conneries, mais il a sourit et m’a dit :

- Vous en avez mi du temps.

- Vous avez tout manigancé espèce de salop !

- Vous n’imaginez même pas à quel point. Même l’emménagement de Tony en face de chez vous était calculé.

    J’ai glissé un regard à Bob 4 qui nous regardait de l’autre côté de la porte vitrée de l’immeuble l’air de pas trop bien comprendre. Le fait que la forme de son visage caché derrière ses lunettes noires me soit familier ne m’a même pas effleuré. Pas même lorsque j’ai constaté que la blondeur de ses cheveux n’avait rien de naturel.

- C’est moi qui ai élevé Tony ! a reprit Ray l’air de croire que c’était une révélation pour moi. Le réhabiliter n’a pas été une partie de plaisir, il faisait des crises d’angoisse dès qu’il se retrouvait seul dans le noir ou faisait des cauchemars, il hurlait dès qu’on le touchait et avait la trouille de foutre un pied dehors ! Mais y’a un truc que j’ai vite compris. Il ne s’accrochait pas à la vie pour moi ou grâce à moi, mais grâce à un briquet à la con ! Il avait qu’un nom à la bouche : « Daniel Pérez », il se servait du souvenir d’un gars qu’il ne connaissait même pas pour survivre, il avait fait de vous un exemple à suivre, une idéologie. Vous étiez son héros et un jour j’ai carrément compris qu’il était amoureux d’un bouffon qui lui avait refilé un briquet merdique !

    Le ton était monté et j’étais trop estomaqué pour dire quoi que se soit.

- Ça fait dix ans qu’il vous vénère et vous aime et moi ça fait dix ans que je vous ai en travers de la gorge. J’ai lutté pour que Tony devienne indépendant et vive enfin pour lui mais non ! Il vivait pour vous, il voulait vous retrouver et vous dire simplement merci ! Je vous ai haï pour ça, moi qui m’échinait pour qu’il vive comme tout le monde, vous, avec quelques secondes et un putain de briquet, vous l’aviez enchaîné à vous !

    C’était trop délirant pour que j’y crois. Malgré moi, j’ai reculé d’un pas.

- Quand j’ai appris que Gabriel s’était évadé j’ai eu une idée. Je ferais d’une pierre deux coups en me vengeant et de lui et de vous.

    Alors Ryan avait raison, Ray n’était capable de vivre qu’à travers la vengeance même avec des choses si futiles.

- Tony était enfin devenu sociable et avait besoin d’un boulot. J’ai fais des recherches sur vous et lui ai trouvé un job tout près de chez vous et même un appartement en face du votre. Vous n’êtes pas compliqué à cerner Pérez, vous ressemblez à Gabriel a un point inimaginable. Tout comme lui vous détestez perdre, vous détestez qu’on vous mettes des bâtons dans les roues, vous détestez qu’on se dresse en face de vous et vous détestez qu‘on vous prenne ce qui vous appartient. Il fallait simplement que je fasse en sorte de me dresser entre vous et Tony et le reste vous l’avez accomplis tout seul. Vous avez tout fait pour gagner contre moi et vous ferez tout pour gagner contre Gabriel !

    Mon souffle s’est coupé. Alors tout ça, tout ce que je suis en train de vivre depuis le trente et un octobre, tout ça était voulu par Ray Monroe ?

- Je vous ai menti à l’hôpital en vous disant que la première chose que ferait Gabriel en sortant de prison c’était de chercher Tony. Gabriel est pas fou, il est moins con que son père. Il a fait dix ans en taule et ne veut pas courir le risque d’y retourner. On ne l’a vu qu’une seule fois rôder autour de l’appart’ de Tony et c’est le jour où vous l’avez rencontré. Le reste du temps il était impossible à localiser. La première chose qu’il a fait une fois à l’air libre s’est de s’envoyer des putes gay et reprendre contact avec les anciens associés de son père. Avant de tenter quoi que se soit pour reprendre son frère il lui fallait devenir aussi puissant que son paternel et nous tenir par les couilles ! Je ne pouvais pas attendre ça, il fallait que je trouve un moyen pour le forcer à sortir de son trou, et c’est là que vous entrez en jeu. Gabriel n’a pas supporté que vous touchiez son frère et maintenant vous êtes le premier dans sa listes des connards à éliminer et ça va pas traîner !

    Je lui ai envoyé mon poing dans la gueule, j’ai vu rouge. En gros, il a utilisé Tony pour m’appâter moi et Gabriel pour que tout ça se termine en règlement de compte entre nous. Tout de suite, je me suis revus sur le ring. Plus vite tu frappes, plus vite tu gagnes ! Et j’ai frappé vite et fort. Il a prit le coup de poing en plein dans la figure et, déstabilisé par mon geste, il s’est écroulé par terre. Sans attendre qu’il se redresse, dégaine ou fasse quoi que se soit d’autre, je lui ai asséné un coup de pied dans l’estomac. Il a toussé et roulé sur le côté.

    Ha Ray Monroe ne s’attendait pas à ça ! Le gros nounours de Tony, qui passe son temps à grogner sans prendre l’initiative de mordre, a enfin sortit les crocs ! Moi aussi quand je m’énerve ça fait très mal monsieur Monroe !

- Tony n’est pas un putain d’objet de luxe dont on se sert pour ses règlements de compte perso ! ais-je hurlé en le tirant par le col, penché au-dessus de lui. C’est un être humain qui a besoin de vivre et de respirer !

    Je l’ai laissé retombé au sol, le nez en sang, et suis de nouveau rentrer dans l’immeuble. Je me suis approché de l’ascenseur, remonté à bloc, et ai abattu mon poing dans le mur en hurlant :

- Putain !

    Puis j’ai tourné la tête pour balayer le rez-de-chaussée du regard. Quelque chose clochait. Ou plutôt : quelque chose manquait. Il ne m’a pas fallu longtemps pour découvrir de quoi il s’agissait. Bob 4 n’était plus sur sa chaise. Bêtement, j’ai regardé de nouveau partout, même au sol. C’est stupide comme réaction, comme si le gars s’était transformé en cafard, mais ça m’a au moins permis de comprendre. Du sang coulait de sous une porte sur laquelle était marquée : interdit au public. Je me suis approché doucement, le cœur battant à cent à l’heure, puis l’ai ouverte. Allongé par terre dans un mélange de sang, d’éclat d’os et de bouillie de cervelle, Bob 3 - avec qui j’avais si intelligemment échangé quelques paroles en arrivant le matin-même - croulait sous les balais et autre ustensiles de maintenance.

    Je suis resté paralysé à le fixer quelques secondes avant de me ruer dans l’escalier de service en hurlant :

- Tony !!!

Va y avoir du sport mes enfants !

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