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Entre deux mondes - chapitre 4 : Victime et suspect  (Entre deux mondes) posté le dimanche 22 novembre 2009 22:14

Plusieurs semaines venaient de s’écouler et les inspecteurs Pérez et Tobias n’avaient trouvé aucun indice. Cette enquête leur prenait toute la journée, Tobias n’en dormait plus la nuit tellement il était perturbé et Pérez était de plus en plus insupportable. Bien sûr, il l’avait toujours été. Mais maintenant, l’impression d’être inutile le submergeait et il se vengeait sur ses collègues, et en partie sur Tony, déversant sur lui ce trouble qui lui détruisait les nerfs. C’était toujours ainsi que ça se passait. Daniel Pérez hurlait, et Tony Tobias écoutait sans rien dire, tout ce dont Daniel avait besoin. D’écoute.

Ils étaient en ce moment même dans leur bureau, au commissariat du centre ville, Tony Tobias le nez dans les paperasses et Daniel Pérez devant la fenêtre, son éternel cigarette au coin de la bouche. Il avait tant de fois tenter d’arrêter mais, étant très nerveux d’origines, cela s’était bien sûr avéré infaisable.

- Résumons-nous, reprit Tobias.

Il entendit son collègue souffler de lassitude. On avait toujours l’impression de le déranger.

- Encore! s’écria Pérez en levant les yeux au ciel.

- Qu’est-ce qu’on sait d’eux? reprit Tony en se forçant à ignorer la fainéantise de son collègue et ami.

- Qu’ils sont amis depuis la fac, répondit Daniel d’une voix morne.

- Qu’ils se sont disputés la même femme durant des années, continua Tony avec entrain.

- Ça c’est elle qui le dit, tu connais les femmes se sont des menteuses.

- Non Daniel, cette Lisa a dit vrai. Je l’ai vu dans ses yeux comme toi tu as vu la culpabilité dans ceux de Hastings.

Il fallait s’y prendre comme ça avec Daniel. Il trouverait toujours de quoi vous barrer la route, de quoi vous contrer. Alors autant utiliser ses propres déductions. Ainsi, il ne trouverait rien à redire. Au bout de dix années de travail à son côté, Tony le connaissait mieux que quiconque.

- Mouais, répliqua Pérez, las.

- Ensuite? demanda Tony pour l’inciter à continuer.

- Qu’ils dirigent une des plus grande agence de mannequina au monde.

- Et?

- Bah c’est tout. Mis à part que Martin est marié et que Hastings est un débauché.

Et voilà, une fois lancé, Daniel pouvait se montrer très professionnel. Quelque fois, Tony avait vraiment l’impression de se conduire comme un professeur envers son élève.

- On est pas avancé, dit-il simplement en tournant une page du dossier.

- Je te l’avais bien dis que cette histoire sentait le fumier Tony.

L’inspecteur Tobias fronça les sourcils. Au fond, Hastings et Martin n’étaient pas si différents d’eux deux, Pérez et Tobias.

- Ils sont tellement différents tous les deux…,dit-il le regard fixe. Tu te souviens quand on leur a montré les photos?

- Oui.

Ça, avec l’affrontement qu’il y avait eu, Daniel n’était pas près d’oublier. D’ailleurs jamais personne ne lui avait autant tenu tête, à part Tony bien sûr. Mais Tony lui tenait tête parce qu’il savait comment agir avec lui, parce qu’il le connaissait par cœur. Hastings lui, était un véritable étranger, c’était la première fois qu’ils se voyaient. C’était à en devenir fou!

- Hastings est resté droit et froid en bon homme d’affaire, reprit Tony en croisant les bras sur son bureau, fixant son collègue, et Martin…bah c’est simple j’ai cru qu’il allait nous tomber dans les bras.

- Ouais c’est vrai.

Tony était tellement plus lucide que lui, qu’il en était presque jaloux.

- Et si finalement c’était Martin le coupable, reprit Tony en fronçant les sourcils, apparemment en pleine réflexion.

- Expliques-toi, l’incita Daniel en lui faisant face, croisant les bras à son tour.

- Ils se sont disputés cette femme pendant je ne sais combien de temps…donc Martin en était forcément amoureux lui aussi.

- Et il a pas digéré ce que Hastings lui a fait!

- Bingo.

Quand Tony s’y mettait tout devenait tellement simple! Il avait le chic pour trouver des solutions aux problèmes les plus impossibles. Après quelques réflexions intérieures poussées, Daniel fronça les sourcils. Non, pour lui c’était trop simple. Il s’était toujours venté d’avoir une intuition hors du commun, comme un sixième sens. Et celui-ci lui disait que, vraiment, c’était beaucoup trop simple.

- Ouais mais Martin, il est marié, lança-t-il sans conviction.

- Et alors? rétorqua Tony en soulevant furtivement les épaules, comme si pour lui, c’était dérisoire.

- Bah je sais pas je trouve ça louche.

- Tu fais chier Daniel, lâches un peu Hastings et concentres-toi sur l’enquête.

Et bien là, son sixième sens disait à Daniel de se concentrer sur Hastings. Cet homme lui sortait par les yeux!

- Tu as vu comme cet homme est froid! reprit-il furibond. Je suis sûr qu’entre lui et son soi-disant associé, un règlement de compte c’est déclenché.

- J’avoue qu’Hastings a le profil du parfait meurtrier psychopathe que rien ne pourra jamais atteindre, admit Tony d’un geste furtif de la main. Mais ce n’est pas une raison.

- Le psy n’a pas dit qu’on aurait à faire à un maniaque?

- Si…

Daniel sourit. Ce n’était pas souvent qu’il avait le dessus sur son collège, en tout cas pas dans une conversation de ce genre.

- Bah tu vois, lança-t-il fièrement.

- Trouves-moi une seule preuve contre Hastings une seule! rétorqua gravement Tony. Et je serais ravis de lui coller un agent au cul.

Au même moment, une collègue à eux pénétra dans leur bureau, l’air essoufflé.

- J’ai…j’ai des nouvelles sur…Hastings, réussit-elle à articuler en déposant un dossier rouge sur le bureau de Tobias.

Il l’ouvrit et le feuilleta quelques instants avant de relever les yeux vers Pérez. Celui-ci connaissait ce regard, et il lui disait: « C’est bon pour toi. »

- Alors? le questionna celui-ci, avide.

- Et bien…il paraîtrait que…

Dieu que Daniel détestait quand Tony prenait un malin plaisir à tout faire durer! C’était un tic chez lui, il aimait que tout traîne en longueur.

- Quoi? répliqua Daniel, perdant patience.

- Que Hastings aurait suivit les mêmes études que Martin, reprit Tony sans faire tomber son regard.

- C’est-à-dire?

- Il a été diplômé d’une école de photos il y a un peu plus de sept ans.

Daniel aurait sauté de joie s’il aurait trouvé le sommeil cette nuit. Mais là, étant fatigué, il avait peur de se rater, ce n’était pas le moment de se casser une jambe. Mais dans ses yeux, la joie se lisait, et Tony en soupira.

- Et bah tu l’as ta preuve! reprit joyeusement Daniel. Seul un spécialiste a put réaliser d’aussi belle photo, c’est toi-même qui l’a dit.

- Écoutes Pérez, je ne vois pas l’utilité de suspecter Hastings comme ça.

- Bordel mais fais-moi confiance merde! rétorqua Daniel avec violence, des flammes dans le regard. T’as vu aussi bien que moi comme il a été froid!

Le seul problème, avec dix années de service, c’était que la peur était tombé. À son arrivée, Tony avait peur de Daniel comme un enfant craignait de voir surgir un monstre de son placard. Mais aujourd’hui, Daniel ne parvenait plus à l’impressionner. Hausser la voix ne servait plus à rien.

- Désolé mais non faudra trouver mieux que ça, répliqua Tony en détournant le regard.

- Tu fais chier!

Et Pérez sortit du bureau en claquant la porte, non, frapper son collègue ne servait plus à rien.

*

* *

Bradley Hastings n’avait pas vu la couleur du moindre appel téléphonique des deux inspecteurs. Il l’avait bien dit. Se n’était que des pseudo flics. Dès le départ, il avait explosé de rire en les voyant. Intérieurement bien sûr. L’un, banal à en pleurer aussi calme et posé qu’un moine bouddhiste en pleine méditation, et l’autre qui se voulait mauvais garçon, « bad boy » avec ses airs de grand méchant loup.

Il avait continué à venir au bureau régulièrement, s’offrant de temps en temps quelques journées de congés chez lui, et en avait complètement oublié cette histoire d’enveloppe et de photos morbides. Après tout, peut-être n’était-ce que le coup d’un maniaque qui avait voulu se faire remarquer par la police. Cet Harry Ambruster avait juste manqué de chance et lui aussi.

Mais Brad s’ennuyait ferme dans son bureau. Nathalie était partit en tourné mondiale pour accueillir le plus de futur mannequin possible - une idée de Brad- et Fred gardait la bouche fermée la plupart du temp. Il semblait s’être enfermé dans un semi mutisme depuis l’arrivée de cette enveloppe, même si Brad l’avait récemment vu en pleine étude anatomique avec l’un de ses nouveaux stagiaire.

Et dire que Fred se vantait d’être un homme marié. Si sa femme le voyait. Fred n’avait jamais été aussi riche que Brad et s’ils voulaient avoir une chance de monter leur propre agence, il leur fallait énormément d’argent. Fred s’était alors dévoué pour se marier avec la plus stupide et laide des femmes du campus. Oriane Maillet, une anglaise pleine aux as et héritière d’un royaume de chevaux de course. Son père était éleveur de pur sang connu de part le monde.

Après le mariage, Oriane avait alors hérité et était partit vivre en angleterre. Elle envoyait régulièrement à Fred des gros chèques bien salés qui faisait du bien à l’entreprise et Fred ne s’était jamais plein de son absence, au contraire, cela lui permettait de vivre pleinement sa sexualité.

Brad avait appris sa préférence pour les hommes lorsque son collègue était arrivé en pleure chez lui, un soir, pour tout lui avouer, hurlant qu’il en avait trop sur le cœur et qu’il fallait qu’il parle. Même si Brad avait alors fait un effort considérable pour lui montrer tout le respect dût à son meilleur ami, il ne s’était pas empêcher de lui dire qu’il fallait qu’il fasse quelque chose pour redevenir normal. Il ne comprenait pas ce genre de chose. Il ne comprenait pas comment un homme pouvait délaisser les femmes pour d’autres hommes. Il trouvait ça répugnant. Déjà que, à ses yeux, toutes les femmes n’étaient pas forcément potable, alors maintenant si les hommes si mettaient.

Il appuya sur le bouton gris du téléphone d’un geste las.

- Mademoiselle Odin? appela-t-il de sa voix froide et morne.

- Oui? lui répondit sa secrétaire.

- Apportez-moi un café.

- Bien Monsieur.

Et voilà, il n’avait pas à se déplacer, comme toujours on lui apportait ce qu’il voulait. Cela s’était toujours passé comme ça, il avait toujours eu tout ce dont il avait besoin, et même trop de superflus. À treize ans il avait eu sa première moto, à quinze ans sa première relation sexuelle, une employée de son père qui aurait pu être sa mère, et à seize ans, sa première voiture. Il se souvenait encore de son dépucelage. La femme était belle, grande et chimique, comme toutes celles qu’il avait connu jusqu’ici, âgé de presque trente ans, elle lui avait proposé cela en plein dîner, lors de l’anniversaire du père de Brad. Il se souvenait encore de son argument: « L’expérience te fera du bien Brad, tu verras après cela pour toi se sera du tout cuit. » La première fois qu’ils l’avaient fait, Brad avait fait exprès d’être terriblement mauvais pour qu’ils recommencent dans la minute. Évidemment, la jeune femme ayant des idées de grandeur, ils avaient fait cela dans le lit des parents de Brad. Trois fois d’affilé, ponctué de fellation vicieuse. Très bon souvenir pour Monsieur Hastings. Il avait apprit que la jeune femme était morte d’une overdose quelques semaines plus tard. Très triste, vraiment.

Il était neuf heures du matin et Brad sentait déjà que cette journée risquait d’être difficile. Il avait le nez pour ça et, bien sûr, il n’avait aucun souvenir d’une quelconque journée qui aurait pu être bonne. Sa secrétaire ouvrit doucement la porte du bureau et lui apporta une tasse fumante qu’elle posa délicatement en disant:

- Voilà Monsieur.

Et elle ressortit. Brad s’empara d’un dossier des statistiques de recrutement de l’année passée et s’allongea confortablement sur sa chaise. Il prit sa tasse de café, en but une gorgée, puis la reposa. Il répéta les mêmes gestes plusieurs fois de suite durant une demi-heure, jusqu’à ce que le « bip » d’appel de sa secrétaire retentisse. Il appuya sur le bouton gris. Il détestait être dérangé, surtout lorsqu’il se mettait enfin à travailler sérieusement.

- J’espère que vous ne me dérangez pas pour rien! lança-t-il avec force.

- Une dame est là pour vous Monsieur Hastings, lui dit la voix métallique de Mademoiselle Odin.

- Qui est-ce? répliqua Brad avec dédain.

- Elle dit s’appeler Lisa Monsieur.

Brad resta indécis quelques secondes, réfléchissant à toute vitesse. Lisa! Ne lui avait-elle pas dit qu’elle ne voulait plus jamais le voir de son existence! Décidément, elle changeait bien vite d’avis. Et puis, pourquoi pas, avec Nathalie absente, il commençait à s’ennuyer ferme ici, tout seul. Lui faire l’amour ne serait pas de trop, à cette femme bandante à souhait. Et puis, Lisa était du genre à se laisser faire. Brad avait beau employer les pires sévices du monde sur elle, elle pleurait mais ne disait jamais non en fin de compte. Ah, cette Lisa. Il adorait la rabaisser et l’humilier, la voir pleurer. Il sourit et avisa un coin de son bureau, là où il pourrait la plaquer pour la prendre violemment.

- Et bien… faites-la entrer…, lâcha-t-il doucement.

La porte s’ouvrit lentement, laissant passer la plus belle femme que Brad eut sut voir de sa vie. Elle était rousse aux reflets chauds et brûlants, et ses yeux bleu translucide étaient aussi pur que du cristal, pareil à son cœur et son âme. Lorsqu’il croisa son regard, Brad ressentit un frisson, là, au plus profond de lui. Son regard fuyant, ses gestes discrets et timides, son corps blanc mince et svelte sans être trop élancé. Jusqu’à ses pas, timides eux aussi. Elle portait une jupe rose légère et un chemisier de soie blanc. Un petit sac à main blanc brillait doucement et quelques bijoux ornaient ses oreilles, son cou et ses mains. Elle s’approcha en évitant son regard.

Mais une fois assez proche, elle plongea ses yeux d’azur dans ceux gris métallique de Brad. Elle savait parfaitement à quoi s’attendre en venant ici, cela se voyait que trop bien, et pourtant, elle était venu. Alors elle aimait ça, qu’il la violente. Et bien soit, elle aurait ce qu’elle était venu chercher. Brad n’était pas du genre à dire non au désir des femmes, surtout quand celle-ci pourrait le faire jouir atrocement.

- Bonjours Brad, lui dit-elle doucement.

Brad sentit un frisson remonter sa colonne vertébrale. Sa voix avait raisonné, claire et vibrante, comme le son d’une cloche de cristal. Que voulait-elle exactement? L’exciter comme un taureau? Cela ne saurait tarder.

- Que me vaut cette honneur? demanda-t-il simplement.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il avait réussis à garder tout son sang froid. Sa voix était tout aussi glaciale qu’à l’ordinaire, si ce n’est plus. Il se contenta de se caler confortablement dans son siège de cuir et de la regarder de haut en bas. Elle paraissait mal à l’aise et détourna son regard. Il avait envie de la pénétrer violemment et d’entendre ses cris de douleur. Au fond, il savait qu’elle aimait cela.

- Les flics sont venus me voir chez moi, reprit-elle en nouant ses doigts nerveusement. Ils m’ont parlé d’une enveloppe et de photos…

- Ils t’ont posé des questions? coupa Brad dans un sourire.

Il ne pouvait pas s’en empêcher. Et il comprenait pourquoi. Elle lui avait toujours fait cet effet-là. Il avait envie de la prendre et de l’allonger sur le bureau. Elle fuyait son regard, belle, timide et soumise comme ils les avaient toujours aimée. Il se jouait d’elle, il avait toujours adoré la rabaisser au simple statut de jouet.

- Oui…répondit-elle apparemment gênée. Je pense qu’ils croient que c’est toi le coupable.

- Qu’est-ce qui t’amène ici Lisa.

- Et bien…je suis venu te parler des inspecteurs…

Brad se leva, provoquant un recul de la part de la jeune femme qui se mit à trembler. Elle était désirable certes, mais il n’avait pas le temps de jouer au chat et à la souris. Pas aujourd’hui. Là, il voulait juste passer à l’action.

- Non je ne pense pas que se soit simplement pour ça Lisa, reprit-il en affichant toujours ce sourire. Tu es toute en beauté aujourd’hui!

- Arrêtes…s’il te plait…

Elle regardait par terre à présent, reculant au fur et à mesure que lui avançait. Il souriait toujours. Il aimait ça, de les voir si abandonnées, essayant par tous les moyens de lui échapper. Elle avait toujours tenté de lui échapper, mais il finissait par l’avoir. C’était une preuve de plus du plaisir qu’elle ressentait à être violentée. Car lorsqu’elle tentait de lui échapper, Brad lui faisait comprendre qu’elle ne devait pas recommencer, et elle recommençait toujours. Il n’en était pas arrivé à se servir de jouet quelconque sur elle, il n’utilisait que ses mains.

- Tu as peur? demanda-t-il en lui caressant la joue sous ses cheveux flamboyants.

- Arrêtes Brad…, murmura-t-elle sans conviction.

- Pourquoi es-tu revenus Lisa?

- Arrêtes s’il te plait…

- Je ne te retiens pas tu peux partir.

- Mais…je…

- Tu veux rester c’est ça…petite Lisa…

Il l’avait toujours appelée ainsi, la rendant encore plus faible qu’elle ne l’était déjà. Dans quelques secondes il la retournerait pour lui coincer un bras dans le dos, se délectant de ses cris, et l’allongerait sur le bureau avant de lui soulever sa jupe et de la pénétrer avec force. Les yeux bleus de la jeune femme s’embuèrent de larmes et Brad émit un rire moqueur. Elle savait parfaitement à quoi s’en tenir, ils se connaissaient depuis tellement d’année. Il aimait les voir pleurer, effrayées.

- Viens dans mes bras, lança-t-il brutalement.

Sa demande raisonna comme un ordre dans le bureau. Lisa frémit. Si elle refusait, il la violenterait encore plus, et elle le savait, alors elle refuserait forcément.

- Non…, réussit-elle à murmurer.

- Viens j’ai dis.

Il l’attrapa par le bras et la tira à lui. Il lui avait presque broyé le poignet, elle poussa un cri de douleur, faisant mine de résister légèrement. Tentant de se dégager de son étreinte mais il l’embrassa, fourrant sa langue dans sa bouche sans aucune douceur, malgré ses protestations. Il la relâcha après un long moment, souriant toujours devant ses pleurs.

- Tu m’as fais tellement de mal Brad, lui dit-elle d’une voix brisée.

- Mais il y a eut des bons moments, rétorqua-t-il en tentant de l’embrasser de nouveau.

- Arrêtes! lâcha-t-elle effrayée en tournant la tête.

Brad rigola. Il adorait produire cet effet sur les femmes. Les larmes coulèrent sur les joues de Lisa. Voilà, encore quelques secondes et elle aurait mal, très mal, plus encore que d’habitude.

- Je t’en prie…Brad…

Oui, vraiment très mal et elle le savait. Elle savait parfaitement qu’il la prendrait par derrière dans quelques secondes pour propager en elle une douleur cuisante et humiliante. Brad savait qu’elle ne l’avait pas supplier de la lâcher, mais bien de la prendre dans l’instant. Autant prolonger encore un peu plus son humiliation.

- Il fallait y réfléchir à deux fois avant de me quitter petite Lisa, coupa Brad en reprenant sa voix glaciale.

- Oui…

Voilà, elle était prête, elle venait de lui donner le top départ. Évidemment c’était entièrement de sa faute si elle l’avait quitter, tous deux le savaient, mais Lisa était excité à l’idée d’être prise de si violente façon, cela se voyait à ses pupilles dilatées par le désir qui montait en elle.

- Viens…je peux te pardonner.

Lisa ferma les yeux, abandonnée et baissa les bras, toute prête à recevoir sa punition. Brad sourit. Il en était sûr, elle adorait cela, et lui aussi. Pourquoi ne pas la faire languir encore plus? Il s’approcha d’elle et lui embrassa le cou. Elle s’accrocha à sa nuque, tremblante et haletante. Il la mordit avec force, elle poussa un cri étouffé, plus brûlante de désir que de douleur. D’un coup sec, Brad lui retira sa veste en soie blanche, légère et fluide, avant de reprendre ses baisers d’une lenteur calculée. Il l’entendit pousser un râle d’impatience. Mais il ne cessa pas son manège.

- Je t’en prie Brad! lança Lisa à son oreille. Prends-moi!!!

Brad sourit. Elle cachait vraiment bien son jeu cette petite Lisa. Prit d’un excès de désir soudain, il lui arracha son tee-shirt fin, provoquant en elle un frisson brutal. Elle s’occupa de lui ouvrir sa braguette, puis, une fois fait, elle s’accroupit devant lui. Mais Brad, peu enclin à se laisser dominer, lui attrapa le bras pour la redresser. Elle sembla le supplier du regard.

- Oh je t’en prie Brad! lâcha-t-elle en lui caressant vicieusement le sexe.

La dernière fois qu’elle lui avait fait une fellation, il s’était laissé emporté par le plaisir et l’avait presque étouffé. Et maintenant elle en redemandait? S’il ne la connaissait pas autant, il aurait été complètement désarçonné. Comment était-il possible qu’une telle femme, paraissant aussi frêle, puisse être aussi perverse? Brad ne lui lâcha pas la bras et la retourna vivement. Lisa poussa un râle de douleur mêlé à l’excitation la plus pure. Il lui attrapa les cheveux et tira sa tête en arrière. Elle cria de douleur mais ne fit rien pour l’en empêcher.

- Tu vas recevoir ce que t’es venu chercher, lança Brad aussi calmement que possible.

Il la plaqua violemment sur le bureau et souleva sa jupe, dévoilant ses fesses légèrement rose. Elle ne portait même pas de sous-vêtement. Il n’y avait décidément pas de limite à sa perversité. Il lui écarta les fesses et la pénétra brutalement, lui soutirant un cri de douleur non retenu. Il commença ses coups de reins sans perdre de temps, elle criait aussi fort qu’elle le pouvait et souleva l’une de ses jambes pour permettre une plus grande pénétration. En quelques secondes à peine, il se retrouva à lui envoyer d’affreux coup de boutoir, mais pas un seul instant elle ne lui demanda d’arrêter, au contraire, elle lui hurla qu’elle en voulait encore plus. Soudain, Brad sentit un frisson affreux lui déchirer le bas-ventre, puis son sexe devint tout mou et il se retrouva incapable de continuer.

Mais il était à peine essoufflé! Il avait encore une bonne demi-heure d’énergie à offrir, pourquoi se revirement tout à coup? Lisa gémit.

- Brad! poussa-t-elle d’une voix rauque de plaisir. Je t’en prie ne t’arrêtes pas!

Mais Brad était incapable de continuer! Fermant rapidement sa braguette pour qu’elle ne remarque pas son impuissance soudaine, il se racla la gorge, gardant une fierté de mâle dominant.

- Tout compte fait se n’est pas une bonne idée, lança-t-il froidement. Sors d’ici.

Il tourna les talons, prêtant bien attention à ne pas la regarder. Faite qu’elle n’est rien remarqué.

- Je ne te plais plus c’est ça! lança-t-elle dans un sanglot.

- Non effectivement, rétorqua Brad en se servant un verre de scotch. Tu crois que je t’ai trompé pourquoi le jour du mariage? Pauvre petite Lisa naïve.

Il entendit ses sanglots, ses pas, puis la porte s’ouvrir et se refermer violemment. Il soupira. Mais qu’est-ce qui lui arrivait maintenant! Voilà qu’il n’était plus capable de bander devant une femme aussi perverse! En plus il n’y avait pas plus excitante que Lisa et lui ne parvenait même pas à lui faire l‘amour plus d‘une minute! Son érection était pourtant forte il y a quelques secondes, et là, il n‘y avait plus rien! Il frissonna.

« Pitié pas l’impuissance! » pensa-t-il les yeux écarquillé. « Pourquoi je n’arrive plus à bander putain! »

À ce moment là, un cri aigu et effrayant retentit si fort que Brad sursauta.

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Entre deux mondes - chapitre 5 : Démission  (Entre deux mondes) posté le dimanche 22 novembre 2009 22:17

Le téléphone raisonna dans le bureau, lent et monotone. L’inspecteur Tony Tobias décrocha.

- Tobias à l’appareil, lança-t-il en baillant.

Une voix grave s’éleva du combiné, Tony écouta attentivement, ne prêtant pas attention à son collègue qui venait de retirer ses chaussures pour les sentir, grimaçant. Il y avait de quoi se taper la tête contre les murs des fois.

- Comment?!!!! lança-t-il soudainement.

Daniel Pérez, avait placé ses pieds sur le bureau et fait basculer sa chaise en arrière. Lorsqu’il entendit la voix de Tony raisonner avec autant de force, il manqua de chuter mais se rattrapa de justesse au mur derrière lui.

- Très bien on arrive, lança Tony avant de raccrocher.

- Qu’est-ce qu’il se passe? lui demanda Pérez en remettant rapidement ses chaussures.

- Une seconde lettre vient d’être réceptionnée par la secrétaire d’Hastings, répondit Tobias en enfilant sa veste.

Pérez se leva à son tour, saisit son long manteau de cuir et courut dans le couloir à la suite de son collègue. Pour une fois que Tony était plus dynamique que Daniel!

Et quelques minutes plus tard, ils pénétrèrent dans le couloir du vingt-troisième étage de la H&M Corp. Des policiers étaient là, une psychologue se tenait près de Mademoiselle Odin et deux autres entouraient Bradley Hastings et Frederik Martin. Un flic en civil s’approcha des deux inspecteurs pour leur remettre l’enveloppe enfermée dans un sac zippé. L’inspecteur Tobias enfila des gants blancs et sortit l’enveloppe de papier kraft. Il en retira six photos en tous points semblables aux six précédentes, représentant un nouveau jeune homme frêle et effrayé. Les quatre premières photos représentaient les phases de la torture, la cinquième montrait la victime castrée et la dernière affichait sa mort. C’était comme un ballet morbide, un défilé d’horreur qui provoquait des frissons, et donnait des nausées.

L’inspecteur Pérez, quant à lui, n’avait pas quitté Hastings des yeux. Celui-ci semblait troublé pour une fois. Il fixait le sol devant lui, perdu dans ses pensées.

- Putain! lança Tobias en rangeant les photos dans l’enveloppe. Deux meurtres, pas de cadavres, des centaines de suspects dans cette entreprise et pas un seul indice!

Tony aimait les choses concrètes, lucides, claires. Et là, c’était tout sauf clair. Pérez ne répondit pas, il continuait de fixer Hastings de ses yeux de braise. Les mains dans les poches de son jean noir, des lunettes de soleil pendaient d’une poche de sa veste, il ressemblait parfaitement à l’image de « bad boy » que Brad s’était fait de lui.

- Oh tu m’écoutes?! lâcha Tobias en rendant l’enveloppe au policier.

L’entêtement inutile de son collègue avait le don de l’énerver et malheureusement, c’était un art dans lequel Daniel était passé maître.

- Euh…oui oui je t’écoute, répondit Pérez en détournant enfin les yeux.

- Apportez ça au labo pour faire un relevé d’empreinte, dit Tobias au policier qui rangeait l’enveloppe dans le plastique zippé.

- Tu vas interroger Martin moi je m’occupe d’Hastings, reprit Daniel.

- Non c’est pas une bonne idée, je prend Hastings et toi Martin.

Mais Daniel Pérez n’écoutait plus, il se dirigeait déjà vers Bradley Hastings. Tony Tobias soupira, le maître de l’entêtement stupide venait de refaire surface. Cette histoire allait mal se finir! Brad sortit son sourire frimeur de sa poche lorsqu’il vit l’inspecteur avancé vers lui. Et voilà, le bad boy était dans la place.

- Tiens! Inspecteur, lança-t-il en croisant les bras. Rappelez-moi votre nom…inspecteur?

- Pérez, répliqua Daniel sur un ton de défis.

- Ah oui c’est ça. Pérez.

- J’aurais besoin de vous poser quelques questions.

Brad sourit au fond de lui. Voilà, l’heure de la confrontation avait sonné. Dans sa tête, il entendit la cloche du premier round retentir.

- Je suis tout ouï, lança-t-il heureux de son effet.

- Pourrions-nous allez dans votre bureau, Monsieur Hastings? demanda Daniel.

Il voulait de l’intimité? Très bien, il allait l’avoir. La confrontation n’en serait que plus rude. Brad entendit raisonner les paroles d’un quelconque commentateur de match de boxe dans sa tête: « Mesdames et Messieurs, sous vos yeux, dans quelques secondes, viendront s’affronter deux géant de la confrontation visuelle poids lourd! Premier round! »

- Bien sûr, répondit-il en souriant.

Brad conduisit l’inspecteur dans son antre, ce sourire intimidant toujours affiché aux lèvres. Voilà, cet inspecteur venait de poser les pieds sur son territoire, il avait l’avantage du terrain. Il referma les portes lorsque Pérez fut entré et partit s’assoire sur son siège de cuir noir, le fixant toujours. Il ne prit même pas la peine de lui proposer un verre, il connaissait déjà sa réponse: «  Pas en service! ».

- Asseyez-vous inspecteur je vous en prie, dit-il moqueur dans un geste de la main.

Daniel Pérez s’installa et toisa Brad d’un regard noir. Ses cheveux brun tombaient négligemment devant ses yeux, dans une certaine grâce désinvolte, sa peau hâlée diffusait une effluve de parfum musqué qui envahit bientôt la pièce. Brad prit son air le plus indifférent. Il savait qu’en face de lui se trouvait son ennemi. Ils étaient aussi semblables que le jour et la nuit. L’un possédait une beauté blonde glaciale et l’autre un charme brun torride. Mais pour une raison qu’il ignorait encore, cet inspecteur lui vouait une haine profonde. Il sentait que le bad boy commençait à prendre l’avantage.

- Que puis-je pour vous inspecteur? demanda-t-il de sa voix la plus froide.

- Où vous trouviez-vous lorsque votre secrétaire , Mademoiselle Odin, a reçut cette lettre? demanda Daniel en regardant tout autour de lui.

- Ici même.

- Et que faisiez-vous?

Brad hésita un instant. Devait-il lui répondre franchement? C’était mal de mentir à un agent des forces de l’ordre. Il construisit une phrase parfaite dans sa tête: « Je m’envoyais mon ex-femme. »

- Je recevais une cliente, répondit-il simplement.

« Le premier round est remporté haut la main par l’inspecteur! Brad tiendra-t-il le coup face à temps de puissance? » Ce n’était que partie remise.

- Qui exactement? répliqua Daniel du tac au tac.

- Oh vous la connaissez sûrement, puisque vous l’avez déjà interrogé. Il s’agit de Lisa Scorfield.

« L’inspecteur encaisse le coup sans rien dire, c’était pourtant un bel uppercut. Bradley serait-il en difficulté? »

- Ah oui…celle qui a commit l’erreur de vous demander en mariage.

« Le deuxième round fut court mais palpitant! L’inspecteur l’a de nouveau emporté! Comment Brad va-t-il encaisser le choc cette fois? »

- Que me vaut cette haine inspecteur? rétorqua Brad en fronçant les sourcils.

Pérez se rapprocha d’Hastings, même si un bon mètre les séparait encore, il fronça les sourcils, le regard plein de suspicion. « La confrontation se fait plus rapprochée maintenant, l’inspecteur aurait-il prit conscience de sa supériorité face à Brad? »

- Je sais que c’est vous qui avez fais le coup, lança-t-il dans un semi murmure, comme pour savourer ses paroles.

Mais Brad rigola d’un rire sans joie. « Brad semble gagner du terrain, en jouant la carte de la provocation, c’est risqué! »

- Vous êtes insensible Monsieur Hastings, reprit Daniel sans se laisser déstabiliser une seule seconde. Je sais qu’une guerre s’est déclenchée entre vous et votre…collègue. Je vous mettrais derrière les barreaux pour le reste de votre vie.

- Peut-être mais d’abord il faudra avoir des preuves contre moi, coupa Brad en reprenant sa fixité glaciale. Et croyez-moi, vous aurez du mal à en trouver.

« Qui réussira à gagner ce combat?! »

De leur côté, Tony Tobias et Frederik Martin avait eux aussi engagé une conversation, dans le bureau de l’associé d’Hastings. C’était une pièce spacieuse, beaucoup plus chaleureuse que le bureau de Brad. Tony avait néanmoins eut un mauvais pressentiment en y pénétrant. Comme s’il entrait dans le couloir de non-retour, le couloir de la mort. C’était une sensation désagréable et il n’était pas aussi doué que son collègue pour ce qui est de cacher ses émotions. Toutefois, il garda un certain contrôle de lui-même, prenant la situation bien en main.

- Avez-vous vu les photos, Monsieur Martin? demanda Tobias d’une voix clair.

- Oui…

La voix de Fred était brisée, lointaine et triste, il semblait profondément choqué de cette attaque, même si elle était adressée à son collègue et non pas à lui. Le désordre qui régnait sur son bureau témoignait d’un grand chamboulement intérieur, Tony en était certain, car le bureau de Daniel était pire qu’une chambre d’adolescent.

- Connaissiez-vous la victime? demanda-t-il aussi doucement qu’il le put.

- Oui…

- C’était encore un stagiaire à vous?

- C’est exact…

- Donnez-moi son nom s’il vous plait.

Mais Fred fondit en larme, le visage dans les mains. Tony Tobias se sentit impuissant et la tristesse de son interlocuteur l’envahit comme une vague froide. Il n’était pas du genre à lésiner sur le travail, mais ignorer la détresse de quelqu’un n’était pas vraiment de coutume chez lui, plus chez Daniel.

- S’il vous plait Monsieur Martin, reprit-il en se contrôlant difficilement.

- Il…s’appelait Nathan…Simon, répondit Fred d’une voix brisée.

- Nathan Simon?

- Oui…

- Depuis quand était-il votre stagiaire?

- Six mois maintenant…il n’avait même pas terminé sa formation.

- Bien…

Cette révélation perturba Tobias. Cela rayait l’une des ses hypothèses de la liste. Et dire qu’il y avait passé la nuit précédente! Voilà, une nouvelle nuit blanche s’annonçait. Daniel trouvait ça stupide de perdre le sommeil pour si peu, mais Tony savait parfaitement que son collègue était victime du même mal. Sauf que lui était certainement en meilleur compagnie.

- Mon dieu…jamais je n’aurais dû…, sanglota Fred en détournant le regard.

- Vous n’auriez pas dû quoi Monsieur Martin? l’encouragea Tony en se penchant vers lui.

- Lui proposer cela…

- Lui proposer quoi?

Daniel Pérez n’était pas plus avancé de son côté. Hastings semblait plus préoccuper de remporter ce combat plutôt que de l’aider. Enfin, c’était prévisible. Du moins pour le moment.

- Et qu’est-ce qui vous permet d’affirmer ce que vous avancez inspecteur?

La voix de Brad raisonna dans la pièce, froide et moqueuse. Daniel sentit sa main le démanger. Il avait envie de lui envoyer une bonne droite dans la mâchoire pour lui faire comprendre qui était le maître ici. Daniel n’avait pas pour habitude de se laisser marcher dessus sans rien dire. Le seul qui était encore en droit de lui donner des ordres, c’était Tony. Et même lui avait des limites à ne pas dépasser.

- Prouvez-moi que j’ai tort alors, rétorqua Pérez d’un regard noir.

- Mon collègue, Monsieur Martin, avait une fâcheuse tendance à s’envoyer ses stagiaires, répliqua vivement Hastings.

- N’essayez pas de me faire croire que vous ne le faites pas Monsieur Hastings!

- Oh si je le fais, mais moi se sont des femmes.

- Vous voulez dire que Monsieur Martin est homosexuel?!

Ce qui expliquait pourquoi il était si chamboulé par ces meurtres. Mais pourquoi Hastings s’en fichait-il autant?

- Oui. Je lui ais bien conseillé de voir un psy pour essayer de trouver un remède, mais essayer de faire comprendre cela à un gay vous.

- Vous voulez dire que vous êtes contre?

- Bien sûr.

L’évidence le réveilla, comme une boule de neige coincée dans le caleçon.

- Vous êtes homophobe Monsieur Hastings? demanda-t-il pourtant sûr de la réponse.

- Et alors? répliqua Brad dans un sourire.

- Et bien voilà qui fait une qualité de plus sur ma liste. J’ai une raison de plus de croire que vous êtes le coupable Monsieur Hastings.

- Voyons inspecteur, si vraiment j’étais le meurtrier, croyez-vous que je vous aurais livré ceci sans concession?

- Vous êtes intelligent Monsieur Hastings.

- Merci.

Il le prenait réellement pour un naze, ou bien c’était calculé? Là, Daniel avait vraiment l’impression d’être naze. Évidemment que c’était calculé, Hastings était loin d’être stupide. Quoi que.

- C’est pour cela que je pense que, au contraire, vous m’avez dit tout ceci en espérant que je ne vous soupçonne plus, reprit Daniel dans un sourire satisfait.

- À votre guise inspecteur. Mais encore une fois, avant de m’accuser de quoi que se soit, trouver donc des preuves.

« Nous venons d’assister à un revirement incroyable de la part de Bradley Hastings! Malheureusement, sa contre-attaque s’effectuera trop tard et les deux concurrents termineront ce match titanesque sans plus de résultat! Nous restons indéniablement sur notre faim. »

*

* *

Quelques longues minutes plus tard, les deux inspecteurs étaient partis. Brad buvait tranquillement son verre de scotch, assit sur son haut fauteuil de cuir, regardant par l’immense vitre. Toute la ville s’animait en bas. En face de l’immeuble, le parc où les amoureux se retrouvaient pour un après-midi à se bécoter au soleil, s’étendait sur plusieurs hectares. Brad était perdu dans ses pensées, il regardaient les gens défiler en bas sans vraiment les voir. Daniel Pérez, ce bad boy, avait vraiment une très haute estime de lui-même, alors qu’en fait, il ne valait pas grand chose.

Brad lui, pouvait se permettre de se pavaner, il avait la classe qui allait avec. Mais cet inspecteur n’avait qu’une allure de mauvais garçon. Et sa façon de le regarder d’un air supérieur était vraiment détestable! Ce qui énervait le plus Brad, au fond, était qu’en réalité, cet inspecteur se sentait non seulement supérieur à lui, mais en plus, il l’était réellement. Mais l’autre, cet inspecteur Tobias semblait avoir une totale maîtrise de ses nerfs, mais aussi de ceux de son collègue. Pour le peu qu’il l’avait vu, Brad en avait déduit que ces deux hommes semblaient très proche, même peut-être bien plus que cela. Chaque fois qu’il les voyait, il remarquait avec quelle discrétion dissimulée l’inspecteur Pérez tentait de protéger l’inspecteur Tobias. Peut-être étais-ce intentionnel, ce qui rendait la chose plus certaine encore. Et Tobias qui surveillait les paroles de Pérez plus qu’il ne maîtrisait les siennes. Il y avait quelque chose de fort entre ces deux hommes. Mais c’était sûrement à sens unique. Cela expliquerait-il pourquoi Pérez défendait la cause des homosexuels? Cela aurait pu être marrant qu’il le soit, lui ou Tobias.

Plutôt que de ruminer les problèmes sexuels des autres, pourquoi ne s’inquiétait-il pas des siens? Ce blocage qu’il avait eu, alors qu’il commençait tout juste à faire l’amour à Lisa, continuait de le hanter. Depuis, son sexe n’avait plus eut la moindre réaction. Plutôt inquiétant. Même si cela remontait à quelques heures seulement, Brad avait l’impression d’être impuissant depuis des années. D’ordinaire il avait toujours assez bien contrôlé cette partie de son corps, c’était d’ailleurs la seule qu’il contrôle vraiment. Mais cette impuissance soudaine sur sa virilité le déstabilisait à un tel point qu’il n’arrivait plus à penser à rien d’autre.

Il avala une nouvelle gorgé du breuvage qui lui brûla la gorge, et quelqu’un frappa doucement à la porte.

- Entrez, lança-t-il les yeux dans le vague.

Et Mademoiselle Odin entra sur l’autorisation de son patron. Elle tremblait et ses joues étaient salies par les larmes. Elle s’avança timidement. Brad la fixa. Qu’allait donc encore inventer cette vieille chouette? Ce que Brad détestait le plus, mis à part l’inspecteur Pérez, c’était cette femme. Elle était vieille et ridée, et il avait en horreur les femmes qui ne l’excitaient pas.

- Monsieur Hastings je…vous remets ma démission, dit-elle dans un sanglot.

Allons bon. Décidément, il avait eu raison de se méfier. C’était une rude et longue journée. Pleine de rebondissement. Un peu de bonheur pour une fois ne lui ferait pas de mal.

- Quoi! rétorqua-t-il en se redressant dans son siège, vous ne pouvez pas! Mon gala est dans une semaine, les recrues de Nathalie sont rentrées hier et les auditions sont pour dans quelques mois!

- D’ici là vous aurez certainement trouvé une nouvelle secrétaire…

La garce! Elle n’avait donc qu’elle en tête cette égoïste!

- Pas avec ce qui se passe ici en ce moment! répliqua Brad de plus en plus furieux.

Il avait toujours eu un sang froid hors du commun pour un homme de sa trempe. Mais face à des femmes qui ne lui plaisaient pas, il perdait vite cette faculté pour se transformer en un « ours maniaco-dépressif », comme se plaisait à le répéter Fred.

- Je suis sûr que vous…

- Vous ne pouvez pas un point c’est tout! coupa Brad en reposant brutalement son verre sur le bureau.

Il fut si brusque que Mademoiselle Odin en sursauta. Brad s’était laissé marché sur les pieds pendant plus d’une demi-heure, par cet imbécile de bad boy reconvertit en mauvais flic. Hors de question que cette vieille chouette s’y mette.

- Vous êtes là depuis sept ans Mademoiselle, reprit Brad en fixant la femme en face de lui d’un regard froid, depuis la création de la H&M Corp. Je ne vous autorise pas à démissionner.

- Mais Monsieur, je ne pourrais pas continuer à travailler dans ces conditions. Je suis désolé de vous abandonner maintenant, mais je ne peux pas continuer à venir! C’est trop dur…

Non, il ne devait pas craquer, il ne devait pas…pourtant la tentation était si forte! Cette sale chouette allait comprendre qui était Bradley Hastings!

- Si seulement vous n’étiez pas si chochotte! lança-t-il d’une voix rauque. Et bien partez, et se n’est pas vous qui démissionnez mais je vous vire vous entendez! Comme ça vous ne toucherez pas les indemnités. Dehors!

*

* *

De retour dans leur bureau, les inspecteurs Tobias et Pérez s’installaient sur leur siège et soufflaient enfin, fatigués. Il était midi à présent, ils étaient resté près de trois heures à la H&M Corp. L’enveloppe avait été menée au labo pour tenter de relever des empreintes quelconque. Pérez avait reprit en main son paquet de cigarette et cherchait désormais son briquet dans l’une de ses poches. Tony le fixa se dépatouiller entre les poches de sa veste, de sa chemise et de son pantalon, avant de réaliser que le briquet tant rechercher était resté sur le bureau depuis son départ.

- Tu paris combien que ça va faire comme avec la première enveloppe, lança Pérez en allumant sa cigarette, il va juste y avoir les empreintes de la secrétaire.

- Ouvres la fenêtre, coupa Tobias en s’étirant, ça coûte rien d’espérer.

- Mouais…

Daniel Pérez ouvrit la fenêtre et retourna s’assoire. Il était comme ça lui, il avait bien les pieds sur terre et savait que généralement, tout ne leur tombait pas tout rôti dans le bec. Ils étaient toujours assaillis par les problèmes épineux et les enquêtes impossibles à résoudre. Tony lui, se permettait d’espérer, comme il l’avait si bien dit, des étoiles plein ses beaux yeux bleus.

- Alors qu’est-ce que t’as appris sur Martin? demanda Daniel en retirant ses chaussures avant de les humer. Il te l’a dit qu’il est gay?

C’était une habitude qu’il avait prise, de sentir ses chaussures lorsqu’il les retirait. D’ordinaire, il faisait cela le plus discrètement possible, même chez lui, mais là, en présence de Tony, rien ne le gênait. Et même si son collègue lui lançait un regard désapprobateur chaque fois qu’il le voyait faire, il recommençait, sans gêne. Pour lui, la puanteur était l’un des pires tues l’amour. Pourquoi s’assurait-il toujours de sentir bon en la présence de Tony?

- Oui, répondit Tony en fronçant les sourcils, mais comment tu le sais toi?

- C’est Hastings qui me l’a dit, répondit Daniel en posant ses pieds sur la table.

- Ah oui!

- Et ouais, et si tu veux mon avis, il s’est un peu empressé de dénoncer son soi-disant collègue et ami.

C’était la première impression que Daniel avait eut, lorsque Brad lui avait lancé cette révélation en plein visage. Il en avait d’abord été assez déstabilisé, mais n’en avait rien laissé paraître. Il ne le fallait pas, surtout pas devant Hastings.

- Règlement de compte? demanda Tony sans vraiment attendre de réponse.

- Règlement de compte, répondit tout de même Daniel, comme pour appuyer son hypothèse.

- Oh, et on peut aussi rayer l’hypothèse d’un stagiaire jaloux de la réussite des autres.

- Pourquoi?

- La nouvelle victime était en stage depuis six mois, il n’avait pas achevé sa formation.

- Et merde.

Les deux hommes restèrent silencieux quelques instants. Oui, cela faussait beaucoup de chose. Tony en avait déduis, à lui tout seul, que peut-être l’un des anciens stagiaires de Martin avait voulu se venger de son renvoi, si toutefois renvoi il y avait, et que, pour cela, il s’en prenait aux nouveaux stagiaires qui eux, avaient réussis. Mais puisque la nouvelle victime n’avait pas terminé sa formation, la thèse s’envolait comme un mouchoir en pleine tempête.

- Ah oui et Martin m’a aussi dit qu’il avait eut des relations avec les victimes, reprit Tony en caressant doucement les fleurs rose de la plante posée sur son bureau.

Il faisait toujours cela lorsqu’il était enfin calme, du moins autant qu’un bouddhiste tibétain.

- Sexuelles? rétorqua Pérez en tirant une bouffée de sa cigarette.

- Bah oui ils jouaient pas au domino dans le bureau, répliqua Tony en levant les yeux au ciel.

Pérez rigola. Tony était un homme très réservé, doux et attentionné. Ce qui ne l’empêchait pas de lancer quelques bonnes réflexions de temps en temps.

- Hastings est homophobe, lança-t-il ravit de lui.

- Quoi?! répliqua Tony en cessant ses caresses florales.

- Et oui, rétorqua Daniel d’une voix théâtrale.

Au même moment, un de leur collègue entra dans le bureau. Pérez s’était toujours époumoné à leur hurler que s’il y avait une porte, s’était pour qu’on s’annonce avant d’entrer, en frappant dessus. Mais cela n’avait jamais servit à rien, après dix ans de hurlement, il avait fini par arrêter, mais n’en pensait pas moins. D’ailleurs, chaque fois que cela se produisait, il soufflait d’exaspération, de tel façon à ce qu’on puisse l’entendre à l’autre bout du couloir.

- Voilà le résultat des empreintes trouvées sur l’enveloppe, lança le nouveau venu en feuilletant les papiers.

- Déjà! s’étonna Tony pendant que Daniel écrasait sa cigarette dans le cendrier plein d’un geste rageur.

- Bah c’est allez vite parce que se sont les mêmes que celles qu’on a trouvé sur la première enveloppe.

- Et merde! s’écria Daniel en se levant de sa chaise, furieux.

- Les empreintes de la secrétaire, dit Tony dans un souffle en passant sa main dans ses cheveux.

- Exact, reprit leur collègue dans une moue déçue.

Il posa les papiers sur le bureau de Tobias et ressortit rapidement, se disant que si Pérez entrait dans l’une de ces rages dévastatrice, mieux valait être dehors.

- Merde merde et merde! s’écria Daniel en s’approchant de la fenêtre, manquant d’envoyer son poing dedans.

Tony se contenta de lire la paperasserie. Il était habitué au saut d’humeur de son collègue. Lors des premiers jours de leur travail en équipe, ils ne se connaissaient pas, ne sortaient pas de la même école, et étaient tout aussi semblable qu’été et hiver. Daniel était un jeune homme de vingt deux ans aussi chaud que la braise, qui s’énervait aussi facilement qu’un taureau devant un drapeau rouge. Tony s’était alors prit plusieurs coup de poing à plusieurs reprise, lorsqu’une enquête ne se déroulait pas comme Daniel l’aurait voulu. Prenant son mal en patience, Tony avait fini par gagner l’amitié de son collègue. Amitié rare, vu le nombre d’ami que Daniel possédait, et qui se résumait au nombre de un. Tony y comprit. Plusieurs minutes de silences passèrent.

- Mais c’est quoi cette enquête! hurla Pérez en jetant son mégot par la fenêtre. Deux meurtres et pas un corps! Même pas le plus petit indice!

- J’espère pour toi qu’il n’y avait pas de passant, coupa Tobias absorbé par ses papiers.

- Hein?

- T’as jeté ton mégot.

- Bah tant pis je lui cramerait la perruque.

Tobias ne put empêcher un sourire de se former au coin de ses lèvres. Avec le temps, Daniel avait aussi apprit à rester plus cool. Certainement un peu du calme olympien de Tony qui avait fini par déteindre sur lui. Mais vraiment un tout petit peu. La surprise prit bientôt place sur le visage clair de Tony.

- Il suffisait de demander…, murmura-t-il en fronçant les sourcils, scrutant le visage de son collègue.

- Demander quoi?! rétorqua celui-ci sans comprendre.

- Des indices!

- T’as trouvé quelque chose?

Il se rua vers son coéquipier pour lui arracher le dossier des mains. Le plus frustrant c’était quand Tony trouvait quelque chose et pas lui. Et malheureusement, cela arrivait souvent. Mais au bout de dix ans, Daniel avait fini par s’y habitué. Après tout, Tony était là pour réfléchir, et lui pour cogner. D’ailleurs, le commissaire de cet immeuble se plaisait à les surnommé Le Calme et La Tempête. Bien sûr, le calme pour Tony, la tempête pour lui. Et cette appellation lui plaisait.

- Les empreintes! reprit Tobias comme si ce simple mot suffisait à résoudre toute l’enquête.

- Bah quoi les empreintes?! répliqua Daniel de plus en plus impatient. Expliques-toi merde!

Inutile de préciser que chez Daniel, la patience n’était pas une de ses vertus.

- Tu devines pas? reprit Tony légèrement sarcastique.

- Mais t’es con! rétorqua Daniel en reposant violemment le dossier sur le bureau, c’est normal qu’on trouve les empreintes de la secrétaire c’est elle qui ouvre les enveloppe.

- Oui mais ce que je ne trouve pas normal, c’est que celles d’un quelconque facteur n’apparaissent pas!

Pérez écarquilla les yeux puis se tira rageusement les cheveux en poussant un cri atroce, approchant vaguement de celui de l’ours polaire en chaleur.

- Et merde! cria-t-il. Comment on a fait pour passer à côté!

- Attends, réfléchis plutôt que de t’énerver, coupa Tony en reprenant le dossier. S’il n’y a que les empreintes de la secrétaire la dessus ça veut dire que…

- Soit c’est elle le meurtrier…

- Soit le meurtrier dépose lui-même l’enveloppe dans la boîte aux lettres de la H&M!

- Putain mais bien sûr!!!

- Retournons là-bas, il doit certainement y avoir des caméras de surveillance dans un immeuble aussi friqué!

Mais l’inspecteur Pérez l’arrêta d’un geste du bras. Il ne devait pas laisser passer cette chance.

- Tu admets maintenant que Hastings peut être le coupable? lança-t-il la mine grave.

- Bon, oui si tu insistes il peut l’être, rétorqua Tobias dans un soupir, en tout cas plus que Martin.

- Pourquoi?

- Je ne vois pas Martin tuer ses amants, sauf en cas de crime passionnel, mais c’est cliché sont tellement sadique que celui qui a fait ça est un vrai maniaque du travail bien fait.

- Hastings est plus maniaque que Martin, crois-moi, et c‘est un homophobe en plus, dans son bureau il m’a quasiment invité à le soupçonner en répétant que je ne trouverais jamais de preuve contre lui. Mets un agent sur son dos!

Les yeux de Daniel semblaient lancer des appels de détresse. Tony ne résistait jamais longtemps lorsqu’il voyait ses deux puissantes prunelles noires le supplier.

- Bon…d’accord, souffla-t-il en attrapant son manteau, mais c’est moi qui choisit l’agent.

Daniel s’arrêta en plein laçage de ses chaussures, et souleva un sourcil.

- Si ça peut te faire plaisir, lâcha-t-il étonné.

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Entre deux mondes - chapitre 6 : Gala  (Entre deux mondes) posté le dimanche 22 novembre 2009 22:20

Une semaine venait de s’écouler et Bradley Hastings n’avait toujours pas trouvé de secrétaire. En fait il ne cherchait pas vraiment, il avait un peu la flemme et avait demandé à Fred de s’en occuper. Du courrier et de la paperasse s’entassait alors sur le bureau à l’entrée. La prochaine secrétaire aurait beaucoup de travail. Nathalie était revenu au bureau le lendemain du jour où la seconde lettre était arrivé à la H&M Corp. Elle était furieuse et s’inquiétait de la réputation de l’entreprise.

Brad s’était retrouvé dans l’embarras lorsque, toute frissonnante de désir, Nathalie lui avait proposer une bonne fellation derrière le bureau. Brad en mourrait d’envie bien sûr, mais il était incapable de fournir la plus petite érection depuis cet incident avec Lisa, et avait donc dû lui mentir pour éviter une question trop gênante. Cela l’avait tracassé toute la semaine. Il avait même longtemps hésité à allez voir un sexologue. Mais il se rendait compte qu’en fait, s’il hésitait tant c’était justement pour ne pas avoir à y aller.

En ce qui concernait ces meurtres, il avait lut d’innombrable articles qui émettaient tous des hypothèses plus farfelues les unes que les autres. Les journalistes ne manquaient vraiment pas d’imagination mais Brad s’en souciait très peu. Il n’était qu’à quelques heures du Gala célébré en l’honneur de leur agence, qui fêtait ses sept années aujourd’hui et restait assit, insensible et froid, regardant par le fenêtre en buvant son scotch. Comme d’habitude, pour ne pas changer.

Il venait de passer plusieurs heures en compagnie de Nathalie à regarder les photos prises des jeunes filles rencontrées lors de la tournée mondiale. D’ordinaire ce genre de réunion produisait toujours son petit effet sur lui, il bandait toujours en regardant ces clichés et franchement il y avait de quoi! Mais là, rien, aucune réaction. Il s’était plus concentré sur son problème de virilité que sur les photos et Nathalie avait certainement remarqué son manque de concentration.

Il entendit la porte de son bureau s’ouvrir. Il se retourna et vit Fred pénétrer dans la pièce d’une démarche légère. Il pénétrait toujours ici sans prendre la peine de frapper, au départ Brad lui hurlait que s’il y avait une porte à son bureau, ce n’était pas pour qu’on l’ouvre sans frapper au préalable. Mais Fred n’avait jamais écouté et Brad avait finit par arrêter de hurler. À quoi bon? Fred s’arrêta soudainement.

- Tu n’es pas habillé! lança-t-il les yeux écarquillés. Putain Brad t’es chiant on y va là!

- Mon costume est dans la buanderie derrière toi, coupa Brad en finissant son verre.

Fred se dirigea vers un pan de mur et l’ouvrit. Un costume chic était là, accroché à un cintre. De couleur noir, en lin et soie, il était l’incarnation même de la classe et la richesse. Il habillait Brad comme une carte habillait un bouquet de fleur romantique. Celui-ci avait retiré sa veste, et défaisait doucement sa cravate.

- Apportes-le moi, ordonna-t-il froidement en jetant sa cravate sur le bureau.

Fred commença à trembler violemment et saisit le costume avec beaucoup de délicatesse. Il le déposa sur une chaise. Brad retira son chemisier et se retrouvait torse nu dans son bureau. Fred sentit la chaleur lui monter à la tête et des gouttes de sueur perler sur son front. De voir Bradley Hastings se déshabiller là, devant lui, lui faisait un drôle d’effet. Bien qu’extrêmement libertin dans ses pratiques sexuelles, il ne s’était jamais vraiment intéressé à Brad. Il le détestait trop pour ça, même s’il admettait que c’était un ami. Mais ce soir, avec les verres qu’il venait de ce boire en compagnie de son nouvel amant du moment, après avoir enchaîné fellation sur fellation dans les toilettes, il ne se sentait plus tout à fait lui-même.

Brad enfila doucement sa chemise de soie coupée à la perfection, qu’il ne sortait que lors des grandes occasions, et la boutonna avec des gestes rapides et précis.

- Fais-moi ma cravate j’y arrive pas sans miroir, lança Brad en lui tendant une cravate d’un velours bleu sensuel.

Fred la saisit d’une main tremblante. S’il ne se contrôlait pas aussi bien, il aurait déjà demandé à Brad de le prendre sur le bureau.

- Tu es sûr que ça va? demanda Brad en relevant un sourcil.

- Euh oui…j’ai juste un peu chaud…c’est tout…

Mais Fred n’était pas sûr d’avoir convaincu son collègue, car celui-ci lui reprit la cravate des mains pour terminer le nœud. Il sentait qu’il l’avait froissé. L’ours maniaco-dépressif était-il en état de somnolence désormais? Guettant le moindre geste déplacé de sa part?

- Ça va avec ce pantalon? demanda Brad en enfilant une veste noire délicate.

- C’est…c’est parfait, répondit Fred qui se sentait perdre le contrôle de lui-même à une vitesse fulgurante.

Il avait une envie incroyable de s’emparer du corps de Brad ce soir. Pourtant il n’avait jamais ressentit cela pour son ami avant. Ces événements et ces lettres semblaient l’avoir plus bouleversé que ce qu’il n’imaginait. Brad enfila une redingote noire très longue et la boutonna. Il regarda ses chaussures.

- Merde, lança-t-il, j’ai pas de pompes de rechanges.

- C’est pas grave, rétorqua Fred en luttant pour que sa voix ne tremble pas. Ces mocassins font très bien l’affaire, nettoies-les juste un peu.

- Ouais je les nettoierais dans la voiture, on y va.

Quelques minutes plus tard, les deux hommes se retrouvaient dans le cabriolet gris de Fred, qui avait remonté la capote. Brad n’avait plus de voiture depuis que celle-ci lui avait été confisqué par la police lors d’une verbalisation, comme son permis de conduire. Conduite en état d’ivresse. Il y avait des soirées, comme ça, où resté chez soi était la meilleure des solutions. Mais Brad n’était pas vraiment du genre à faire attention à ces petites choses sans importance. Il ne comptait plus le nombre de fois ou son beau cabriolet noir avait fait un passage à la fourrière. Il s’affaira quelques instants à nettoyer ses chaussures, puis tenta de coiffer ses cheveux blonds platine. Fred lui lançait des petits regards discrets.

- Comment tu te sens en ce moment? lui demanda Brad sans le regarder.

Fred sourit. Ils étaient dans la voiture et Brad l’humain reprenait le contrôle pour quelques minutes.

- Un peu secoué, répondit-il simplement.

- C’est pas trop dur? rétorqua Brad avec un soupçon de tristesse dans la voix.

- Si…c’est très dur, mais maintenant j’arrête.

- T’arrêtes quoi?

- Je n’aurais plus jamais de relation avec mes stagiaires, je refuse d’en mettre plus en danger.

- Mais Fred ça n’a aucun rapport avec toi! Un homophobe dangereux se promène dans l’agence et a décidé de s’en prendre à tous les gays c’est tout. Mais puisque tu te les tapes tous bah forcément, ça te fait un choc.

- Oui mais même j’arrête.

- Franchement je ne sais pas quoi te dire pour te réconforter, ce genre de situation est tout aussi embêtant pour toi que pour moi. Je te demande simplement de ne pas te sentir coupable.

- Oui…

- Et puis je suis là il ne faut surtout pas que tu crois être seul.

- Merci Brad…

Mais Brad ne répondit pas. Ils approchaient de l’hôtel où était donnée la réception. Lorsque la voiture s’arrêta devant un tapis rouge, des centaines de journalistes se ruèrent sur eux. Brad sourit néanmoins devant les photographes et les caméramans. Une jeune femme posa alors son micro sous son nez. Elle était brune et assez belle, Brad était sûr et certain de l’avoir déjà vu à la télé.

Il sourit. Voilà, c’était le moment.

- Bonsoir Monsieur Hastings, lança-t-elle en criant presque. Pourriez-vous nous dire deux mots sur les tragiques événements qui s’abattent sur votre agence, la H&M Corp, dont c’est l’anniversaire ce soir?

- Je ne peux malheureusement rien vous dire Mademoiselle, répondit Brad d’une voix froide, mais esquissant néanmoins un sourire. Tout simplement parce que je n’en sais pas plus que vous mais l’affaire est entre de bonnes mains, sachez-le, les inspecteurs placés sur l’enquête sont très compétents. Je vous passe le bonsoir, inspecteur Pérez.

Il avait dit cette dernière phrase en regardant la caméra, arborant son sourire frimeur si connu, et secouant la main en signe de bienvenu. Il se fraya ensuite un chemin jusqu’à l’entrée de l’immense hôtel, fit un dernier geste en direction des journalistes et photographes, puis pénétra dans un hall immense, doré et luxueux. Voilà, il l’avait fait. Finalement, lui seul méritait de gagner ce round. Il savait parfaitement que ce bad boy de Pérez entrerait dans une rage folle, et c’était justement ce qui lui plaisait d’imaginer. Fred lui attrapa le bras.

- Tu ne peux pas t’en empêcher! lança-t-il les dents serrées.

Il avait deviner. Décidément, il s’améliorait de jour en jour.

- Qu’est-ce que j’ai encore fait, rétorqua Brad dans son sourire, feignant la surprise.

- À force de provoquer cet inspecteur tu vas finir par le regretter! répliqua Fred les dents serrées.

- Ils n’ont aucune preuve contre moi.

- Oui mais ça ne saurait tarder!

Brad confia sa redingote à un jeune garçon et le réceptionniste vint vers eux pour les conduire au trente-cinquième étage, là où se déroulait la soirée. Lorsque la porte de l’ascenseur s’ouvrit, des cris retentirent pour accueillir les deux nouveaux arrivants, ceux à qui ce gala était destiné. La pièce était somptueuse, des voiles de soie pendaient des murs, de la dentelle devant les fenêtre, du cristal sur les tables, et le fin du fin sur le buffet. Des serveurs parcouraient la salle de long en large, inlassablement, leur plateau plein de flûte, elle-même pleine de champagne pétillant. Brad s’avança vers la foule l’air complètement à l’aise. Tout le gratin des célébrités étaient là et des femmes, toutes plus sexy et superficielles les unes que les autres, grouillaient autour des hommes riches. Bientôt, une dizaine fut sur Brad qui sourit malgré tout. Peut-être que cette soirée allait réussir à le guérir de son impuissance finalement. En fin de soirée il parvenait toujours à attirer trois ou quatre femmes chez lui, alors pourquoi pas ce soir.

Bientôt, une coupe de champagne lui fut servie par une jeune femme, belle grande et blonde, comme toutes les autres. Elle semblait avoir noyé son visage sous une tonne de maquillage et cela sauta aux yeux que sa blondeur n’était pas naturelle. Mais néanmoins Brad accepta sa drague sans broncher. Peut-être arriverait-elle à le faire bander après tout.

Il y avait de la musique, de l’alcool, des filles, tout était réunis ici pour passer une bonne soirée. Mais Brad ne se sentait pas bien. Il s’enfilait verre sur verre et n’avait qu’une envie, que cela cesse pour retourner chez lui et se coucher. Il se surprit à penser ça et se fit peur lui-même. D’ordinaire il adorait les soirées de ce genre où les filles se laissaient sauter sans confession, toujours souriantes, et il rentrait toujours sur les coups de quatre ou cinq heures du matin, chaleureusement accompagné. Mais là, il ne souriait pas, il avait perdu jusqu’au goût de la fête.

Il était si morose que la blonde avait finit par le quitter pour s’éclipser hors de la fête avec un vieil homme ridé aux cheveux blancs.

« Ça sent la pipe à plein nez. » avait pensé Brad en les regardant s‘éloigner.

Un homme vint vers lui. Il était grand et sexy, habillé d’un costume sombre et chic. Il était entouré de deux femmes blondes, l’une habillée d’une robe rouge moulante au décolleté plongeant et l’autre d’une robe noire à l’ouverture à droite légèrement exagérée. L’homme tendit la main à Brad qui la serra.

- Bonsoir Monsieur Hastings, lui dit-il d’une voix suffisante. Je suis Marco Alanzo, le directeur de l’agence TokyoHama.

Allons bon, qu’est-ce que c’était que ce rigolo qui venait troubler son repos d’alcoolique?

- La Tokyo quoi? rétorqua Brad avec un léger coup dans le nez.

- TokyoHama, la nouvelle agence de mannequina japonaise qui a ouvert ses portes en début d‘année, reprit l’homme avec une certaine note de fierté dans la voix. J’aurais espérer vous voir lors de la cérémonie d’ouverture, mais vous ne nous avez pas fait cet honneur.

- Ah oui…les noiches…

Maintenant, cela lui revenait. La TokyoHama était cette entreprise qui avait ouvert, espérant faire concurrence à la H&M Corp. Que les gens étaient naïfs parfois. Brad fixa ce Marco Alanzo. Pourtant, il n’avait rien d’un naïf cet homme. Il était grand, beau, les cheveux gominé, un costume parfaitement taillé, classe et chic, bref, tout l’attirail du nouveau riche qui veut impressionner.

- Je vous demande pardon? réplique Alanzo d’un air hébété.

- Tenez, prenez un verre, rétorqua Brad en attrapant une flûte sur un plateau.

Il lui tendit le champagne et Alanzo le saisit, fixant Brad comme s’il s’agissait d’un insecte qu’il fallait écraser au plus vite. Celui-ci remarqua son regard. En plus d’être légèrement naïf, il était carrément stupide. À moins que se ne soit un nouveau style de drague pas très au point? En tout cas, quoi que se fut, ça n’eut que pour seul effet d’énerver Brad.

- Si ma gueule vous plait pas vous pouvez allé voir ailleurs si j’y suis, lança-t-il avant de finir son verre d’une traite.

Alanzo prit un air offensé et tourna les talons, accompagnés de ses deux femmes.

« Crétin. » pensa Brad en se prenant un autre verre sous l’œil vigilant du barman.

Quelques minutes plus tard, il risqua un œil vers la piste de danse, et vit Fred en pleine conversation animé avec un autre homme, du genre athlétique et charismatique, encore plus bad boy que ce Pérez. Il suivit du regard son collègue s’éloigner avec cet homme, qui lui avait furtivement caresser le bas du dos. Décidément, ce cher Fred ne perdait pas de temps. Durant un certain moment, Brad hésita entre l’envie de partir l’espionner en plein bécotage, et celui de rejoindre une jeune femme qui ne cessait de lui faire des clin d’œil, assise plus loin au bout du bar, et qui avait vicieusement écarté les jambes dans sa direction. Finalement, il ne fit rien de ça, et resta assis là à boire verre sur verre, se sentant de moins en moins sobre. Peut-être cet état d’ébriété l’aidrait-il à bander pourquoi pas. Quelques minutes passèrent et Fred le rejoint, il avait l’air en meilleur forme que dans la voiture.

- Qui c’était ce gars? demanda Brad en attrapant un nouveau verre.

Fred lui sourit et en saisit un également. Soit il s’était fait prendre par cet homme, soit c’était cet homme qui c’était laisser emboîter par Fred. Il y avait le choix. Ou peut-être avaient-ils simplement discuté. Mais cette hypothèse, bien que la plus sage, semblait la plus stupide.

- Marco Alanzo, le directeur de l’agence de noiches, répondit Fred, un sourire béat aux lèvres.

Brad écarquilla les yeux. Alors cet abruti d’Alanzo l’avait vraiment draguer tout à l’heure! Et dire que, vu de dos, il ne l’avait même pas reconnu. Ou bien peut-être étais-ce dû à l’absence des deux potiches qui étaient de nouveau collées à ses bras, comme deux lionnes se disputant une proie. Alors comme ça Fred avait flirté avec le directeur de la TokyoHama. Autant dire qu’il avait fraternisé, le temps d’une petite sucette, avec l’ennemi. Fred le fixa, comme amusé.

- Tu le connais? demanda-t-il légèrement furibond.

- J’ai dû l’envoyer bouler trois ou quatre minutes, avant qu’il ne t’entraîne dans un coin sombre pour une pipette, répliqua Brad en touillant son champagne avec son doigt.

Fred éclata de rire. Brad était d’ordinaire froid, détestable et méchant. Mais il devenait beaucoup plus intéressant une fois qu’il avait un bon coup dans le nez.

- Figures-toi que c’est lui qui m’a taillé une pipe en premier, lança-t-il enjoué, et après c’était à mon tour.

- Laisses-moi deviné, coupa Brad un étrange sourire aux lèvres, vous faites comme les chien qui se sentent les fesses, vous vous identifiez?

Fred préféra ne pas répondre, et avala une gorgée de champagne. Brad fixa la piste de danse, sur laquelle une jeune fille se trémoussait chaudement. Il se concentra sur sa virilité un petit moment, mais soupira de déception lorsqu’il n’y eut aucun résultat concluant. Il n’avait pas parlé à Fred de son problème d’érection du moment, et n’en n’avait pas l’intention, c’était déjà assez humiliant pour lui.

- Attends-moi je reviens, lança Fred soudain captivé par quelque chose ou quelqu’un.

Mais Brad n’y prêta pas attention et continua de regarder la jeune fille sans vraiment la voir, approchant son verre de sa bouche. Que pouvait-il bien faire pour soigner cette impuissance qui mettait ses nerfs à rude épreuve? Quoi que, voilà une semaine qu’il vivait sans sexe et il avait beaucoup moins mal au rein. Coïncidence, ou guérison miraculeuse? Soudain, une voix cria :

- Brad!!!

L’interpellé sursauta et détourna la tête en retenant dans sa bouche, le champagne qui risquait de couler sous l’effet de la surprise. Un flash l’éblouit alors et il entendit un rire. Le temps de retrouver sa vue, et il vit apparaître devant lui une jeune fille tenant un impressionnant appareil photo entre les mains. Elle lui souriait. Il resta bouche bée devant son apparence.

Ce qui attira son attention en tout premier lieu fut la casquette rouge Puma qu’elle portait, assombrissant son regard vert. Elle était vêtue d’un jean trop large pour elle, d’un tee-shirt noir XL et d’une veste en jean trop grande. Cela la rendait légèrement boudinée.

« Mais qu’est-ce que c’est que ça?! » se demanda Brad sans bouger, complètement stoïque.

La jeune fille, toujours aussi souriante, lui attrapa la main pour la secouer brutalement, ramenant Brad sur terre.

- Ce que je suis heureuse de vous rencontrer Monsieur Hastings! lança-t-elle pleine de joie en lui serrant vigoureusement la main. Je suis désolé d’avoir utilisé ce diminutif mais c’est mon patron qui me l’a conseillé, il m’a assuré que si une femme criait ainsi votre nom vous vous retourniez à tous les coups.

Brad ne répondit pas, encore sous le choc. Il en avait déjà rencontré des cas dans son genre. Un jour, il sortait de l’agence et une folle l’avait agrippé en hurlant son prénom, nue bien sûr, avec en gros « Bradley » de tatoué dans son dos. Épisode très marquant de sa vie. Depuis, Brad avait toujours garé sa voiture dans le parking souterrain de l’agence, qui était contrôlé, bien évidemment.

« Et en plus c’est une pipelette. » pensa-t-il éberlué.

Voyant que Brad ne réagissait toujours pas la jeune fille se mit à rire. Il ressentit une vague de chaleur en l’entendant. Cette jeune fille propageait autour d’elle des ondes étranges. C’était à se demander si elle était de cette planète. Elle ne semblait pas du tout chez elle parmi ces hommes et femmes vêtus de strasses et de paillettes, mais elle ne semblait pas le moins du monde mal à l’aise.

- Mon patron c’est Monsieur Martin, reprit-elle en pointant Fred du doigt.

Son geste fut si rapide et violent qu’elle renversa au passage le plateau que portait un serveur. Tous les verres se brisèrent au sol, répandant tout le champagne à terre. Brad sursauta et écarquilla les yeux. Tous les regards étaient tournés vers eux, il avait une atroce envie de courir et de se jeter à plats ventre derrière le bar. Elle plaqua une main sur sa bouche en rigolant.

- Oh pardon! lança-t-elle sans cesser de rire.

Le serveur lui sourit en lui assurant que ce n’était rien. Elle regarda Brad de nouveau.

- Je suis si maladroite, reprit-elle sans cesser de rire.

Brad restait immobile, la bouche légèrement entrouverte. Comment Fred avait-il put engager un tel spécimen? Il savait qu’en ce moment, son collègue avait des envies de renouveau, de « sang neuf » avait-il dit. Mais se n’était pas vraiment du genre de Fred d’engager un telle chose! Elle ne cessait pas de rire.

- Excusez-moi de vous dire ça, pouffa-t-elle, mais je vous trouve bizarre.

Brad cligna rapidement des yeux, reprenant ses esprits. C’était le comble du comble, comme lorsqu’un muet dit à un sourd qu’un aveugle les regarde. Elle se moquait ouvertement de lui en lui affirmant que lui, était bizarre! Soit elle avait une très haute estime d’elle-même, ce qui était assez inimaginable vu l’état de son style, soit elle était inconsciente.

- Pardon?! rétorqua-t-il perplexe mais néanmoins glacial.

Mais ce ton froid n’altéra en rien la bonne humeur de la jeune fille. Rien ne semblait l’empêcher de rire, un meurtre aurait très bien pu se dérouler sous ses yeux, elle semblait vouloir garder ce sourire éternellement.

- Ce gala est quand même en votre honneur, reprit-elle toujours souriante, et je ne vous ais pas vu sourire une seule fois. Vous restez là près de ce bar à boire votre champagne, coincé dans votre costume de pingouin.

Brad écarquilla les yeux, bouche bée, il n’en revenait pas du culot de cette jeune fille. L’alcool avait tout certainement oblitéré sa remarquable faculté d’adaptation car il restait là, stupéfait et oublia de reprendre son expression glaciale et indifférente.

Il entendit Fred crier à l’autre bout de la salle:

- Mademoiselle Bauman venez ici!

La jeune fille se retourna vers lui et hocha vivement la tête. Elle reporta ensuite son attention sur Brad, toujours aussi souriante.

- Allons décoincez-vous, lui dit-elle en remettant sa cravate en place.

Mais Brad garda la bouche entrouverte, seul ses yeux gris cendré retrouvèrent une lueur de glace. La jeune fille s’empara d’un petit four et lui fourra dans la bouche.

- Tenez! dit-elle en pouffant. Prenez un petit four.

Puis elle partit vers Fred en courant à moitié. Brad la regarda lui parler, acquiescé ce qu’il lui disait, puis repartir dans l’autre sens. Fred s’avança vers son collègue, la mine réjouie.

- Alors, qu’est-ce que t’en pense? lui demanda-t-il dans un sourire.

Brad recracha son petit four, complètement désarçonné, il en avait oublié d’être saoul tellement il était étonné.

- Mais tu l’as sortis du zoo ou quoi! lança-t-il en criant à moitié. Elle est complètement barje!

- Non Brad, elle est différente c’est tout, répliqua Fred en saisissant un verre.

C’est l’hôpital qui se fou de la charité! Voilà que Fred avait des idées de grandeur. Que Brad ne s’étonne pas si demain, son collègue ramènerait un panda en laisse à son bureau. Des envies de changement. Bah ça pour un changement c’en était un!

- Ouais bah en attendant je ne veux pas de ça dans mon agence, répliqua froidement Brad en entendant un nouveau plateau se briser au sol, vers le fond de la salle.

Ce nouveau spécimen humain ne devait pas être bien loin de cet catastrophe.

- Je suis désolé Brad, mais des minettes en string et minijupe qui porte un appareil photo Canon EOS Digital 400 D autour du cou, ça court pas les rues! rétorqua Fred l’air offensé. Et puis c’est dans mon agence qu’elle est et pas dans la tienne alors tu te détends!

Brad ne répondit pas et se contenta de finir son verre. Ils étaient quand même associés, il ne fallait pas l’oublier. Mais bon, il ne se trouvait plus la force de répondre et puis son verre était soudainement devenu plus intéressant que Fred.

- Et puis elle est très compétente, reprit Fred en gardant son sourire. Elle a été diplômé du même campus que toi et moi, elle a eut une meilleure mention que toi.

Fred laissa échapper un rire mais Brad s’énerva. Voilà que maintenant son associé, collègue et ami, le traitait d’inférieur face à cette nouvelle race de photographe! Si demain il engageait une secrétaire cocaïnomane, il ne fallait surtout pas s’inquiéter.

- Je ne veux pas de ça!!! lança-t-il furieux, se retenant de briser sa flûte encore pleine de champagne.

- Pourquoi? rétorqua Fred en soulevant un sourcil.

Brad ne savait pas trop bien pourquoi, mais il ne voulait pas de cette fille à la H&M Corp. L’alcool l’avait toujours rendu agressif au début, puis euphorique lorsqu’il était vraiment saoul. Mais là, il était tout de même encore lucide et n’arrivait pas à savoir pourquoi. Peut-être parce qu’elle lui avait fait peur. Jusqu’ici, toutes les femmes qu’il avait rencontré étaient toutes les mêmes. Elles lui étaient totalement soumises et disaient oui à tout, couchant avec lui en hurlant sans jamais se plaindre ou lui résister. Cette fille était différente, Fred l’avait dit et c’était cela qui avait effrayé son collègue. Il avait peur de ne pas pouvoir la séduire.

Brad secoua la tête. De toute façon qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire! Laide comme elle était, il n’avait aucune raison de vouloir la séduire.

- Fais ce que tu veux, lâcha-t-il en colère.

- De toute façon je n’ai pas de raison de l’engager j’ai bien assez d’effectif, répliqua Fred dans un haussement d’épaule.

« Même avec deux cadavres? »

Mais Brad décida de garder cette réflexion pour lui-même. Il ne lui manquait plus que le sarcasme pour bien plombé cette soirée, déjà tombée bien bas.

- Alors pourquoi t’a-t-elle mentionné comme étant son patron? demanda-t-il simplement.

- Oh parce qu’en fait je lui ais dit que si ses photos étaient convaincantes ce soir, je l’accepterais comme stagiaire, apprentis de Jack…tu vois qui c’est?

- Oui oui, encore un chien. Mais lui tu le connais depuis longtemps, vous ne faites que vous dire bonjours dans les toilettes.

- Mais que si ses clichés ne me convenaient pas il lui resterait toujours le poste de secrétaire puisqu’elle a un BEP secrétariat, reprit Fred en ignorant royalement la pique que venait de lui lancer son collègue.

Brad rigola, quelque fois, Fred tombait bien bas dans son estime, comme maintenant.

- T’es qu’un enfoiré quand même, lança-t-il en se servant un autre verre. Je suis sûr que quand tu lui as proposé ça, tu savais déjà que tu la prendrais pas comme stagiaire.

- Bah évidemment, rétorqua Fred dans un sourire.

Brad commença à boire, légèrement plus gai qu’à l’ordinaire. L’alcool commençait certainement à agir. Fred avait proposé un poste inexistant à cette jeune femme. Lorsqu’elle l’aurait comprit, qui pourrait imaginé ce qu’un spécimens dans son genre était capable de faire? Mais soudain, il avala le champagne de travers et toussa. Fred rigola.

- Bah alors, lâcha-t-il hilare. T’es tellement saoul que tu peux plus te saouler?

- Tu veux dire que tu lui as proposé le poste de secrétaire? coupa Brad éberlué.

- Oui.

Cette fois, c’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase, la cerise sur le gâteau. Voilà que non seulement Fred avait royalement roulé cette jeune femme, mais en plus il venait de se foutre de lui comme pas deux.

- Le poste de la vieille Odin?! reprit Brad éberlué.

- Oui, répondit simplement Fred.

- Mais t’es taré!

- Oui.

Là, il se foutait vraiment de lui. Mais Brad était bien trop saoul pour se défendre avec autant de noblesse qu’à l’ordinaire.

- C’est hors de question! répliqua-t-il en perdant totalement le contrôle de ses nerfs.

- Vois les choses du bon côté, reprit Fred en souriant malicieusement, celle-là tu devras te forcer pour la sauter.

Brad écarquilla les yeux. Fred était-il au courant de son impuissance soudaine? Si c’était le cas, autant allez se pendre tout de suite. Vraiment, des fois, mieux valait rester couché.

- Pourquoi tu dis ça? lâcha-t-il nerveux.

- En ce moment, Nathalie n’arrête pas de se plaindre parce que tu ne la baises plus, répondit Fred pétillant de joie, alors je me suis dit que t’aurais peut-être besoin de sang neuf, que peut-être tu commençais à te lasser de toutes ces filles, donc j’en ais pris une d’un tout autre genre.

Brad se détendit légèrement. Il n’était au courant de rien, ou tout du moins il prenait ça pour une crise passagère. Il valait mieux lui donner raison. Après tout, Fred arrêtait de se méfier de tout et de rien une fois qu’il se croyait maître de la situation.

- Ouais…, lâcha-t-il évasif, c’est vrai que je commence à me lasser.

- Tu vois.

Fred avait l’air fier de lui mais après tout, peut-être n’avait-il pas tort? Peut-être que Brad avait trop profité de ces filles superficielles, et qu’il lui fallait essayer autre chose. Autre chose oui, mais pas ça! Quand il repensait à cette fille il avait envie de se cogner la tête contre le mur! Comment des choses pareilles pouvaient-elles encore exister?

- T’as peut-être raison mais je ne sauterais pas ça, reprit-il en fronçant les sourcils, cette fille c’est une épave.

- Écoutes, on reparlera de ça la semaine prochaine, coupa Fred en fixant un jeune garçon des yeux, et tu me diras si tu maintiens ce que tu viens de dire.

Il tapa amicalement sur l’épaule de Brad et partit à la rencontre de ce jeune journaliste. Brad sourit lorsqu‘il le vit lui serrer vigoureusement une fesse, un sourire sans équivoque aux lèvres. Décidément il ne changera jamais. Il termina son verre et sentit sa tête lui tourner. Il en avait but plus que ce qu’il croyait. Il fronça soudain les sourcils. Pourquoi Fred avait-il dit ça?

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Entre deux mondes - chapitre 7 : Affaire de justice  (Entre deux mondes) posté le dimanche 22 novembre 2009 22:22

Les inspecteurs Tobias et Pérez étaient cloîtrés dans leur bureau depuis une semaine maintenant. Depuis qu’ils avaient découvert ce problème d’empreintes manquantes sur l’enveloppe, leur enquête ne progressait pas et Daniel était encore plus agressif qu’à l’ordinaire. Surtout depuis qu’il connaissait l’identité de leur agent envoyé sur place. Il n’avait pas ouvert la bouche depuis ce matin. Tony caressait doucement les pétales de sa fleur de bureau, puis souffla et se redressa. Il aurait dû réfléchir à deux fois avant de défier son collègue. La dernière fois qu’il avait osé, c’était il y a dix ans, et il s’était retrouvé avec une double fracture de la mâchoire. Même s’il savait pertinemment qu’il courait beaucoup moins de risque désormais, mieux valait resté prudent face à se taureau qui voyait rouge.

- Tu vas pas me faire la gueule toute la journée? lança-t-il vexé.

- Non mais tu te rends compte de ce que tu as fais?! rétorqua Daniel en criant presque.

Le problème de Daniel était qu’il ne connaissait pas Tony autant que lui le connaissait. Il aurait dû se méfier, lorsqu’il lui avait proposé de choisir l’agent, mais au lieu de cela, il lui avait donné l’autorisation sans se douter une seule seconde des conséquences. Même si Tony était un garçon relativement sage, il aimait défier inutilement son collègue, et ne savait pas toujours vraiment pourquoi.

- Désolé mais c’était l’agent le plus qualifié, reprit-il en haussant légèrement le ton de sa voix, pouvant s’introduire dans l’agence sans éveiller un seul soupçon.

- Mon cul! répliqua Pérez en hurlant presque.

- Que cet agent soit de ta famille n’y change rien Dan.

- S’introduire dans l’agence…en putain de journaliste en plus!

Tony rigola. Daniel avait toujours détesté les journalistes depuis le drame de son mariage, lorsque la procédure de divorce avant duré plus de un an, et que l’un des journalistes présents au tribunal avait ouvertement traité Daniel de bon à rien au tendance sado-masochiste. Tout ce que Tony savait, c’est que ce journaliste n’avait plus tenu de micro de toute sa vie.

- Décontractes, dit-il souriant.

- Non!!! cria Pérez. Tu t’es royalement foutu de ma gueule!

- Royalement non…un peu oui peut-être.

Et il rigola. Là oui, il venait de se foutre royalement de lui, et c’était une idée qui lui plaisait assez. Il était d’humeur à l’embêter aujourd’hui, et généralement les journées comme ça se terminaient assez mal.

- Tu fais chier Tony! reprit Daniel en serrant les poings pour ne pas les envoyer dans le mur. Cet Hastings va se jeter dessus et…

- Mais non, coupa Tony dans un haussement d’épaule, rien ne nous dit que c’est lui le meurtrier.

L’inspecteur Tobias ne cessait pas de rire. Soudain, le collègue qui leur avait apporté la seconde enveloppe, après vérification des empreintes, une semaine auparavant, entra en trombe dans le bureau.

- La cassette vient d’arriver! lança-t-il en brandissant fièrement une cassette VHS banale.

Pérez sauta de sa chaise et se rua vers lui, lui arrachant ladite cassette des mains pour l’enfouir brutalement dans le magnétoscope.

- Vas-y doucement c’est notre seul preuve, dit Tobias en se levant calmement pour s‘approcher du petit téléviseur.

L’image fut d’abord noire. Impossible de voir quoi que se soit. Il y avait de petits grésillements et des points blancs sur l’écran.

- Bon alors!! s’impatienta Pérez.

Tony émit un grognement. Il supportait de moins en moins la mauvaise humeur constante de son collègue. Cette enquête les mettait à cran tous les deux. Tony n’en dormait plus et Daniel en devenait plus irritable. Enfin, une image apparut sur l‘écran. Elle représentait le hall d’entrée de la H&M Corp en noir et blanc. Il y avait deux colonnes circulaires qui encadraient les portes de verres, donnant vers l’extérieur, le sol était en damier de carrelage blanc et de nombreuses personnes allaient et venaient. On pouvait clairement voir les gens rentrer dans l’agence. Tout en haut de l’image, l’heure était indiquée.

- Dix heures, lut Pérez en plissant les yeux. Le facteur devrait pas tarder, on va pouvoir voir où se situ cette putain de boîte aux lettres.

Ils restèrent dix minutes à regarder ce même défiler morose. Daniel s’impatientait, soufflant d’impatience toutes les trente secondes. Tony sentait monter en lui un degré d’énervement encore jamais atteint. Il avait une envie soudaine d’attraper le scotch marron sur son bureau, de scotcher Daniel sur une chaise et de se trémousser tout autour de lui dans une sorte de danse de la pluie remastorisé .

- Bon y’en a marre! lâcha Daniel en appuyant sur le bouton d’avance rapide du magnétoscope.

Il passèrent quinze minutes en accéléré. Quelque fois, le manque de patience maladif chez son collègue avait du bon.

- Stop!!! s’écria Tony. Reviens un peu un arrière.

Daniel s’exécuta puis remit la cassette en route sur l’ordre de son collègue. Celui-ci pointa un homme du doigt sur l’écran, il venait de franchir les portes et portait une casquette noire et jaune, blanche sur l’écran, bien évidemment.

- C’est lui, il a un colis dans les mains…

- Oui, coupa Pérez. Mais pas de lettres.

Ils regardèrent le facteur déposer le colis à la réception puis ressortir.

- Et merde! cria Pérez. Tout ça pour rien!

- C’est bien le jour où la secrétaire a reçut l’enveloppe? demanda Tobias en fronçant les sourcils.

Vraiment, le sort s’acharnait contre eux. Voilà que leur seul indice, aussi microscopique qu’un pore de la peau, venait de s’envoler.

- Oui! répliqua Pérez en se tirant de nouveau les cheveux.

C’était le tique que Tony supportait le moins, après cette maladive habitude de renifler ses chaussures après s’être déchaussé.

- Elle les ouvre toujours quand elle les reçoit? demanda-t-il en fixant toujours l’écran. Où il lui arrive d’en ouvrir le lendemain?

- Le jour même, c’est son boulot, répondit Daniel légèrement plus calme.

- T’es sûr? répliqua Tony sans le regarder.

- Oui elle l’a mit dans sa déposition!!! La lettre n’a put être postée que ce jour-là et on sait même pas où est cette putain de boîte aux lettres!

- Mais arrêtes de crier tu me gonfles!

Pérez s’alluma une cigarette et se passa nerveusement la main dans les cheveux. Tobias réfléchissait, calmement assit dans son fauteuil, cela ne servait à rien de tenter de rivaliser avec son collègue. Pour ce qui était de crier inutilement, c’était toujours lui le plus fort.

- Je ne vois qu’une solution, dit-il les yeux fixé sur l’écran noir.

- Laquelle?

- On retourne là-bas.

Il se pencha et retira la cassette du magnétoscope avant de l’éteindre, sachant parfaitement à quoi s’attendre.

- J’ai pas envie de revoir la tronche de gosse de riche de ce salopard de Hastings, lança Pérez en tirant une bouffée sur sa cigarette.

À ce moment-là, à la télévision passait le journal de treize heure. Le présentateur annonçait que l’un de leur envoyé spécial était parvenu à obtenir une information de Bradley Hastings, lors du gala en l’honneur de la H&M Corp, sur les tragiques meurtres qui animaient en ce moment toute l’agence. Sur l’écran, le visage froid de Hastings apparut, ses yeux gris étaient encore plus insensibles qu’à l’ordinaire.

Tobias monta le volume. La voix de la journaliste leur parvint.

« Bonsoir Monsieur Hastings. Pourriez-vous nous dire deux mots sur les

tragiques événements qui s’abattent sur votre agence, la H&M Corp, dont c’est l’anniversaire ce soir? »

Et la voix de Brad leur parvint, encore plus glaciale et moqueuse que s’ils s’étaient trouvé tout près de lui.

« Je ne peux malheureusement rien vous dire Mademoiselle. Tout simplement parce que je n’en sais pas plus que vous mais l’affaire est entre de bonnes mains, sachez-le, les inspecteurs placés sur l’enquête sont très compétents. Je vous passe le bonsoir, inspecteur Pérez. »

Tobias resta bouche bée puis tourna lentement la tête vers son collègue. Voilà, il en était sûr, le taureau furieux allait sortir de ses gonds, et Hastings allait morfler. Dieu merci, Tony avait apprit à calmer son collègue au fil des années. Il suffisait de l’écouter, tout simplement, d’être attentif à sa colère, à ses paroles et, voyant qu’il était enfin écouté, il finirait par se calmer et reprendre le contrôle de ses nerfs. C’était le même fonctionnement qu’il y a cinq, lors de cette tragédie qui les avait ébranlé tous les deux. Daniel fixait encore la télé, où on pouvait voir Bradley Hastings monter les marches au tapis rouge du prestigieux hôtel. Puis, d’un coup sec et violent, il écrasa sa cigarette dans le cendrier déjà plein. Le bruit fut si fort que Tony en sursauta. Pérez attrapa sa veste en cuir avec une telle force que le cintre tomba.

- On y va!! lança-t-il en sortant du bureau à grand pas.

*

* *

Lorsqu’ils parvirent à la H&M Corp, Daniel Pérez était si remonté que son collègue craignait qu’il ne fasse une bêtise. Il n’était pas parvenu à le calmer dans le voiture, tout simplement parce que Pérez n’avait rien à dire. Ils sortirent de l’ascenseur, au vingt troisième étage de l’agence, et furent accueillis par une jeune secrétaire souriante. Elle avait de longs cheveux très épais aussi noir que le pétrole qui lui chatouillaient le bas du dos, ses yeux verts couleur menthe pétillaient de fraîcheur. Elle portait un jean bleu délavé et un tee-shirt rose à manche courte représentant un bugs bunny souriant. Sa taille était si déstabilisante que Tony crut d’abord à une jeune adolescente en stage.

Pérez s’arrêta, les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte et Tobias ne put s’empêcher de laisser échapper un petit rire. Ça faisait toujours un drôle d’effet de la croiser, surtout ici.

- Que puis-je pour vous messieurs? demanda la jeune fille d’un air enjoué.

- Nous venons voir Monsieur Hastings, répondit Tobias dans un sourire, jouant le jeu.

- Oh je suis désolé mais Monsieur Hastings semble s’être volatilisé sur Mars, rétorqua la secrétaire en rigolant. Je ne l’ai pas vu depuis que j’ai été embauchée.

Au même moment, l’ascenseur se rouvrit pour laisser sortir un Brad en costume d’affaire noir, l’air soucieux. Il regardait par terre en se grattant furtivement la tête. Il s’arrêta devant les inspecteurs en sursautant presque, et Tony vit à son regard qu’il ne les reconnut pas immédiatement. Il devait certainement sortir d’une cuite assez désagréable. Mais Brad retrouva aussitôt son sourire, à la fois charmeur et détestable, puis écarquilla les yeux en découvrant sa nouvelle secrétaire.

Fred avait osé le faire! Il allait comprendre qui était réellement Bradley Hastings, et cette fille également. Non mais maintenant elle se ramenait au bureau habillée en collégienne! Elle ne manquait vraiment de culot. Tant pis pour elle.

- Qu’est-ce qu’il vous a prit de me nommez devant les caméras!!! lança Pérez en s’avançant vers lui les poings serrés, l’arrachant à ses réflexions.

Brad sembla retrouver sa fixité glaciale et toisa l’inspecteur d’un air moqueur. Le bad boy était dans la place, et il ressemblait à un animal sauvage sur le point d’attaquer sa proie sans défense. Mais voilà, Brad n’était pas décidé à jouer le rôle de proie aujourd’hui .

« C’est un nouveau combat Mesdames et Messieurs, qui s’annoncent palpitant! Bradley arrivera-t-il à prendre le dessus sur ce puissant inspecteur? »

Brad entendit de nouveau la cloche raisonner dans sa tête.

- Moi! J’ai fais ça! rétorqua-t-il souriant, feignant la surprise. Vous devez certainement vous tromper.

- Ne vous moquez pas de moi!!! hurla Pérez en s’avançant méchamment vers lui.

Le ton était monté, Tony Tobias ne savait que faire. Arrêter Daniel avant qu’il ne soit trop tard, ou claquer Hastings? Il ignorait ce dont il avait le plus envie. Mais, dans l’intérêt de Daniel, il attrapa doucement son bras tendu à l’extrême, comme un boxeur qui se préparait à lancer un uppercut.

- Bon je l’avoue, reprit Brad furibond, je l’ai fais. Vous allez m’arrêter pour ça?

Daniel serra les poings et les dents, Tony décida de s’interposer avant de perdre tout contrôle.

- Nous ne vous accusons de rien Monsieur Hastings, dit-il en s’efforçant de sourire. Mais à l’avenir, ne mentionnez plus nos noms, le meurtrier vous a sûrement vu à la télé et le fait que mon collègue est été nommé peut mettre l’enquête en péril.

- De toute façon au train où elle avance…commença Brad dans un semi murmure.

- Qu’insuinuez-vous? coupa Pérez l’air de plus en plus agressif.

- Oh rien.

« Le premier round de ce nouvel affrontement est remporté haut la main par l’inspecteur Pérez! Bradley va-t-il contre-attaquer? Il est clair à présent que l’avantage du terrain ne lui est plus d’aucune utilité. »

- Pouvez-vous nous conduire à votre boîte aux lettres Monsieur Hastings? demanda Tobias en souriant.

Brad souleva un sourcil, l’air plus moqueur que jamais, mais son regard semblait aussi froid que de l’acier. Décidément, cet inspecteur Tobias tombait bien bas dans son estime. Il le croyait plus intéressant que ça. Il répondit d’une voix provocante:

- Bien sûr…

Ils descendirent tous les trois vers le hall. Les minutes passées dans la cage d’ascenseur ne furent pas joyeuses. Pérez fulminait de rage et Brad ne cessait de le regarder de haut. Mais en fait, il avait parfaitement raison de penser que tant que Tony serait près de lui, Daniel n’oserait aucun écart de conduite. Son collègue avait une emprise totale sur lui, même si Daniel prétendait le contraire, pour Brad, cela s’affirmait comme une évidence. Le hall semblait bondé, la réceptionniste adressa un sourire à Brad qui l’ignora froidement, puis se dirigea vers une boîte grise assez large.

- Voilà, dit-il d’un air hautain. Pensez-vous que le meurtrier puisse se cacher dedans?

- Cessez de nous provoquer Monsieur Hastings! rétorqua Pérez en s’approchant de lui.

« Et ce round spectaculaire et palpitant est reporté par Bradley! Aurait-il reprit du poil de la bête? »

Après avoir inspecté tout le hall d’un regard professionnel, Tobias saisit son collègue par le bras. Les deux hommes, aussi différents que le noir et le blanc, n’étaient qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, une rage sans nom illuminait leur regard. Tony le savait à présent, il ne pourrait pas empêcher Daniel de cogner sur Hastings, un jour où l’autre ces deux hommes allaient en venir au mains, c’était évident.

- Bien, dit Tony d’un air enjoué. Nous avons ce que nous voulions. Pourrions-nous allé à votre bureau Monsieur Hastings?

Et quelques minutes plus tard, ils étaient de retour au vingt-troisième étages. La secrétaire leur sourit. Elle semblait tout à fait différente, tout à fait à l’opposé de la jeune femme qu’il avait rencontré lors du Gala. Enfin, ce n’était qu’une impression bien sûr. Car son sourire restait le même, celui d’une bêta inconsciente de la place qu’elle occupait. Brad était maître dans l’art de jugé les gens dès le premier regard. Il se trompait tout le temps, il le savait, mais sa fierté était plus forte. Et puis, après tout, personne ne lui avait jamais reproché. Brad s’arrêta devant elle et la toisa d’un regard foncièrement mauvais.

- Rappelez-moi votre nom Mademoiselle, lui ordonna-t-il froidement.

- Bauman…

- Mademoiselle Bauman, je vous serais gré de vous habiller convenablement à l’avenir.

La jeune femme sembla surprise mais ne répondit pas. Brad lui décocha ce sourire de vainqueur humiliant, la rabaissant monumentalement. Mais, bien décidée à ne pas se laisser impressionner elle lui sourit à son tour, se moquant ouvertement de lui.

- Nous pouvons y allez? demanda Tony en coupant court à ce tout nouveau combat.

Brad acquiesça silencieusement, sans quitter sa secrétaire des yeux. Celle-ci le suivit du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse dans son bureau, avec ces deux inspecteurs étranges.

- Crétin, murmura-t-elle en posant ses pieds sur le bureau, et dépliant le journal.

Brad, quant à lui, avait prit place sur son siège de cuir et souriait. Les deux inspecteurs lui faisaient face, l’un scrutant silencieusement les murs autour de lui, et l’autre fixant gravement Hastings, comme pressé de commencer un tout nouveau round. Mais Brad n’était pas d’humeur aujourd’hui, encore troublé par cette jeune femme tout droit sortit d’un film comique des années trente, il ignora royalement la cloche qui sonna dans sa tête. Non, il ne voulait pas se battre.

« Bradley Hastings abandonne le combat Mesdames et Messieurs! »

- Sérieusement, dit-il en fixant les deux hommes en face de lui, en quoi cette boîte aux lettres vous intéressait-elle?

- Nous préférons ne rien vous dire, coupa sèchement Pérez, nous ne voulons pas que les médias soient au courant.

Brad sourit de défis, mais bouillonnait intérieurement. Soit il y avait un écho insoupçonné dans son bureau, soit cet inspecteur venait bel et bien de l’insulter. Ce bad boy avait donc décidé de se pavaner comme un paon faisait la roue? Et bien soit, il fallait donc se montrer aussi rusé qu’un renard. Enfin, autant qu’un renard rusé…

- Soit, dit-il tout simplement.

Minable. Il aurait pût faire mieux. Cette saleté de volaille maquillée en brun ténébreux venait de le réduire au silence…Quoi de plus humiliant? Comme la fois ou il s’était perdu dans les draps de son lit, pas plus tard que la nuit dernière…Dieu merci, il était seul cette nuit-là…

- Tout le monde peut-il avoir accès à cette boîte aux lettres Monsieur Hastings? demanda Tobias serein.

- Non. Seulement les membres de l’agence et le facteur, il a un laissé passé, répondit Brad sans quitter Pérez des yeux. Mais en quoi cela vous intéresse bon sang! Il s’agit tout de même de mon agence j‘ai le droit d‘être informé!

- Oui, mais les victimes sont les stagiaires de Monsieur Martin, coupa Pérez dans un sourire.

- Peut-être mais ces lettres me sont adressées…inspecteur.

Décidément il se serait insulté de débile profond avant de s’envoyer contre le mur s’il avait été seul. Arriverait-il à sauver la petite étincelle de fierté qui lui restait?

- Nous avons découvert que mis à part les empreintes de votre ex-secrétaire, Mademoiselle Odin, il n’y figurait aucune autre, coupa Tobias espérant mettre fin à la pression présente.

- Donc vous insinuez que le meurtrier ferait partit de l’agence? demanda Brad en fronçant les sourcils.

Évidemment, il y avait déjà pensé lui-même. Mais entre ses problèmes de caleçon manquant et d’ongle de pied trop grand, il n’avait pas vraiment eu le temps d’approfondir la question.

- C’est exact, répliqua Tobias en croisant les bras.

Ce geste attira l’attention de Brad. Ça n’avait rien d’une attaque soudaine, mais plutôt d’une action défensive, comme le ferait une femme qui se savait en difficulté. L’inspecteur Pérez se redressa dans son siège, comme pour attirer de nouveau l’attention de Brad sur lui. Banal mouvement protecteur d’un homme qui protégerait sa femme du regard d’un autre.

- Et bien je ne suis pas d’accord, reprit Brad en souriant, fixant les prunelles azur de l’inspecteur Tobias.

- Que voulez-vous dire? demanda celui-ci d’une voix étrange.

Brad ne put empêcher un sourire de se former sur ses lèvres. Ce ton de voix lui avait fait penser à un appel de détresse. Tobias appelait son collègue à la rescousse. De toute évidence, il n’était pas aussi fort de caractère que Pérez, et ne pouvait pas supporté la confrontation de son regard et celui de Brad.

- Et bien si le meurtrier a un complice dans l’agence, reprit Bras, heureux d’avoir trouvé une proie facile, il lui suffit de lui donner les lettres.

Pérez fronça les sourcils et se rapprocha d’Hastings, coudes appuyés sur les genoux, il avait tout du bad boy qui lançait des menaces.

- Vous semblez bien renseigné, dit-il amèrement en fronçant les sourcils.

Voilà, il avait posément porté secours à son collègue, répondant rapidement à son appel, le sauvant de la confrontation, car Brad porta de nouveau son regard sur lui.

- Je réfléchis moi, coupa-t-il dans un sourire.

Mais, au fond de lui, il préférait de loin se confronter à Tobias.

- Aucune empreinte ne figure sur les lettres, reprit l’inspecteur Tobias. Celui qui les dépose garde donc les gants et il se peut qu’il les ait constamment sur lui.

Alors là, c’était à n’y rien comprendre. Il y a deux minutes à peine il envoyait un signal de détresse à Pérez et voilà qu’à présent, il se montrait tout aussi agressif que lui. Peut-être la pique envoyé par Brad ne lui avait-elle pas plut. Susceptible en plus de cela. Mais Brad était bien plus subtil que cela, il avait comprit que cette petite mise en scène orchestrée par Tobias, était une sorte de mise à l’épreuve envers son collègue qui, de son côté, n’avait strictement rien remarqué.

- Si vous les trouvez vous êtes plus doué que ce que je ne croyais, rétorqua Brad surprit, coupant court à ses réflexions qu’il jugeait stupide.

Au même moment, la porte du bureau s’ouvrit dans un impressionnant fracas qui fit sursauter les trois hommes. La jeune secrétaire entra l’air furieuse, le journal à la main. Brad crut d’abord s’être trop longtemps égaré dans ses pensées, au point d’en avoir des visions. Cette jeune femme, habillée d’un tee-shirt rose bugs bunny, ne venait-elle pas d’entrer dans son bureau sans frapper? Sans vraiment trop savoir pourquoi, il avait envie de la défenestrer! Pourtant, se n’était pas vraiment dans ses habitudes de sortir de ses gonds de cette façon. Elle s’avança vers lui, ignorant royalement les deux inspecteurs qui la fixaient, éberlués.

- Non mais regardez un peu ce que votre connard d’associé a osé me faire! hurla-t-elle en déposant le journal sur le bureau de Brad.

Fulminant intérieurement de rage, Brad ne put néanmoins s’empêcher de jeter un œil à la première page du journal. Il savait parfaitement que les agissements de Fred auraient l’effet d’une bombe sur la jeune femme, il en était certain, mais ne saurait dire comment. Il se vit alors en première page, une très belle photo en noir et blanc où on pouvait le voir, une flûte de champagne à la main. Le titre de l’article disait:

« La folie Hastings a encore frappé. »

Brad sourit, la photo le mettait vraiment en valeur. Il semblait regarder le photographe et son air était coquin, un peu enfantin. La blondeur de ses cheveux était accentuée par le contraste sombre à l’arrière plan, et tout le centre de l’image semblait se concentrer sur ses yeux. Il s’y trouvait sexy! Soudain, il comprit. Alors Fred n’avait pas fait que rouler cette petite, il venait très certainement de…Brad lut le nom du photographe affiché sous le cliché. « Frederik Martin » apparaissait en italique. Il fixa sa nouvelle secrétaire, et retint un rire lorsqu’il vit son air si en colère. Bien évidemment, il se souvenait parfaitement que, lors de leur rencontre au Gala, c’était elle qui avait prit cette photo, en le prenant par surprise. Très réussit!

- C’est votre photo, dit-il en souriant, inconscient du ton de sa voix.

- Vous trouvez ça drôle!!! rétorqua la jeune femme en s’adressant à lui comme à un ancien camarade de lycée.

Brad perdit son sourire. De quel droit s’adressait-elle à lui ainsi? Il avait deviné dès cette soirée qu’elle n’était pas comme toutes les autres, mais de là à l’imaginer aussi irrespectueuse! Il était loin du compte. Il se leva de sa chaise, l’air menaçant. Encore une parole de plus, et il lui enverrait son poing dans la figure. Depuis qu’il était touché par cette brusque impuissance sexuelle, il avait tendance à vite s’énerver. Et c’était peu de chose comparé à la colère qui animait son cœur et son regard en cet instant précis.

- Surveillez votre ton Mademoiselle!! hurla-t-il en reprenant un minimum de self-contrôle.

- QUOI!!! rétorqua celle-ci avec une force de voix exceptionnelle. Mais c’est du grand délire! Ce cliché m’a été volé!

Jamais aucune femme ne lui avait fait ainsi face. Depuis son berceau, Brad était habitué à recevoir tous les honneurs et toutes les grâces de toutes les femmes. Elles se taisaient face à lui, laissant à sa fierté le bonheur de se sentir dominant. Mais en cet instant précis, Brad avait plutôt l’impression d’être…dominé. Apeuré à l’idée de perdre le contrôle de la situation qui semblait déjà lui échapper, il se mit à hurler plus fort qu’elle:

- Ce n’est pas mon problème!!!

- Vous êtes tout aussi pourris que ce Martin! répliqua la jeune femme sans trembler un seul instant.

Brad était tellement en colère qu’il ne trouva pas immédiatement ses mots, il serra les poings. L’envie de lui mettre une paire de claque lui démangeait. D’ordinaire, il frappait les femmes si elles le lui demandaient, et , grisé par le plaisir, ses coups ne faisaient jamais mal. Enfin, aucune ne s’était plaint jusqu’ici. Mais là, il avait envie de l’agenouiller en lui hurlant qu’il était le maître. De quel droit croyait-elle être la plus forte? Lui qui croyait que son combat avec l’inspecteur Pérez était rude, ce n’était rien face à celui-ci.

- Retournez travailler! cria-t-il d’une voix effrayante que personne ne lui avait jamais connu.

- Hors de question! répliqua aussitôt cette jeune femme en approchant un peu plus son visage du sien, comme pour appuyer son attaque. Je refuse de travailler dans une agence de pédé!

Brad contourna son bureau, furieux et attrapa la jeune femme par le bras, conscient de serrer aussi fort qu’il le pouvait. Il vit passer, durant quelques secondes, une grimace de douleur sur le visage de sa secrétaire, et ce sentiment de force si plaisant pour un homme, afflua de nouveau en lui. Elle était plus faible qu’elle le laissait croire, ce n’était qu’une faible créature après tout.

- Vous allez me faire le plaisir de sortir d’ici! lança-t-il les dents serrés, les yeux brillant de rage. Je vous vires!

- Parfait! rétorqua la secrétaire en se dégageant violemment.

Elle avait vite reprit le contrôle de sa peur, et lui refit courageusement face. Dans d’autres circonstance, Brad aurait été impressionné par une femme comme elle. Mais bizarrement, il avait plus envie de la voir disparaître. L’inspecteur Pérez se leva, captivant l’attention de la jeune femme et son patron. Il semblait ravi…

- Je suis désolé Monsieur Hastings mais cela ne va pas être possible, dit-il dans un sourire.

- De quoi vous mêlez-vous vous? rétorqua Brad toujours énervé.

Il ne manquait plus que ça, voilà que le paon se mettait à faire la roue maintenant. Encore un sourire et Brad lui arrachait les plumes. Contrairement à ce que Tobias pensait, son collègue avait gardé le sourire. Apparemment, cette scène lui plaisait. Mais pour Tony, c’était différent. Il savait très bien que, une fois lui et son collègue repartis, cela se passerait très mal pour la secrétaire. Brad était un homme dangereux, il l’avait tout de suite vu lorsqu’ils s’étaient fixés durant quelques instants. Quelques secondes avaient suffi en fait, mais durant ce laps de temps, Tony avait sentit la peur lui triturer les entrailles. Une fois que Daniel était venu à son secours, il avait reprit du poil de la bête, pour faire courageusement face, appuyé par son collègue. À deux contre un, Hastings n’avait aucune chance, même s’il ne paraissait pas le moins du monde impressionné.

- Il serait préférable que vous ne licenciez personne, reprit Daniel en souriant béatement, pour le bon déroulement de l’enquête.

Et voilà, une roue parfaitement exécuté, Brad était de nouveau surplombé par cet homme, ce bad boy, ce ténébreux, ce mauvais garçon…Un cauchemar pour ses nerfs!

- Quoi!! rétorqua Brad en pivotant vers lui, menaçant.

- Comme nous vous l’avons annoncé il est fort probable que le meurtrier soit quelqu’un de l’agence, reprit Daniel faisant preuve d’un calme olympien.

- Mais cette garce ne fait partit du personnel que depuis hier!

La secrétaire ne sembla pas trop apprécier cette appellation, et darda sur Brad un regard noir et menaçant.

- Vous ne voudriez pas que votre agence ait des ennuis avec la justice, Monsieur Hastings, reprit Daniel en souriant toujours.

- Je ne vois pas en quoi cela regarderait la justice! répliqua Brad en feignant d’ignorer le regard plein de venin de la jeune femme.

- Ça la regarde depuis plusieurs semaines…depuis que l’un de vos employé a été tué Monsieur Hastings.

- Mais c’est quoi cette blague! rétorqua la jeune femme les yeux ronds. Je veux qu’il me licencie! Je ne veux pas toucher un seul centimes de ce…

- Que vous soyez d’accord ou pas ne nous regarde pas Mademoiselle, coupa Pérez soudain très sérieux. Il n’y aura aucun licenciement ni engagement tant que cette affaire ne sera pas réglée.

Évidemment, Brad était beaucoup trop occupé à imaginé la meilleur façon d’en finir avec ce paon, pour remarquer la réaction de la jeune femme. Plutôt que de répliquer comme elle l’avait bravement fait face à lui, elle se contenta de tourner les talons et sortir. Puis la porte se referma brutalement derrière elle. L’inspecteur Tobias n’avait put s’empêcher de rire, assit sur sa chaise. Mais il ressentait quand même, au fond de lui, une admiration pour Hastings qu’il n’aurait su expliquer clairement. Cet homme s’était retrouvé confronté à trois ennemis, trois réunis dans la même pièce, trois contre lui, et il s’était admirablement bien défendu. Il ne semblait toujours pas se calmer. Pérez lui, était devenu souriant tout à coup. Oui, cette situation l’amusait beaucoup, vraiment, surtout qu’il venait de faire une pierre deux coups.

Brad tenta de retrouver un semblant de son calme glacial. Bientôt, ses yeux semblèrent plus froid encore qu’à l’ordinaire. Il avait dû lutter pour empêcher l’ours maniaco-dépressif de sortir de sa cage faite de chaire et d’os.

- Bien, Monsieur Hastings, reprit Daniel en souriant. Nous vous disons au revoir et vous tiendrons au courant des progrès de l’enquête.

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Entre deux mondes - chapitre 8 : Pistes divisées  (Entre deux mondes) posté le dimanche 22 novembre 2009 22:24

Les inspecteurs Tobias et Pérez étaient retournés à leur bureau. Des photos avaient été accrochées sur un pan de mur jaune. Il s’agissait des photos des victimes, envoyées à Bradley Hastings. Certains agrandissements avaient été réalisé. Se n’était pas seulement douze photos qui trônaient sur ce mur, comme un trophée morbide, mais plus d’une vingtaine. Chaque fois que Tony entrait, il évitait soigneusement ces clichés horribles. Mais Pérez ne s’en souciant guère. Il était tellement en colère.

Il claqua violemment la porte et jeta sa veste vers son bureau avec rage. Voilà qui n’annonçait rien de bon. Mieux valait garder son calme, il était déjà assez énervé, inutile d’en rajouter. Surtout si s’était pour se heurter au taureau épileptique. Le dicton ne disait-il pas de prendre le taureau par les cornes? Cela signifierait-il qu’il fallait attraper Daniel par la seule chose capable de le calmer? Non, cela ne ferait que le fâcher d’avantage…

- Cet Hastings! hurla Daniel en tentant de contenir sa colère. Un de ces quatre je lui foutrais mon poing dans la gueule!

- Il portera plainte et ça nous avancera à rien, rétorqua Tony en s’installant et caressant sa plante comme à chaque fois qu’il réfléchissait. J’ai les crocs, on descend manger?

- Ouais…

Il fallait tout tenter pour le faire revenir à de meilleur sentiment. Voilà le problème lorsqu’on se liait d’amitié avec un homme comme Pérez, on se prenait des coups de gueule historique en plein visage plusieurs fois par jour. Mais le calme olympien de Tony lui avait permit de survivre à cela durant dix années. Ils quittèrent le commissariat sous ce beau soleil de printemps et traversèrent la rue en silence jusqu’à un petit restaurant chinois. Ils y entrèrent, il y avait très peu de clients, trois en réalité. Ils se dirigèrent vers le bar et un jeune homme vint à leur rencontre.

- Bonjour inspecteurs, dit-il décontracté. Comme d’habitude Monsieur Tobias?

- Oui Julien avec plaisir, répondit celui-ci souriant.

- Et pour vous inspecteur Pérez?

- Une canette de bière, rétorqua Daniel méchamment.

Le jeune barman écarquilla les yeux mais obéit sans rien dire. Tony fixa son coéquipier les yeux ronds. Voilà qu’il se mettait à boire en service! Dieu merci il ne se mettait pas à refumer des joints, là il y aurait de quoi s’alarmer.

- On est en service Dan! Lança Tony exaspéré.

- Je m’en contre fou! coupa Daniel avec force. Soit tu me laisses boire ma canette tranquille, soit tu me laisses frapper Hastings! Choisis.

- Évidemment vu comme ça.

Il fallait lui donner raison, c’était la meilleure des choses à faire. Et quelques minutes plus tard, ils furent servis. Tony se retrouva devant une belle assiette pleine de spécialité chinoise, et Daniel devant sa canette.

- T’es sûr que tu veux pas manger quelque chose? demanda doucement Tobias.

Pérez lui répondit dans un grognement avant d’avaler une première gorgée de sa canette. Tony commença à manger. Il avait toujours raffolé de la bonne cuisine, doté d’un don incroyable pour ce qui était de préparer lui-même, chez lui, les plats étrangers les plus délicats. Il avait toujours été le plus délicat des deux. Alors que lui était connu pour ses réussites culinaires, Daniel lui était félicité pour sa témérité à la boxe. Il en pratiquait depuis tout petit et faisait partit du club du quartier. Ils étaient aussi différent que chien et chat, mais inséparables. Même si, de temps à autre, ils avaient du mal à se comprendre.

- Tu m’en veux toujours? risqua Tony sans regarder son collègue.

Pour seul réponse, il obtint un grognement. Il sourit. Bon, il s’était calmé, au moins il ne criait plus.

- Au fait, reprit-il en trempant l’une de ses chips énormes dans une sauce verte, pendant que tu t’occupais à crêper le chignon d’Hastings, j’ai inspecté le hall.

- Ah ouais…

Et bien, il avait l’air passionné par le boulot, en ce moment. À vrai dire, Daniel avait des préoccupations personnelles plus importantes…

- La boîte aux lettres est dans l’angle mort de la caméra de surveillance, reprit Tony en souriant intérieurement.

- Et merde!!! s’écria Pérez.

Il reposa si fort sa canette sur le comptoir que de la bière se répandit sur sa veste en cuir. Tony sursauta bien que cette réaction fut prévisible.

- Putain!!! cria Pérez. Mais pourquoi on a jamais de chance bordel!

- Arrêtes de jurer comme un ivrogne, répliqua Tony en essuyant un peu sa veste.

- J’en ais mare de cette enquête, mare de ce coéquipier, mare de ce boulot de merde!

Tony, toujours occupé à nettoyer le cuir usé, sourit gentiment, pendant que Daniel avalait une gorgée de bière.

- Toi, t’as besoin de vacances, lança Tony en reposant sa serviette pleine de bière.

- Tu m’énerves à rester si calme! répliqua Daniel d’une voix plus douce.

Tony avait toujours été attentionné avec lui, et cela lui faisait tellement de bien. Il s’était retrouvé seul trop jeune, et en avait oublié la douceur d’une famille.

- Tu veux que j’essai de crier aussi fort que toi qu’on puisse faire un concours? Rétorqua Tony en le toisant d’un air furibond. Dans ce cas on réveillerais toute la ville jusqu’à Paris.

- Très drôle…

Le téléphone de Tobias sonna et vibra. Celui-ci prit le temps de plonger une nouvelle chips dans la sauce et de la mâcher savoureusement. Pérez soupira de désespoir. Alors que son impatience énervait son collègue au plus haut point, lui ne comprenait pas comment Tony pouvait resté si calme et posé. Le Calme, et La Tempête.

- Ça t’arrives de t’exciter au moins une fois dans ta vie! Lança Daniel en frappant légèrement ses poings sur le comptoir.

- Seulement en présence d’une femme, pouffa Tony en s’empara de son portable.

Il décrocha. Daniel pouffa. Un Tony décontracté signifiait un Tony comique. Quelque fois, il l’étonnait encore, même s’ils se connaissaient par cœur.

- Inspecteur Tobias, dit énergiquement Tony en s’emparant d’une nouvelle chips, son mobile contre l’oreille. Bonjour Mademoiselle.

Pérez le fixa d’un regard interrogateur et posa une question muette, remuant uniquement les lèvres, que Tony perçut comme étant:

- C’est qui?

Il lui fit signe de se taire. Pérez fronça les sourcils et s’empara violemment de sa canette, en renversant d’avantage sur lui. Il grogna et, d’un geste de rage, envoya sa canette à l’autre bout de la pièce, près de la poubelle. Tous les autres clients du restaurant le fixèrent, accusateurs. Pérez les ignora royalement et tenta de percevoir le moindre mot compréhensible de la discussion téléphonique. Son collègue ne put s’empêcher de sourire.

- Écoutez Mademoiselle je suis en pose déjeuner là, reprit-il exaspéré, une nouvelle chips en main. Ça ne peut vraiment pas attendre?

Pérez tenta de comprendre quelque chose aux faibles murmures qu’il percevait du téléphone.

- Comment! lança Tony en se redressant. Mais pourquoi ne pas nous avoir dit ça plus tôt?!

Il resta sans réaction un moment. Écoutant attentivement ce que son interlocutrice avait à lui dire.

- Bon très bien on vient, finit-il par dire avant de raccrocher.

- Bon alors! lança Pérez.

- C’était Scorfield, répondit Tony en fourrant une autre chips dans sa bouche.

- Qui ça?

Mais Tobias ne répondit pas immédiatement, mâchant sa chips. Daniel souffla d’impatience près de lui, arrachant un sourire à son collègue qui reprit, amusé:

- Lisa Scorfield.

- Cella qui a voulu se marier à Hastings?

- Oui.

- Bon alors qu’est-ce qu’elle voulait?

- Me dire que Hastings a déjà eut des problèmes avec un homosexuel, il l’aurait viré sous prétexte que se n’était qu’une pédale.

Daniel soupira. Il n’y avait que les femmes pour leur faire perdre un temps si précieux.

- Il y a eut un procès au moins? demanda-t-il impatient.

- Je pense que oui, répondit Tony en avalant une goulée de sa boisson sucrée. Scorfield veut qu’on passe chez elle pour en parler, elle a l’air bien décidée à ruiner la vie d’Hastings, elle fait tout pour le faire plonger.

- Cette conne vient d’illuminer ma journée!

Pérez se leva, un sourire aux lèvres et se dirigea vers la porte qu’il ouvrit en grand. Mais lorsqu’il se retourna, il vit que son collègue ne lui suivait pas. Il était resté assit au comptoir, savourant une nouvelle chips. Daniel crut exploser.

*

* *

 

Lorsque l’inspecteur Tobias sonna à la porte d’une petite maison, il était seul. Son collègue l’avait très mal prit lorsqu’il lui avait dit que Lisa Scorfield avait désiré qu’il vienne seul. Dans quel but exactement? Une drague? Avec un peu de chance, il avait un ticket avec cette jeune femme. Ça l’aidera certainement à oublié ce désastre amoureux qui le poursuivait depuis dix ans…

La porte s’ouvrit. Il vit un visage méfiant le regarder par l’entrebâillement, puis un sourire. La jeune femme lui ouvrit grand la porte de chez elle.

- Bonjour inspecteur, dit-elle d’une voix douce. Entrez je vous en prie.

Tony entra dans une pièce coquette aux senteurs d’exotisme. Des rideaux roses pendaient devant les fenêtres, des fleurs et des plantes se dressaient ça et là, il n’y avait que des couleurs vives et chaudes.

- Je vous remercie d’avoir accepté de venir, reprit Lisa en le débarrassant de sa veste. Désirez-vous un café?

- Bien serré s’il vous plait, répondit Tony dans un sourire.

La jeune femme partit vers la cuisine, reliée au salon. Tony la suivit du regard. Sa démarche avait quelque chose de fluide et de discret. Ses jambes étaient longues et fines, doucement caressées par le fin tissu de la robe qu’elle avait enfilée. Ses hanches étaient un peu trop fine et sa poitrine, si petite mais si bien faite, était discrète au point d’éveiller en lui une forte curiosité. Elle se retourna et lui décocha un sourire éclatant.

- Installez-vous je vous en prie, dit-elle en souriant toujours.

Son sourire avait quelque chose d’innocent, et de fragile. Tony s’installa dans un fauteuil aussi confortable qu’un pouf. Il scruta la pièce. Rien ici ne laissait entrevoir qu’elle avait partagé deux ans de sa vie avec un homme. Elle s’était bien vite débarrassée de toute trace du passage de Brad dans cette maison, alors que leur histoire n’était terminée que depuis presque trois mois.

- Pourquoi avez-vous désirez ma seule présence? demanda Tony en continuant d’inspecter autour de lui.

- Votre coéquipier me fait peur, répondit Lisa dans un semi sourire, un peu gênée.

Tony s’était imaginé toutes les réponses possibles, sauf celle-ci, et il fut légèrement déstabilisé.

- Ah oui! rétorqua-t-il en soulevant les sourcils, prit de court. Et pourquoi cela?

- Il ressemble trop à Brad, répondit Lisa d’une voix brisée.

Comme si le simple fait d’évoquer son ex-mari lui torturait le cœur.

- Ils se haïssent, répliqua Tony dans un sourire, repensant à la confrontation de ce matin entre les deux hommes.

- C’est normal ils sont tellement semblables, murmura Lisa, comme si elle ne voulait pas qu’il l’entende.

Tony sentit un frisson le parcourir. Oui, le blond mystérieux et le brun charismatique se ressemblaient tellement, mais ils étaient en même temps à des années lumière l’un de l’autre. Il fronça les sourcils, prenant conscience de la confidence discrète que cette femme venait de lui faire.

- Bradley Hastings vous fait peur, Mademoiselle? demanda-t-il pourtant sûr de sa réponse.

Lisa tressaillit et mit un certain temps à répondre. Oui, elle en avait peur, cela se voyait. Mais en même temps, Tony ne put s’empêcher de trouver cela trop facile. Elle sur jouait, c’était évident. Mais dans quel but, encore une fois? Cette jeune femme était certainement plus calculatrice qu’il le croyait, il devait la manipuler avec des gants.

- Oui, mais c’est pour ça que je l’aimais…, répondit-t-elle d’une voix faible, un triste sourire sur les lèvres. Il m’a toujours fait peur mais d’un côté, sa force me rassurait…

- Que ressentez-vous pour lui maintenant? demanda Tony d‘une voix douce.

Elle se raidit et se mit à trembler. Il n’en avait plus aucun doute à présent, elle jouait un rôle, c’était plus qu’évident. Mais pourquoi? Quelle était sa place dans toute cette histoire?

- Je ne sais pas, répondit-elle tremblante. Depuis que je le connais il a toujours exercé cette emprise sur moi…

Elle aussi, elle exerçait une drôle d’emprise sur lui. Sa raison et son instinct de flic lui disait de se méfier, mais en même temps, il ne pouvait s’empêcher de ressentir un pincement au cœur face à se détresse. Elle semblait si fragile.

- Depuis combien de temps le connaissez-vous? lui demanda-t-il en se jurant d’être distant à l’avenir, avec cette jeune femme.

- Plus de sept ans…, répondit-elle sans attendre, nous étions au campus ensemble.

Elle lui avait répondu du tac au tac, comme si elle se doutait qu’il poserait cette question, comme si elle avait révisé son rôle avant son arrivé, comme au théâtre.

- Vous avez suivis les mêmes études? demanda Tony en mettant ses réflexions dans un coin de son cerveau pour y revenir plus tard.

- Non, lui était dans la photo et moi l’art, répondit-t-elle immédiatement, mais nos cours étaient souvent voisins.

Il en était sûr, elle avait répété cette scène une dizaine de fois dans sa tête, avant qu’il n’entre ici, qu’il ne pénètre dans son antre rose et confortable. Cette jeune femme semblait encore plus dangereuse qu’Hastings. Elle était calculatrice, manipulatrice, mais pas Hastings. Lui il se contentait d’être lui-même à chaque instant, même si ça le rendait détestable, au moins, il ne jouait pas à être ce qu’il n’était pas, contrairement à cette femme. Malgré son apparence douce et légèrement naïve, Tony aussi était manipulateur, et il était bien décidé à ne pas perdre la partie. Après tout, avec une licence de psychologie en poche, manipuler cette femme devrait être un jeu d’enfant. Sauf si bien sûr elle était encore plus dangereuse que ce qu’il s’imaginait.

- Comment était-il à l’époque? demanda-t-il en essayant de se montrer le plus distant possible.

- Oh il n’a pas beaucoup changé, répondit Lisa qui semblait ne rien avoir remarqué. Il a toujours été froid et indifférent, mais jamais je n’avais rencontré d’homme qui avait une si grande activité sexuelle.

Elle le rejoint au salon et posa deux tasses sur une table basse drapée d’un petit napperon. Elle s’installa dans le fauteuil et le fixa intensément dans les yeux. Elle se recroquevilla sur elle-même, comme pour se protéger de lui, bien qu’il ne se soit pas montrer agressif une seule seconde.

- Aucune femme ne peut lui résister, reprit-elle en tripotant nerveusement ses mains. Plus on lui résiste et plus on se sent attirée, et il aime ça, il aime ce pouvoir qu’il a sur nous…les femmes…c’est impressionnant et c’est ça qui fait peur.

- Je vois…

Tony ne put s’empêcher de ressentir un léger frisson de dégoût pour cette femme, cette femme qui ne se montrait pas sincère, et qui se plaisait à jouer le rôle d’une pauvre femme abandonnée et perdue. Néanmoins, il était forcé de se dire qu’elle avait touché droit au but. Il avait ressentit la même chose la première fois qu’il avait vu Bradley Hastings devant l’agence, il y a plus d’un mois. Et pourtant, il n’était pas une femme. Ce Brad faisait partit d’une branche d’homme redoutable. Seul Daniel ne s’était pas laissé intimidé car au fond, Lisa avait raison, ils étaient pareil. Daniel, son collègue, avait lui aussi beaucoup de succès envers les femmes, et lui aussi les aimait fragile. Après tout, il ne jouait pas le bad boy pour rien. Mais cet Hastings semblait encore plus pervers que Daniel, et c’était cela, qui le rendait dangereux. Daniel, lui, était dangereux par sa tendance à vite s’énerver et cogner.

- Bradley était-il violent envers vous Mademoiselle Scorfield? demanda-t-il doucement, pourtant sûr de la réponse

- Non! rétorqua Lisa avec force. Jamais il n’a levé sa main sur moi…il était insensible oui, mais pas violent.

Soit elle n’avait pas comprit le fond de sa question, soit elle l’avait intelligemment évité. Bien évidemment, sa question portait sur le domaine sexuel. Il fallait qu’il tourne ça autrement.

- Jusqu’où pouvait allé son indifférence? demanda-t-il posément.

Et bien, il ne se serait jamais douté que toutes ces années passées à étudier la psychologie humaine et l’art de poser les questions, lui servirait un jour.

- Et bien, même lorsqu’il me faisait l’amour il ne pensait qu’à son plaisir, répondit Lisa en détournant le regard, comme gênée, jamais au mien…il lui arrivait de me faire mal mais jamais il ne s’en souciait. Mais là…je l’ai trouvé bizarre…

Et voilà, c’est lui le meilleur. Mais il était tout à fait conscient que cette femme lui mentait depuis le début. Étais-ce un nouveau mensonge?

- Vous êtes allé lui parler?! demanda-t-il faussement surpris.

- Oui…, répondit honteusement Lisa, je n’ai pas pus m’en empêcher et je n’ai pas réussis…à…

- Oui? Réussis à quoi?

- À le repousser…je lui ais dis non pourtant!

Des larmes discrète commencèrent à couler sur ses joues roses. Vraiment, c’était une très bonne actrice. Tony en arriva même à ressentir une certaine peine.

- Vous a-t-il forcé à faire quelque chose mademoiselle? demanda-t-il, égaré pour la première fois depuis le début de ce curieux entretien.

- Non…non. C’est moi qui n’ait pas pus lui résister. Je me répétais pourtant qu’il ne fallait pas que je le laisse faire, qu’il fallait que je réagisse! Mais je ne l’ai pas fais.

Continuait-elle à lui mentir? Cela en devenait presque impossible à croire. Elle, résister à Hastings? Non, c’était inconcevable.

- Que s’est-il passé? demanda Tony, bizarrement inquiet.

- C’est à ce moment là que je l’ai trouvé bizarre, reprit Lisa, rapidement débarrassée de ses sanglots. D’ordinaire il se serait jeté sur moi sans attendre, mais là j’ai plutôt eus l’impression qu’il se forçait à me désirer…qu’il n’y parvenait pas.

Et bien, son chagrin fut de courte durée. Oui, elle mentait. Soit elle n’était jamais allé le voir, soit c’était elle qui s’était amusée à exciter Hastings. Et vu dans quel était d’énervement cet homme était depuis quelques jours, elle avait très certainement obtenu de lui ce qu’elle était partit chercher.

- Un blocage sans doute, répliqua furtivement Tony.

- Savoir que Brad est devenu impuissant est incroyable, reprit-elle énergiquement. Lui qui a toujours eut une vie sexuelle bien remplie.

Elle le fixa intensément en prononçant ses mots, et Tony ne détourna pas les yeux. Il savait parfaitement ce que ce regard signifiait chez une femme, elle venait de lui lancer une provocante invitation sexuelle. Calculatrice et perverse. Décidément, Hastings avait une ex-femme bourrée de qualité.

- Justement il commencerait peut-être à se lasser, reprit Tony, évasif, enfin des femmes tout du moins.

- Que voulez-vous dire? répliqua Lisa en fronçant les sourcils.

Tony ne releva pas le moindre trouble chez elle, elle paraissait ne pas se douter une seule seconde qu’il l’avait démasqué depuis le début. Elle continuait de jouer son rôle en croyant que tout était dans la poche.

- Je n’ai pas à vous mentir, reprit Tony, manipulant ses paroles avec précautions. Bradley Hastings reste notre principal suspect et sur certaine photo qui lui ont été envoyé, nous pouvons clairement voir que les victimes ont subis des agressions sexuelles.

- Brad aurait fait ça?! répliqua-t-elle en écarquillant les yeux.

Bingo, elle avait tout droit foncé dans le piège qu’il venait de lui tendre. Cette Lisa était à surveiller de près.

- C’est ce que nous essayons de découvrir, répliqua-t-il fier de lui.

- Mais vous n’êtes pas venu ici pour entendre tout cela inspecteur, reprit Lisa en se forçant à sourire.

- Oui…

Elle en venait au fait, elle avait très certainement entendu ce qu’elle désirait entendre, et se concentrait à présent sur ce qu’elle avait à lui dire. Tony ressentit une petite vague d’admiration. Elle était douée, très douée.

- Et bien je vous ais appelé pour vous parler d’un démêlé que Brad a eut l’an dernier avec un homosexuel qu’il a mit à la porte, reprit-elle en souriant.

Elle était pressé. Trop pressé, et se fut cela, qui la précipita à sa perte. Tony était sûr et certain à présent que cette Lisa Scorfield n’était pas toute blanche dans cette affaire.

- A-t-il confirmé l’avoir licencié à cause de ces préférences sexuelles? demanda-t-il simplement.

- Bien sûr, il le clamait haut et fort, répondit-elle du tac au tac.

Encore ce débit rapide, elle se contentait de nouveau de sortit son texte, apprit par cœur au préalable.

- Pourquoi ne suis-je pas au courant de ce procès? demanda Tony en la toisant d’un regard adouci.

Il fallait qu’elle pense avoir gagné, jusqu’au bout.

- Et bien Brad était en plein combat avec l’agence ennemie à l’époque, répondit-elle, de nouveau sans prendre le temps de réfléchir, et il a donc tout fait pour étouffer l’affaire, il fallait protéger la H&M Corp.

- Je suppose qu’il a gagné le procès, répliqua Tony en entrant délicatement dans son jeu.

- Évidemment.

- Comment s’appelait ce jeune homosexuel?

- Je ne sais plus, désolé.

- Se n’est rien. Mais si Monsieur Hastings rechigne tant à engager des homosexuels, pourquoi reste-t-il en collaboration avec Monsieur Martin?

- Fred est marié à une anglaise très riche qui lui verse quotidiennement des chèques assez impressionnants.

Et voilà, elle avait atteint son but, il la vit se décontracter légèrement. C’était donc pour cela qu’elle l’avait fait venir…mais pourquoi? Que croyait-elle provoquer en lui annonçant cela? Il était vrai que cela expliquait bien des choses, mais uniquement sur le plan personnel, cela n’avançait l’enquête en rien! Il fallait qu’il creuse d’avantage la question.

- À quoi ces chèques servent-ils? demanda-t-il soudain très intéressé.

- À financer les auditons je crois…merci inspecteur…merci de m’avoir écoutée…vous savez j’en ai tellement besoin en ce moment, je me sens trahie, humiliée…

Voilà, elle voulait que cette conversation s’arrête. Tony sourit. De toute façon, il en avait assez entendu. Il formula la plus mensongère des phrases d’au revoir, il fallait lui donner l’impression qu’elle ait gagné.

- Je comprends mademoiselle, répondit-il souriant, si vous avez besoin de parler n’hésitez pas, je suis là. Et c’est à moi de vous remercier, vous m’avez beaucoup aidé.

Lisa sourit. Lorsque Tony la quitta, il était tout chamboulé. Tout ce bousculait dans sa tête, cette Lisa avait tout faussé et il savait pertinemment que c’était justement pour cela, qu’elle avait désiré le voir. Ce dont elle ne se doutait certainement pas, c’était de la soudaine culpabilité dont elle était désormais affublée. Oui, bien sûr Hastings restait un suspect, mais seulement potentiel désormais. Ce qu’il fallait, c’était surveiller cette Lisa Scorfield de près.

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