Le téléphone raisonna dans le bureau, lent et monotone. L’inspecteur Tony Tobias décrocha.
- Tobias à l’appareil, lança-t-il en baillant.
Une voix grave s’éleva du combiné, Tony écouta attentivement, ne prêtant pas attention à son collègue qui venait de retirer ses chaussures pour les sentir, grimaçant. Il y avait de quoi se taper la tête contre les murs des fois.
- Comment?!!!! lança-t-il soudainement.
Daniel Pérez, avait placé ses pieds sur le bureau et fait basculer sa chaise en arrière. Lorsqu’il entendit la voix de Tony raisonner avec autant de force, il manqua de chuter mais se rattrapa de justesse au mur derrière lui.
- Très bien on arrive, lança Tony avant de raccrocher.
- Qu’est-ce qu’il se passe? lui demanda Pérez en remettant rapidement ses chaussures.
- Une seconde lettre vient d’être réceptionnée par la secrétaire d’Hastings, répondit Tobias en enfilant sa veste.
Pérez se leva à son tour, saisit son long manteau de cuir et courut dans le couloir à la suite de son collègue. Pour une fois que Tony était plus dynamique que Daniel!
Et quelques minutes plus tard, ils pénétrèrent dans le couloir du vingt-troisième étage de la H&M Corp. Des policiers étaient là, une psychologue se tenait près de Mademoiselle Odin et deux autres entouraient Bradley Hastings et Frederik Martin. Un flic en civil s’approcha des deux inspecteurs pour leur remettre l’enveloppe enfermée dans un sac zippé. L’inspecteur Tobias enfila des gants blancs et sortit l’enveloppe de papier kraft. Il en retira six photos en tous points semblables aux six précédentes, représentant un nouveau jeune homme frêle et effrayé. Les quatre premières photos représentaient les phases de la torture, la cinquième montrait la victime castrée et la dernière affichait sa mort. C’était comme un ballet morbide, un défilé d’horreur qui provoquait des frissons, et donnait des nausées.
L’inspecteur Pérez, quant à lui, n’avait pas quitté Hastings des yeux. Celui-ci semblait troublé pour une fois. Il fixait le sol devant lui, perdu dans ses pensées.
- Putain! lança Tobias en rangeant les photos dans l’enveloppe. Deux meurtres, pas de cadavres, des centaines de suspects dans cette entreprise et pas un seul indice!
Tony aimait les choses concrètes, lucides, claires. Et là, c’était tout sauf clair. Pérez ne répondit pas, il continuait de fixer Hastings de ses yeux de braise. Les mains dans les poches de son jean noir, des lunettes de soleil pendaient d’une poche de sa veste, il ressemblait parfaitement à l’image de « bad boy » que Brad s’était fait de lui.
- Oh tu m’écoutes?! lâcha Tobias en rendant l’enveloppe au policier.
L’entêtement inutile de son collègue avait le don de l’énerver et malheureusement, c’était un art dans lequel Daniel était passé maître.
- Euh…oui oui je t’écoute, répondit Pérez en détournant enfin les yeux.
- Apportez ça au labo pour faire un relevé d’empreinte, dit Tobias au policier qui rangeait l’enveloppe dans le plastique zippé.
- Tu vas interroger Martin moi je m’occupe d’Hastings, reprit Daniel.
- Non c’est pas une bonne idée, je prend Hastings et toi Martin.
Mais Daniel Pérez n’écoutait plus, il se dirigeait déjà vers Bradley Hastings. Tony Tobias soupira, le maître de l’entêtement stupide venait de refaire surface. Cette histoire allait mal se finir! Brad sortit son sourire frimeur de sa poche lorsqu’il vit l’inspecteur avancé vers lui. Et voilà, le bad boy était dans la place.
- Tiens! Inspecteur, lança-t-il en croisant les bras. Rappelez-moi votre nom…inspecteur?
- Pérez, répliqua Daniel sur un ton de défis.
- Ah oui c’est ça. Pérez.
- J’aurais besoin de vous poser quelques questions.
Brad sourit au fond de lui. Voilà, l’heure de la confrontation avait sonné. Dans sa tête, il entendit la cloche du premier round retentir.
- Je suis tout ouï, lança-t-il heureux de son effet.
- Pourrions-nous allez dans votre bureau, Monsieur Hastings? demanda Daniel.
Il voulait de l’intimité? Très bien, il allait l’avoir. La confrontation n’en serait que plus rude. Brad entendit raisonner les paroles d’un quelconque commentateur de match de boxe dans sa tête: « Mesdames et Messieurs, sous vos yeux, dans quelques secondes, viendront s’affronter deux géant de la confrontation visuelle poids lourd! Premier round! »
- Bien sûr, répondit-il en souriant.
Brad conduisit l’inspecteur dans son antre, ce sourire intimidant toujours affiché aux lèvres. Voilà, cet inspecteur venait de poser les pieds sur son territoire, il avait l’avantage du terrain. Il referma les portes lorsque Pérez fut entré et partit s’assoire sur son siège de cuir noir, le fixant toujours. Il ne prit même pas la peine de lui proposer un verre, il connaissait déjà sa réponse: « Pas en service! ».
- Asseyez-vous inspecteur je vous en prie, dit-il moqueur dans un geste de la main.
Daniel Pérez s’installa et toisa Brad d’un regard noir. Ses cheveux brun tombaient négligemment devant ses yeux, dans une certaine grâce désinvolte, sa peau hâlée diffusait une effluve de parfum musqué qui envahit bientôt la pièce. Brad prit son air le plus indifférent. Il savait qu’en face de lui se trouvait son ennemi. Ils étaient aussi semblables que le jour et la nuit. L’un possédait une beauté blonde glaciale et l’autre un charme brun torride. Mais pour une raison qu’il ignorait encore, cet inspecteur lui vouait une haine profonde. Il sentait que le bad boy commençait à prendre l’avantage.
- Que puis-je pour vous inspecteur? demanda-t-il de sa voix la plus froide.
- Où vous trouviez-vous lorsque votre secrétaire , Mademoiselle Odin, a reçut cette lettre? demanda Daniel en regardant tout autour de lui.
- Ici même.
- Et que faisiez-vous?
Brad hésita un instant. Devait-il lui répondre franchement? C’était mal de mentir à un agent des forces de l’ordre. Il construisit une phrase parfaite dans sa tête: « Je m’envoyais mon ex-femme. »
- Je recevais une cliente, répondit-il simplement.
« Le premier round est remporté haut la main par l’inspecteur! Brad tiendra-t-il le coup face à temps de puissance? » Ce n’était que partie remise.
- Qui exactement? répliqua Daniel du tac au tac.
- Oh vous la connaissez sûrement, puisque vous l’avez déjà interrogé. Il s’agit de Lisa Scorfield.
« L’inspecteur encaisse le coup sans rien dire, c’était pourtant un bel uppercut. Bradley serait-il en difficulté? »
- Ah oui…celle qui a commit l’erreur de vous demander en mariage.
« Le deuxième round fut court mais palpitant! L’inspecteur l’a de nouveau emporté! Comment Brad va-t-il encaisser le choc cette fois? »
- Que me vaut cette haine inspecteur? rétorqua Brad en fronçant les sourcils.
Pérez se rapprocha d’Hastings, même si un bon mètre les séparait encore, il fronça les sourcils, le regard plein de suspicion. « La confrontation se fait plus rapprochée maintenant, l’inspecteur aurait-il prit conscience de sa supériorité face à Brad? »
- Je sais que c’est vous qui avez fais le coup, lança-t-il dans un semi murmure, comme pour savourer ses paroles.
Mais Brad rigola d’un rire sans joie. « Brad semble gagner du terrain, en jouant la carte de la provocation, c’est risqué! »
- Vous êtes insensible Monsieur Hastings, reprit Daniel sans se laisser déstabiliser une seule seconde. Je sais qu’une guerre s’est déclenchée entre vous et votre…collègue. Je vous mettrais derrière les barreaux pour le reste de votre vie.
- Peut-être mais d’abord il faudra avoir des preuves contre moi, coupa Brad en reprenant sa fixité glaciale. Et croyez-moi, vous aurez du mal à en trouver.
« Qui réussira à gagner ce combat?! »
De leur côté, Tony Tobias et Frederik Martin avait eux aussi engagé une conversation, dans le bureau de l’associé d’Hastings. C’était une pièce spacieuse, beaucoup plus chaleureuse que le bureau de Brad. Tony avait néanmoins eut un mauvais pressentiment en y pénétrant. Comme s’il entrait dans le couloir de non-retour, le couloir de la mort. C’était une sensation désagréable et il n’était pas aussi doué que son collègue pour ce qui est de cacher ses émotions. Toutefois, il garda un certain contrôle de lui-même, prenant la situation bien en main.
- Avez-vous vu les photos, Monsieur Martin? demanda Tobias d’une voix clair.
- Oui…
La voix de Fred était brisée, lointaine et triste, il semblait profondément choqué de cette attaque, même si elle était adressée à son collègue et non pas à lui. Le désordre qui régnait sur son bureau témoignait d’un grand chamboulement intérieur, Tony en était certain, car le bureau de Daniel était pire qu’une chambre d’adolescent.
- Connaissiez-vous la victime? demanda-t-il aussi doucement qu’il le put.
- Oui…
- C’était encore un stagiaire à vous?
- C’est exact…
- Donnez-moi son nom s’il vous plait.
Mais Fred fondit en larme, le visage dans les mains. Tony Tobias se sentit impuissant et la tristesse de son interlocuteur l’envahit comme une vague froide. Il n’était pas du genre à lésiner sur le travail, mais ignorer la détresse de quelqu’un n’était pas vraiment de coutume chez lui, plus chez Daniel.
- S’il vous plait Monsieur Martin, reprit-il en se contrôlant difficilement.
- Il…s’appelait Nathan…Simon, répondit Fred d’une voix brisée.
- Nathan Simon?
- Oui…
- Depuis quand était-il votre stagiaire?
- Six mois maintenant…il n’avait même pas terminé sa formation.
- Bien…
Cette révélation perturba Tobias. Cela rayait l’une des ses hypothèses de la liste. Et dire qu’il y avait passé la nuit précédente! Voilà, une nouvelle nuit blanche s’annonçait. Daniel trouvait ça stupide de perdre le sommeil pour si peu, mais Tony savait parfaitement que son collègue était victime du même mal. Sauf que lui était certainement en meilleur compagnie.
- Mon dieu…jamais je n’aurais dû…, sanglota Fred en détournant le regard.
- Vous n’auriez pas dû quoi Monsieur Martin? l’encouragea Tony en se penchant vers lui.
- Lui proposer cela…
- Lui proposer quoi?
Daniel Pérez n’était pas plus avancé de son côté. Hastings semblait plus préoccuper de remporter ce combat plutôt que de l’aider. Enfin, c’était prévisible. Du moins pour le moment.
- Et qu’est-ce qui vous permet d’affirmer ce que vous avancez inspecteur?
La voix de Brad raisonna dans la pièce, froide et moqueuse. Daniel sentit sa main le démanger. Il avait envie de lui envoyer une bonne droite dans la mâchoire pour lui faire comprendre qui était le maître ici. Daniel n’avait pas pour habitude de se laisser marcher dessus sans rien dire. Le seul qui était encore en droit de lui donner des ordres, c’était Tony. Et même lui avait des limites à ne pas dépasser.
- Prouvez-moi que j’ai tort alors, rétorqua Pérez d’un regard noir.
- Mon collègue, Monsieur Martin, avait une fâcheuse tendance à s’envoyer ses stagiaires, répliqua vivement Hastings.
- N’essayez pas de me faire croire que vous ne le faites pas Monsieur Hastings!
- Oh si je le fais, mais moi se sont des femmes.
- Vous voulez dire que Monsieur Martin est homosexuel?!
Ce qui expliquait pourquoi il était si chamboulé par ces meurtres. Mais pourquoi Hastings s’en fichait-il autant?
- Oui. Je lui ais bien conseillé de voir un psy pour essayer de trouver un remède, mais essayer de faire comprendre cela à un gay vous.
- Vous voulez dire que vous êtes contre?
- Bien sûr.
L’évidence le réveilla, comme une boule de neige coincée dans le caleçon.
- Vous êtes homophobe Monsieur Hastings? demanda-t-il pourtant sûr de la réponse.
- Et alors? répliqua Brad dans un sourire.
- Et bien voilà qui fait une qualité de plus sur ma liste. J’ai une raison de plus de croire que vous êtes le coupable Monsieur Hastings.
- Voyons inspecteur, si vraiment j’étais le meurtrier, croyez-vous que je vous aurais livré ceci sans concession?
- Vous êtes intelligent Monsieur Hastings.
- Merci.
Il le prenait réellement pour un naze, ou bien c’était calculé? Là, Daniel avait vraiment l’impression d’être naze. Évidemment que c’était calculé, Hastings était loin d’être stupide. Quoi que.
- C’est pour cela que je pense que, au contraire, vous m’avez dit tout ceci en espérant que je ne vous soupçonne plus, reprit Daniel dans un sourire satisfait.
- À votre guise inspecteur. Mais encore une fois, avant de m’accuser de quoi que se soit, trouver donc des preuves.
« Nous venons d’assister à un revirement incroyable de la part de Bradley Hastings! Malheureusement, sa contre-attaque s’effectuera trop tard et les deux concurrents termineront ce match titanesque sans plus de résultat! Nous restons indéniablement sur notre faim. »


J'ai beaucoup aimé cette partie xD la façon commenté comme un match de boxe c'était marrant !!










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