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Que du bonheur - épilogue  (Que du bonheur ( terminé )) posté le vendredi 31 juillet 2009 15:39

Le 18 Avril

    Le jour où Il a frappé à la porte, je ruminais mes pensées. Quand est-ce que j’allais enfin me décider à dire à Tony que j’avais contacté Mama Gourou la semaine dernière pour lui dire que j’avais un fiancé à lui présenter ?! Bon, analyse de la situation. Un : je n’ai pas encore fais ma demande de fiançailles à Tony. Deux : beuh y’a pas de deux. Ouais je sais, informer sa famille qu’on est fiancé avant d’avoir eu une réponse favorable - avant même d’avoir fait la demande ! - c’est con. Mais, c’est pas comme si j’avais un doute sur la réponse de Tony c’est juste le voyage qui me stresse.

    Tony est fragile depuis l’histoire Gabriel. Pour tout vous avouer, on a pas refait l’amour depuis. Chaque fois que je le touche, il se crispe et se met à pleurer en s’excusant. Il ne mange pratiquement pas - c’est la bagarre à chaque repas ! - a énormément de mal à mettre un pied dehors, et angoisse dès qu’il se retrouve tout seul - j’vous explique pas la merde quand on doit sortir faire les courses. Mais j’ai appris à être patient et puis hausser le ton n’arrange pas vraiment les choses. Tony a changé. Se n’est plus le Tony que j’ai croisé devant mon appartement six mois auparavant, c’est celui que j’ai rencontré il y a onze ans.

    Là, il fait la vaisselle. Je me souviens encore qu’avant toute cette histoire, il chantonnait chaque fois qu’il faisait la vaisselle. Maintenant il se contente de regarder ce qu’il fait sans rien dire. Et moi je suis assis sur le canapé à penser. Quelle merde.

    Analyse de la situation. Si Tony accepte le voyage en Espagne, deux possibilité : soit il supporte très mal de voir débouler sur lui une troupe de gitans sans aucune gêne qui croit aux esprits, aux malédictions et à la résurrection animale - moi là-dessus, j’ai un peu de mal j’avoue - soit il s’intègre facilement et fait tomber cette muraille qu’il a dressé autour de lui depuis ma scène de rage dans l’hôpital deux mois plutôt - ouais j’ai pas mi longtemps à réaliser que tout ça c’était de ma faute. Malheureusement j’ai peur qu’il n’ait pas trop le choix.

    Je m’explique : dans notre famille de Tzigane Pérez, il y a un Chef de Famille et une Matriarche. Mama Gourou est la Matriarche et son mari le Chef de Famille Remplaçant - mon père étant l’ancien Chef de Famille légitime mort y’a plus de dix ans, c’est moi qui aurait dû hérité de la caravane de tête mais je me suis défilé. La Matriarche est en fait une femme qui possède une philosophie de la vie très spéciale - je ne parle pas seulement de Mama Gourou, elles sont toutes comme ça de génération en génération - et qui décide de part son seul jugement qui a le droit de faire partie de la famille et qui en ai châtié. En gros, elle a tous les pouvoirs et c‘est d‘ailleurs la Matriarche actuelle qui choisie qu‘elle sera la fille de la famille qui lui succèdera. Le Chef de Famille lui, c’est celui que tout le monde suit. Il prend sa caravane, il se casse et les autres partent derrière lui. C’est lui qui trimbale la famille dans tout le pays et qui traite des affaires financières qui aident à ne pas faire de nous des clochards de bases. En ce qui concerne la famille Pérez il s’agit d’un élevage de chiens de bergers espagnols, de gérer les revenus de programmateurs informatique - on aime la diversification - et d’abattage d’arbre - on est aussi une petite entreprise d’élagage à nous tout seul. Sans oublier quelques petites choses ici et là comme : vente de fleurs au printemps, aide aux personnes âgés en hiver - genre j’te fais tes courses tu me files cent balles - et diverses autres activités qui se sont certainement diversifiées depuis mon départ. Et tout ça tout en voyageant dans le pays. En ce qui concerne le Chef de Famille, c’est la branche principale de la famille - celle dont je suis directement issu - qui hérite de ce titre, transmit de père en fils. Mon grand-père était Chef de Famille, mon arrière-grand-père aussi et ainsi de suite.

    Si je retourne là-bas, même en tant que vacancier, on me proposera donc forcément de reprendre le titre qui me revient de droit, chose dont je n’ai absolument pas envie - veiller au bien être d’une dizaine de personne c’est trop pour moi, j’ai déjà du mal à m’occuper de moi-même - d’ailleurs ça m’étonne toujours que Mama Gourou ne m’ait pas viré de la famille après le coup que je leur ais fait. Bref, ceci est un premier point négatif.

    Deuxième point très négatif : si Tony accepte de s’appeler Pérez, se n’est en réalité pas à lui de décider ! C’est à Mama Gourou oui, et autant vous le dire tout de suite : cette femme est très spéciale et ses bases de la vie Pérez sont encrées profondément dans sa tête ! Autrement dit, pour elle un homme Pérez doit être fort et capable de veiller au bien être de la communauté et des femmes qui se font rares dans la vie de Tzigane - bah ouais autant l’avouer - hors Tony ne répond pas du tout à cette description. Il devra faire impression à Mama Gourou et la sacré bonne femme est difficilement impressionnable.

    D’après Morgan, nous sommes à présent huit de la famille à vivre dans ce troupeau de caravane - à raison d’environ deux par caravane je vous laisse faire le calcul j’suis nul en maths - et il n’y a que quatre femmes : Mama Gourou, Morgan ma cousine Lola que j’ai connu enfant et qui est la petite dernière de Mama ainsi que la belle-fille de cette dernière. Vu l’état dans lequel se trouve Tony en ce moment je doute qu’il sera assez fort du point de vu de Mama Gourou la Dictatrice.

    Hors j’ai très très envie que Tony soit un Pérez ! M’ayant avoué au début du moi qu’il haïssait son nom de famille Kendallson et qu’il trouvait celui qu’on lui avait trouvé - Tobias - trop impersonnel, il aurait aimé qu’un système existe pour qu’il puisse porter mon nom. Et bien y’en a un ! Mais ça va pas être simple.

    Oui je sais vous vous dites que changer de nom de famille n’est en réalité pas simple, faut remplir tout un tas de papier et tout, mais en réalité, Mama Gourou n’a pas ce pouvoir, du moment qu’elle t’accepte, pour elle et les autres de la famille tu es un Pérez. Après je pense que Ray Monroe pourrait aider Tony à s’appeler Pérez … ouais je sais, j’ai pas fini de le faire chier.

    Bon je parle je parle mais je suis sûr que vous voudriez savoir qui, va frapper à la porte non ? Et bien allons-y :

« Toc toc » - ouah j’suis hyper doué pour les bruitages.

    Je me suis levé pour ouvrir. Dans l’encadrement, un homme m’a regardé et j’ai senti un frisson glacé parcourir ma colonne vertébrale. Je me suis retenu de claquer des dents. Là, devant moi, la copie conforme de Ray Monroe vingt ans plus jeune me fixait. Je me sentais tout petit. Non pas à cause de sa taille, j’suis plus grand en réalité, en fait son regard noir était tellement froid et impérieux que j’ai dû perdre vingt bon centimètres d’un coup.

    C’est dingue v’là que ça se multiplie ces trucs-là maintenant !

    Il se contentait de me regarder, sans aucune expression.

- Tony ?! ais-je appelé sans le quitter des yeux. Viens voir y’a eu un clonage !

- Hein?!

    Tony a quitté la cuisine, un torchon à la main, et m’a rejoint. En voyant l’homme qui se tenait devant la porte il a lâché le torchon, les yeux écarquillés.

- Noah ! a-t-il d’une voix blanche. Mais que …

    Mes yeux faisaient la navette entre mon amant qui, semble-t-il, m’avait encore caché quelque chose, et ce dénommé Noah qui lui sourit bien gentiment. Tony a soudain cligné des yeux et a semblé se rappeler de ma présence. Il m’a regardé, a récupéré son torchon, puis m’a dit légèrement tremblant :

- Dany je … te présente Noah le fils … de Ray.

    J’ai regardé ledit Noah, il m’a regardé, nous nous regardons quoi ! Puis je lui ai tendu la main. Il l’a serré, sceptique.

- Salut moi c’est Daniel ! ais-je dans un grand sourire. Le fiancé de Tony, bien décidé à le rester.

    Tony a de nouveau lâché son torchon et j’ai gardé le sourire. Ouais je sais y’a de meilleure façon de faire sa demande mais quand faut y’allé faut y’allé !

   En tout cas, quoi que m’est caché Tony je n’étais ni inquiet ni fâché. Parce qu’au fond, la vie avec lui, c’est que du bonheur !

Cet épilogue était en fait une sorte de prologue de l'extra ( on a rien pigé Gabie {#} ) Hey, qui aime les patates douces ?

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La vie de Tzigane - Que du bonheur extra - partie 1  (Extras) posté le vendredi 31 juillet 2009 15:47

Le 3 Mai

    Essayez donc de vous faire une idée. Vous détestez un homme comme pas permis et cet homme vous déteste à son tour. Jusque là tout va bien, on appel ça une haine réciproque. Mais, contre toute attente, le fils de cet homme que vous pouvez même pas voir en peinture devient votre meilleur ami.

    Ouais, le dénommé Noah Monroe qui fit irruption dans ma vie un dix-huit avril en début d’après-midi fait partie des rares personnes que je peux supporter. Autant l’avouer, la première impression qu’il m’a faite n’était pas forcément agréable. Mais, ayant participé à ma demande de fiançailles maladroite - adressée à Tony bien sûr - il nous a vivement félicité avant même que Tony ait pu donné une réponse. En fait, celui-ci est resté enfermé dans un mutisme indéchiffrable plusieurs heures d’affilé dans la chambre avant de revenir dans le salon, de s’assoir près de moi dans la canapé et de me dire « Je t’aime ». Noah, resté dans l’appartement sans y avoir vraiment été invité, en train de fumer près de la fenêtre, m’a sourit. Et là j’ai su que je m’entendrais bien avec lui.

    Pour vous résumer brièvement le personnage: aux premiers abords Noah Monroe peut paraître froid et complètement indifférent. Y’a qu’à croiser son regard noir et terne pour comprendre ce que « Casses-toi tu pus et marches à l’ombre » signifie. Mais en fait, c’est simplement que Noah est très sélectif en ce qui concerne son entourage et il n’y a qu’un groupe très limité de gens qui peuvent se vanter de le connaître suffisamment pour affirmer qu’en réalité ce jeune homme de vingt-quatre ans est tout ce qu’il y a de plus chaleureux et aimable - quoi qu’un peu zarbe parfois, taciturne souvent et lunatique. Et moi je fais désormais parti de ce groupe. Et je crois que c’est surtout pour ça que je le supporte, parce que j’agis de la même façon. Jouer la comédie, c’est pas mon rayon et c’est pas le sien non plus. Quand on ne supporte pas quelqu’un, on le dit clairement et basta. À l’inverse, on devient très gentil avec les gens qu’on aime. C’est en ça qu’il m’a plût direct. Franc et honnête - si souvenez-vous ça fait parti de mes qualités les plus ignobles.

    En moins d’un mois, j’ai eu le temps d’en apprendre plus sur sa vie. Étant déjà au courant de l’identité de son père, du fait que ses parents aient divorcé alors qu’il avait à peine un an et qu’il ait grandit dès ses treize ans avec un Tony sujet aux crises d’angoisse nocturne, sans oublier que c’est en fait la femme de Ryan Hampton qui lui a apprit à marcher et manger sans en mettre partout sauf dans la bouche, j’en connaissais déjà un rayon. La plupart des choses, c’est en fait Tony qui m’en a parlé - Noah étant peu enclin aux révélations. Ayant grandi ensemble, les deux hommes se considéraient comme de véritable frères et gardaient contact en se téléphonant au moins une fois pas jour. Et tout ça à mon insu ! Par conséquent, en arrivant dans l’appartement, Noah savait déjà qui j’étais, d’où je venais, ce que j’avais vécu dans mon pays natal et aussi que je ronflais comme un possédé quand je dormais. En gros, on était pas vraiment étranger l’un à l’autre, fallait juste qu’on s’apprivoise.

    J’ai donc appris que Noah avait eu son Baccalauréat Littéraire haut la main à seize ans - spécialité troisième langue : Espagnol - et qu’il avait continué ses études en obtenant un doctorat en psychologie et devint célèbre dans la criminologie en écrivant une thèse sur l’exploitation des femmes et le commerce du sexe en Europe. Dès lors, il aurait pu devenir psychologue en criminologie et d’ailleurs certains autres psy le nommait déjà « Docteur Monroe » - à vingt-quatre ans seulement j’sais pas si vous réalisez ! - et utilisaient sa thèse comme la première référence en la matière. Mais le concerné se contenta de faire la sourde oreille à tout ça et d’entreprendre des études de philosophie et de viser le master.

    Je ne sais pas si vous mesurez mon sentiment d’infériorité en apprenant tout ça. Je crois qu’en fait c’est un peu à cause de ça que je le trouve zarbe. Noah évolue dans son monde bien à lui et parle de lui très rarement, il ne dit jamais ce qu’il pense et lorsqu’il le fait c’est pour te fermer ton clapet en une seule phrase indémontable. En gros, ce gars est un cas unique qui évolue dans un monde à part.

    Autre raison pour laquelle je l’aime bien : bien qu’étant ce qu’il est, je ne l’ai jamais vu prendre ses airs supérieurs. En réalité, lorsque tu t’engages dans une conversation avec lui, tu découvres son langage Jeune Parisien qui fait très « Cacaille des Rues ». Bah ouais, il a grandi dans la capitale faut pas lui en vouloir.

    Concernant le physique, Noah ressemble énormément à son père - c’est ce qui m’a refroidit la première fois que je l’ai vu en fait - même cheveux noirs raides, mêmes yeux noirs impérieux, quoi que la peau plus clair, il a à peu près la même carrure. Il est plus petit que moi mais pèse le même poids et entretient son corps avec une certaine obsession. Je crois que c’est son côté philosophe, car après tout d’après les grecques de l’antiquité, l’esprit ne vaut quelque chose que si le corps est sain - ouais c’est pas ça mot pour mot mais en gros c’est ça l’idée.

    Voilà, vous connaissez Noah Monroe.

    Maintenant, je vais vous parler un peu de Tony. Bon, depuis le Drame Gabriel, il s’est vachement renfermé sur lui-même et j’ai énormément du mal à lui arracher rien que quelques mots alors qu’avant c’était un vrai moulin à parole difficile à suivre. Pareil pour manger. Quand je l’ai connu il mangeait comme quatre et maintenant c’est la bagarre pour qu’il finisse son assiette. Il a refusé de retourner travailler et lorsque j’ai voulu le pousser et le faire réagir en haussant un peu le ton il s’est recroquevillé dans un coin de mur de la chambre et s’est mi à pleurer. Je n’ai plus jamais élevé la voix et je me suis moi-même déplacé jusqu’au magasin où il travaillait pour remettre sa lettre de démission à son patron. D’ailleurs quand je suis rentré ce jour-là il s’est jeté sur moi en hurlant que je l’avais abandonné avant de s’évanouir.

    Bref, vous devinez sans problème que les premiers mois suivant le Drame Gabriel ont été dur, très dur. En réalité, la situation s’est un tantinet améliorée à l’arrivée de Noah. La semaine dernière il m’a même avoué, un soir alors qu’on fumait une clope au pied de l’immeuble :

- C’est mon père qui m’a appelé et demandé de venir.

    J’ai inspiré la fumée de travers et manqué de me tuer.

- Selon lui j’suis pas capable de m’en occuper c’est ça ?! ais-je crié.

    Il m’a sourit, tiré une taffe en regardant dans le vide avant de reprendre :

- Mot pour mot il m’a dit : Pérez est un con à peine capable de s’occuper de son cul j’ai peur que Tony soit enfermé avec une andouille, déplaces-toi et sors-le de là.

    J’ai écrasé ma cigarette du bout des doigts pour en faire de la charpie. Noah a poussé un rire bref mais franc.

- Il t’aime pas je crois.

- Réciproquement.

- Je m’en doute. Moi non plus.

    Je l’ai regardé. Il ne souriait plus, et son regard était grave.

- Ton père ?

- Je le hais.

- Pourquoi ?

    Pendant un moment j’ai cru qu’il ferait la sourde oreille comme chaque fois que je lui poses une question personnelle mais il a répondu :

- Parce ce qu’il est gay.

    J’ai encaissé. Beuh il serait pas homophobe quand même ? Dans ce cas pourquoi il reste en contact avec Tony et moi ?! J’avoue être beaucoup moins futé que lui mais quand même …

- Euh …

    Ouais, beaucoup moins futé puissance dix. Il m’a regardé.

- Il était déjà gay en se mariant avec ma mère, m’a-t-il avoué, elle l’aimait vraiment. Il lui a fait trop de peine pour que je lui pardonne.

- Bah … pourquoi il s’est marié avec alors ?

- C’était des amis d’enfance d’après ce que j’ai compris, leur parent respectif rêvaient de les voir se marier alors il l’a épousé. Selon le souhait de sa sœur.

    Ok, encore cette Sylvia.

- Le con, ais-je simplement dit.

    Il a écrasé sa clope du bon du pied.

- Allez, on rentre sinon Tony va paniqué.

    Et une fois monté, on l’a trouvé endormi sur le canapé. Premier fois depuis des mois que je le voyait si calme, seul dans l’appartement.

    Je vais finir par vous faire déprimer avec tout ça. Nous sommes donc aujourd’hui le trois mai et j’ai enfin reçu la chevalière, celle que j’avais offert à Tony pour nos fiançailles avant de réaliser qu’elle était trop grande. Planté devant la porte de l’appartement, je la sors de l’écrin. Elle est en or, avec les initiales « T.P » gravé en argent dessus. C’est exactement la même que la mienne, avec les initiales « D.P », ayant appartenu à mon père, et transmise de père en fils, vous l’aurez deviné. Jusqu’ici, je ne l’avais jamais porté - la mienne - étant donné que j’en ai hérité le jour de la mort de mes parents, ce même jour où j’ai appris que Daniel Pérez n’était pas mon père. Mais ma mère m’aimait, je suis son fils, je m’appel Daniel, et je suis en droit de porter cette chevalière. Comme ça, Tony et moi on est assorti. Gerbement romantique je sais. Mais ses yeux étaient tellement brillants quand je lui ai offert que je ne peux pas ressentir ne serait-ce qu’une once de regret.

    Je rentre.

    Aussitôt, Tony me tombe dessus, légèrement secoué.

- T’en as mi du temps, me reproches-t-il.

    Je lui présente l’écrin.

- Tada ! clamais-je.

    Il me sourit et s’en empare délicatement.

- J’espère qu’elle ira cette fois, me dit-il.

    Ouais, si seulement il avait pas fait une crise quand je lui ai di qu’il devrait sortir pour se rendre à la bijouterie mesurer son annulaire, il y serait allé avec moi et ça m’aurait évité de commander au pifomètre !

    Il sort la chevalière, la passe à son doigt. Je retiens ma respiration. Il me sourit.

- Nickel, me dit-il.

    J’ai sorti la mienne de ma poche pour l’enfiler à mon tour.

- Voilà maintenant on peut plus se tromper, ais-je dit.

    Il m’a sourit et s’est blotti contre moi. Allez Daniel courage ! Mama Gourou t’engueule chaque fois que tu veux des nouvelles de ta petite sœur faudrait peut-être que tu en parles !

- Ça te dit un voyage en Espagne ?

    On ne peut plus bref. Tony s’est détaché de moi et a reculé de quelques pas.

- Quoi ?

- Ouais euh, bafouillais-je en sélectionnant mes mots avec soin, des petites vacances quoi !

    Beuh nan j’lui ment pas ! Je lui évite de stresser en omettant de lui dire que si on va là-bas c’est pour que Mama Gourou le passe au rayon X. Il baisse les yeux et commence à triturer ses doigts et sa chevalière : signe d’une imminente crise de panique si je ne le rassure pas tout de suite.

- Je… sais pas je … peut-être… plus tard ?

- J’en ai déjà parlé à la famille il nous attende pour la première quinzaine de ce mois-ci.

    Tony se met à pleurer et secoue la tête de droite à gauche. C’est plus fort que moi, j’envoie mon poing dans le mur en criant :

- Putain !

    Il a reculé, effrayé.

- J’ai pris un appart’ avec toi pour vivre avec un homme pas une larve !

    Il s’est acculé au mur et s’est mi à trembler violemment. J’ai fuis, quitté le salon et gagné la chambre pour donner un coup de pied dans la table de nuit et m’assoir sur le lit en grognant :

- Merde !

    Ça commence à devenir limite cette situation. Je ne peux pas le toucher sans qu’il tremble, dès que je lui parle il fuit mon regard, dès qu’il voit que je le fixe intensément il s’enfuit, dès que je tente un geste de tendre il recule, apeuré. J’en peux plus …

    Assit face à la fenêtre, la porte derrière moi, quelques minutes passent avant que je l’entende grincer doucement. Le lit s’affaisse lorsque Tony s’installe près de moi.

- Désolé, souffle-t-il d’une voix brisée.

- Ouais je sais, répliquais-je tranchant.

    Minute de silence.

- Je vais faire un effort, reprend-il.

    Je soupire et me tourne vers lui, calmé. Ses yeux brillent de peur et ses larmes ont laissé des traces sur ses joues. Il recule de quelques millimètres à peine, mal à l’aise.

- Te fâches pas, murmure-t-il presque suppliant.

    Ouille, ma jambe commence à tressauter - vous vous souvenez de ce que ça signifie ? - et je me tourne pour fixer la fenêtre.

- J’aurais pas du m’énerver excuses-moi, dis-je simplement.

    Puis je me suis levé pour aller dans la salle de bain. Voilà, on vit comme ça maintenant, comme des étrangers. J’ai l’impression de ne pas le connaître et lui a une trouille bleue de moi. Ça me brise le cœur mais en même temps, j’ignore si je pourrais supporter ça encore longtemps. Finalement je sors et traverse tout l’appartement vers la porte d’entrée. Tony surgit du couloir.

- Où tu vas ? me demande-t-il brusquement.

- Fumer une clope.

    Et je claque la porte. Une fois dans la rue, je me laisse tomber au sol, appuyé contre le mur de l’immeuble, puis sort une cigarette. Quelques secondes passent avant que je ne me mette à pleurer. Quelques minutes ensuite avant que je sente une présence à mes côtés. Je relève la tête. Noah me regarde de ses yeux indéchiffrables.

- Un problème ? me demande-t-il.

- J’en ai marre.

- À quel sujet ?

    Des fois j’ai l’impression qu’il fait exprès d’être con. Je lui résume ce qu’il s’est passé. Il lève les yeux, regarde dans le vide un moment comme chaque fois qu’il réfléchit, puis reporte son attention sur moi.

- Si ce que mon père m’a di est vrai, la dernière fois que tu t’es méchamment énervé contre lui il s’est coupé les veines sous la douche non ?

    Une seconde, deux secondes, trois secondes. Je me relève et me ru dans les escaliers pour les monter quatre à quatre et pénétrer comme une furie dans l’appart’.

- Tony ?!

    Pas de réponse. Salon, cuisine, salle de bain : vides. Des pleures dans la chambre. Presque rassuré, j’y pénètre. Il est allongé sur le lit et sert ses mains contre sa poitrine, et je devine qu’il se blotti contre Le Briquet. Je m’approche doucement et m’agenouille près de lui pour lui caresser tendrement les cheveux, le cœur lourd.

- Pardon, murmure-t-il en tremblant, pardon pardon pardon …

    Je me penche vers lui.

- On va en Espagne, lui dis-je doucement, changer d’air va te faire le plus grand bien.

- J’ai jamais pris l’avion, m’a-t-il avoué en se redressant pour me regarder, tu crois qu’ils vendent de vrai maracas là-bas ?

    Hein ?

    Pendant quelques brèves secondes, j’ai eu l’impression de le retrouver, puis il a de nouveau sombré dans son mutisme.

...

Le 16 Mai …

- Vous avez tout ? m’a demandé Noah.

- Ouais.

- C’est pas que je doute de ta capacité d’organisation mais ça me ferait chier de devoir venir dans ton pays de gitans quand tu m’appelleras en chialant : Nono j’ai oublié mes capotes pitié !!

    J’ai souris malgré moi.

- Les capotes sont en ventes libre en Espagne aussi.

- Ah bon ?!

    J’ai rigolé et il m’a sourit.

    Il a un sacré don pour me détendre. Tony est arrivé en bas de l’immeuble vêtu d’un jean, d’un pull et d’un manteau. Le tout trop large.

- T’as un tee-shirt sous ton pull ? lui ais-je demandé un peu brusquement.

    Il a secoué la tête en signe de dénégation.

- Tu survivras jamais avec un pull sur le dos à la mi-mai à Séville, vas enfiler un tee-shirt.

    Il a fait demi-tour. Noah m’a regardé gravement.

- Quoi ?!

- C’est pas en le brusquant comme ça que tu vas faire avancer les choses, m’a-t-il dit.

    J’ai grogné.

- Prends ton mal en patience, je me doute que ça doit pas être facile mais il est très fragile.

    J’ai soupiré.

- Tu ne veux pas non plus que je m’allonge sur un divan en cuir marron le psy ?! ais-je lancé.

    Il m’a sourit.

- C’est tentant mais non merci je ne suis pas homo.

    Connard. Tony a réapparut.

- J’ai que des baskets, m’a-t-il dit d’une voix tremblante.

    Sous le regard lourd de menace de Noah, je lui ai tendu la main.

- Viens, lui dis-je doucement.

    Lorsque je l’ai serré dans mes bras, il a frissonné. J’ai relevé son visage pour qu’il me regarde.

- J’ai pas envie de te brusquer, lui ais-je dis, mais crois-moi ça te fera énormément de bien !

- Je comprend que tu ais besoin de voir ta famille, m’a-t-il répondu.

    Mais euh j’en ai marre qu’on lise en moi comme dans un livre ouvert !

    Légèrement décontenancé, j’ai fourré la dernière valise dans le coffre et Tony est monté à l’arrière de la voiture de location. Noah me souriait, l’un de ces sourires qui veut dire : tu t’ai fais eu ! Je lui ai tiré la langue avant de lui dire :

- Allé monte.

    Et il est monté côté passager pendant que je prenais le volant direction l’aéroport de Roissy.

    Une fois arrivé à bon port près de deux heures plus tard, j’ai déchargé les valises alors que Noah prenait le volant - bah ouais faut bien la rendre cette voiture ! Il s’est penché par la vitre lorsque j’ai refermé le coffre.

- Hey ! Envoyez-moi une carte postal. De préférence de belles espagnoles chaudes et nues sur la plage. Mais pas trop de blabla, votre vie ne m’intéresse pas.

    J’ai souris.

- Et toi fais gaffe au nid de poule sur la route, l’ais-je salué.

- T’inquiètes les poulettes je gère comme un prince !

    Puis il a démarré sur les chapeaux de roues. Ah Noah …

    Dans l’avion, Tony s’est endormi après avoir avalé des calmants à mon insu et j’ai passé presque tout mon temps à le regarder. Je l’aime … comme avant ? Il est fragile et délicat, plus qu’une femme en tout cas - je vous l’accorde ma dernière expérience en matière de femme n’était pas vraiment ce qu’on fait de plus féminin mais quand même. Mais j’aimais tellement son côté imprévisible, aguicheur et j’adorais aussi quand il décidait d’un coup de prendre les initiatives et de me pousser sur le lit … ma jambe tressaute. Merdeuh !

    Il s’est réveillé une dizaine de minutes avant l’amorce de l’atterrissage, a cligné des yeux l’air de se demander où il pouvait bien se trouver, puis m’a regardé et m’a simplement dit :

- J’ai fais un rêve bizarre.

    Avant de regarder par la fenêtre. Ouais, y’a des moments où je le suis encore moins qu’avant.

    Une fois débarqué - je sais on di ça pour les bateaux mais je m’en tape - le stresse a monté en flèche. Tout à coup, j’ai eu envie de prendre Tony par la main, de courir et de lui dire :

- Viens on peut toujours prendre un vol de retour sans qu’ils s’en aperçoivent!

    Je sais pas si vous imaginez le bordel que ça peut causer une troupe de huit gitans habillés en créole dans un aéroport. En tout cas moi ça me fait peur. Soudain, Tony a saisi ma main et s’est arrêté. Je l’ai regardé, les sourcils froncés.

- J’ai peur, m’a-t-il simplement dit.

    Sa main me serrait fort. Je lui ai sourit.

    Une fois arrivé dans le hall, toujours main dans la main, mon stresse s’est mué en paniqué lorsque un cri collectif du genre : « AAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH » a retentit dans tout le bâtiment. Je me suis arrêté en apercevant, à l’autre bout du hall, un groupe d’individu shooté au Red Bull faire de grands signes de la main dans notre direction. Ils se sont mi a courir vers nous. La foule de gens qui se pressaient dans l’aéroport s’est écarté pour les laisser passé et, en tête de liste, j’ai pu voir une jeune femme aux longs cheveux noirs et aux yeux incroyablement vert courir comme une possédée en hurlant :

- Daniel !!

    J’ai cru voir ma mère. C’était Morgan. Les cheveux ondulés longs jusqu’aux cuisses, des formes féminines que j’aurais qualifié de généreuses et un tatouage tout le long du bras gau … UN TATOUAGE !!!

    Elle a sauté dans mes bras. J’ai lâché la main de Tony. Je l’ai réceptionné. Elle sentait bon le musc sauvage et ses cheveux étaient doux sous mes doigts. Je l’ai serré fort contre moi en retenant mes larmes et les autres sont arrivés peu de temps après. Immédiatement, Mama Gourou l’a détaché de moi pour se mettre à brailler en espagnol et il me fallut un certain moment avant de tout comprendre. Retrouver sa langue maternelle si brutalement c’est délicat. Mama avait changé. La dernière fois que je l’ai vu, elle était une femme aux rondeurs alourdis par cinq grossesses, aux cheveux cuivrés et à la sensualité débordante. Aujourd’hui, elle avait pris quarante bon kilos, avait le visage rond et les cheveux gris. Elle m’a pincé la joue avant de pousser ma cousine Lola, sa cadette, dans mes bras. Certaines choses ne changent pas. Se fut au tour de mon cousin Juan, premier fils de Mama, de me serrer la main et de me présenter sa femme Dolorès, une pure espagnole forte et belle à la fois, puis Juan Pérez, mon parrain et père de Juan - tradition espagnole de prénom transmit de père en fils -, qui me serra chaleureusement la main, une drôle d’émotion dans le regard. Il en manquait deux.

    Ils étaient tous autour de moi, tous en train de parler en même temps. Mais je n’ai pas oublié la chose la plus importante. Je me suis retourné, les ai poussé sans ménagement et récupéré Tony qui avait sagement décidé de rester en retrait. Il a vivement saisi ma main et je l’ai senti qui tremblait. J’ai à peine eu le temps de me tourner vers les autres que Mama Gourou s’est jeté sur lui en criant :

- Mi cariño !

    J’ai amorcé un geste pour la stopper mais c’est qu’elle est super rapide pour sa corpulence la Mama ! Et elle a serré fort Tony contre son corps, si fort que j’ai cru un moment que son idée était de l’étouffé. Le stresse a fait pulsé le sang à mes oreilles mais contre toute attente, Tony a sourit. Morgan s’est immédiatement rué vers lui pour le serrer à son tour et tous sans exception - je les ai compté ils sont six - l’ont imité. Puis Morgan s’est tourné vers moi et a levé le pouce dans un sourire. Mama Gourou tenait fermement la main de Tony en braillant des paroles sans queue ni tête en Andalou alors que les autres lui répondait, tout aussi fort, en Catalan. Un vrai bordel. Lorsque j’ai réalisé que Mama refusait catégoriquement de lâcher la main de mon pauvre Tony j’ai décidé de voler à son secours et tenté de la faire lâcher mais j’ai pris un coup sur la tête. Mama venait de faire voler tous mes doutes en éclat : apparemment son nouveau petit « cariño » était déjà adopté. Son mari m’est venu en aide et sitôt libéré, Tony a attrapé ma main avec force et s’est collé à moi le plus possible, complètement effrayé. Ouais, ils font toujours cet effet-là. Néanmoins, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire, simplement heureux.

    On a récupéré les valises et attendu un taxi hors de l’aéroport. Revoir Séville sous le soleil m’a fait un effet étrange et j’ai perdu la parole quelques secondes. J’étais tellement heureux !

    On a finalement eu un taxi et Maman Gourou a insisté pour monter avec son « cariño », on s’est donc retrouvé à quatre dans le taxi : moi, Tony, Morgan et Mama. Par mesure de sécurité, on a installé la Big Mama à l‘avant, Morgan est monté sur mes genoux et Tony s’est fait le plus discret possible sur son siège alors que moi ma sœur et ma tante nous lancions dans une discussion enflammée en Andalou. Ça m’a fait un bien fou.

    Si mes souvenirs sont bon, vingt minutes en voiture et on est arrivé. On a mi quarante-cinq minutes avant de quitter la ville - c’était l’heure de pointe - et dix autres pour rejoindre le champ dans lequel … au fait, j’ai di à Tony qu’on vivait tous dans un champ de blé dans des caravanes ?!

    Euh … je crois que j’ai oublié ce détail.

    Rapidement, la mer brillante sous le soleil de plomb a notre droite a attiré son attention et il a manqué la moitié du trajet : des champs et des caravanes d’autre groupes familiaux à perte de vue. Puis le taxi c’est arrêté au milieu de ce qu’il semblait être une plage.

- Nous voilà arrivé ! lui ais-je chantonné tout sourire.

    Il s’est tourné, n’a rien di quelques secondes, puis m’a regardé, indécis. Peut-être un peu étonné. Mais carrément déboussolé.

- Dany tu … ne m’avais pas di que …

- On était une famille de gitans ?

    Morgan a choisit ce moment pour descendre du taxi, sans oublier d’écraser une partie sensible de moi au passage, puis a contourné le véhicule pour se ruer vers le second taxi qui arrivait alors que Mama sortait ses griffes devant le prix exorbitant demandé par le chauffeur. Je suis descendu et Tony aussi. Ses gestes étaient lents et il continuait de fixer les caravanes sans trop y croire, puis il m’a sourit.

- C’est mignon, m’a-t-il dit.

    Mama Gourou a choisit ce moment pour descendre du taxi et se mettre à courir au milieu des caravanes en hurlant pour faire sortir ceux de la famille qui étaient resté sur les lieux. Un énorme chien noir et blanc gambada joyeusement parmi tout ce petit monde avant de me sauter allégrement dessus et me faire chuter.

- Ça alors Bel ! me suis-je exclamé.

    Beuh ce vieux sac à puce est encore vivant ?!!!

*- J’ai pris soin de lui pendant ton absence.

    J’ai relevé les yeux et ouvert la bouche sans prononcer un mot alors que l’homme en face de moi m’aidait à me relever et me serrait la main dans un grand sourire.

*- Ricco ? soufflais-je.

    Il a prit quelques centimètres depuis la dernière fois que je l’ai vu mais globalement il n’a pas du tout changé ! Et le fait que la dernière fois qu‘on se soit parlé, il m’ait taillé une sacré pipe n’a pas l’air de le déranger outre mesure. Moi par contre …

*- Ça me fait plaisir de te revoir mec, me dit-il.

*- Ouais … moi aussi.

    J’ai eu un sourire crispé. C’est bizarre ce que je ressens. Soudain, une agitation m’a obligé a tourné la tête. Là, au milieu de la troupe, Mama Gourou était en train de forcer Tony a retiré son pull. En voyant son expression paniqué j’ai volé à son secours. Mama m’a redonné un coup sur la tête mais j’ai fini par l’arrêter avec l’aide de Morgan et du Chef de Famille - le mari de Mama Gourou souvenez-vous. Tony a accepté de retiré son pull. Le tee-shirt qu’il avait enfilé en-dessous le maigrissait encore d’avantage et le faisait paraître très fragile. J’ai capté un regard interrogateur de ma sœur avant que Ricco ne se rapproche.

*- C’est ton mec ça ! s’est-il étonné.

*- Oui, c’est Tony.

    Ricco lui a gentiment serré la main dans un grand sourire mais Tony s’est empressé de la lâcher et de se coller à moi.

*- Mmh il est sexy, a balancé mon - ancien - ami d’enfance.

    Tony m’a lancé un regard plein de question, un sourcil arqué en m’adressant une question muette du genre :

- Qu’estcequidit ?

    J’ai souris d’un air contrit.

- Euh … en gros il t’a di bonjour, lui ais-je dit.

    Ricco a rigolé.

- Mais oui bonjour, c’est ça, s’est-il exclamé.

    Merde j’avais zappé qu’il avait des origines françaises lui aussi. Il s’est alors adressé à Tony :

- Salut moi c’est Ricco Torez, le dépucelage de Daniel.

    Connard ! J’ai jeté un regard inquiet à Tony, qui a continué de fixer Ricco sans aucune expression dans le regard pendant quelques minutes avant de déclarer brièvement :

- Tony Pérez, son fiancé.

    Je t’aime ! Je me suis gonflé d’orgueil et de fierté en entendant le nom de famille qu’il avait choisi. De son côté, Ricco a encaissé la nouvelle dans un sourire crispé. Et toc ! Au même moment, un cri de joie pure a retentit et j’ai sursauté lorsque ma sœur m’a sauté dessus en répétant :

- Fiancés fiancés !!

    Ouais, elle aussi parle bien français et le comprend facilement. Tout le monde s’est mi a crier et j’ai cru apercevoir une larme au coin de l’œil droit de Mama puis elle a agrippé Tony en répétant : « Mi cariño mi cariño ! » et m’a pincé la joue. Mais euh ! Puis elle a scandé :

- Si si Tony Pérez ! Viene viene !

    Elle m’a attrapé la main pour nous tirer au milieu des caravanes, suivit des Pérez qui parlaient tous en même temps dans un brouhaha infernal. C’est une manie des espagnols ça, d’essayer d’en placer une quoi qu’il arrive. Soudain, j’ai réalisé quelque chose. Ils sont huit, à raison de deux par caravanes, il aurait dû donc y avoir quatre caravanes et quatre voitures pour les tirer - c’est ça hein j’me trompe pas ? - et bien il y avait bien quatre caravanes et quatre voitures PLUS un camping-car flambant neuf et j’ai eu peur de comprendre.

    Mama s’est arrêté, tous les autres se sont tus, elle nous a regardé puis a déclaré :

*- Bienvenu chez vous Daniel et Tony Pérez.

    Traduction : Tony, tu es des nôtres.

    Cette fois, je n’ai pu retenir mes larmes de joie.

    Près d’une heure plus tard, le soleil était haut dans le ciel et un immense repas familial se préparait à la caravane de tête. Tony et moi m’étions de l’ordre dans notre chez nous grand de vingt-cinq mètres carrés ndla : beuh c’est plus grand que mon studio 0_o avec un lit double derrière un rideau de perle, une table et deux chaises placés contre un mur et une fenêtre, en face d’un placard et d’une cuisinière complète avec plaque vitrocéramique, micro-onde/four, lave-vaisselle et frigo. Près de la place conducteur, il y avait un compartiment de douche, des toilettes et une machine à laver. Bref ! Le genre de truc que tu regardes de derrière une vitrine en rêvant avant de faire un coma en voyant le prix. Brusquement, je me suis inquiété. Ils ont enregistré qu’on était ici pour un mois ? J’avais pourtant bien précisé à Morgan que je prenais un mois de vacance avec eux. Mmh …

    J’ai soupiré de satisfaction après avoir rangé le dernier pantalon dans un placard de la chambre, puis ai retiré ma veste, mon tee-shirt, et me suis laissé tomber sur le lit. J’ai fermé les yeux. Par la fenêtre, que j’avais au préalable ouverte, j’entendais les grillons et le bruit des vagues. L’odeur de sable chaud salé m’a détendu. J’ai entendu le bruit des perles du rideau et senti que Tony s’asseyait près de moi.

- Alors … si j’ai bien compris, la dame qui n’arrête pas de parler c’est la chef c’est ça ?

    J’ai souris et rouvert les yeux. Faut pas être trop fut-fut pour comprendre qu’il parle de Mama Gourou. Je l’ai regardé avant de me redresser sur les coudes.

- Pas vraiment, en fait Mama Gourou a une place spéciale ici, c’est elle qui décide qui est un Pérez et qui ne l’est pas.

    Il a rigolé.

- Mama Gourou ?

- Ouais, on la soupçonne de lancer des malédictions à tout va mais en vrai sa seul véritable capacité c’est de lire les lignes de la main et te dire : « Tu vivras de grande chose ! C’est 500€ la séance. » Son vrai nom c’es Gazolina Pérez.

    Il a de nouveau rigolé.

- Et elle m’a accepté d’après ce que j’ai compris ?

    J’ai acquiescé et brièvement évité son regard.

- Désolé de ne pas t’avoir parlé de Ricco plus tôt.

- C’est pas grave, me répliqua-t-il en perdant son sourire, tu étais libre d’avoir ta première fois avec celui que tu avais choisis.

    Mon cœur s’est alourdi lorsque je me suis dit que lui n’avait pas eu cette chance.

- Par contre j’aurais préféré que tu me parles un peu d’eux quand même.

    J’ai eu un sourire contrit.

- Désolé, j’y ai absolument pas pensé.

- Alors en tout ils sont sept ?

- Nan huit d’après Morgan, Ricco vit certainement avec quelqu’un mais il n’a pas l’air d’être là.

- Alors c’est pour ça qu’ils nous acceptent si facilement, y’a déjà un couple gay.

- Ouais mais en fait ça date du frère de Mama Gourou, il était gay lui aussi.

- Ah … Mais quand même huit, je pensais que vous seriez plus nombreux.

    J’ai rigolé.

- Tu sais on est au vingt-et-unième siècle, la vie de Tzigane c’est pas le pied et la plupart des jeunes choisissent un appart’ et un boulot stable. Mama Gourou a eu cinq enfants et y’a que son fils aîné et sa fille cadette qui vivent ici.

- Lola c’est ça ?

- Ouais, Juan c’est son grand frère.

- Celui qui est marié ?

    Je lui ai souris. C’était la première fois depuis le Drame Gabriel qu’on avait une conversation si longue dans laquelle il montrait un tant soit peu de passion. Et elle concernait ma famille.

- Alors le plus vieux qui s’appel Juan aussi, c’est le mari de Mama Gourou ? m’a-t-il demandé.

- Ouais le père de Juan et Lola.

- Le père et le fils portent le même prénom ?!

- Une tradition espagnole spéciale Andalousie. Mon père s’appelait Daniel.

- Ah.

    Il s’est tu un moment, fixant la mer par la fenêtre, en pleine réflexion, puis il a reprit :

- Mais y’a un chef non ?

- Oui, c’est Juan señor, ais-je répondu dans un sourire contrit, c’est lui qui gère financièrement le groupe et que tout le monde suit quand il a choisit un trajet à l’année.

    Allais-je osé lui dire que cette place de chef me revenait de droit ou pas ? Beuh pas la peine, on est là pour un mois avec un peu de chance on me laissera tranquille avec ça.

- Ça y est je commence à m’y retrouver, m’a-t-il dit, une dernière question. Ricco, il est de ta famille?

- Nan.

    Bref silence.

- D’ailleurs je me demande ce qu’il fou ici !

    Tony a rigolé devant mon air ahuri. Les Torez - la famille de Ricco - sont aussi une famille de Tzigane en très bon terme avec la notre, à l’inverse de la famille Morina qui nous a toujours haï et vice versa. Ricco n’avait rien à foutre ici puisque les Torez occupent la plage deux places plus loin. Et d’après ce que j’ai compris, il occupe une caravane avec quelqu’un au beau milieu des Pérez et en plus c‘est lui qui a gardé le camp alors que les autres venaient nous accueillir à l‘aéroport ! Euh, y’a des trucs qu’il faudrait que j’éclaircisse.

    Tony s’est levé, a regardé par la fenêtre qui donnait sur le campement, puis a dit :

- Ils sortent des chaises et des tables de sous leur caravane. Tu crois qu’on a ça nous aussi ?

- On va regardé.

    On est sorti et le vent frais apporté par la mer m’a rafraîchit avec bonheur. J’avais oublié à quel point c’était bon de se promener avec juste un jean sur le cul en marchant sur du sable et des mauvaises herbes réchauffé par un soleil de plomb. J’ai jeté un regard inquiet à Tony qui ne semblait pas souffrir de la chaleur. Du moins pour l’instant.

- N’oublie pas de boire souvent, lui ais-je di, si tu tombes dans les pommes à cause d’un coup de soleil sur la tête Mama Gourou va me frire sur le bûcher pour négligence.

    Il n’a pas sourit et j’ai ressenti un léger malaise.

    Effectivement, il y avait un compartiment sous le camping-car. Il s’est agenouillé dans le sable.

- J’aurais dû prendre un chapeau, m’a-t-il dit.

    Je me suis agenouillé près de lui et en dix minutes, on avait installé une table et des chaises de jardin couleur blanc cassé flambant neufs devant notre maison roulante.

- Regarde en haut !

    J’ai obéis.

- Attends je te porte, ais-je dit.

    Je l’ai facilement porté au-dessus de ma tête pour qu’il sorte un immense store bleu du toit. Et à ce moment-là :

- Daniel !

    J’ai tourné la tête, Tony toujours au-dessus de moi, et vu Ricco qui approchait, accompagné par quelqu’un. J’ai doucement déposé Tony au sol. Le store était à moitié sorti. Ricco et son ami se sont arrêtés à un deux mètres de nous. Un garçon petit, mince, brun aux yeux bleus. Mon cœur s’est gonflé. C’est quoi ça ?!

*- Dan je te présente Cora, mon ami qui vit avec moi dans la caravane.

    Le dénommé Cora ma sourit et serré la main. Un visage souriant angélique et des yeux bleus très brillants. J’ai rapidement retiré ma main. Cora n’a pas accordé un seul regard à Tony.

*- Ça fait à peu près un an qu’il vit là et moi trois, m’a dit Ricco.

*- Pourquoi t’es plus chez les tiens au fait ? lui ais-je demandé en croisant les bras.

    Attitude typique d’un pur Chef de Famille qui prend ses marques. Mais je ne m’en suis rendu compte qu’après.

*- Bah quand la Matriarche des Torez a su que j’étais gay, elle m’a mi dehors.

*- Ah, désolé.

    Il a balayé le sujet d’un geste négligent de la main.

*- Mama Gourou m’a bien accepté et depuis, entre Pérez et Torez c’est plus vraiment la joie.

    Oups.

*- Bref ! Cora vient de rentrer du lycée alors je voulais te le présenter.

    Un lycéen !! Je l’ai regardé. Il m’a sourit. Je me suis forcé de l’ignorer.

*- Mama m’envoie de te dire que le repas est presque près, reprit Ricco, on passe à table dans quelques minutes alors elle précise que : tu n’as pas intérêt à commencer quelque chose avec ton fiancé vous n’aurez pas le temps.

    Il a rigolé, j’ai souris, Cora me dévorait des yeux et Tony s’est crispé. Quoi il a comprit ?! Ricco et Cora sont repartis et j’ai de nouveau soulevé Tony pour qu’il termine de sortir le store. Tony dans les bras, j’ai tourné la tête pour suivre le couple du regard. Avec ses cheveux noirs et ses yeux marrons, Ricco ressemblait à l’espagnol typique - ouais un peu comme moi quoi - et Cora avait tout d’un immigré arrivé ici quelques générations plus tôt. Mais comme il en a pas placé une, j’ai pas pu entendre son accent. Soudain, il s’est tourné et m’a sourit. J’ai vite tourné la tête. Le store était sortit.

    Tout le long du repas - trois heures à table quand même - je me suis régalé d’un plat préparé par ma sœur - une bonne paella de chez moi !! - Mama Gourou a insisté pour s’installer près de son « cariño » et une bonne ambiance familial a baigné le repas. Tony et moi discutions surtout avec Morgan dont le français laissait un peu à désirer et mon fiancé nous avoua qu’il ne parlait pas un mot d’espagnol et le comprenait encore moi, alors qu’il était pratiquement bilingue en anglais. Ma sœur lui a juré de lui donner des cours particulier ce à quoi il a répondu en lui promettant de l’aider à améliorer son français. Le fait qu’ils s’entendent si bien m’a rassuré. Mais, malgré-moi, je n’ai pu m’empêcher de jeter des regards systématiques à Cora, assit à l’autre bout de la table. Il riait, il parlait avec un Andalou parfait à l’accent délicat et chaque fois qu’il me grillait, il me souriait presque tendrement. J’avais l’impression de voir Tony avant le Drame. Je me suis traité d’imbécile lorsque Tony a saisit ma main pour me dire que finalement, il était heureux d’avoir fait ce voyage.

    Après quoi Mama Gourou et son mari nous ont accompagné moi et Tony en ville pour des achats - ouais on avait besoin de bouffe dans notre camping-car tout neuf quand même -, petite virée durant laquelle j’ai tenté de faire comprendre à ma tante que je n’étais ici que pour des vacances de quatre semaines alors qu’elle s’échinait à me répondre :

*- Fermes-la tonto ! T’es revenu ici tu restes ici !

    Et Juan señor qui rigolait ne m’a pas aidé. Tony a acheté une carte postal pour Noah qui sera bien déçu en la recevant : Séville illuminée en pleine nuit de la Saint-Jean. Et non Docteur Monroe, pas de belles espagnoles à poiles sur la plage. Moi j’ai choisi une casquette rouge « Puma » pour Tony que je lui ai mi sur la tête dès qu’on est sorti du magasin et Mama Gourou s’est acheté des rubans de tissu. J’ai bien deviné ce qu’elle comptait faire avec mais n’ai rien di à Tony. Ensuite nous nous sommes arrêtés à un bar, bien à l’ombre, pour boire quelque chose de frais puis avons fait nos courses dans une grande surface avant de rentrer dans la jeep d’oncle Juan. Ni lui ni Mama ne m’ont parlé de la condition de Chef de Famille et ça m’a bien arrangé. Mais je me suis douté que le sujet serait lancé lors de la prochaine réunion mensuelle.

    À peine revenu, il devait être pas loin de dix-huit heures, nous avons découvert le reste des Pérez tous en maillot de bain sur la plage occupés à tenter de se couler mutuellement. Mon instinct protecteur de grand frère reprit vite le dessus et j’ai hurlé à Morgan de retirer ce deux pièces riquiqui et d’enfiler un polo. Après quoi je me suis jeté à l’eau et me suis bagarré comme un gosse avec Ricco alors que Cora jouait au ballon avec Morgan et Lola - ballon que je reçu sur la tête d’ailleurs - et je me suis surpris à apprécier le simple slip de bain que le lycéen avait enfilé. Alors que Tony avait catégoriquement refusé de retirer son tee-shirt et de se baigner.

    Le soir venue, on dîna de nouveau tous ensemble autour d’un gaspacho hyper rafraîchissant et les premiers récalcitrants - Juan et sa femme Dolorès - quittèrent la table vers minuit. Mama envoya Morgan et Lola se coucher et Tony suivit peu après - sous ma demande, il dormait quasiment debout - ne restèrent alors que moi, Mama et son mari ainsi que Ricco et Cora. Juan señor aborda la question délicate :

*- On sait bien que tu n’es là que pour quelques semaines Daniel, me dit-il, aussi on ne t’embêtera pas avec cette histoire de Chef de Famille.

*- Merci.

    Mama Gourou grogna et à voir son expression j’ai vite compris qu’elle avait cédé sous la menace.

*- On aimerait aussi te parler de quelque chose de particulier.

    J’ai tendu l’oreille, attentif, en ignorant Cora qui ne me quittait pas du regard.

*- Morgan est venu nous dire en pleurant il y a quelques mois que vous vous étiez fâchés et que tu lui avais raconté une histoire sans queue ni tête sur ton père qui ne serait pas ton père.

    J’ai serré les poings.

*- On me l’a dit à l’hôpital à la mort de maman, ais-je di crispé, Daniel était encore en vie et avait besoin d’une transfusion de sang importante, je me suis proposé.

*- Quoi ?! a rétorqué Ricco. Alors que ce connard venait de butter ta mère !

    Il a reçu un coup sur la tête de Mama. J’ai continué :

*- Mais on m’a di que mon sang n’était pas compatible et qu’il n’était pas mon père. Il est mort dix minutes après.

*- C’est pour ça que tu es partis ? m’a demandé Juan.

    J’ai acquiescé. Mama m’a serré contre elle en disant :

*- Pauvre petit choux !

    Beuh j’ai plus cinq ans ! Je me suis dégagé gentiment.

*- J’en ai voulu à maman pour ça, ais-je dit, et je crois que j’avais peur que vous l’appreniez.

*- Mais on le savait déjà pauvre andouille ! a lancé Mama.

    J’ai avalé une brique.

*- Quoi ?!

*- Ta mère est venu nous voir un jour, m’a raconté Juan, elle voulait voir Miguel.

    J’ai regardé Mama.

*- Ton frère ?

    Elle a acquiescé.

*- Elle nous a avoué qu’ils avaient eu une relation d’une nuit après une beuverie et qu’elle était enceinte, a terminé Juan, et tu es né sept mois plus tard.

    Bref silence.

*- Faut que tu comprennes qu’elle n’avait pas le choix ! reprit Juan. Miguel s’est proposé pour l’épouser mais elle refusait d’enchaîner un homosexuel à elle et de lui gâcher la vie. Alors elle a accepté Daniel Pérez, mon frère, qui lui tournait déjà autour à l’époque. Elle vous a aimé toi et Morgan avec la même force et Miguel n’a pas cessé de prendre de tes nouvelles, tu te souviens certainement qu’il était toujours présent lors des grandes occasions. Il t’a toujours considéré comme son seul fils et t’a laissé un héritage en mourant il y a deux ans.

*- Il est mort ?! ais-je répliqué.

*- Sida, a simplement répondu Mama, il l’a attrapé il y a quinze ans.

    Plus tard, Ricco et Cora m’avaient laissé seul avec Mama et Juan lorsque je suis enfin retourné à mon camping-car. En rentrant tout doucement pour ne pas réveiller Tony au cas où il dormait, j’ai noté dans un coin de ma tête que la lumière de la caravane situé à trente mètres sur notre droite et qui appartenait à Ricco et Cora, était encore allumée. Et puis je me suis arrêté avant d’entrer dans la chambre. Ayant succombé à la chaleur, Tony s’était étendu nu sous les draps qui recouvraient son corps depuis ses reins jusqu’à ses genoux. Il dormait paisiblement. J’ai senti une vague de chaleur m’envahir et ai du faire appel à toute ma bonne volonté pour ne pas sauter sur le lit et le prendre. J’ai simplement fait demi-tour en extirpant mon paquet de cigarette de la poche de mon jean et suis sorti sur la plage.

    Torse nu, j’ai apprécié la chaleur et me suis planqué pour fumer derrière un rocher en conter-bas sur la gauche, tout près de la troupe des Morina. J’ai souris tout seul en constatant que je continuais de me cacher pour fumer, tout comme je le faisais à quinze ans pour ne pas que ma mère me voit. Des bruits de pas.

*- Vagabond de la nuit hein ?

    J’ai regardé en arrière. Cora était arrêté à bonne distance et me souriait. La lune reflétant ses rayons sur la mer, je pouvais distinguer le moindre de ses traits et ses yeux bleus brillants.

*- Nan, ais-je répliqué, j’suis juste un peu chamboulé.

    Il s’est assit près de moi et a glissé à mon oreille, d’une voix bien trop sensuelle :

*- Tu sais que tu me plais vachement.

    Je l’ai regardé. Ses yeux brillaient.

*- Quand je t’ai vu pour la première fois cette après-midi, tu portais ton mec éclairé par le soleil. Ça m’a excité. Une telle puissance se dégage de toi.

    Il s’est penché pour m’embrasser mais je me suis détourné. Il a eu un petit rire.

*- Fais pas celui que ça intéresse pas, me dit-il amusé, t’as une trique du diable.

*- C’est pas grâce à toi, ais-je dit d’un ton tranchant.

    Il a rigolé.

*- Quoi c’est ton mec imbaisable qui te fait cet effet-là ! Tu te fous de ma gueule ?

    Je me suis levé rapidement pour m’éloigner mais il m’a rattrapé.

*- Ça va excuses-moi, a-t-il dit, Tony est sympa mais … enfin … on imagine difficilement un mâle comme toi avec ça.

    J’ai repris mon chemin.

*- Bordel attend ! Je me suis excusé merde !

    Je le regardais, intransigeant - du moins j’ai essayé. Il a soupiré.

*- Je veux juste que tu me baises, a-t-il lancé, juste une fois après je te fous la paix ! T’imagines pas comme c’est frustrant pour quelqu’un de mon âge de se taper le même mec tous les soirs. J’ai une capote dans ma poche, baises-moi là par terre et on en parle même plus.

    Résistes Daniel résistes !! Il a soupiré puis m’a dit, résigné :

*- Bon … t’aimes Tony je peux comprendre ça. Mais laisses-moi au moins m’occuper de ça.

    Il a posé sa main sur mon entrejambe et ma main a lâché ma cigarette. Malgré-moi, j’ai aimé. Je n’ai pas bougé et il m’a sourit. Je me suis laissé faire et Cora a eu vite faite d’ouvrir mon pantalon et de me prendre en bouche. J’ai poussé un gémissement. C’était bon.

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La vie de Tzigane - Que du Bonheur extra - partie 2  (Extras) posté le vendredi 31 juillet 2009 16:22

 

    Ses va-et-vient étant de plus en plus rapide, j’ai craqué et l’ai retourné sur le sable, dos à moi. Il a sortit la capote de sa poche et je l’ai prit.

    Et on a baisé comme il me l’a demandé, sur le sol comme des animaux. J’étais tellement en manque que j’ai arrêté de penser dès que je fus en lui. J’ai tout prit sans rien donner et sans aucune douceur mais à entendre ses cris, il a aimé. C’est ce qu’il voulait. En jouissant, j’aurais juré voir le visage de Tony me sourire et je me suis retenu de pleurer.

    En retournant dans le camping-car, j’étais trop honteux pour m’allonger à côté de Tony et je me suis assis à la table pour le regarder dormir. Loin d’être soulagé comme je l’avais cru - ou espéré peut-être - j’étais carrément frustré et en colère contre moi-même. Tony s’est retourné dans le lit en gémissant et la couverture a légèrement glissé, dévoilant ses hanches. Ma jambe s’est remise à tressauter et j’ai pleurer en réalisant tout à coup qu’aucun homme ne pourrait me satisfaire. Le seul qui le pouvait c’était Tony, mais malheureusement ça n’était pas celui qui était allongé dans mon lit.

////

Le 19 mai …

    Le problème c’est que je suis sexuellement frustré !! Ouais, j’en suis encore à me chercher des excuses. Le fait que j’ai couché avec Cora n’a en rien arrangé la situation avec Tony. Depuis le Drame Gabriel j’ai toujours tenté un geste tendre vers lui, pris dans mes bras et embrassé furtivement sur la bouche sans rien approfondir trop loin. Mais maintenant je n’ose plus rien. J’ai peur qu’il sente que je l’ai trompé, j’ai peur de le salir avec mes mains qui ont touché un autre homme.

    Autre problème : je me suis aussi rendu compte que j’étais fou amoureux de Tony, mais de celui que j’avais connu en face de mon appartement le trente et un octobre, pas de celui avec qui je vivais désormais. Il y avait deux Tony, et moi j’aimais celui qui se cachait.

    Dernier problème : Cora m’a menti. Il m’a assuré que si je couchais avec lui une fois ça lui suffirait et qu’il me laisserait tranquille. L’ennui c’est qu’il n’arrête pas de me faire du rentre-dedans et j’évite désormais de me promener sur la plage seul le soir sinon je peux être sûr de le voir surgir de n’importe où pour m’allumer. Jusque là, j’ai résisté. Mais j’ai peur de craquer.

    Et comme je le disais, je suis sexuellement frustré ! Et quand je suis sexuellement frustré je deviens grognon, voire méchant, et je m’en prend à Tony. Et ça je ne veux pas. Surtout que, depuis qu’on est arrivé, il semble allé mieux. Il met le pied dehors sans trembler et a recommencé à me mijoter des petits plats, chose qu’il ne faisait plus. Et c’est un net progrès. Seulement maintenant, je ne peux plus croiser son regard sans ressentir cette vague de honte m’envahir.

    Et puis ce jour-là :

- Daniel ?

    C’est Morgan.

- Ouais.

*- Faut que je te parle.

- Vas-y mais en français.

    Elle grogne - ouais z’avez remarqué ? C’est de famille.

- Tony l’a dit, pour t’améliorer tu dois parler.

*- J’ai rien compris.

    Je souris, occupé à sortir le store qu’il a fallut ranger ce matin à cause d’une averse.

*- De quoi tu veux me parler ?

*- De Tony.

    Je m’arrête, descend de la chaise sur laquelle j’étais monté et tend l’oreille vers l’intérieur du camping-car. La radio semble couvrir nos voix, mais je tire Morgan un peu à l’écart.

*- Pourquoi tu veux me parler de lui ?

*- Parce qu’hier Lola et moi on l’a invité dans notre caravane pour manger une glace alors que t’étais avec Juan en ville, je lui ai parlé d’un ami à moi au lycée et il s’est fermé comme une huître, s’est mi a pleuré et est sortit s’enfermé chez lui. J’ai préféré t’en parler.

    Je soupire - et là je suis sûr que vous vous posez une question hyper existentielle : comment Morgan peut-elle parler de lycée alors qu’elle est une Tzigane ? Parce que les famille Tzigane qui en ont les moyens font en sorte que leurs enfants est une école dans chaque ville où ils s’arrêtent, en ce qui nous concerne nous les Pérez il s’agit de Séville en printemps/été et Madrid en automne/hiver.

*- Comment s’appelait cet ami dont tu as parlé ? lui ais-je demandé.

*- Gabriel.

    Ouais tout s’explique comme dirait l’autre. J’ai passé ma main dans mes cheveux. Ne dit rien Daniel ! T’arrangera pas la situation si tu raconte tout ne dis rien ! Je me suis laissé tombé sur le sable et j’ai raconté toute l’histoire. Au fil de mon récit, j’ai pu voir le visage de Morgan se figer. En fait, elle est passé par l’inacceptation, la surprise, puis la tristesse et enfin la haine. Lorsque j’en suis arrivé à ma confrontation avec Gabriel, elle m’a coupé pour la première fois en disant :

*- J’espère que tu l’as saigné ce porc !!

*- Il est en prison, ais-je conclu.

*- Abruti, pourquoi tu ne lui as pas dérouillé la gueule ?!

*- Morgan, ais-je soufflé.

    Elle a tourné le regard vers le camping-car aux reflets encore neufs et a murmuré :

*- Le pauvre.

    Avant de se tourner de nouveau vers moi et de dire :

*- Je comprend qu’il ait tant besoin de toi.

    Et j’ai pleuré - ouais ça m’arrive beaucoup ces derniers temps - et Morgan, d’abord décontenancé, a passé son bras autour de mon épaule.

*- Qu’est-ce qu’il y a ? m’a-t-elle demandé.

*- J’en peux plus, ais-je sangloté lamentablement, je ne peux pas. Je l’aime mais se n’est plus le même ! Je suis tombé amoureux de ce qu’il était avant …

    J’ai reçu une gifle. Choqué par le geste et le regard de ma sœur, j’ai arrêté de pleurer pour la fixer.

*- Pauv’ con va, a-t-elle simplement dit, alors selon toi y’a deux Tony, celui d’avant et celui de maintenant ?! T’es vraiment qu’un connard. Tony c’est toujours le même, il a énormément besoin de toi, il t’aime à en crever et toi tu sors des conneries pareil ! Je te préviens si tu te reprends pas pour l’aider à surmonter ça je raconte tout à Mama Gourou et elle te stérilise avec une faux !

    Malgré moi, j’ai souris. Je crois que c’est de ça dont j’avais besoin. Un mouvement derrière elle a attiré mon attention et j’ai regardé Tony sortir du camping-car. La chaleur aidant, il avait capitulé et enfilé un short tout en gardant son tee-shirt large. Un vent côtier soufflant ce jour-là, ses cheveux ont volé avec ses vêtements et son corps s’est dessiné. Sous le soleil - ouais avec la chanson et tout ! - couvert de reflet chocolat, les yeux plus bleus que jamais, je l’ai trouvé particulièrement beau. Morgan et moi l’avons regardé marché jusqu’à la mer et se tremper les pieds. De toute évidence, il ne nous avait pas vu. Il se pencha et s’aspergea d’eau. La chaleur du sud de l’Espagne … lui a encore du mal mais moi j’aime. Il dort nu et son corps mouillé …

    Un coup de coude de ma sœur m’a aidé à remettre les pieds sur terre.

*- Vas-y, m’a-t-elle dit.

    Je me suis levé. Une fois assez près de lui, il m’a remarqué et s’est relevé en   souriant faiblement. Le fait que je me montre si distant depuis trois jours avait recréé cette barrière entre nous, la même qu’au tout début de notre relation. Par conséquent, je savais que c’était à moi d’y remédier. Sans crier gare, je l’ai prit dans mes bras et est avancé dans l’eau - en jean oui - et il a commencé à se débattre.

- Non ! Attends Daniel !

    J’ai continué d’avancer.

- Attends s’il te plait je …

    L’eau m’arrivait un peu au-dessus de la taille quand :

- Je sais pas nager !

     Je me suis arrêté.

- Quoi ?

- Reposes-moi sur la plage !

- C’est pour ça que tu voulais pas te baigner ?

    Il a acquiescé. S’accrochant à moi comme à une bouée de sauvetage et il tremblait violemment.

- S’il te plait ! m’a-t-il supplié.

    J’ai pesé le pour et le contre avant de répondre :

- Nan.

    Et de me laisser tomber à genoux, submergé jusqu’aux épaules. Il a crié.

- Relax t’as pied ! lui ais-je di un tantinet amusé.

- J’ai peur !!

- Y’a pas de raison j’te tiens.

- Mais j’ai peur !

- Calmes-toi.

    Je l’ai serré plus fort contre moi. Beuh n’importe quoi j’en profite pas !! Mmh peut-être un peu alors.

- J’ai peur de l’eau ! avoua-t-il en sanglotant avant de plonger son visage dans le creux de mon cou pour ne pas que je vois ses larmes. Je t’en prie ramènes-moi sur la plage …

    Au fond de moi, l’alerte rouge a sonné et je lui ai demandé :

- Pourquoi t’as peur de l’eau Tony ?

    Pas de réponse mais j’ai senti ses tremblements et ses pleures redoubler.

- Tony ?

    Quelques secondes d’hésitation puis :

- À cause de mon père, a-t-il murmuré, il a essayé de me noyer quand j’avais six ans.

    Joshua Kendallson t’as de la chance d’être mort ! J’ai plongé mon visage dans ses cheveux pour respirer son odeur de kiwi. Je t’aime.

    Mais ne dit-on pas qu’il faut combattre le feu par le feu ?

    J’ai plongé.

    Quelques secondes de submersion pas plus. Une fois revenu à l’air libre, Tony a reprit sa respiration, les yeux fermés, et s’est accroché plus fort à moi.

- Arrêtes ! a-t-il dit entre la colère et la supplication.

- Fais-moi confiance.

- Ramènes-moi !

- S’il te plait.

    Il a rouvert les yeux et m’a regardé. J’ai tendrement enlevé des mèches de cheveux collées à son visage, puis il a doucement acquiescé et je me suis relevé pour m’enfoncer d’avantage dans la mer. Lorsque l’eau est arrivée d’elle-même à mes épaules, je me suis laissé porté et lâché Tony. Il a obstinément continué de me serrer. Il respirait fort et tremblait toujours. J’ai saisi ses mains et l’ai forcé à me lâcher. Il a poussé un cri et tenu fermement mes mains.

    J’ai reculé doucement en le tirant puis me suis arrêté pour le reprendre contre moi. Il s’est agrippé.

- Ça va ? lui ais-je demandé.

- Oui …

- T’as toujours peur ?

- Non.

    Il m’a lâché de lui-même et je l’ai tiré de nouveau. Trois ou quatre fois comme ça puis on est sorti de l’eau, moi en le portant. Son corps mouillé frissonnait sous le vent marin et son tee-shirt lui collait à la peau.

- On va rentrer te changer avant que tu n’attrapes froid.

- D’accord.

    J’ai accordé un regard à Morgan qui n’avait rien perdu de la scène et semblait rayonner de joie. Elle m’a adressé un sourire ravi que je lui ai rendu. Arrivé à mon camping-car, j’ai vu que Cora nous regardait depuis sa caravane et à voir l’expression de colère pure que son visage exprimait, lui aussi semblait avoir assisté de loin à ma séance de nage libre. Je l’ai ignoré et suis rentré chez moi, mon amant dans mes bras.

    Une fois à l’intérieur, je lui ai retiré son tee-shirt après l’avoir déposé à terre. Il a commencé à paniquer.

- Dany ! …

- Bouges pas je t’amène une serviette.

    Il n’a rien dit et m’a laissé le frictionner pour le réchauffer. Puis j’ai retiré mon jean trempé et il s’est assit sur une chaise sans détourner les yeux et son regard ne m’a pas échappé. Ouais, j’dois pas être mal complètement mouillé ! - plus égocentrique on ne fait pas. Je me suis accroupi près de lui et plongé mon regard dans le sien. On s’est fixé longtemps avant que je ne m’approche de son visage, tout doucement. Sa respiration haletante à touché ma bouche et j’ai respiré ce contact avec délectation. Nos lèvres n’étaient qu’à quelques millimètres l’une de l’autre quand :

«  Toc Toc Toc » - ouais j’suis toujours aussi doué pour les bruitages.

- Putain ! ais-je râlé.

    Je me suis levé, bien décidé a envoyé chier celui qui osait nous déranger dans un moment pareil.

- Dany t’es encore en caleçon! m’a lancé Tony.

- Rien à branler !!

    Et j’ai ouvert. Mama Gourou m’a regardé de haut en bas, les yeux écarquillés. Ouais, un caleçon trempé qui colle à la peau c’est pas vachement discret surtout dans l‘état où je me trouve.

*- Seigneur Dieu ! a-t-elle dit. Je ne me doutais pas que tu ais à ce point grandi t’es monté comme un taureau mon Dany !

    Morgan et Lola - et faut qu’elles soient spectatrices ces deux bécasses ! - se sont mises à glousser et Juan señor a sourit.

*- Dans la force de l’âge hein ! m’a-t-il dit.

    J’ai grogné et Cora a profité de cet instant pour apparaître et me dévorer des yeux. Je lui ai lancé un regard glacial.

*- On interrompt quelque chose peut-être ? a osé Morgan.

    Elle aussi a eu le droit à un regard glacial.

*- On a un cadeau pour Tony ! a chantonné Mama.

    Ricco, Juan et Dolorès nous ont rejoint et Tony, ayant entendu son nom, s’est montré derrière moi. Ni un ni deux, Mama Gourou m’a poussé purement et simplement et tiré un pauvre Tony vêtu d’un short trempé et d’une serviette sur la tête hors du camping-car. Puis elle a déplié un châle devant lui sous les cris de joie du reste de la famille et l’en a entouré.

*- Et voilà ! Tu es un Pérez maintenant !

    Tony a sourit sans vraiment comprendre et a serré le châle contre son corps tremblant. Je me suis penché pour murmurer à son oreille :

- Chaque membre qui rejoint les Pérez et en porte le nom reçoit un châle aux couleurs de la famille en cadeau.

    Tony a sourit et a ouvert les bras à Mama qui l’a serré fort contre son corps dans un gloussement de bonheur en répétant « Mi cariño mi cariño ! » J’ai souri et les autres membres ont applaudit. J’ai glissé un regard vers Morgan qui fixait Tony avec une tendresse incroyable - je ne sais pas si lui raconter tout ça était très intelligent mais ça m’a fait du bien - et c’est alors que la colère a fait pulser mon sang. Le regard que Ricco pointait sur MON Tony ne m’a pas plut, mais alors pas du tout ! Ouais, je reconnais un regard gourmand quand j’en vois un.

    Mama s’est soudainement mise à frotter Tony avec énergie en criant :

*- Mais il est trempé ce pauvre enfant !

    J’ai reçu un coup sur la tête.

- Aïeuh !

*- Tu ne peux pas t’en occuper mieux que ça ‘spèce d’andouille ! m’a lancé Mama avant de pousser Tony dans le camping-car, et moi avec par la même occasion.

    Puis elle a brutalement fermé la porte avant de crier :

*- Et réchauffes-le bien !

    Ah Mama …

    Tony a sourit.

- Qu’est-ce qui lui prend ? m’a-t-il demandé.

- Elle m’a traité d’andouille, ais-je répondu.

    Il a sourit puis baissé la tête.

- Je … j’vais me changer.

    Puis il est parti dans la chambre. J’ai soupiré et décidé de ne pas le suivre. La magie du moment a été rompue, ça n’aurait servit à rien. Je me suis emparé d’une serviette à mon tour pour me sécher les cheveux. Au bout de quelques minutes, quelqu’un a de nouveau frappé à la porte. Mais on est pas tranquille ici ! J’ai ouvert, c’était Ricco.

- Qu’est-ce que tu veux ? lui ais-je demandé assez sèchement.

- Cora et moi on va faire un tour en boîte ce soir, m’a-t-il dit tout sourire, ça te dit ?

- Nan.

    Tony a choisit ce moment pour réapparaître, seulement vêtu d’un long tee-shirt noir m’appartenant qui tombait sur ses cuisses. Bordel il le fait exprès ?!

- Pourquoi nan ? me demande-t-il. Tu devrais y aller ça te ferait du bien, ça fait longtemps que tu ne t’ai pas détendu.

    J’ai relevé le message : j’suis un poids pour toi vas t’amuser sans t’inquiéter. J’ai tourné les yeux pour envoyer balader Ricco une bonne fois pour toute mais mon estomac s’est contracté sous la rage. Le sourire et le regard qu’il adressait à Tony ne faisait plus aucun doute : il avait envie de se le faire ! J’ai poussé Tony sans ménagement hors de son champ de vision et croisé les bras en face de lui. Surpris, il a perdu tout sourire et reculé d’un pas.

- Vas t’éclater tout seul, ais-je lancé catégorique.

*- Ok, désolé d’avoir dérangé.

    Puis il a tourné les talons et j’ai claqué la porte.

- Bah qu’est-ce qui te prend ? m’a demandé Tony, étonné.

- C’est évident que ce connard saisira la première occasion pour te sauter dessus !

    Tony a reculé et j’ai vu ses mains trembler.

- Mais non Ricco est …

- … un pervers, ais-je coupé.

- Tu délires j’suis sûr que …

- … c’est pas rien ! ais-je coupé de nouveau.

    Tony a froncé les sourcils.

- Tu crois que je vois pas comme Cora te regardes ? Et moi j’en fais pas tout une maladie !

    Il s’est tu, comme étonné d’avoir parlé de cette façon. D’abord éberlué, j’ai souris. C’est bon ça très bon !

- Désolé, a-t-il minaudé.

- Non c’est rien ! ais-je rétorqué. Au contraire j’adore.

    Il m’a regardé, un sourcil arqué.

- Tu serais pas allergique à l’eau de mer ? m’a-t-il demandé.

    Je me suis retenu de sauter de joie.

///

Le 27 mai …

    Tony va de mieux en mieux, mais le seul problème c’est qu’il apprend vite et il comprend déjà pas mal de truc quand on parle dans notre langue alors maintenant faut que je fasses vachement gaffe à ce que je dis, surtout quand je parle avec Morgan. Le fait qu’elle sache tout ce qui s’est passé et que lui l’apprenne pourrait créer un cataclysme.

    Bref, c’était des vacances de rêve et Tony s’était enfin mi à rire. Je l’ai surpris un soir, le soleil se couchait derrière nous, vers les terres, et Tony et Morgan se trouvaient encore sur la plage. Ma sœur s’est mise a danser d’un pied sur l’autre en chatonnant quelque chose que je n’ai pas réussi à identifier - elle a une voix de casserole un truc de ouf ! - et Tony a rit. Jamais je n’aurais imaginé que son antidote s’appellerait : Espagne-Caravane-Morgan.

    Bref tout se déroulait parfaitement quand mon erreur m’a rattrapé. Z’avez deviné, ma coucherie avec Cora. J’avais la tête plongé dans le moteur de la jeep de l’oncle Juan - y’a pas que des avantages à être le seul mécano de la famille - et Cora est arrivé. Il a sagement attendu que je relève la tête.

*- Qu’est-ce que tu veux ?

*- Te parler sérieusement.

*- J’ai pas envie tires-toi.

*- Je crois que je t’aime Daniel.

    Je lui ai ri au nez avant de lancer :

*- Pauvre petit gamin qui s’emmerde à baiser tous les soirs avec le même mec. T’as pas trouvé mieux ?

    Son air grave a fait planer un doute. Il est sérieux là ?!

*- J’suis sûr que je t’aime, m’a-t-il dit.

    J’ai soupiré et regardé le moteur de la jeep.

*- Tires-toi.

*- Dany personne ne m’avait pris comme tu l’as fait c’était super !

*- Y’avait que du sexe et de la rage.

*- Mais j’ai adoré !

*- Tires-toi !!

    Il m’a regardé, de la colère dans les yeux.

*- Tu m’as baisé comme une putain c’est dégueulasse c’que t’as fais ?!

    J’ai failli faire une attaque.

*- T’es gonflé c’est toi qui m’a allumé et demandé que j’te prenne comme ça ! Tires-toi j’te dis j’ai rien à faire avec un gamin !

    Il m’a sourit et j’ai senti mon estomac se contracter. C’était un sourire machiavélique, presque sadique ! Comment est-ce que j’ai pu comparer ce môme à la con avec Tony ! Il n’a même pas une once de sa pureté.

*- Si tu me baises pas ce soir je raconte tout à ta fiotte de copain.

    J’ai retenu mon poing pour ne pas qu’il s’écrase sur sa gueule. Il continuait de sourire.

*- T’es qu’un sale petit con, ais-je grogné les dents serrées.

*- On se dit à ce soir alors.

    Il a fait demi-tour. Je l’ai regardé partir puis ai tourné mon regard vers Tony qui jouait plus loin, au bord de la plage, avec Bel. Je l’ai regardé lancé un bâton puis courir de l’autre côté, les pieds dans l’eau. Bel se hâta d’attraper son bâton et de lui courir après. Ma fierté a fait un bon en avant.

- Cora ! ais-je appelé.

    Il s’est retourné.

- Annules le rendez-vous pour ce soir je ne viendrais pas, ais-je di en lançant ma clef de seize dans le moteur, et te déranges pas pour Tony, c’est moi qui vais lui dire.

    Décontenancé, il m’a regardé me dirigez vers la plage. Bel fut le premier à me voir arrivé et couru vers moi avec son bâton dans la gueule. Tony m’a sourit, essoufflé.

- T’as terminé ? m’a-t-il demandé.

    D’un geste vif, je l’ai attrapé par le poignet pour le tirer vers le camping-car.

- Faut qu’on parle, ais-je simplement dit.

    Il s’est laissé faire sans rien dire. Une fois à l’intérieur, je lui ai di de s’assoir sur une chaise et je me suis appuyé contre la cuisinière.

- Qu’est-ce qu’il y a ? a enfin demandé Tony.

    J’ai pris une grande inspiration. Finalement, je me suis peut-être avancé ! Moi et mon côté impulsif ! Non mais qu’est-ce qu’il m’a prit franchement ?! J’ai pris mon courage a deux mains et déclaré :

- Le premier jour, dès qu’on est arrivé ici. J’ai couché avec Cora.

    Je l’ai regardé. Son expression n’a pas changé, il a continué de me regarder. J’ai attendu en retenant ma respiration puis il a sourit.

- Je sais, a-t-il murmuré.

    CHBIM ! En plein dans ma face.

- Quoi ?!

    Il a sourit, contrit, puis a commencé à triturer ses mains.

- Ce soir-là t’as mi du temps à revenir, je me suis inquiété et suis sorti pour te chercher. Et je vous ai vu sur la plage.

    J’ai avalé un parpaing, puis baissé la tête.

- J’suis désolé, ais-je minaudé.

    Pitoyable je sais.

- C’est rien.

    J’ai relevé la tête. Il m’a sourit tristement.

- J’te comprend, a-t-il reprit, j’peux pas t’en vouloir.

- Putain Tony c’est pas ça que je veux entendre !

    Il s’est crispé alors que je me mettais inutilement en colère.

- Fâches-toi ! ais-je crié. Dis-moi que ce que j’ai fais c’est nul et mal ! Frappes-moi réagis !

- Mais Dany je t’aime je ne peux pas faire ça.

    J’ai soupiré et enfouis mon visage dans mes mains. Puis soudain, j’ai réalisé :

- Alors … t’étais réveillé en fait quand j’suis revenu.

    Il a acquiescé doucement.

- Pourquoi tu faisais semblant de dormir ?

    Il m’a sourit timidement.

- T’as fais exprès de te mettre nu au lit ?!

- Je voulais que tu me touches, a-t-il avoué doucement.

    Mon cœur a manqué un battement.

- Je ne sais pas ce qu’il s’est passé quand je suis arrivé ici, a-t-il reprit plus fort, je me suis senti bien. Quelque chose dans ce pays et cet endroit me fait penser à toi, tout ici a ton odeur et ta chaleur. Ce pays c’est toi et … je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais … dès le premier soir, je me sentais si bien que j’ai réalisé que tu ne m’avais pas touché depuis longtemps. Je voulais que tu me touches…

    On s’est regardé. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas bougé, je n’y croyais simplement pas. Il était là en face de moi à me dire qu’il était de nouveau près à m’aimer comme avant et moi je restais bêtement pétrifié de stupeur. Alors il s’est levé, doucement, et s’est approché de moi. Il s’est appuyé contre mon corps, l’une de ses mains a caressé mon torse et la seconde s’est plongé dans mes cheveux, puis il m’a murmuré :

- Désolé de t’avoir tant fait souffrir Dany.

    J’ai fermé les yeux, soupiré, passé mes mains autour de sa taille et enfouit mon visage dans le creux de son cou pour respirer son odeur. Je l’ai sentis frissonner. Pas ce genre de frisson de terreur, mais ce genre de frisson communicatif qui prouve à quel point il réagit bien à mon contact.

    On s’est embrassé. Sa langue a activement forcé le barrage de mes lèvres et je l’ai laissé me rouler une pelle monumentale. Le fait qu’il prenne l’initiative m’a vite fait réagir et j’ai plaqué son bassin contre le mien. Il a sourit, s’est écarté de moi pour me saisir la main et me tirer vers le lit. Je me suis laissé faire.

    Il a retiré son tee-shirt sous mes yeux puis m’a poussé sur le lit et s’est assit à califourchon sur moi. J’adore quand il fait ça ! Il a commencé à me caresser.

- Je croyais que c’était à moi de te toucher ?

    Il a sourit, s’est glissé près de moi pour s’allonger sur le dos, totalement offert. Je me suis penché au-dessus de lui et ai commencé à dégrafer son short en l’embrassant. Puis, durant de longues minutes, j’ai redécouvert son torse, sa peau fine et ses courbes rehaussées de 2-3 kilos qu’il avait repris depuis son arrivée chez les Pérez. Je l’entendais gémir et frissonner sous mes doigts et je fus bientôt dans l’obligation d’ouvrir mon jean. Lorsque j’ai commencé à descendre bien en-dessous de l’aine, il m’a arrêté.

- Non Dany t’es pas obligé de faire ça !

    Je lui ai souris et retiré ses mains qui cachaient son sexe pour libérer le passage.

    Je ne l’ai pas posséder à proprement parlé ce jour-là. Le fait qu’il refuse ma fellation m’a convaincu de ne rien brusquer et on a passé plusieurs heures à se caresser et s’embrasser, comme on l’avait fait à l’époque de ma côte cassée. Lorsqu’il s’est endormi dans mes bras, nu contre moi, mon cœur était gonflé de bonheur. Je l’ai regardé dormir.

///

Le 8 juin …

*- Comment ça il est parti ? ais-je demandé, choqué.

*- Il a simplement mi les voiles sans rien dire à personne, il a remercié Mama pour son hospitalité et a foutu le camp ! m’a répondu ma sœur.

*- Et à toi, il n’a rien dit ?

    Ricco m’a fixé, le regard noir.

*- Bien sûr que si connard. Tu l’as violé voilà pourquoi il est parti !!

    J’ai encaissé en serrant les dents et tourné un regard fautif vers Mama et Juan. Ma sœur m’a fixé d’une expression indéchiffrable et Ricco semblait avoir comme dans l’idée de m’étriper.

*- T’es vraiment un salop, m’a-t-il dit avant de tourner les talons.

    Morgan m’a fixé quelques secondes puis le suivit. Mama a tenté de me gifler - j’ai esquivé habilement - et Juan a soupiré.

*- T’as de la chance qu’il ait pas porté plainte, il était mineur tu sais.

*- Ah ne me dit pas que tu crois à ça toi aussi !!! me suis-je écrié. Bien sûr que je ne l’ai pas violé.

*- Alors dis-moi pourquoi t’as couché avec lui dans ce cas ?

    J’ai soupiré.

*- Tony et moi ça allait pas fort et on avait pas fait l’amour depuis un moment alors … mais j’arrive pas à croire qu’il ait raconté à Ricco que je l’avais violé !

*- Ricco était malheureusement très amoureux de ce petit con, a lancé Mama.

    Je l’ai fixé, étonné.

*- Je n’ai jamais aimé ce Cora, a-t-elle justifié, si je l’ai accepté c’est parce que Ricco y tenait énormément mais j’avais entendu dire que ce gamin avait eut de nombreux ennuis avec la police.

*- De quel genre ?

*- Du genre à être retrouvé ivre mort à l’arrière d’une voiture accompagné d’un homme bien trop vieux pour lui et pour prostitution gratuite, m’a répondu Juan.

*- Hein ?!

*- Il aimait le sexe au point de se prostituer sans rien demander en retour.

    J’ai soupiré et passé mes mains dans mes cheveux. Cora … à première vu, il n’avait rien d’un pervers. Enfin si un peu mais pas à ce point !

*- Et avec Tony ça va mieux ? m’a demandé Mama.

*- Quoi ?

*- Tu viens de dire qu’entre lui et toi c’est pas la joie.

*- Ah oui ça va, ça s’est arrangé. Mauvaise passe mais ça va mieux.

*- Hum.

*- Qu’est-ce t’as encore ?

*- Il est tellement adorable ce petit ! Tu es sûr de vouloir repartir ?

*- Mama …

*- Mais quand pourrais-je le revoir si vous repartez en France ?!

    Ah d’accord, et moi je compte pour du beurre ?

*- Mama s’il te plait ! Et puis si on décidait bizarrement de rester, qu’est-ce qu’on pourrait bien apporter comme aide financière hein ? J’ai travaillé toute ma vie dans un garage miteux, tout ce que je sais faire c’est vérifier l’huile et changer une roue, et Tony a commencé une formation de secrétaire médicale qu’il n’a même pas terminé.

    Mama détourna les yeux et soupira.

*- Ça c’est pas un problème, dit doucement Juan, vous pourrez toujours …

*- Nan, ais-je coupé tout de suite, être un boulet ça ne m’intéresse pas et puis notre vie est là-bas, la famille de Tony est là-bas je ne peux pas lui imposer ça.

*- Mais ta famille à toi est ici !! a explosé Mama.

    J’ai soupiré. Nan j’ai pas menti ! Noah et Ray sont là-bas, je ne peux pas séparer Tony d’eux, enfin surtout de Noah. Et à ce moment-là :

- DANIEL !!!

    J’ai tourné la tête. Bon qu’est-ce qu’il se passe encore ?

    J’ai regardé Ricco courir vers moi suivit de loin par Morgan. Il ne se passe pas une journée chez les Pérez sans qu’il y ait un mort ou presque. Ricco s’est arrêté près de moi et commencé à déblatéré :

*- J’ai rien fais je te jure c’est lui qui m’a allumé …

*- L’écoutes pas, a coupé Morgan en arrivant à notre hauteur, ce salopard …

*- … j’ai essayé de lui résister j’te jure …

*- … j’suis arrivé juste à temps …

*- … j’ai juste voulu lui donner ce qu’il voulait …

*- … je me doutais qu’il préparait quelque chose …

*- … la ferme connasse !!!

*- … alors je l’ai suivi.

*- J’ai rien compris, ais-je simplement dit.

    Un mouvement au loin a attiré mon attention et là, j’ai saisi. Tony était descendu du camping-car et devait s’y appuyer pour rester debout. Il tenait un drap autour de son corps d’une main tremblante et dès que j’ai vu les larmes et les tremblements, j’ai compris. J’ai vu rouge.

    D’un geste vif, j’ai saisis Ricco par le col pour lui envoyer mon poing en plein dans le nez. Il s’est écroulé sur le sol, désorienté. Mama s’est mise à crier, Juan a croisé les bras et Morgan continuait de traiter Ricco de tous les noms d’oiseaux possibles et inimaginables.

*- Qu’est-ce que tu lui as fait connard ! ais-je crié.

    En réalité, je n’avais plus qu’une idée en tête : lui faire le plus de mal possible. Je l’ai relevé pour le frapper de nouveau et il s’est écroulé une seconde fois, le nez en sang. Je brandissais le poing pour frapper encore lorsqu’une main m’a arrêté. Furieux, j’ai repoussé violemment celui ou celle qui tentait de m’arrêter et me suis soudain figé.

    Tournant la tête sur le côté, j’ai vu que je venais de jeter Tony au sol. Il a levé des yeux larmoyants vers moi.

- Arrêtes, s’il te plait !! m’a-t-il supplié.

    Il avait la lèvre inférieure fendue et un coup sur la joue gauche. J’ai tourné les yeux vers Ricco et brandi de nouveau le poing. Mais je n’ai pas frappé.

*- Qu’est-ce que t’attends !! a crié Ricco dans un sourire. Vas-y frappes ! Après tout t’as baisé mon mec, si je baise le tien on est quitte non ?! Frappes !

    Je l’ai lâché, me suis tourné vers Tony, l’ai pris dans mes bras et les ai tous abandonné ici, silencieux. Tony s’est agrippé à moi en pleurant doucement et je ne me suis arrêté qu’après l’avoir déposé sur le lit. J’ai retiré la couverture qu’il serrait contre lui pour inspecter son corps.

- Il t’a touché ?

    Tony s’est crispé.

- Où est-ce qu’il t’a touché bordel ?! ais-je crié.

    Tony a négativement secoué la tête.

- Il a rien fait, a-t-il murmuré.

- C’est pas la question !!!

- Fais-moi l’amour.

    Hein ? Ma colère est retombé d’un coup et je l’ai regardé, indécis. Il a levé ses yeux suppliants vers moi.

- Fais-moi l’amour comme avant, je t’en prie Dany.

    Il m’a embrassé. Je me suis vite laissé persuader et me suis allongé sur lui sur le lit. Il a frissonner de plaisir sous mon corps lorsque j’ai commencé à le caresser. J’ai fébrilement retiré mon jean. Il a gémit. Soudain, je me suis écarté.

- J’ai pas de capote, ais-je simplement dit.

    Ouais, j’aurais dû prendre la blague de Noah au sérieux quand il disait : « C’est pas que je doute de ta capacité d’organisation mais ça me ferait chier de devoir venir dans ton pays de gitans quand tu m’appelleras en chialant :  Nono j’ai oublié mes capotes pitié !! » Parce que je les ai bel et bien oublié.

    Tony m’a sourit.

- Je m’en fiche, a-t-il dit, j’suis clean et toi aussi.

- Ça j’en sais rien j’ai jamais fais le test.

- Ray l’a fait pour toi.

- Hein ?

- Tu crois qu’il allait me laisser tomber amoureux de quelqu’un contrôler positif ?

- Mais comment il aurait pu ?

- Katy est flic non.

- Ouais, et ?

- Bah c’est pas rare que la Brigade Criminelle ait recours à la police locale pour certaine mission. Celle de Katy était de prélever un échantillon pour analyse. À ton insu. Ray lui a demandé sous une fausse excuse bien sûr.

- Et tu étais au courant de tout ça ?!

    Son sourire s’est élargi.

- Oui.

    Je me suis laissé tomber sur lui.

- Ma vie n’est qu’une conspiration.

    Il a rigolé.

- Alors, partant ?

    Je me suis redressé.

- T’es sûr ?

    D’après ce que j’ai pu comprendre de Gabriel, il était pas du genre a prendre beaucoup de précaution.

    Tony a acquiescé. Je l’ai embrassé avant de l’inciter à écarter les cuisses. J’ai senti son hésitation, sa légère appréhension. Il avait perdu beaucoup de son assurance d’antan et j’ai commencé à aimer ça. Il était si fragile, si faible entre mes mains que j’ai pris conscience que sa vie dépendant entièrement de mon bon vouloir.

    Après l’avoir préparé plusieurs minutes, je me suis glissé en lui. Il s’est crispé, les yeux fermé, puis les a rouvert pour me regarder. On a fait l’amour les yeux dans les yeux et j’ai savouré sa peau, sa bouche, son odeur, ses gémissements. Tout ce que j’avais peur de perdre à nouveau. Tout jusqu’à la dernière seconde et même après. Puis je me suis libéré en lui dans un cri, en sueur, je me suis écroulé sur son corps encore frémissants.

    J’ai mi un certain temps avant de retrouver mon souffle puis il m’a murmuré au creux de l’oreille :

- Je vais avoir besoin d’une douche.

    On a dû se serrer parce que la douche de notre camping-car n’était pas prévu pour deux, et encore moins pour ce genre de chose qu’on peut faire à deux.

///

Le 15 juin …

    Je me suis réveillé en pleine nuit, complètement déphasé. Je ne me souviens même pas m’être endormis mais en même temps, après avoir fait l’amour à Tony trois fois d’affilé, je n’ai pu que m’écrouler comme une masse. Je tâte la place près de moi et me redresse vivement en réalisant qu’elle est vide.

- Relax, j’suis là.

    Je tourne la tête. Assis sur l’extrémité du lit, tout près de la fenêtre qui donne sur la mer, Tony me sourit.

- Tu dormais comme un bébé. 

    J’ai bâillé.

- À quoi tu penses ? lui ais-je demandé.

    Il a tourné le regard vers la mer et j’ai relevé une note de tristesse dans ses yeux bleus.

- J’peux dire quelque chose d’égoïste ? m’a-t-il demandé sans bouger.

    J’ai souris.

- Bah oui bien sûr.

- Je ne veux pas rentrer. Je veux rester vivre ici.

    J’ai perdu mon sourire puis ai soupiré.

- Tony …

- Je me sens si bien ici, j’adore la vie de Tzigane.

- Non Tony, tu ne connais rien de ce genre de vie.

    Il m’a regardé et j’ai continué malgré mon cœur serré :

- Tu as eu le droit à quatre semaines de vacances chez des Tzigane, toi et moi n’avons contribué à rien ici. Et crois-moi, le trou dans leur budget est désormais conséquent. La vie de Tzigane est loin d’être une partie de plaisir.

    Il est venu se blottir contre moi.

- J’ai quand même eu un aperçu.

    J’ai soupiré, légèrement irrité.

- Tony chaque membre d’une famille Tzigane doit financièrement contribué à son bienêtre ! Comment on pourrait contribuer nous hein ?

    Il m’a regardé, puis a baissé les yeux, déçu.

- Alors la seule chose que je désires vraiment tu es incapable de me l’offrir.

    Et paf, une claque dans ma gueule. Je soupire de nouveau.

- Et tu es prêt à tout abandonner, tout ce que tu as laissé là-bas, pour vivre de cette façon ? C’est pas le genre de vie que je veux pour toi Tony.

    Il m’a regardé, un sourcil arqué.

- Abandonner ? Tout ce qu’il me reste là-bas se sont les souvenirs d’un grand frère qui abusait de moi !

- Et Ray et Noah qu’est-ce que t’en fais ?

- Ray et Noah ne valent pas ta propre famille Dany !

    J’ai négativement secoué la tête.

- Désolé, on rentre.

    Il s’est violemment écarté de moi.

- Alors c’est ça que tu veux pour moi ?! Que je t’attendes sagement à rien faire de la journée en espérant que tu rentre de ce garage pourri en un seul morceau ! C’est ça ton avenir ? Bosser trente ans dans un hangar qui tiendrait encore debout dix ans maximum ?!

- Tony …

- Pourquoi tu ne veux pas rester ? Qu’est-ce qui t’en empêche ?!

    J’ai soupiré.

- Dis-le moi Dany.

- Mais y’a rien !!

    Il m’a fixé, sceptique.

- J’ai deviné qu’il y avait quelque chose qui te refroidissait dès le premier jour ne m’oblige pas à demander à Mama !

    Se fut à mon tour de regarder par la fenêtre.

- Juan n’est que le Chef de Famille remplaçant. Le véritable Chef était mon père, de la branche principale comme y disent. En gros, j’aurais dû hérité du poste à sa mort.

    Le silence a régné quelques instants.

- Et c’est ça que tu fuis ?!

- En gros.

- T’es vraiment qu’un lâche.

- Ouais.

    Il m’a sourit.

- Alors c’est de ça que tu as peur.

- J’ai pas peur ! Et t’imagines même pas la merde que c’est d’avoir toute une famille à charge ! Un Chef de Famille gère tout financièrement, c’est lui qui encaisse l’argent que tout le monde lui remet chaque mois, équivalent a à peu près trente-huit pourcent du salaire de chacun, c’est lui qui règle tout, qui décide comment sera utiliser l’argent : impôt, emplacement de camping à louer, école à payer, facture, réparation si y’a besoin, achat de nouveau matériel toujours si besoin est, et encore plein de trucs c’est la vraie merde !

    Tony m’a regardé quelques instants, a cligné des yeux, puis a sourit.

- Quoi ?! ais-je lancé, piqué au vif.

- Tu sembles être un expert en la matière.

- J’étais destiné à ça, on m’y a formé les dix-huit premières années de ma vie.

- Raison de plus.

- Mais merde Tony je ne veux pas me retrouver enchaîner à une tradition à la con ! Je veux pourvoir faire un choix !

    Son regard s’est durci.

- Et c’est ça ton choix alors ? Vivre comme un lâche, bravo.

- Fais gaffe à ce que tu dis !

    Il s’est adossé au mur, a croisé les bras puis a déclaré :

- Bah t’as qu’à rentrer toi, moi je reste ici. Les Daniel Pérez, c’est pas ça qui manque dans ce pays, j’suis sûr que j’en trouverais un autre.

- T’es pas sérieux ?

- Bien sûr que non ! C’est un avertissement. Plus rien ne sera comme avant si tu me forces à rentrer.

    Il s’est approché de moi.

- J’t’en prie. Je veux resté ici. Je m’y sens chez moi, je me sens bien. Je sens que si je rentre en France, je ne le supporterais pas et il se peut que tu subisse de nouveau une abstinence quasi-religieuse.

    J’ai déglutis et pesé le pour et le contre.

- Tu réalises que tu me fais du chantage ?

- Oui, a-t-il répondu en souriant, et ça marche ?

- Mmh … ouais.

    Il s’est blotti contre moi.

- Je t’aime.

- Attends deux secondes avant de me lancer des fleurs, c’est pas à moi de décider qui reste et qui part tu le sais bien !

- Mama nous a déjà supplié tellement de fois de rester que ça m’étonnerai qu’elle dise non.

- Oui mais y’aura des conditions, faut qu’on contribue financièrement je te l’ai expliqué.

- Bah toi tu seras Chef de Famille.

- Ouais mais ça ne me dispense pas de bosser.

- Ah bon ! Et qu’est-ce qu’il fait Juan alors ?

- C’est lui qui élève nos chiens.

- Des chiens ?! Je ne les ai jamais vu.

- Oui en fait, au début la famille Pérez vivait de l’élevage de chien de berger espagnols très appréciés des éleveurs de bétail. Et ça pendant des années. Seulement, y’a une vingtaine d’année, les Morina qui vivent à côté ont empoisonné tout un élevage. Cinq mâles et une dizaine de femelles avec quatre ou cinq portés. Cette année, on a perdu tous les chiens.

- Quoi ?!

- Ouais à l’époque on emmenait nos chien sur les espaces de location et ça plaisait pas forcément à tout le monde et les Morina et nous c’était pas l’amour pur. À ce moment-là mon père était désespéré et on a vécu comme des clochards pendant trois bonnes années avant que l’élevage rapporte de nouveau mais depuis ce jour, ce type de production n’est que secondaire. C’est là que la famille a décidé de se diversifier, pour éviter une autre crise du même genre.

- Je vois.

- Juan s’est toujours occupé des chiens et je me souviens qu’il a été très affecté par la mort de toutes les bêtes. Maintenant, on a installé les chiens dans un enclos loué, on a un mâle et trois femelles. À raison de trois à six chiots par portée tous les dix-huit mois, on fait osciller les prix de vente entre 500 et 700 euros le chiots de pur race. Donc c’est pas un domaine qui rapporte beaucoup.

- Comment vous faites alors ?

- Mama a le boulot qui rapporte le moins mais en même temps on peut pas lui en vouloir vu ses capacités.

- Elle est diseuse de bonne aventure c’est ça ?

- Oui mais seulement en automne/hiver quand on est à Madrid, au cœur de la ville y’a nettement plus de client que sur la plage. Printemps/été elle fait beaucoup de couture, de bijoux de perle et tout un tas de petites babioles que Morgan et Lola vont ventre ensuite pendant l’été.

- Ah bon ?!

- On ouvre ce commerce lors de l’arrivée des touristes, en Juillet/Août, ce qui explique pourquoi tu n’as encore pas vu les étalages. Mama gagne entre trois mille et six mille euros par ans. Donc c’est pas énorme non plus.

- Ah ok.

- D’après ce que j’ai compris, c’est Juan et sa femme Dolorès qui rapportent le plus dans la famille. Lui a fait des études d’ingénieurs informatique puis il est revenu ici pour s’enfermer dans sa caravane. Il est concepteur de programme, d’antivirus et travaille aussi en maintenance de site sur Internet. Clandestinement, c’est aussi un hacker.

- Quoi ?!

- Ouais, il n’a aucune vie sociale mais il est hyper connu sur le net et peut s’introduire dans n’importe quel ordinateur grâce à un logiciel qu’il a lui-même créé. Il travaille en free-lance pour une société de sécurité à Madrid en faisant des recherches sur la personne. À lui tout seul il gagne entre trente mille et cinquante mille euros par an, c’est déjà nettement mieux. Dolorès elle, elle est dessinatrice de livre pour enfant et commence à se faire un nom. Elle gagne entre dix mille et vingt mille euros par ans.

- Ils sont doués.

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La vie Tzigane - Que du Bonheur extra - partie 3  (Extras) posté le vendredi 31 juillet 2009 17:02

 

- Ouais. Avant de partir Ricco était parieur, c’était pas énorme mais vu que c’était un spécialiste de la triche, personne ne pouvait gagner avec lui.

- Ah d’accord.

- Ça rapportait par loin de cinq mille euros par an mais puisqu‘il a mi les voiles bah ça fait ça en moins. Bien sûr mis à part ça on a quelques minuscules revenus : une petite entreprise d’élagage qu’on tient en partenariat avec une autre famille : les Torez - mais d’après ce que j’ai compris ça ne va plus trop bien avec eux - de la vente de bouquet de fleur sur les étalages et de l’aide aux personnes âgés en hiver. Quant à Morgan et Lola, elles sont encore étudiantes alors n’ont aucun revenu financier. Dès qu’elles commenceront à travailler, et si elles restent dans la famille bien sûr, elles devront laissé trente huit pourcent de leur salaire mensuel au Chef de Famille.

- Mmh …

Petit silence.

- Alors qu’est-ce qu’on pourrait faire nous franchement ? ais-je fini par demander.

- D’après ce que j’ai compris le Chef de Famille ne travail qu’à mi-temps ?

- En gros c’est ça. Comme la Matriarche.

- Mmh … tu pourrais ouvrir un petit garage mobile, tu proposerais des services rapides pas cher pour te faire une clientèle au départ et ça ne te prendrais pas trop de temps.

- Pas très florissant.

- Peut-être mais en parallèle Juan aura tout le temps de s’occuper de son élevage et de l’agrandir.

- Mmh …

- Et moi j’ouvrirais un petit restaurant en plein air.

Je l’ai regardé.

- Les recettes de plats thaïlandais, indiens et chinois que je connais par cœur vont bien finir par me servir non ? Pas besoin d’acheter trop de matériel en plus, un petit coup de peintures aux tables et chaises de jardin de tout le monde - celles qui ne sont pas trop abîmées bien sûr - et se sera bon.

Je lui ai souris.

- J’adore quand tu t’investis, ais-je dis.

- Ah oui ?

Je l’ai serré contre moi avant de le coucher sur le lit et de m’allonger sur lui.

Le lendemain …

Très tôt le matin, j’étais assis sur la plage à fumer à la vue de tous, quand j’ai entendu des pas derrière moi. C’était Morgan.

*- Vous êtes vraiment obligé de partir ? m’a-t-elle demandé.

*- Non, ais-je souris, Tony ne veut pas partir, on reste.

Son visage s’est illuminé.

*- C’est vrai ?

*- Ouais, mais j’en ai pas encore parlé à … Morgan ?!

Elle courait déjà vers la caravane de Mama et Juan en hurlant leur nom. La prochaine fois je m’abstiendrais. Quelques secondes plus tard, tout le monde était réveillé et sortit voir ce qu’il se passait. Très vite, tous furent ravi, et la proposition de Tony fut accepté à l’unanimité.

Finalement, le bonheur existe bel et bien.

Le 2 juillet …

Ouais, c’est pas terminé. Vous vous en doutez, il a fallu faire venir toutes nos affaire de France. Du moins celles qu’on avaient laissé. J’ai dû apprendre à Philip Starkey, par téléphone, que je démissionnais et il a promis de venir un jour m’étriper, avant de me souhaiter bonne chance - j’ai cru entendre Doug chanter « Tout le bonheur du monde » en fond mais j’sui peut-être en plein délire de trop plein de bonheur. Et j’ai moi-même annoncé la nouvelle à Ray, de cette façon :

- J’ai un petit service à vous demander.

- Vous faites chier Pérez vous pouvez pas me lâcher la grappe ?

- Tony et moi on a décidé de vivre en Espagne avec les miens.

Aucune réponse, j’ai cru un moment qu’il avait fait une syncope mais j’ai reprit quand je l’ai entendu renifler :

- Et Tony aimerait bien changer de nom de famille, sur les papiers et tout, vous pourriez l’aider ?

Nouveau reniflement.

- Ouais. Il veut quoi comme nom de famille ?

- Bah … le mien.

Aucune réponse. Pas de reniflement.

- Monroe ?

« bip bip bip »

J’suis rentré comme une tornade dans la camping-car en envoyant valser le portable à travers toute la pièce jusque sur le lit.

- Il t’a raccroché au nez ? a demandé Tony.

- Ouais !

Et il a rit. Deux semaines plus tard, Tony recevait sa nouvelle carte d’identité au nom de « Tony Pérez »

Pour Noah, la chose a immédiatement été plus facile à digérer :

- Trop de la balle ! Hey, vous m’invitez ? J’ai envie de me faire dorer la pilule sous le soleil de méditerrané avec les belles filles nues bronzées. Au fait, elle était naze votre carte postale, je l’ai donné à bouffer au bull dog de ma voisine.

- Merci sympa. En fait on voulait te demander de nous rapporter nos affaires. Ça te gêne pas ?

- Vous êtes lourd, j’suis pas votre colporteur attitré!

- En reconnaissance de dette je t’emmènerais sur une plage de nudiste.

- Ok ça marche ! Et j’apporterais un colis en plus, un bon gros cadeau pour vous deux.

- T’es pas obligé !

- Mais si ça me fait plaisir.

J’ai raccroché et Tony m’a demandé :

- Y’a une plage de nudiste ici ?

- Pas que je sache.

Bref, dès le début du mois de Juillet, on a commencé à préparé notre vente en ville et réservé un coin de la grande place près d’une fontaine, au cœur de Séville. D’ailleurs ce matin, on était en train de fourguer les étalages dans la jeep de Juan quand Noah a décidé de pointer le bout de son nez dans une Mercedes noire aux vitres teintées que j’ai immédiatement reconnu. Il s’en fait pas lui, il empreinte carrément des voitures à la brigade ! Tony a couru vers lui et Noah, à peine descendu de voiture, l’a prit dans ses bras. Je me suis avancé et, de loin, tous les Pérez attendaient de voir ma réaction. Étant le nouveau Chef de Famille depuis deux semaines déjà, c’était à moi de décider qui constituait un danger ou non.

J’ai chaleureusement serré la main de Noah et tous ont commencé à approcher, Mama en première ligne.

- Alors tu réquisitionnes les voitures de boulot de ton père toi ? ais-je lancé amusé.

- Hein ? T’es con ou quoi cette caisse est à moi.

Tony a rit et j’ai refoulé au mieux mon étonnement pour ne pas passer pour un demeuré.

- J’ai refourgué dans le coffre tout les fringues et bibelots qu’il y avait dans l’appart’, a-t-il dit, j’espère que j’ai rien oublié.

- Au pire tu reviendras, ais-le lancé.

- Minute la mite ! Moi je reste ici pour quelques jours je te préviens tout de suite je prend des vac’ chez vous !

- Tu pouvais pas mieux tomber on a une caravane de libre, a dit Tony dans un sourire.

- C’est pas à toi de décider tu te souviens ?! ais-je répliqué.

*- Mon Dieu quel homme !

C’était Mama. Arrivée en première près de nous, elle regardait Noah avec des yeux ronds.

*- Un ami à toi ?

*- Oui, a répondu Tony, mon grand frère d’adoption.

Oui, j’avais raconté à Mama et les autres que Tony était orphelin. Et Morgan a choisit ce moment pour arriver à notre hauteur et demander, avec toute la grâce dont elle disposait :

*- C’est qui ce gars ?

Ah, Morgan et sa féminité débordante. Quand je l’ai vu se venger sur Ricco en découpant le flanc gauche de la caravane à coup de tronçonneuse, j’ai commencé à flipper. Le lendemain, Ricco était parti.

Sans crier gare, Mama a alors poussé Morgan dans les bras de Noah en scandant :

*- Prends-le et ne le lâches pas !

Vif comme l’éclair, j’ai attrapé Morgan par le bras pour la tirer en arrière.

*- Mama !! ais-lancé, indigné.

Et je me suis pris un coup sur la tête. Mais euh ! Morgan a récupéré son bras.

*- Hey ! J’ai vingt ans, plus treize et Mama a raison, il est orgasmique votre copain !

J’ai avalé un cactus. Noah a sourit.

*- Merci, a-t-il dit, on m’a désigné par beaucoup de substitutif du genre bizarre, à côté de ses pompes ou sexy, mais orgasmique jamais, c’est une première pour moi.

Morgan est resté bouché bée, Mama à crier que cet homme était tombé du ciel et moi j’ai pas pu m’empêcher de rire.

*- Désolé, j’ai oublié de préciser que Noah parlait couramment Anglais, Espagnol, Italien et Allemand.

Morgan m’a lancé un regard noir, et je l’ai soudain revu en train de magner la tronçonneuse.

*- Au fait j’ai un cadeau pour vous, a reprit Noah.

Il a ouvert la portière arrière de la voiture et s’est plongé à l’intérieur. Curieux, j’ai suivis ses geste jusqu’à ce qu’il réapparaisse avec dans les bras … un bébé.

- Tada !

Silence dans la salle.

L’enfant, âgé de quelques semaines, arborait déjà une impressionnant tignasse noire et des yeux sombres qui ne trompaient pas. Alerte, il a regardé chacun de nos visages. J’ai retenu mon souffle. Noah souriait comme un bienheureux.

- Dany je te présente Lolita, la fille de Katy Delcroix et… la tienne par la même occasion. Elle l’a abandonné à la DAS et Ray en a vite été informé. Il a utilisé les échantillons d’ADN qu’on avait déjà de toi pour prouver que c’était bien ton rejeton. Dis bonjour au gentil bébé!

Tic tac tic tac …

Oh putain ! Cette connasse de Katy était réellement enceinte !!!

Ce jour-là, j’ai appris que l’expression « Que du Bonheur » n’était qu’un euphémisme. La vie est une grande aventure sur laquelle nous n’avons aucun contrôle. Un cocktail de joie et de peine, mais aussi et surtout un concentré pur d’imprévus qui, finalement, vous font réalisé, un sourire contrit aux lèvres, que vous n’avez pas toujours prit les bonnes décisions.

La vie de Tzigane, que du bonheur ?

Mmh … à suivre.

FIN

 

Bah je ne suis pas mécontente d'en avoir fini avec ce roman {#}

Alors verdict ? Si vous deviez mettre une note entre 0.275 et 10.725 se serait quoi ? ( ouais j'suis pas fan des chiffres ronds )

Partez pas tout de suite, j'ai encore un truc pour vous embêter {#}

 

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Radio-Gabie !!! L'interview premier ( d'une longue liste mais chuuuuuuuuuuuuuuuu  (Radio-Gabie) posté le vendredi 31 juillet 2009 17:20

 

Gabie : Bonjour tout le monde ! Ici radio-Gabie en direct ! C’est ici que seront menés les interview des personnages du roman « Que du Bonheur », avec la présence de Daniel et Tony Pérez, Ray et Noah Monroe, Philip Starkey, Ryan Hampton et Gabriel Kendallson, tous ceux qui ont donc été un pilier du roman. Tout le monde est là ? Alors commençons ! Première question, celle que toutes les lectrices se posent - j’en sais rien en fait j’ai pas vérifié - Daniel et Tony, hors du tournage, êtes-vous réellement en couple ?

Daniel : t’es conne ou tu le fais exprès ?

Tony : si ça n’était pas le cas on ne porterait pas le même nom.

Ray : elle est trop conne ta question.

Daniel : on t’a pas sonné toi !

Ray : lâches-moi l'immigré !

Gabie : j’en arrive donc à ma seconde question, qui risque de paraître tout aussi débile que la première : Daniel et Ray, êtes-vous vraiment ennemi dans la vraie vie ?

Daniel : je ne supporte pas sa tronche, si c’est ça la question.

Ray : sans commentaire, elle est trop con cette question.

Tony : c’est pas facile tous les jours.

Noah : et moi c’est quand j’ai le droit de dire quelque chose ?

Gabie : quand je t’aurais posé une question. Reprenons. Troisième question : Ray et Philou, êtes-vous en couple comme l’a laissé comprendre la fin de l’histoire ?

Ray : ouais.

Philip : …

Gabie : des précisions ?

Ray : nan !

Philip : …

Gabie : Ryan, pouvez-vous apporter quelques précisions ?

Ryan : … ZZZzzz …

Noah : et maintenant je peux parler ?

Gabie : bon vas-y dis ce que tu as à dire .

Noah : je demande Morgan Pérez en mariage.

Gabie : 0_o La suite ne prévoyais pas ça !

Daniel : jamais ! Lâches ma sœur bordel !

Gabie : dois-je comprendre qu’après « La vie de Tzigane », Noah a savouré quelques vacances chez les Pérez et en a profité pour s’acoquiner avec Morgan ?

Noah : ouais on est très intime comme dirait l’autre.

Daniel : ma sœur ne s’appellera jamais Monroe !

Tony : Dany relax, Noah c’est pas son père.

Daniel : m’en fou !

Gabie : dois-je comprendre qu’à l’inverse de l’histoire, Daniel et Noah ne s’entendent pas si bien ?

Daniel : jamais je ne pourrais être ami avec un Monroe ! Le tournage a été un vrai calvaire !

Gabie : Ah.

Noah : tu sais maintenant lors d’un mariage l’homme peut prendre le nom de la femme ? M’appeler Pérez ne me dérange pas.

Daniel et Ray : jamais de la vie !!!

Philip : …

Gabie : voilà au moins un point sur lequel vous vous entendez tous les deux.

Daniel : tu trouves ça drôle ?!

Tony : moi oui.

Gabie : je résume donc : Daniel et Tony sont réellement en couple, Ray et Philou aussi - enfin d’après ce que j’ai compris - et Daniel ne supporte en réalité aucun Monroe. Aurais-je oublié quelque chose ? Ah mais oui ! Gabriel avez-vous un mot à dire ?

Gabriel : je vais tous vous buter.

Gabie : c’était radio-Gabie en direct ! À bientôt pour de nouvelles aventures.

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