Ses va-et-vient étant de
plus en plus rapide, j’ai craqué et l’ai retourné sur
le sable, dos à moi. Il a sortit la capote de sa poche et je
l’ai prit.
Et on a baisé comme il
me l’a demandé, sur le sol comme des animaux. J’étais
tellement en manque que j’ai arrêté de penser dès que je fus
en lui. J’ai tout prit sans rien donner et sans aucune
douceur mais à entendre ses cris, il a aimé. C’est ce
qu’il voulait. En jouissant, j’aurais juré voir le
visage de Tony me sourire et je me suis retenu de
pleurer.
En retournant dans le
camping-car, j’étais trop honteux pour m’allonger à
côté de Tony et je me suis assis à la table pour le regarder
dormir. Loin d’être soulagé comme je l’avais cru - ou
espéré peut-être - j’étais carrément frustré et en colère
contre moi-même. Tony s’est retourné dans le lit en gémissant
et la couverture a légèrement glissé, dévoilant ses hanches. Ma
jambe s’est remise à tressauter et j’ai pleurer en
réalisant tout à coup qu’aucun homme ne pourrait me
satisfaire. Le seul qui le pouvait c’était Tony, mais
malheureusement ça n’était pas celui qui était allongé dans
mon lit.
////
Le 19 mai
…
Le problème c’est
que je suis sexuellement frustré !! Ouais, j’en suis encore à
me chercher des excuses. Le fait que j’ai couché avec Cora
n’a en rien arrangé la situation avec Tony. Depuis le Drame
Gabriel j’ai toujours tenté un geste tendre vers lui, pris
dans mes bras et embrassé furtivement sur la bouche sans rien
approfondir trop loin. Mais maintenant je n’ose plus rien.
J’ai peur qu’il sente que je l’ai trompé,
j’ai peur de le salir avec mes mains qui ont touché un autre
homme.
Autre problème : je me
suis aussi rendu compte que j’étais fou amoureux de Tony,
mais de celui que j’avais connu en face de mon appartement le
trente et un octobre, pas de celui avec qui je vivais désormais. Il
y avait deux Tony, et moi j’aimais celui qui se
cachait.
Dernier problème : Cora
m’a menti. Il m’a assuré que si je couchais avec lui
une fois ça lui suffirait et qu’il me laisserait tranquille.
L’ennui c’est qu’il n’arrête pas de me
faire du rentre-dedans et j’évite désormais de me promener
sur la plage seul le soir sinon je peux être sûr de le voir surgir
de n’importe où pour m’allumer. Jusque là, j’ai
résisté. Mais j’ai peur de craquer.
Et comme je le disais,
je suis sexuellement frustré ! Et quand je suis sexuellement
frustré je deviens grognon, voire méchant, et je m’en prend à
Tony. Et ça je ne veux pas. Surtout que, depuis qu’on est
arrivé, il semble allé mieux. Il met le pied dehors sans trembler
et a recommencé à me mijoter des petits plats, chose qu’il ne
faisait plus. Et c’est un net progrès. Seulement maintenant,
je ne peux plus croiser son regard sans ressentir cette vague de
honte m’envahir.
Et puis ce jour-là
:
- Daniel ?
C’est
Morgan.
- Ouais.
*- Faut que je te parle.
- Vas-y mais en français.
Elle grogne - ouais
z’avez remarqué ? C’est de famille.
- Tony l’a dit, pour
t’améliorer tu dois parler.
*- J’ai rien
compris.
Je souris, occupé à
sortir le store qu’il a fallut ranger ce matin à cause
d’une averse.
*- De quoi tu veux me parler
?
*- De Tony.
Je m’arrête,
descend de la chaise sur laquelle j’étais monté et tend
l’oreille vers l’intérieur du camping-car. La radio
semble couvrir nos voix, mais je tire Morgan un peu à
l’écart.
*- Pourquoi tu veux me parler de lui
?
*- Parce qu’hier Lola et moi on
l’a invité dans notre caravane pour manger une glace alors
que t’étais avec Juan en ville, je lui ai parlé d’un
ami à moi au lycée et il s’est fermé comme une huître,
s’est mi a pleuré et est sortit s’enfermé chez lui.
J’ai préféré t’en parler.
Je soupire - et là je
suis sûr que vous vous posez une question hyper existentielle :
comment Morgan peut-elle parler de lycée alors qu’elle est
une Tzigane ? Parce que les famille Tzigane qui en ont les moyens
font en sorte que leurs enfants est une école dans chaque ville où
ils s’arrêtent, en ce qui nous concerne nous les Pérez il
s’agit de Séville en printemps/été et Madrid en
automne/hiver.
*- Comment s’appelait cet ami dont tu
as parlé ? lui ais-je demandé.
*- Gabriel.
Ouais tout
s’explique comme dirait l’autre. J’ai passé ma
main dans mes cheveux. Ne dit rien Daniel ! T’arrangera pas
la situation si tu raconte tout ne dis rien ! Je me suis laissé
tombé sur le sable et j’ai raconté toute l’histoire. Au
fil de mon récit, j’ai pu voir le visage de Morgan se figer.
En fait, elle est passé par l’inacceptation, la surprise,
puis la tristesse et enfin la haine. Lorsque j’en suis arrivé
à ma confrontation avec Gabriel, elle m’a coupé pour la
première fois en disant :
*- J’espère que tu l’as saigné
ce porc !!
*- Il est en prison, ais-je
conclu.
*- Abruti, pourquoi tu ne lui as pas
dérouillé la gueule ?!
*- Morgan, ais-je
soufflé.
Elle a tourné le regard
vers le camping-car aux reflets encore neufs et a murmuré
:
*- Le pauvre.
Avant de se tourner de
nouveau vers moi et de dire :
*- Je comprend qu’il ait tant besoin
de toi.
Et j’ai pleuré -
ouais ça m’arrive beaucoup ces derniers temps - et Morgan,
d’abord décontenancé, a passé son bras autour de mon
épaule.
*- Qu’est-ce qu’il y a ?
m’a-t-elle demandé.
*- J’en peux plus, ais-je sangloté
lamentablement, je ne peux pas. Je l’aime mais se n’est
plus le même ! Je suis tombé amoureux de ce qu’il était avant
…
J’ai reçu une
gifle. Choqué par le geste et le regard de ma sœur,
j’ai arrêté de pleurer pour la fixer.
*- Pauv’ con va, a-t-elle simplement
dit, alors selon toi y’a deux Tony, celui d’avant et
celui de maintenant ?! T’es vraiment qu’un connard.
Tony c’est toujours le même, il a énormément besoin de toi,
il t’aime à en crever et toi tu sors des conneries pareil !
Je te préviens si tu te reprends pas pour l’aider à surmonter
ça je raconte tout à Mama Gourou et elle te stérilise avec une faux
!
Malgré moi, j’ai
souris. Je crois que c’est de ça dont j’avais besoin.
Un mouvement derrière elle a attiré mon attention et j’ai
regardé Tony sortir du camping-car. La chaleur aidant, il avait
capitulé et enfilé un short tout en gardant son tee-shirt large. Un
vent côtier soufflant ce jour-là, ses cheveux ont volé avec ses
vêtements et son corps s’est dessiné. Sous le soleil - ouais
avec la chanson et tout ! - couvert de reflet chocolat, les yeux
plus bleus que jamais, je l’ai trouvé particulièrement beau.
Morgan et moi l’avons regardé marché jusqu’à la mer et
se tremper les pieds. De toute évidence, il ne nous avait pas vu.
Il se pencha et s’aspergea d’eau. La chaleur du sud de
l’Espagne … lui a encore du mal mais moi j’aime.
Il dort nu et son corps mouillé …
Un coup de coude de ma
sœur m’a aidé à remettre les pieds sur
terre.
*- Vas-y, m’a-t-elle
dit.
Je me suis levé. Une
fois assez près de lui, il m’a remarqué et s’est relevé
en souriant faiblement. Le fait que je me montre si
distant depuis trois jours avait recréé cette barrière entre nous,
la même qu’au tout début de notre relation. Par conséquent,
je savais que c’était à moi d’y remédier. Sans crier
gare, je l’ai prit dans mes bras et est avancé dans
l’eau - en jean oui - et il a commencé à se
débattre.
- Non ! Attends Daniel !
J’ai continué
d’avancer.
- Attends s’il te plait je
…
L’eau
m’arrivait un peu au-dessus de la taille quand
:
- Je sais pas nager !
Je me suis
arrêté.
- Quoi ?
- Reposes-moi sur la plage
!
- C’est pour ça que tu voulais pas te
baigner ?
Il a acquiescé.
S’accrochant à moi comme à une bouée de sauvetage et il
tremblait violemment.
- S’il te plait ! m’a-t-il
supplié.
J’ai pesé le pour
et le contre avant de répondre :
- Nan.
Et de me laisser tomber
à genoux, submergé jusqu’aux épaules. Il a
crié.
- Relax t’as pied ! lui ais-je di un
tantinet amusé.
- J’ai peur !!
- Y’a pas de raison j’te
tiens.
- Mais j’ai peur !
- Calmes-toi.
Je l’ai serré plus
fort contre moi. Beuh n’importe quoi j’en profite pas
!! Mmh peut-être un peu alors.
- J’ai peur de l’eau !
avoua-t-il en sanglotant avant de plonger son visage dans le creux
de mon cou pour ne pas que je vois ses larmes. Je t’en prie
ramènes-moi sur la plage …
Au fond de moi,
l’alerte rouge a sonné et je lui ai demandé
:
- Pourquoi t’as peur de l’eau
Tony ?
Pas de réponse mais
j’ai senti ses tremblements et ses pleures
redoubler.
- Tony ?
Quelques secondes
d’hésitation puis :
- À cause de mon père, a-t-il murmuré, il a
essayé de me noyer quand j’avais six ans.
Joshua Kendallson
t’as de la chance d’être mort ! J’ai plongé mon
visage dans ses cheveux pour respirer son odeur de kiwi. Je
t’aime.
Mais ne dit-on pas
qu’il faut combattre le feu par le feu ?
J’ai
plongé.
Quelques secondes de
submersion pas plus. Une fois revenu à l’air libre, Tony a
reprit sa respiration, les yeux fermés, et s’est accroché
plus fort à moi.
- Arrêtes ! a-t-il dit entre la colère et
la supplication.
- Fais-moi confiance.
- Ramènes-moi !
- S’il te plait.
Il a rouvert les yeux et
m’a regardé. J’ai tendrement enlevé des mèches de
cheveux collées à son visage, puis il a doucement acquiescé et je
me suis relevé pour m’enfoncer d’avantage dans la mer.
Lorsque l’eau est arrivée d’elle-même à mes épaules, je
me suis laissé porté et lâché Tony. Il a obstinément continué de me
serrer. Il respirait fort et tremblait toujours. J’ai saisi
ses mains et l’ai forcé à me lâcher. Il a poussé un cri et
tenu fermement mes mains.
J’ai reculé
doucement en le tirant puis me suis arrêté pour le reprendre contre
moi. Il s’est agrippé.
- Ça va ? lui ais-je
demandé.
- Oui …
- T’as toujours peur
?
- Non.
Il m’a lâché de
lui-même et je l’ai tiré de nouveau. Trois ou quatre fois
comme ça puis on est sorti de l’eau, moi en le portant. Son
corps mouillé frissonnait sous le vent marin et son tee-shirt lui
collait à la peau.
- On va rentrer te changer avant que tu
n’attrapes froid.
- D’accord.
J’ai accordé un
regard à Morgan qui n’avait rien perdu de la scène et
semblait rayonner de joie. Elle m’a adressé un sourire ravi
que je lui ai rendu. Arrivé à mon camping-car, j’ai vu que
Cora nous regardait depuis sa caravane et à voir l’expression
de colère pure que son visage exprimait, lui aussi semblait avoir
assisté de loin à ma séance de nage libre. Je l’ai ignoré et
suis rentré chez moi, mon amant dans mes bras.
Une fois à
l’intérieur, je lui ai retiré son tee-shirt après
l’avoir déposé à terre. Il a commencé à
paniquer.
- Dany ! …
- Bouges pas je t’amène une
serviette.
Il n’a rien dit et
m’a laissé le frictionner pour le réchauffer. Puis j’ai
retiré mon jean trempé et il s’est assit sur une chaise sans
détourner les yeux et son regard ne m’a pas échappé. Ouais,
j’dois pas être mal complètement mouillé ! - plus
égocentrique on ne fait pas. Je me suis accroupi près de lui et
plongé mon regard dans le sien. On s’est fixé longtemps avant
que je ne m’approche de son visage, tout doucement. Sa
respiration haletante à touché ma bouche et j’ai respiré ce
contact avec délectation. Nos lèvres n’étaient qu’à
quelques millimètres l’une de l’autre quand
:
« Toc Toc Toc » - ouais
j’suis toujours aussi doué pour les
bruitages.
- Putain ! ais-je râlé.
Je me suis levé, bien
décidé a envoyé chier celui qui osait nous déranger dans un moment
pareil.
- Dany t’es encore en caleçon!
m’a lancé Tony.
- Rien à branler !!
Et j’ai ouvert.
Mama Gourou m’a regardé de haut en bas, les yeux écarquillés.
Ouais, un caleçon trempé qui colle à la peau c’est pas
vachement discret surtout dans l‘état où je me
trouve.
*- Seigneur Dieu ! a-t-elle dit. Je ne me
doutais pas que tu ais à ce point grandi t’es monté comme un
taureau mon Dany !
Morgan et Lola - et faut
qu’elles soient spectatrices ces deux bécasses ! - se sont
mises à glousser et Juan señor a sourit.
*- Dans la force de l’âge hein !
m’a-t-il dit.
J’ai grogné et
Cora a profité de cet instant pour apparaître et me dévorer des
yeux. Je lui ai lancé un regard glacial.
*- On interrompt quelque chose peut-être ?
a osé Morgan.
Elle aussi a eu le droit
à un regard glacial.
*- On a un cadeau pour Tony ! a chantonné
Mama.
Ricco, Juan et Dolorès
nous ont rejoint et Tony, ayant entendu son nom, s’est montré
derrière moi. Ni un ni deux, Mama Gourou m’a poussé purement
et simplement et tiré un pauvre Tony vêtu d’un short trempé
et d’une serviette sur la tête hors du camping-car. Puis elle
a déplié un châle devant lui sous les cris de joie du reste de la
famille et l’en a entouré.
*- Et voilà ! Tu es un Pérez maintenant
!
Tony a sourit sans
vraiment comprendre et a serré le châle contre son corps tremblant.
Je me suis penché pour murmurer à son oreille :
- Chaque membre qui rejoint les Pérez et en
porte le nom reçoit un châle aux couleurs de la famille en
cadeau.
Tony a sourit et a
ouvert les bras à Mama qui l’a serré fort contre son corps
dans un gloussement de bonheur en répétant « Mi cariño mi
cariño ! » J’ai souri et les autres membres ont
applaudit. J’ai glissé un regard vers Morgan qui fixait Tony
avec une tendresse incroyable - je ne sais pas si lui raconter tout
ça était très intelligent mais ça m’a fait du bien - et
c’est alors que la colère a fait pulser mon sang. Le regard
que Ricco pointait sur MON Tony ne m’a pas plut, mais alors
pas du tout ! Ouais, je reconnais un regard gourmand quand
j’en vois un.
Mama s’est
soudainement mise à frotter Tony avec énergie en criant
:
*- Mais il est trempé ce pauvre enfant
!
J’ai reçu un coup
sur la tête.
- Aïeuh !
*- Tu ne peux pas t’en occuper mieux
que ça ‘spèce d’andouille ! m’a lancé Mama avant
de pousser Tony dans le camping-car, et moi avec par la même
occasion.
Puis elle a brutalement
fermé la porte avant de crier :
*- Et réchauffes-le bien
!
Ah Mama
…
Tony a
sourit.
- Qu’est-ce qui lui prend ?
m’a-t-il demandé.
- Elle m’a traité d’andouille,
ais-je répondu.
Il a sourit puis baissé
la tête.
- Je … j’vais me
changer.
Puis il est parti dans
la chambre. J’ai soupiré et décidé de ne pas le suivre. La
magie du moment a été rompue, ça n’aurait servit à rien. Je
me suis emparé d’une serviette à mon tour pour me sécher les
cheveux. Au bout de quelques minutes, quelqu’un a de nouveau
frappé à la porte. Mais on est pas tranquille ici ! J’ai
ouvert, c’était Ricco.
- Qu’est-ce que tu veux ? lui ais-je
demandé assez sèchement.
- Cora et moi on va faire un tour en boîte
ce soir, m’a-t-il dit tout sourire, ça te dit
?
- Nan.
Tony a choisit ce moment
pour réapparaître, seulement vêtu d’un long tee-shirt noir
m’appartenant qui tombait sur ses cuisses. Bordel il le fait
exprès ?!
- Pourquoi nan ? me demande-t-il. Tu
devrais y aller ça te ferait du bien, ça fait longtemps que tu ne
t’ai pas détendu.
J’ai relevé le
message : j’suis un poids pour toi vas t’amuser sans
t’inquiéter. J’ai tourné les yeux pour envoyer balader
Ricco une bonne fois pour toute mais mon estomac s’est
contracté sous la rage. Le sourire et le regard qu’il
adressait à Tony ne faisait plus aucun doute : il avait envie de se
le faire ! J’ai poussé Tony sans ménagement hors de son champ
de vision et croisé les bras en face de lui. Surpris, il a perdu
tout sourire et reculé d’un pas.
- Vas t’éclater tout seul, ais-je
lancé catégorique.
*- Ok, désolé d’avoir
dérangé.
Puis il a tourné les
talons et j’ai claqué la porte.
- Bah qu’est-ce qui te prend ?
m’a demandé Tony, étonné.
- C’est évident que ce connard
saisira la première occasion pour te sauter dessus
!
Tony a reculé et
j’ai vu ses mains trembler.
- Mais non Ricco est
…
- … un pervers, ais-je
coupé.
- Tu délires j’suis sûr que
…
- … c’est pas rien ! ais-je
coupé de nouveau.
Tony a froncé les
sourcils.
- Tu crois que je vois pas comme Cora te
regardes ? Et moi j’en fais pas tout une maladie
!
Il s’est tu, comme
étonné d’avoir parlé de cette façon. D’abord éberlué,
j’ai souris. C’est bon ça très bon !
- Désolé, a-t-il minaudé.
- Non c’est rien ! ais-je rétorqué.
Au contraire j’adore.
Il m’a regardé, un
sourcil arqué.
- Tu serais pas allergique à l’eau de
mer ? m’a-t-il demandé.
Je me suis retenu de
sauter de joie.
///
Le 27 mai
…
Tony va de mieux en
mieux, mais le seul problème c’est qu’il apprend vite
et il comprend déjà pas mal de truc quand on parle dans notre
langue alors maintenant faut que je fasses vachement gaffe à ce que
je dis, surtout quand je parle avec Morgan. Le fait qu’elle
sache tout ce qui s’est passé et que lui l’apprenne
pourrait créer un cataclysme.
Bref, c’était des
vacances de rêve et Tony s’était enfin mi à rire. Je
l’ai surpris un soir, le soleil se couchait derrière nous,
vers les terres, et Tony et Morgan se trouvaient encore sur la
plage. Ma sœur s’est mise a danser d’un pied sur
l’autre en chatonnant quelque chose que je n’ai pas
réussi à identifier - elle a une voix de casserole un truc de ouf !
- et Tony a rit. Jamais je n’aurais imaginé que son antidote
s’appellerait : Espagne-Caravane-Morgan.
Bref tout se déroulait
parfaitement quand mon erreur m’a rattrapé. Z’avez
deviné, ma coucherie avec Cora. J’avais la tête plongé dans
le moteur de la jeep de l’oncle Juan - y’a pas que des
avantages à être le seul mécano de la famille - et Cora est arrivé.
Il a sagement attendu que je relève la tête.
*- Qu’est-ce que tu veux
?
*- Te parler
sérieusement.
*- J’ai pas envie
tires-toi.
*- Je crois que je t’aime
Daniel.
Je lui ai ri au nez
avant de lancer :
*- Pauvre petit gamin qui s’emmerde à
baiser tous les soirs avec le même mec. T’as pas trouvé mieux
?
Son air grave a fait
planer un doute. Il est sérieux là ?!
*- J’suis sûr que je t’aime,
m’a-t-il dit.
J’ai soupiré et
regardé le moteur de la jeep.
*- Tires-toi.
*- Dany personne ne m’avait pris
comme tu l’as fait c’était super !
*- Y’avait que du sexe et de la
rage.
*- Mais j’ai adoré
!
*- Tires-toi !!
Il m’a regardé, de
la colère dans les yeux.
*- Tu m’as baisé comme une putain
c’est dégueulasse c’que t’as fais
?!
J’ai failli faire
une attaque.
*- T’es gonflé c’est toi qui
m’a allumé et demandé que j’te prenne comme ça !
Tires-toi j’te dis j’ai rien à faire avec un gamin
!
Il m’a sourit et
j’ai senti mon estomac se contracter. C’était un
sourire machiavélique, presque sadique ! Comment est-ce que
j’ai pu comparer ce môme à la con avec Tony ! Il n’a
même pas une once de sa pureté.
*- Si tu me baises pas ce soir je raconte
tout à ta fiotte de copain.
J’ai retenu mon
poing pour ne pas qu’il s’écrase sur sa gueule. Il
continuait de sourire.
*- T’es qu’un sale petit con,
ais-je grogné les dents serrées.
*- On se dit à ce soir
alors.
Il a fait demi-tour. Je
l’ai regardé partir puis ai tourné mon regard vers Tony qui
jouait plus loin, au bord de la plage, avec Bel. Je l’ai
regardé lancé un bâton puis courir de l’autre côté, les pieds
dans l’eau. Bel se hâta d’attraper son bâton et de lui
courir après. Ma fierté a fait un bon en avant.
- Cora ! ais-je appelé.
Il s’est
retourné.
- Annules le rendez-vous pour ce soir je ne
viendrais pas, ais-je di en lançant ma clef de seize dans le
moteur, et te déranges pas pour Tony, c’est moi qui vais lui
dire.
Décontenancé, il
m’a regardé me dirigez vers la plage. Bel fut le premier à me
voir arrivé et couru vers moi avec son bâton dans la gueule. Tony
m’a sourit, essoufflé.
- T’as terminé ? m’a-t-il
demandé.
D’un geste vif, je
l’ai attrapé par le poignet pour le tirer vers le
camping-car.
- Faut qu’on parle, ais-je simplement
dit.
Il s’est laissé
faire sans rien dire. Une fois à l’intérieur, je lui ai di de
s’assoir sur une chaise et je me suis appuyé contre la
cuisinière.
- Qu’est-ce qu’il y a ? a enfin
demandé Tony.
J’ai pris une
grande inspiration. Finalement, je me suis peut-être avancé ! Moi
et mon côté impulsif ! Non mais qu’est-ce qu’il
m’a prit franchement ?! J’ai pris mon courage a deux
mains et déclaré :
- Le premier jour, dès qu’on est
arrivé ici. J’ai couché avec Cora.
Je l’ai regardé.
Son expression n’a pas changé, il a continué de me regarder.
J’ai attendu en retenant ma respiration puis il a
sourit.
- Je sais, a-t-il
murmuré.
CHBIM ! En plein dans ma
face.
- Quoi ?!
Il a sourit, contrit,
puis a commencé à triturer ses mains.
- Ce soir-là t’as mi du temps à
revenir, je me suis inquiété et suis sorti pour te chercher. Et je
vous ai vu sur la plage.
J’ai avalé un
parpaing, puis baissé la tête.
- J’suis désolé, ais-je
minaudé.
Pitoyable je
sais.
- C’est rien.
J’ai relevé la
tête. Il m’a sourit tristement.
- J’te comprend, a-t-il reprit,
j’peux pas t’en vouloir.
- Putain Tony c’est pas ça que je
veux entendre !
Il s’est crispé
alors que je me mettais inutilement en colère.
- Fâches-toi ! ais-je crié. Dis-moi que ce
que j’ai fais c’est nul et mal ! Frappes-moi réagis
!
- Mais Dany je t’aime je ne peux pas
faire ça.
J’ai soupiré et
enfouis mon visage dans mes mains. Puis soudain, j’ai réalisé
:
- Alors … t’étais réveillé en
fait quand j’suis revenu.
Il a acquiescé
doucement.
- Pourquoi tu faisais semblant de dormir
?
Il m’a sourit
timidement.
- T’as fais exprès de te mettre nu au
lit ?!
- Je voulais que tu me touches, a-t-il
avoué doucement.
Mon cœur a manqué
un battement.
- Je ne sais pas ce qu’il s’est
passé quand je suis arrivé ici, a-t-il reprit plus fort, je me suis
senti bien. Quelque chose dans ce pays et cet endroit me fait
penser à toi, tout ici a ton odeur et ta chaleur. Ce pays
c’est toi et … je ne sais pas ce qu’il
s’est passé mais … dès le premier soir, je me sentais
si bien que j’ai réalisé que tu ne m’avais pas touché
depuis longtemps. Je voulais que tu me
touches…
On s’est regardé.
Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas bougé, je n’y
croyais simplement pas. Il était là en face de moi à me dire
qu’il était de nouveau près à m’aimer comme avant et
moi je restais bêtement pétrifié de stupeur. Alors il s’est
levé, doucement, et s’est approché de moi. Il s’est
appuyé contre mon corps, l’une de ses mains a caressé mon
torse et la seconde s’est plongé dans mes cheveux, puis il
m’a murmuré :
- Désolé de t’avoir tant fait
souffrir Dany.
J’ai fermé les
yeux, soupiré, passé mes mains autour de sa taille et enfouit mon
visage dans le creux de son cou pour respirer son odeur. Je
l’ai sentis frissonner. Pas ce genre de frisson de terreur,
mais ce genre de frisson communicatif qui prouve à quel point il
réagit bien à mon contact.
On s’est embrassé.
Sa langue a activement forcé le barrage de mes lèvres et je
l’ai laissé me rouler une pelle monumentale. Le fait
qu’il prenne l’initiative m’a vite fait réagir et
j’ai plaqué son bassin contre le mien. Il a sourit,
s’est écarté de moi pour me saisir la main et me tirer vers
le lit. Je me suis laissé faire.
Il a retiré son
tee-shirt sous mes yeux puis m’a poussé sur le lit et
s’est assit à califourchon sur moi. J’adore quand il
fait ça ! Il a commencé à me caresser.
- Je croyais que c’était à moi de te
toucher ?
Il a sourit, s’est
glissé près de moi pour s’allonger sur le dos, totalement
offert. Je me suis penché au-dessus de lui et ai commencé à
dégrafer son short en l’embrassant. Puis, durant de longues
minutes, j’ai redécouvert son torse, sa peau fine et ses
courbes rehaussées de 2-3 kilos qu’il avait repris depuis son
arrivée chez les Pérez. Je l’entendais gémir et frissonner
sous mes doigts et je fus bientôt dans l’obligation
d’ouvrir mon jean. Lorsque j’ai commencé à descendre
bien en-dessous de l’aine, il m’a
arrêté.
- Non Dany t’es pas obligé de faire
ça !
Je lui ai souris et
retiré ses mains qui cachaient son sexe pour libérer le
passage.
Je ne l’ai pas
posséder à proprement parlé ce jour-là. Le fait qu’il refuse
ma fellation m’a convaincu de ne rien brusquer et on a passé
plusieurs heures à se caresser et s’embrasser, comme on
l’avait fait à l’époque de ma côte cassée.
Lorsqu’il s’est endormi dans mes bras, nu contre moi,
mon cœur était gonflé de bonheur. Je l’ai regardé
dormir.
///
Le 8 juin
…
*- Comment ça il est parti ? ais-je
demandé, choqué.
*- Il a simplement mi les voiles sans rien
dire à personne, il a remercié Mama pour son hospitalité et a foutu
le camp ! m’a répondu ma sœur.
*- Et à toi, il n’a rien dit
?
Ricco m’a fixé, le
regard noir.
*- Bien sûr que si connard. Tu l’as
violé voilà pourquoi il est parti !!
J’ai encaissé en
serrant les dents et tourné un regard fautif vers Mama et Juan. Ma
sœur m’a fixé d’une expression indéchiffrable et
Ricco semblait avoir comme dans l’idée de
m’étriper.
*- T’es vraiment un salop,
m’a-t-il dit avant de tourner les talons.
Morgan m’a fixé
quelques secondes puis le suivit. Mama a tenté de me gifler -
j’ai esquivé habilement - et Juan a
soupiré.
*- T’as de la chance qu’il ait
pas porté plainte, il était mineur tu sais.
*- Ah ne me dit pas que tu crois à ça toi
aussi !!! me suis-je écrié. Bien sûr que je ne l’ai pas
violé.
*- Alors dis-moi pourquoi t’as couché
avec lui dans ce cas ?
J’ai
soupiré.
*- Tony et moi ça allait pas fort et on
avait pas fait l’amour depuis un moment alors … mais
j’arrive pas à croire qu’il ait raconté à Ricco que je
l’avais violé !
*- Ricco était malheureusement très
amoureux de ce petit con, a lancé Mama.
Je l’ai fixé,
étonné.
*- Je n’ai jamais aimé ce Cora,
a-t-elle justifié, si je l’ai accepté c’est parce que
Ricco y tenait énormément mais j’avais entendu dire que ce
gamin avait eut de nombreux ennuis avec la
police.
*- De quel genre ?
*- Du genre à être retrouvé ivre mort à
l’arrière d’une voiture accompagné d’un homme
bien trop vieux pour lui et pour prostitution gratuite, m’a
répondu Juan.
*- Hein ?!
*- Il aimait le sexe au point de se
prostituer sans rien demander en retour.
J’ai soupiré et
passé mes mains dans mes cheveux. Cora … à première vu, il
n’avait rien d’un pervers. Enfin si un peu mais pas à
ce point !
*- Et avec Tony ça va mieux ? m’a
demandé Mama.
*- Quoi ?
*- Tu viens de dire qu’entre lui et
toi c’est pas la joie.
*- Ah oui ça va, ça s’est arrangé.
Mauvaise passe mais ça va mieux.
*- Hum.
*- Qu’est-ce t’as encore
?
*- Il est tellement adorable ce petit ! Tu
es sûr de vouloir repartir ?
*- Mama …
*- Mais quand pourrais-je le revoir si vous
repartez en France ?!
Ah d’accord, et
moi je compte pour du beurre ?
*- Mama s’il te plait ! Et puis si on
décidait bizarrement de rester, qu’est-ce qu’on
pourrait bien apporter comme aide financière hein ? J’ai
travaillé toute ma vie dans un garage miteux, tout ce que je sais
faire c’est vérifier l’huile et changer une roue, et
Tony a commencé une formation de secrétaire médicale qu’il
n’a même pas terminé.
Mama détourna les yeux
et soupira.
*- Ça c’est pas un problème, dit
doucement Juan, vous pourrez toujours …
*- Nan, ais-je coupé tout de suite, être un
boulet ça ne m’intéresse pas et puis notre vie est là-bas, la
famille de Tony est là-bas je ne peux pas lui imposer
ça.
*- Mais ta famille à toi est ici !! a
explosé Mama.
J’ai soupiré. Nan
j’ai pas menti ! Noah et Ray sont là-bas, je ne peux pas
séparer Tony d’eux, enfin surtout de Noah. Et à ce moment-là
:
- DANIEL !!!
J’ai tourné la
tête. Bon qu’est-ce qu’il se passe encore
?
J’ai regardé Ricco
courir vers moi suivit de loin par Morgan. Il ne se passe pas une
journée chez les Pérez sans qu’il y ait un mort ou presque.
Ricco s’est arrêté près de moi et commencé à déblatéré
:
*- J’ai rien fais je te jure
c’est lui qui m’a allumé …
*- L’écoutes pas, a coupé Morgan en
arrivant à notre hauteur, ce salopard …
*- … j’ai essayé de lui
résister j’te jure …
*- … j’suis arrivé juste à
temps …
*- … j’ai juste voulu lui
donner ce qu’il voulait …
*- … je me doutais qu’il
préparait quelque chose …
*- … la ferme connasse
!!!
*- … alors je l’ai
suivi.
*- J’ai rien compris, ais-je
simplement dit.
Un mouvement au loin a
attiré mon attention et là, j’ai saisi. Tony était descendu
du camping-car et devait s’y appuyer pour rester debout. Il
tenait un drap autour de son corps d’une main tremblante et
dès que j’ai vu les larmes et les tremblements, j’ai
compris. J’ai vu rouge.
D’un geste vif,
j’ai saisis Ricco par le col pour lui envoyer mon poing en
plein dans le nez. Il s’est écroulé sur le sol, désorienté.
Mama s’est mise à crier, Juan a croisé les bras et Morgan
continuait de traiter Ricco de tous les noms d’oiseaux
possibles et inimaginables.
*- Qu’est-ce que tu lui as fait
connard ! ais-je crié.
En réalité, je
n’avais plus qu’une idée en tête : lui faire le plus de
mal possible. Je l’ai relevé pour le frapper de nouveau et il
s’est écroulé une seconde fois, le nez en sang. Je
brandissais le poing pour frapper encore lorsqu’une main
m’a arrêté. Furieux, j’ai repoussé violemment celui ou
celle qui tentait de m’arrêter et me suis soudain
figé.
Tournant la tête sur le
côté, j’ai vu que je venais de jeter Tony au sol. Il a levé
des yeux larmoyants vers moi.
- Arrêtes, s’il te plait !!
m’a-t-il supplié.
Il avait la lèvre
inférieure fendue et un coup sur la joue gauche. J’ai tourné
les yeux vers Ricco et brandi de nouveau le poing. Mais je
n’ai pas frappé.
*- Qu’est-ce que t’attends !! a
crié Ricco dans un sourire. Vas-y frappes ! Après tout t’as
baisé mon mec, si je baise le tien on est quitte non ?! Frappes
!
Je l’ai lâché, me
suis tourné vers Tony, l’ai pris dans mes bras et les ai tous
abandonné ici, silencieux. Tony s’est agrippé à moi en
pleurant doucement et je ne me suis arrêté qu’après
l’avoir déposé sur le lit. J’ai retiré la couverture
qu’il serrait contre lui pour inspecter son
corps.
- Il t’a touché ?
Tony s’est
crispé.
- Où est-ce qu’il t’a touché
bordel ?! ais-je crié.
Tony a négativement
secoué la tête.
- Il a rien fait, a-t-il
murmuré.
- C’est pas la question
!!!
- Fais-moi l’amour.
Hein ? Ma colère est
retombé d’un coup et je l’ai regardé, indécis. Il a
levé ses yeux suppliants vers moi.
- Fais-moi l’amour comme avant, je
t’en prie Dany.
Il m’a embrassé.
Je me suis vite laissé persuader et me suis allongé sur lui sur le
lit. Il a frissonner de plaisir sous mon corps lorsque j’ai
commencé à le caresser. J’ai fébrilement retiré mon jean. Il
a gémit. Soudain, je me suis écarté.
- J’ai pas de capote, ais-je
simplement dit.
Ouais, j’aurais dû
prendre la blague de Noah au sérieux quand il disait :
« C’est pas que je doute de ta capacité
d’organisation mais ça me ferait chier de devoir venir dans
ton pays de gitans quand tu m’appelleras en chialant :
Nono j’ai oublié mes capotes pitié !! » Parce que je les
ai bel et bien oublié.
Tony m’a
sourit.
- Je m’en fiche, a-t-il dit,
j’suis clean et toi aussi.
- Ça j’en sais rien j’ai jamais
fais le test.
- Ray l’a fait pour
toi.
- Hein ?
- Tu crois qu’il allait me laisser
tomber amoureux de quelqu’un contrôler positif
?
- Mais comment il aurait pu
?
- Katy est flic non.
- Ouais, et ?
- Bah c’est pas rare que la Brigade
Criminelle ait recours à la police locale pour certaine mission.
Celle de Katy était de prélever un échantillon pour analyse. À ton
insu. Ray lui a demandé sous une fausse excuse bien
sûr.
- Et tu étais au courant de tout ça
?!
Son sourire s’est élargi.
- Oui.
Je me suis laissé tomber
sur lui.
- Ma vie n’est qu’une
conspiration.
Il a
rigolé.
- Alors, partant ?
Je me suis
redressé.
- T’es sûr ?
D’après ce que
j’ai pu comprendre de Gabriel, il était pas du genre a
prendre beaucoup de précaution.
Tony a acquiescé. Je
l’ai embrassé avant de l’inciter à écarter les cuisses.
J’ai senti son hésitation, sa légère appréhension. Il avait
perdu beaucoup de son assurance d’antan et j’ai
commencé à aimer ça. Il était si fragile, si faible entre mes mains
que j’ai pris conscience que sa vie dépendant entièrement de
mon bon vouloir.
Après l’avoir
préparé plusieurs minutes, je me suis glissé en lui. Il s’est
crispé, les yeux fermé, puis les a rouvert pour me regarder. On a
fait l’amour les yeux dans les yeux et j’ai savouré sa
peau, sa bouche, son odeur, ses gémissements. Tout ce que
j’avais peur de perdre à nouveau. Tout jusqu’à la
dernière seconde et même après. Puis je me suis libéré en lui dans
un cri, en sueur, je me suis écroulé sur son corps encore
frémissants.
J’ai mi un certain
temps avant de retrouver mon souffle puis il m’a murmuré au
creux de l’oreille :
- Je vais avoir besoin d’une
douche.
On a dû se serrer parce
que la douche de notre camping-car n’était pas prévu pour
deux, et encore moins pour ce genre de chose qu’on peut faire
à deux.
///
Le 15 juin
…
Je me suis réveillé en
pleine nuit, complètement déphasé. Je ne me souviens même pas
m’être endormis mais en même temps, après avoir fait
l’amour à Tony trois fois d’affilé, je n’ai pu
que m’écrouler comme une masse. Je tâte la place près de moi
et me redresse vivement en réalisant qu’elle est
vide.
- Relax, j’suis là.
Je tourne la tête. Assis
sur l’extrémité du lit, tout près de la fenêtre qui donne sur
la mer, Tony me sourit.
- Tu dormais comme un
bébé.
J’ai
bâillé.
- À quoi tu penses ? lui ais-je
demandé.
Il a tourné le regard
vers la mer et j’ai relevé une note de tristesse dans ses
yeux bleus.
- J’peux dire quelque chose
d’égoïste ? m’a-t-il demandé sans
bouger.
J’ai
souris.
- Bah oui bien sûr.
- Je ne veux pas rentrer. Je veux rester
vivre ici.
J’ai perdu mon
sourire puis ai soupiré.
- Tony …
- Je me sens si bien ici, j’adore la
vie de Tzigane.
- Non Tony, tu ne connais rien de ce genre
de vie.
Il m’a regardé et
j’ai continué malgré mon cœur serré :
- Tu as eu le droit à quatre semaines de
vacances chez des Tzigane, toi et moi n’avons contribué à
rien ici. Et crois-moi, le trou dans leur budget est désormais
conséquent. La vie de Tzigane est loin d’être une partie de
plaisir.
Il est venu se blottir
contre moi.
- J’ai quand même eu un
aperçu.
J’ai soupiré,
légèrement irrité.
- Tony chaque membre d’une famille
Tzigane doit financièrement contribué à son bienêtre ! Comment on
pourrait contribuer nous hein ?
Il m’a regardé,
puis a baissé les yeux, déçu.
- Alors la seule chose que je désires
vraiment tu es incapable de me l’offrir.
Et paf, une claque dans
ma gueule. Je soupire de nouveau.
- Et tu es prêt à tout abandonner, tout ce
que tu as laissé là-bas, pour vivre de cette façon ? C’est
pas le genre de vie que je veux pour toi Tony.
Il m’a regardé, un
sourcil arqué.
- Abandonner ? Tout ce qu’il me reste
là-bas se sont les souvenirs d’un grand frère qui abusait de
moi !
- Et Ray et Noah qu’est-ce que
t’en fais ?
- Ray et Noah ne valent pas ta propre
famille Dany !
J’ai négativement
secoué la tête.
- Désolé, on rentre.
Il s’est
violemment écarté de moi.
- Alors c’est ça que tu veux pour moi
?! Que je t’attendes sagement à rien faire de la journée en
espérant que tu rentre de ce garage pourri en un seul morceau !
C’est ça ton avenir ? Bosser trente ans dans un hangar qui
tiendrait encore debout dix ans maximum ?!
- Tony …
- Pourquoi tu ne veux pas rester ?
Qu’est-ce qui t’en empêche ?!
J’ai
soupiré.
- Dis-le moi Dany.
- Mais y’a rien !!
Il m’a fixé,
sceptique.
- J’ai deviné qu’il y avait
quelque chose qui te refroidissait dès le premier jour ne
m’oblige pas à demander à Mama !
Se fut à mon tour de
regarder par la fenêtre.
- Juan n’est que le Chef de Famille
remplaçant. Le véritable Chef était mon père, de la branche
principale comme y disent. En gros, j’aurais dû hérité du
poste à sa mort.
Le silence a régné
quelques instants.
- Et c’est ça que tu fuis
?!
- En gros.
- T’es vraiment qu’un
lâche.
- Ouais.
Il m’a
sourit.
- Alors c’est de ça que tu as
peur.
- J’ai pas peur ! Et t’imagines
même pas la merde que c’est d’avoir toute une famille à
charge ! Un Chef de Famille gère tout financièrement, c’est
lui qui encaisse l’argent que tout le monde lui remet chaque
mois, équivalent a à peu près trente-huit pourcent du salaire de
chacun, c’est lui qui règle tout, qui décide comment sera
utiliser l’argent : impôt, emplacement de camping à louer,
école à payer, facture, réparation si y’a besoin, achat de
nouveau matériel toujours si besoin est, et encore plein de trucs
c’est la vraie merde !
Tony m’a regardé
quelques instants, a cligné des yeux, puis a
sourit.
- Quoi ?! ais-je lancé, piqué au
vif.
- Tu sembles être un expert en la
matière.
- J’étais destiné à ça, on m’y
a formé les dix-huit premières années de ma vie.
- Raison de plus.
- Mais merde Tony je ne veux pas me
retrouver enchaîner à une tradition à la con ! Je veux pourvoir
faire un choix !
Son regard s’est
durci.
- Et c’est ça ton choix alors ? Vivre
comme un lâche, bravo.
- Fais gaffe à ce que tu dis
!
Il s’est adossé au
mur, a croisé les bras puis a déclaré :
- Bah t’as qu’à rentrer toi,
moi je reste ici. Les Daniel Pérez, c’est pas ça qui manque
dans ce pays, j’suis sûr que j’en trouverais un
autre.
- T’es pas sérieux
?
- Bien sûr que non ! C’est un
avertissement. Plus rien ne sera comme avant si tu me forces à
rentrer.
Il s’est approché
de moi.
- J’t’en prie. Je veux resté
ici. Je m’y sens chez moi, je me sens bien. Je sens que si je
rentre en France, je ne le supporterais pas et il se peut que tu
subisse de nouveau une abstinence
quasi-religieuse.
J’ai déglutis et
pesé le pour et le contre.
- Tu réalises que tu me fais du chantage
?
- Oui, a-t-il répondu en souriant, et ça
marche ?
- Mmh … ouais.
Il s’est blotti
contre moi.
- Je t’aime.
- Attends deux secondes avant de me lancer
des fleurs, c’est pas à moi de décider qui reste et qui part
tu le sais bien !
- Mama nous a déjà supplié tellement de
fois de rester que ça m’étonnerai qu’elle dise
non.
- Oui mais y’aura des conditions,
faut qu’on contribue financièrement je te l’ai
expliqué.
- Bah toi tu seras Chef de
Famille.
- Ouais mais ça ne me dispense pas de
bosser.
- Ah bon ! Et qu’est-ce qu’il
fait Juan alors ?
- C’est lui qui élève nos
chiens.
- Des chiens ?! Je ne les ai jamais
vu.
- Oui en fait, au début la famille Pérez
vivait de l’élevage de chien de berger espagnols très
appréciés des éleveurs de bétail. Et ça pendant des années.
Seulement, y’a une vingtaine d’année, les Morina qui
vivent à côté ont empoisonné tout un élevage. Cinq mâles et une
dizaine de femelles avec quatre ou cinq portés. Cette année, on a
perdu tous les chiens.
- Quoi ?!
- Ouais à l’époque on emmenait nos
chien sur les espaces de location et ça plaisait pas forcément à
tout le monde et les Morina et nous c’était pas l’amour
pur. À ce moment-là mon père était désespéré et on a vécu comme des
clochards pendant trois bonnes années avant que l’élevage
rapporte de nouveau mais depuis ce jour, ce type de production
n’est que secondaire. C’est là que la famille a décidé
de se diversifier, pour éviter une autre crise du même
genre.
- Je vois.
- Juan s’est toujours occupé des
chiens et je me souviens qu’il a été très affecté par la mort
de toutes les bêtes. Maintenant, on a installé les chiens dans un
enclos loué, on a un mâle et trois femelles. À raison de trois à
six chiots par portée tous les dix-huit mois, on fait osciller les
prix de vente entre 500 et 700 euros le chiots de pur race. Donc
c’est pas un domaine qui rapporte beaucoup.
- Comment vous faites alors
?
- Mama a le boulot qui rapporte le moins
mais en même temps on peut pas lui en vouloir vu ses
capacités.
- Elle est diseuse de bonne aventure
c’est ça ?
- Oui mais seulement en automne/hiver quand
on est à Madrid, au cœur de la ville y’a nettement plus
de client que sur la plage. Printemps/été elle fait beaucoup de
couture, de bijoux de perle et tout un tas de petites babioles que
Morgan et Lola vont ventre ensuite pendant
l’été.
- Ah bon ?!
- On ouvre ce commerce lors de
l’arrivée des touristes, en Juillet/Août, ce qui explique
pourquoi tu n’as encore pas vu les étalages. Mama gagne entre
trois mille et six mille euros par ans. Donc c’est pas énorme
non plus.
- Ah ok.
- D’après ce que j’ai compris,
c’est Juan et sa femme Dolorès qui rapportent le plus dans la
famille. Lui a fait des études d’ingénieurs informatique puis
il est revenu ici pour s’enfermer dans sa caravane. Il est
concepteur de programme, d’antivirus et travaille aussi en
maintenance de site sur Internet. Clandestinement, c’est
aussi un hacker.
- Quoi ?!
- Ouais, il n’a aucune vie sociale
mais il est hyper connu sur le net et peut s’introduire dans
n’importe quel ordinateur grâce à un logiciel qu’il a
lui-même créé. Il travaille en free-lance pour une société de
sécurité à Madrid en faisant des recherches sur la personne. À lui
tout seul il gagne entre trente mille et cinquante mille euros par
an, c’est déjà nettement mieux. Dolorès elle, elle est
dessinatrice de livre pour enfant et commence à se faire un nom.
Elle gagne entre dix mille et vingt mille euros par
ans.
- Ils sont doués.
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