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Que du Bonheur - Chapitre 17  (Que du bonheur ( terminé )) posté le dimanche 14 juin 2009 16:04

Le 2 Février

    Oui je sais, le temps passe vite. Mais la réalité c’est que je ne vois plus le temps passer. Tony et moi on a emménagé ensemble. Bon, au début on s’est contenté de faire des allés et retours entre nos deux appartements. Je vais vous le faire comme ça :

    Je me lève à peine un matin :

- Mmh ça sent bon ici !

- Ah Dany, tu peux allé me chercher le safran dans mon appart’ s’il te plait ?

- Et mon bisous de bienvenue ?

- Dans le placard en haut de la gazinière.

    Je souris et m’exécute. Arrivé devant le placard :

- Je le trouve pas!

- Tu le veux avec la langue ?

    Bref, c’était marrant mais quand les voisins du dessus ont commencé a se plaindre du raffut qu’on pouvait faire, on en ait arrivé à parler de déménager. Alors on s’est installé tous les deux dans un appartement à Boissy, là où Tony travail et puis ça m’arrange aussi c’est plus près du garage. Oui je sais ça peut paraître rapide mais … j’ai jamais été plus sûr de moi.

    Pour vous parler de mon état de santé - bah oui faut bien que je vous parle un peu de moi - je reprend tout juste le boulot aujourd’hui après un arrêt maladie à cause de ma côte cassée. C’est Philou qui a bien râlé. Du coup Tony et moi on a passé énormément de temps ensemble. Non pas que j’ai pu sortir tant que ça, mais on a parlé, on a rit, on s’est amusé, on s’est caressé aussi principalement. Et j’ai dû pratiqué un mois d’abstinence. Depuis que je vais mieux, c’est-à-dire une semaine, j’ai recommencé à lui faire l’amour.

    Je l’aime.

    Ah oui ! Faut que je vous raconte notre fête du nouvel an. Tony n’a personne - à part Ray mais je me suis bien gardé de l’inviter - et moi j’ai l’habitude de fêter la nouvelle année au boulot avec les camarades : Philip, Karl et Doug. Chacun invite son mec ou sa copine du moment. Mais, comme Philip est trop chiant pour avoir quelqu’un, que Karl et Doug sont ensemble depuis cinq ans et que moi j’ai jamais voulu y emmener Katy - à part une fois mais je l’ai regretté - alors en gros on fête ça entre collègue. Mais cette année, j’y ai amené Tony. Ça a été l’attraction de la soirée et je crois qu’il a beaucoup plut à Karl, sans parler de Doug qui n’arrêtait pas avec ses questions du genre : « Genre quand il cri ça fait comment ? Il est chaud ? Il lèche au moins ? » Et tout un tas d’autres que je préfère censurer. Mais on s’est bien amusé.

    Bref ce matin je me lève et comme tous les matins, Tony n’est plus au lit. Alors là je comprend pas comment il fait. On fait l’amour jusqu’à quatre fois par nuit et chaque fois que je me réveil il est déjà debout en train de se préparer un bon petit déjeuner avec le sourire. Et moi je baille deux heures durant. Ça m’apprendra à être du genre insatiable.

    Sauf que, ce matin, il était pas seul.

- Ray, bougonnais-je sans lui adresser un regard.

- Pérez, marmonna-t-il derrière sa cigarette.

- Les gens civilisés se disent bonjour, répliqua Tony dans un sourire.

    Je grogne et entre dans la petite cuisine - notre appartement fait 45 mètre carré - et enlace Tony par derrière en déposant un baiser sur sa nuque. Ray nous lance un regard noir.

- Tu restes prendre un petit déjeuner Ray ? lui demande Tony.

- Non merci j’ai déjà mangé.

- Tant mieux.

- Dany !

- J’ai des trucs à faire et je suis en retard.

- Tant mieux.

- Dany !!

- J’y vais, je vous laisse.

- Tant mieux.

- Dany !!!

    Ray nous regarde, partagé entre l’amusement et l’accablement, puis fini par sortir.

- Vas t’excuser, me lance Tony en se dégageant de mon étreinte.

- Nan.

- Dépêches-toi ou ce soir tu dors sur le canapé.

- Maisjenaimarreeuhfaischierputain ! grommelais-je de mauvaise fois.

    Je suis sortis et Ray était encore au milieu de l’escalier, occuper à tenter d’allumer une énième cigarette. Je ferme la porte. Il me regarde. Je le regarde.

- Tony veut que je m’excuse mais je vous emmerde, lançais-je en croisant les bras.

    Il me sourit. Je peux pas vous expliquer pourquoi je ressens ce besoin de lui dire merde. Certainement pour me protéger. Mais à ce moment-là, j’ignorais encore de quoi …

- Ah si seulement vous saviez dans quel merde vous avez mi les pieds, déclara-t-il après une taffe.

    Je restais silencieux, les bras toujours croisés sur le torse.

- J’espère juste que vous vous en rendrez compte avant de crever la gueule ouverte.

- C’est une menace ? ais-je répliqué.

    Il m’a sourit.

- Non, c’est un avertissement. Un souhait. Sachez simplement Pérez que c’est pas pour moi que j’ai tenté de vous éloigner de Tony. C’est pour vous.

    Ça a fait tilt dans ma tête. Bing Bang Putain !!!

- C’est vous qui avez déposé ce mot de menace à la con sous ma porte ! me suis-je écrié, menaçant.

    Mais il a continué de sourire. Ah je suis sûr et certain que vous, vous l’aviez carrément zappé ce :

...

« T’es un homme mort »

...

- Ça a raté.

- Je vois ça, a-t-il rétorqué, dommage pour vous.

- C’était con de votre part.

- J’ai tenté de vous protéger.

    Alors là j’ai carrément avalé un glaçon. Il se fou de ma gueule ?! Dans un dernier sourire, il a descendu les dernières marches et est enfin sorti. Remonté comme une pendule, je rentre dans l’appartement.

- Tu t’es pas excusé, m’a dit Tony.

- Nan.

- Ça se voit à ta tête.

- Il m’a prit le choux.

    Et une demi-heure plus tard, je partais en voiture pour le garage. Non mais, c’est quoi ces conneries ! Déjà qu’il a tout fait pour que Tony me lâche, maintenant il veut faire capoter ce que j’essaie de construire !! Oui en fait, j’ai toujours pas parlé de mon idée de vacances en Espagne à Tony, j’attends d’abord de me réconcilier avec ma sœur. Elle est très rancunière.

    Bref ! J’ai passé mon temps à vous raconter ma vie simplement parce que ce qui va suivre ne va durer que quelques secondes. Quelques secondes de pur terreur qui vont plonger les prochains mois de ma vie dans un long cauchemar éveillé. Un cauchemar dans lequel je vais réalisé une chose : peut importe combien de temps vous vous voilez la face, la réalité vous rattrape toujours, dépassant la fiction.

    Et tout a commencé avec une sonnerie de téléphone. Mon téléphone. Jamais je n’oublierais cette putain de sonnerie de téléphone ! Et après ça, dès que je l’entendrais sonner, je me mettrais à trembler … Mais pour l’instant je ne tremble pas. Je tiens fermement mon volant, j’écoute NRJ, et je me réjouis du beau soleil qu’il fait. C’est pas encore ça question température estivale mais au moins, fait pas gris. Et j’ai décroché.

- Holà Daniel ?

    Ma sœur. Je souris.

- Sì.

* ndla : bon vous avez l’habitude hein ? XD*

- Ça me fait plaisir de t’entendre.

- Écoutes Dany, je suis désolé de ce que je t’ai di. C’est faux tout ça, t’es mon grand frère et je t’aime. Mais par pitié dis-moi que t’es pas si con que ça et que t’as largué la grognasse pour le garçon !

    J’ai la banane jusqu’aux oreilles.

- J’ai largué la grognasse pour le garçon, affirmais-je.

- AAAAAAAAAAaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhh !!!!!!!!!!! MON FRERE EST GAY !!

    Hein ?

- C’est génial !!!!!!! a-t-elle continué, carrément hystérique.

    On se fixe. Alors en réalité, c’est pas le fait que je me marie par sacrifice pour elle qui l’a braqué contre moi, mais plutôt parce qu’elle voulait que je sois gay ? Les filles de nos jours.

    Et c’est là que tout a capoté. J’aurais dû la voir cette moto pourtant, je ne pouvais pas la louper. Pourquoi je ne l’ai pas vu ? Une moto au milieu de la route, son conducteur casqué qui vous regarde droit dans les yeux, j’aurais dû le voir ! Mais j’ai pas vu. En arrêt sur la ligne blanche, face à ma voiture. Je l’ai regardé un long moment - quelques centièmes de secondes en réalité - et là j’ai réalisé. Mais trop tard. Les coups sont partis pour raisonner à mes oreilles et faire éclater le pare-brise. J’ai fermé les yeux et tourné le volant pour éviter la collision même si trois bons kilomètres nous séparaient encore. Et mon téléphone est tombé à mes pieds pour glisser sous la pédale de frein. Je suis sortis de la route, incapable de freiner et ma voiture a buté contre le fossé qui sépare l’asphalte du champ de blé chauve avant de se retourner, peu avant la grande grille immonde en fer rouillé sur laquelle est marqué : « Garage des Montgoins ». Jamais ce panneau ne m’avait semblé si laid. C’est bête de penser à ça alors que votre voiture fait un tonneau dans un terrain boueux. Les coups de feu avaient cessé mais je ne m’en suis pas aperçu sous le bruit de la taule malmenée et du moteur qui tourne toujours. La seule chose dont je me souviens nettement c’est cette sensation en moi, cette sensation de déchirure, de cassure, qui m’indique que ma côte encore fragilisée n’a pas résisté à la pression que la portière tordue exerçait sur mon flanc gauche.

    Et enfin, la voiture s’est stabilisée après une vitesse de 110 kilomètres heure, des balles dans la carrosserie et un tonneau et demi. Je me retrouve la tête en bas. Très vite, une odeur d’essence me frappe les narines et je gémis. Mon bras gauche est extrêmement douloureux, ma jambe gauche aussi en bref, tout le côté gauche à prit. Je sens même une plaie ouverte à la tête. Mais j’ai à peine le temps de faire le point qu’un bras passe par la vitre brisée et m’attrape par la veste.

- Bon sans sortez de là !

    J’entend parfaitement ce qu’on me dit mais je suis incapable de répondre. Quelqu’un tente de me tirer à l’extérieur du véhicule mais je suis encore attaché. Vive la ceinture de sécurité. J’entend le bruit caractéristique d’un couteau qu’on dégaine et soudain, la pression contre mon torse se relâche et je tombe la tête la première sur le toit de ma voiture. L’odeur d’essence est encore plus forte. On me tire à l’extérieur. Une force phénoménale m’oblige à me relever en vitesse, on parcours quelques mètres, et puis s’est la détonation. Une explosion comme j’en avais jamais entendu, sauf en regardant James Bond.

    Vous pensez peut-être que ce genre de film est exagéré. Vous vous dites : « Pff n’importe quoi ! Une voiture qui explose ça peut pas être si impressionnant ! » Et bien détrompez-vous. La seule sensation qui a parcouru mon corps est celle-ci : l’impression de quitter le sol et d’y atterrir lourdement quelques seconde plus tard, avec en bonus : une surdité momentanée.

    Lorsque j’ai rouvert les yeux, allongé sur le dos, une fumée noire s’élevait du cadavre de ma Renault Clio et un homme était étendu à mes côtés.

    Il s‘est relevé, s’est agenouillé dans la boue, a secoué la tête comme s’il avait de l’eau dans les oreilles et a enfin posé les yeux sur moi. Lorsqu’il a vu que j’étais en vie et conscient, il m’a sourit très simplement et m’a serré la main.

- Salut ! Moi c’est Ryan Hampton, ravi de pouvoir enfin vous parler en face.

    Je n’ai rien dit parce que je n’ai rien compris à ce qu’il venait de baragouiner. Une seule pensée activait mes méninges : Ray Monroe venait de tenter de me tuer.

...

BADABOUM !

Gabie adore quand ça pète {#} Les choses sérieuses vont enfin pouvoir commencer {#} alors je vais vous faire la biographie de ce Ryan Hampton si précieux à me yeux:

Il y a plus d'un an maintenant, Gabie commençait son deuxième roman " Entre deux hommes " dans lequel Ray et Philou {#} tenaient le rôle principal. Au même moment, sur un autre blog, Misa Jolie {#}commençait une fic qui relatait les aventures d'un policier bien dans ses baskets dénommé : Ryan Hampton. Et là j'suis carrément tombé sous le charme de ce gentil cow-boy {#} Alors une idée sugrenue m'est venue {#} j'ai proposé à Misa Jolie de lui emprunter Ryan le temps d'un au deux chapitres, et en échange, elle faisait apparaître Ray et Philou dans sa fic. Malheureusement, elle a abandonné sa fic en cour de route {#}, j'ai donc récupéré Ray et Philou ( naturellement {#} ) et j'ai pu garder Ryan !!!! Depuis ce jour, je n'imagine même pas une aventure de Ray et Philou san Ryan Hampton.

Voilà pourquoi ce personnage est si précieux pour moi, simplement parce qu'il n'a pas été créé à partir de mon cerveau dérangé et qu'il appartient à une amie très chère

{#}

Ps : dans le prochain chapitre, Ray passe enfin aux aveux ! Accrochez-vous à vos baskets !

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Que du Bonheur - Chapitre 18  (Que du bonheur ( terminé )) posté le mercredi 17 juin 2009 17:57

/!\ 'Ttention ! Chapitre révélateur hyper long !   /!\

Si vous ne vous êtes pas psychologiquement préparé avant( en regardant trente fois les bisounours au pays des merveilles par exemple ), passez votre chemin!

Beuh non, restez lire ou je vous dérouille {#}

...

- Voilà maintenant que vous savez tout ça qu’est-ce que vous allez faire ? m’a-t-il demandé.

    Le problème avec les téléfilms à l’eau de rose c’est que ça nous lave le cerveau. À cause d’eux - ou grâce, à vous de voir - on croit dur comme fer que, dans une histoire d’amour, le plus chiant c’est avant le premier baiser.

    Je suis sûr que vous avez déjà vécu ça : quand vous êtes trop malade pour bouger de votre canapé - ou qu’une côte cassée vous emmerde - et que vous allumez la télé en soupirant. Vous tombez forcément sur la 6. Et sur la 6 l’après-midi - et ça depuis des années !! - il y a ces putains de téléfilms trop niais !! Et là vous êtes trop déprimé pour vous bagarrer avec les centaines de chaînes du câble alors vous restez sur cette connasse de 6.

    Généralement, dans ces trucs, les personnages principaux - c’est toujours un garçon et une fille vous remarquerez - vivent mille et une aventure hyper hard - en fait non, j’extrapole - et pile à la fin, après avoir braver tous les dangers, ils se roulent une grosse pelle avec un soleil couchant en paysage de fond, le plus souvent sur une plage mais il arrive aussi que se soit au milieu d’un champ.

    Et là on s’imagine tous qu’après ce gros patin ils vont vivre heureux et auront beaucoup d’enfant. Mais vous finissez par grandir - sauf si vous regardez encore ces téléfilms à trente ans comme un parfait « no life » de base - et vous réalisez alors que ces connards de téléfilms à la con vous ont raconté que des conneries toutes ces années ! Le plus chiant n’est pas avant le premier baiser, au contraire ! Se sont les plus beaux moments d’une vie et faut en profiter à fond. En fait, le plus chiant, mais genre chiant de chez chiant, vient après. Quand vous êtes persuadé de tout connaître de l’autre, de l’aimer à fond comme un parfait imbécile, et d’avoir jurer devant Dieu - ou votre reflet dans une glace, tout dépend du fait si vous êtes croyant ou non - que c’est l’homme de votre vie ! Vous découvrez qu’en fait, votre relation est basé sur des mensonges, et que vous vivez avec un parfait inconnu.

    Là vous vous demandez certainement pourquoi je vous raconte toute cette merde ?

    Alors je vais revenir un peu en arrière pour vous - aussi pour moi en fait, parce que j’ai pas vraiment eu le temps de digérer tout ce qui vient de me tomber sur la gueule.

...

Trois heures plus tôt …

- Salut! Moi c’est Ryan Hampton, ravi de pouvoir enfin vous parler en face.

    Oui, il me semble que vous en étiez là. À savoir : Ray Monroe m’a plombé les fesses avec une mitraillette avant de foutre le camp sur sa moto, et moi j’ai bien failli découvrir ce que ressent un pâté en croûte coincé dans un four. Mais je suis en vie - euh, c’est sensé être positif là - mon flanc gauche me fait affreusement mal, j’ai une blessure sanglante à la tête et je ne sens plus mon genoux gauche. Je vous mentirais en vous disant que j’ai connu pire.

- Comment vous vous sentez ? me demande le prénommé Ryan Hampton.

    M’a l’air d’être un gentil bougre mais là tout de suite j’ai envie de lui envoyer mon poing dans la gueule. Voyons : on vient de tenter de me tuer, j’ai la tête à l’envers, ma voiture m’a explosé à la tronche mais à part ça ça va. Et vous la forme ?

    Je ne peux que grogner. Oui bon, ça change pas mes habitudes me direz-vous.

- Bougez pas surtout.

    Sans blague mon pote je l‘aurais pas deviné sans toi ! Je m’apprêtais à me taper un sprint sur un cent mètres là tu vois.

- J’appel une ambulance.

    Bon d’accord, là j’ai rien à dire. Philip nous a rejoint, avec Karl et Doug puisque le garage était à quelques centaines de mètres de l’« accident ». Et là :

- Ryan ?!

- Coucou Philou.

    Et un peu plus d’une demi heure plus tard, l’ambulance et son grand orchestre crèvent l’écran. À savoir : l’ambulance elle-même - bah oui quand même - une voiture du SAMU - j’ai jamais compris ce qu’ils foutaient là eux - et les flics - et eux ? - et aussitôt, de cinq on est passé à … m’en voulez pas mais j’ai pas la tête à compter. Je me suis retrouvé sur un brancard avant d’avoir eu le temps de dire ouf - bah oui évidemment j’étais trop occupé à dire : « putain mais AÏEUH ! ». Un mec en blouse blanche à passé dix minutes à soulever ma jambe gauche dans tous les sens avant de décréter :

- Rien de grave ne vous inquiétez pas.

    Il a de la chance que je sois à moitié mort lui. Puis il a ausculté mon torse et je peux vous dire une chose : ils ont vachement bien anticipé mes réactions en me sanglant au brancard.

- Votre côte est fragilisée mais elle n’est pas cassée.

    Oh ! En gros j’suis un fêlé d’la côte. Cool.

- Monsieur, pouvez-vous me donner votre nom ? m’a demandé un mec du SAMU.

    Les sédatifs qu’ils m’ont donné commencent déjà à faire son effet.

- Euh …

    Ouahou ! Je plane carrément. C’est mieux que Space Montain !

- Pouvez-vous me donner votre nom monsieur ? a répété le SAMU-mec-que-je-vois-totalement-flou.

    Ça y est je sais c’est quoi le rôle du SAMU : te faire chier alors que tu pars gentiment en vrille.

- Jean-Jacques, ais-je répondu.

    Tiens dépatouilles-toi avec ça.

- Savez-vous où vous êtes monsieur ?

- Dans une putain d’ambulance avec un putain de connard qui pu de la gueule.

    Tralalèreu.

- Bon laissez-le maintenant il est plus en état de vous répondre, a lancé le médecin.

    Sauf que moi j’ai compris :

-Bon baisez le chiendent y ais vu en tas deux houx pondre.

    Alors forcément j’ai pas tout saisi.

    Et quelques minutes plus tard, me voilà arrivé à l’hôpital en riant. Sans savoir pourquoi, j’étais en train de me taper le plus grand fou rire de toute la génération ! J’avais jamais ri comme ça et je savais pas pourquoi je m’égosillais alors forcément, ça me faisait rire. De fil en aiguille les médecins en sont arrivés à vouloir me faire passer un scanner cérébral. Je ne sais pas ce qu’ils y ont trouvé, mais ça les a inquiété.

    Bref, près de deux heures après l’« accident », j’étais dans une chambre d’hôpital habillé de leur robe qui gratte à tenter de remettre mes idées en place. Bizarrement, j’avais comme dans l’idée de m’appeler Caravane d’être né en Daniel dans une Espagne. Mmh …

    Mais, petit à petit, les doses de sédatif diminuant, la douleur a commencé à m’aider à mieux réfléchir. Ma jambe n’est apparemment pas cassée - puisque j’arrive à la bouger - mais mon genoux a doublé de volume, j’ai un grand bandage autour du crâne - je sais pas à quoi je ressemble mais je dois faire peur - et le bras gauche en bandoulière - ouais, couché ça aide vachement. J’essayais en vain de me gratter le gros orteils lorsque quelqu’un a passé ma porte.

    Ray.

    Je me suis redressé, ignorant la douleur de ma côte fêlée, et la rage a semblé me donner des ailes.

- Espèce de salop ! ais-je hurlé. Vous croyez que je ne vous aurais pas reconnu derrière votre casque ! C’était la même moto connard de flic de merde !

    Ray Monroe s’est arrêté au milieu de la pièce, suivi de près par … euh … le gars qui m’a sauvé la vie - j’ai oublié son nom - et a arqué un sourcil en me fixant comme si j’étais un insecte qu’il fallait au plus vite écrasé.

- Ils vous ont donné quoi comme calmant ? a-t-il rétorqué très platement. Des champignons hallucinogène ?

- Allez vous faire foutre !!

    Il a eu un sourire en coin tout à fait hypocrite. Bon sang je le déteste !! C’est possible de détester quelqu’un à ce point ?

- Non, vous d’abord, m’a-t-il dit en croisant les bras, même si, d’après ce que j’ai compris, Tony n’est pas le dominant du couple. À moins que je me trompe ?

    J’ai failli arracher ma perfusion tellement j’ai remué en grognant de rage pour le toucher. Je ne réaliserais que dans quelques heures à quel point j’ai pu être minable en cet instant. Mon sauveur s’est approché pour me calmer.

- Hey doucement ! m’a-t-il dit en me remettant correctement dans mon lit. Vous arrachez le bras ne vous aidera pas à lui coller un pain faites-moi confiance. En fait rien ne vous aidera. Mais vous pouvez toujours shooter dans des canettes !

    Hein ?

    Il m’a sourit et s’est assit à ma gauche.

- C’est ce que je fais quand je suis énervé.

    Rien à branler.

- Je n’ai pas tenté de vous tuer Pérez, a dit Ray sans bouger d’un pouce.

- À d’autre je vous ai reconnu ! ais-je hurlé en gigotant de nouveau.

    Les deux flics - oui, c’est facile de deviner que mon ange gardien est un poulet - ont échangé un bref regard puis Ray m’a de nouveau porté attention.

- Vous délirez, m’a-t-il dit.

- Je vous emmerde ! ais-je rétorqué.

- Du calme, a sourit le Flic Niais - bah ouais, faut bien que je lui trouve un surnom et son sourire est trop niais.

    Le Flic Niais et le Flic Bourru. Font la paire ces deux cons.

- Je vous l’avais bien di que vous mettiez les pieds dans la merde, a reprit Ray.

- Évidemment si tu lui dis ça toi aussi ! s’est exclamé le Flic Niais. C’est pas étonnant qu’il soit persuadé que se soit toi.

- J’espère que vous vous rendez compte de la chance que vous avez d’être encore en vie ? m’a demandé Ray en ignorant royalement son collègue.

- M’en fou.

    Il a soupiré et le Niais a rit.

- Vous êtes comme Tony vous a décrit, m’a-t-il dit.

    Bing Bang Putain !! - oui : tilt dans ma tête.

- Il est con, a lâché Ray.

    Mais je l’ai ignoré.

- Vous connaissez Tony ? ais-je demandé au Niais.

    Il a parut décontenancé.

- Bah oui, je l’ai sauvé de la baraque en feu y’a treize ans. Sans moi il serait parti en fumée !

    Hein ?! Des restes de sédatif doivent encore se promener dans mon organisme j’ai rien capté. Ray a soupiré.

- Il est au courant de rien Ryan, a-t-il dit en se laissant tomber dans une chaise à droite près de mon lit - mais pas trop près quand même.

- Ouais je sais mais il est shooté là, il se souviendra de rien dans une heure.

- Ils ont retiré ma perf’ de morphine y’a une demi-heure, ais-je di sans le quitter des yeux.

- Oups !

    Ray a soupiré. J’ai l’impression qu’ils se foutent de ma gueule. Mais le Niais - oui j’ai entendu qu’il s’appel Ryan mais j’aime bien le surnom que je lui ai donné - ne semble pas prendre mes accusations au sérieux alors, je dirais que c’est moi qui ai tord. Oui je sais reconnaître mes erreurs, même si ça fait mal. Je crois que ce que je viens de vivre m’a préparé à blesser un peu mon ego.

- Alors si c’est pas vous, ais-je di en tournant les yeux vers Ray, c’est qui ?

    Par là : c’est qui le bouffon qu’a fait explosé ma caisse ?! Putain et dire que ma Clio m’a conduit au garage le matin pour me reconduire chez moi le soir pendant onze ans ! La pauvre elle a eu une fin terrible.

- Gabriel Kendallson, m’a-t-il répondu.

    Il n’a même pas concerté son collègue, il m’a fixé et répondu du tac au tac, presque fébrile. Il a l’air … heureux ?

- Connais pas, ais-je rétorqué blessé.

- Non mais lui vous connaît, a-t-il précisé dans un sourire.

    Il m’énerve il m’énerve il m’énerve !

- C’est sensé me faire plaisir ?

- Vous faire pisser de peur, a-t-il répondu.

    La Niais se contentait de nous regarder. Ray et moi ne nous quittions pas du regard.

- Qui c’est ? ais-je fini par demander. Qu’est-ce qu’il me veut merde ! C’est quoi ces conneries vous vous foutez de ma gueule?!

    Son air suffisant qui m’a fait sortir ainsi de mes gonds a disparu de son visage et il a tourné le regard vers la fenêtre. Dehors, le ciel était gris et le vent sifflait, se frayant un chemin parmi les branches nues des arbres. Dans ses yeux, j’y lisais enfin quelque chose que j’avais un moment voulu, mais qui ne m’a finalement pas réjouis du tout : la peur. Ray Monroe était inquiet.

    Il a de nouveau porté son attention sur moi.

- Qu‘est-ce qu‘il vous veut ? À vous rien.

    J’ai lâché un rire nerveux.

- C’est Tony qu’il veut.

    J’ai avalé une pierre.

    Le silence.

- Tony ? ais-je murmuré. Mais …

- Vous l’avez touché alors il veut vous buter, a lancé Ray.

    Ryan le Niais a gigoté sur sa chaise, nerveux. Tour à tour, je les ai regardé.

- C’est quoi cette histoire ? Qui c’est ce mec ?! Tony ne m’a jamais parlé d’un Ga …

    Bing Bang Putain !

    Tilt oui.

    Une voix a raisonné dans ma tête : « Dites-lui simplement que Gabriel est passé le voir »

    Ray me fixait, les sourcils froncés, et le Niais semblait avoir momentanément cessé de respirer.

    Sauf que je n’ai jamais transmit ce message à Tony, simplement parce que le même jour, je surprenais une conversation entre lui et Ray. Une conversation dans laquelle Tony affirmait m’aimer. Alors j’ai oublié …

- Qu’est-ce qu’il y a ? m’a finalement demandé Ray.

- Vous avez une photo de ce Gabriel ? ais-je demandé.

    Il a paru surpris.

- Pas sur moi, a-t-il répondu, pourquoi ?

- Vous avez une photo oui ou merde !!

    Dépêches-toi ou je te mords !

    Il a froncé les sourcils et lancé un regard à son collègue. Je n’ai pas pu voir la réaction de Ryan puisque je continuais de fixer Ray mais je l’ai senti se lever. Il a traversé la pièce et en est sorti. Le Bourru a continué de me regarder.

- Pourquoi ? a-t-il répété. 

    Mes poings se sont serrés presque malgré moi. J’ai eu comme l’impression que la fin de cette histoire ne serait pas agréable du tout. Mais je n’ai pas répondu. J’ai tourné la tête dans l’autre sens pour éviter son regard pénétrant en tentant de me remémorer le visage de cet homme. Ce Gabriel. Rien à faire, les précisions m’échappaient.

    Ryan est revenu quelques minutes plus tard, un dossier jaune en main. Je t’ai demandé une photo pas de la lecture ! Il a donné le dossier à Ray et est revenu s’assoire à ma gauche. J’ai regardé Ray ouvrir le dossier, en sortir une feuille et me la tendre. Je l’ai saisi de ma main valide - la droite - et mon cœur a manqué un battement. C’était bien lui mais en nettement plus jeune. Sur la photo, en noire et blanc, il me regardait de face et tenait une plaque minéralogique sous son menton. Ses mains étaient menottées.

- C’est quoi cette blague ! ais-je lancé d’une voix blanche.

- Vous vouliez une photo non ? m’a répondu Ray. Maintenant dites-moi pourquoi.

    J’ai regardé la photo dans les yeux avant de lui répondre :

- Parce que ce gars je lui ai déjà parlé.

    Ray a perdu toutes ses couleurs et Ryan a failli glisser de sa chaise sous la surprise.

- Quoi ?! m’ont-il demandé en cœur.

- Je sais plus quand exactement, ais-je continué sans quitter la photo des yeux, en décembre … y’a presque deux mois. Il essayait d’ouvrir la porte à Tony je … lui ai di qu’il n’était pas là.

- Et qu’est-ce qu’il vous a dit ? m’a demandé Ray en se rapprochant.

- Rien juste que … je n’avais qu’à lui dire qu’il était passé …

- Et vous l’avez dit à Tony?!!!

    Ray n’avait plus peur. Il était effrayé.

- Non, ais-je répondu en fronçant les sourcils, j’ai oublié. Pourquoi ?

    Il a poussé un bref soupir de soulagement et s’est rassit au fond de son siège. Comme si, par mon silence, j’avais évité une guerre atomique.

- Bah putain ! a-t-il dit en forçant un sourire. Vous avez de la chance qu’il vous ai pas buté.

    J’ai eu envie de lui mettre une baffe. Hey oh coco ! Je suis sur un lit d’hôpital à cause de ce connard là !!

- Il avait aucune raison de le faire à ce moment là, a dit Ryan.

    Ray a acquiescé silencieusement.

- Sauf que maintenant il sait que vous vous envoyez ce qui est à lui alors il ne se calmera pas avant de vous avoir explosé la tête.

    Mon sang n’a fait qu’un tour.

- Ce qui est à lui ?! ais-je rétorqué avec forcé. Tony n’est pas un putain de bibelot qu’on gagne à la loterie !

- Z’avez raison, m’a dit Ray, malheureusement c’est comme ça que Gabriel le voit. Et il est pas du genre a prêté ces jouets.

    La rage m’a fait mal à la tête.

- Fermez-la ok !!!

    Ray m’a sourit.

- J’comprend maintenant pourquoi Tony vous a choisit, a lâché Ryan le plus sérieusement du monde, mais Ray a raison vous êtes con.

    Euh c’est pas le moment de me faire du rentre dedans là.

- Y’en a marre j’comprend rien ! ais-je crié. Vous allez m’expliquer qui c’est ce connard !!

- Non.

    Le contraire m’aurait étonné. J’ai lentement respiré pour me calmer.

- Si j’analyse bien, ais-je reprit alors que Ray m’arrachais la photo des mains, vous ne voulez pas que Tony le sache ? Que ce Gabriel a montré les dents.

    Ray a stoppé son geste alors qu’il rangeait le dossier et j’ai cru que Ryan allait faire une attaque.

- Et alors ? m’a demandé le Bourru.

- Vous me dites tout ou ma langue pourrait bien fourché et peut-être que, je sais pas moi, Tony pourrait être au courant de tout ça avant demain.

- Je peux aussi l’empêcher de fourcher en vous cassant votre sale petite gueule de con !!!

- Ray.

    La voix de Ryan, calme, n’a pas du tout arrangé la situation.

- Quoi ?!!!

    Les deux flics se sont jaugés du regard, puis Ray m’a regardé, puis de nouveau Ryan. Il a semblé peser le pour et le contre.

- Bon, a-t-il cédé, il va bientôt vous niquer alors autant que vous sachiez pourquoi.

    J’ai avalé une barrique et Ryan a pouffé de rire. Ouais, moi je trouve pas ça drôle du tout. Ray a de nouveau sortit quelque chose du dossier avant de me le tendre.

- Regardez bien cette photo, m’a-t-il dit.

    J’avais l’impression de participer à un appel à témoin. Sur le cliché, tout neuf tout brillant, j’ai reconnu le connard qui a flingué ma caisse. Beaucoup plus jeune - d’au moins dix années je dirais - il semblait plongé dans une conversation animée avec un autre homme et tenait la main d’une fillette. L’autre homme regardait sa montre et semblait franchement blasé. Ils se ressemblaient étrangement et je pu affirmer sans problème qu’ils étaient père et fils.

   Le silence s’éternisa et je relevais les yeux vers Ray un sourcil arqué. Ouais, et après ?

- Regardez l’enfant, m’a-t-il précisé.

    Beuh pourquoi, c’est le Gabriel tout moche qui m’intéresse. Néanmoins j’ai obéis. Mon cœur s’est arrêté. Tony. Dix ans de moins, mais c’était bien lui. Ces cheveux chocolat démesurément longs m’avaient induit en erreur et je l’ai pris pour une fille. Mais des yeux aussi bleus et brillants ne trompent pas. C’était bien Tony, âgé de dix ans à peine. Pourquoi tenait-il la main de … ?

    J’ai relevé la tête, le souffle court.

    Non …

- Cette photo a été prise y’a treize ans, m’a dit Ray en évitant mon regard, Tony avait neuf ans et Gabriel dix-huit. C’était deux jours avant que je ne butte Joshua Kendallson, leur père.

    L’information a fait le tour de mon cerveau et raisonnait dans ma tête. Leur père … leur père … Tony, Gabriel … leur père …

    Ils sont frères.

    J’ai secoué la tête comme un obstiné sans pour autant accepter de lâcher le cliché.

- Non, ais-je dis d’une voix blanche, Tony m’a dit qu’il était orphelin qu’il … a été promené de famille d’accueil en famille d’accueil toute son enfance !!

    Le ton était monté au fil de ma tirade. Ray n’a pas été décontenancé un seul instant. Il continuait de regarder par la fenêtre.

- Il vous a menti, a-t-il simplement dit.

    Mon ventre s’est contracté et mes mains se sont mises à trembler.

- Non, ais-je di d’un ton ferme.

    Ray s’est soudainement tourné vers moi le regard plus noir que la nuit.

- Vous vouliez connaître l’histoire ?! Ok, alors je vais vous la raconter l’histoire !

    Il était en colère et mon souffle s’est bloqué dans ma gorge. ndla : 'ttention les noeils xD

- Joshua Kendallson, leur père, a-t-il reprit, était le plus grand trafiquant de France, rechercher par la DGSE et la Brigade Criminelle. Il était également connu des services Américains genre F.B.I et C.I.A. C’était le pire malade du pays et le genre de gars intouchable dont même le gouvernement français avait peur. Ce que ce type était capable de faire dépasse votre imagination. Il a eut son premier fils très jeune, Gabriel, avec une putain australienne accro à l’héroïne. Neuf ans plus tard, à l’apogée de sa carrière, il en a eu un second, Ange, de la même femme. Sa putain est morte en couche et il s’est occupé de ses deux fils entre deux meurtres. Y’a treize ans, j’étais capitaine de la Brigade de Répression du Proxénétisme et on a fait une descente dans la maison des Kendallson. Joshua a préféré foutre le feu à sa baraque plutôt que de se laisser attraper mais je l’ai descendu. Ryan a sauvé Ange et on a fait de Gabriel un fugitif. Afin de le protéger et de le réhabilité, on a changé le nom d’Ange pour Tony et il a été adopté.

    Il s’est arrêté, s’est de nouveau laissé allé contre le dossier de sa chaise pour regarder dehors. Et moi je continuais de fixer la photo. Tony, âgé de neuf ans. Il s’appelait Ange et vivait dans un monde de drogue, de violence et de … Brigade de Répression du Proxénétisme ?! J’ai tourné mon regard vers Ray. Ma tête bourdonnait.

- Proxénétisme ?

    Aucun des deux flics n’a bougé. Ça n’était pas la bonne question.

- De quel genre de trafique vous me parlez là ? ais-je demandé en ignorant le vertige qui me prenait. Ce mec était un trafiquant de quoi ?!!

    Toujours rien. Ray regardait dehors, et Ryan fixait ses chaussures.

- Mais répondez bordel !!! ais-je crié.

    C’était une drôle d’impression. Je venais d’apprendre que Tony m’avait menti du début à la fin et je ne ressentais pour l’instant aucune colère. Je voulais juste connaître la vérité, je voulais tout savoir ! Après, peut-être que je m’énerverais. Ray s’est lentement tourné vers moi et a soupiré.

- Joshua Kendallson était un proxénète, un mac, un trafiquant de chaire humaine appelez ça comme vous voulez, m’a-t-il dit, mais il était spécialisé dans … le trafique d’enfant.

    Mon corps s’est raidi.

- Il se servait dans les pays du tiers monde, a continué Ryan - mais je continuais de fixer Ray -, principalement en Afrique, Turquie et Brésil. Il prostituait des mômes âgés de huit à quatorze ans surtout dans les pays slaves et en Russie mais aussi en Amérique. Il avait plus de mal a vendre sa marchandise ici, en France, et c’est pour ça qu’il s’y cachait.

    Ray et moi ne nous étions pas lâché du regard de tout l’exposé. Puis, lentement, j’ai de nouveau fixé le cliché. M’attardant sur Tony … Ange Kendallson. Effrayé, l’enfant regardait la direction opposée aux deux autres hommes. Il semblait attendre, espérer quelque chose qui tardait à venir. Il était maigre, incroyablement maigre et recroquevillé sur lui-même. À bien y regarder, j’ai même eu l’impression qu’il tenait difficilement debout. Mon regard est remonté le long de son bras frêle jusqu’à cette main que Gabriel tenait. Tony et lui ne se tenaient pas la main. Gabriel lui tenait le poignet, l’obligeant à rester près de lui. J’ai relevé les yeux vers Ray.

- Il a commencé a prostitué Ange il avait huit ans.

    Sa voix a crié dans ma tête. J’ai lâché la photo et enfouit mon visage dans mes mains. Je ne pleurais pas, je n’ai pas gémit ni même juré. Je voulais juste qu’il se taise sans vraiment le vouloir. Malheureusement - ou heureusement je ne sais pas - il a continué :

- Mais on le soupçonne d’avoir violé l’enfant bien avant.

    Je n’ai pas bougé.

- En fait il l’utilisait surtout pour … convaincre d’autre trafiquant tout aussi pervers que lui.

    Je ne bougeais toujours pas.

- Il y a exactement onze ans, on a découvert que Gabriel s’était attaché à Ange d’une bien étrange façon. Pour le récupérer il a tué la femme qui avait adopté l’enfant. En interrogeant Ange, on a découvert que ça n’était pas son père qui abusait de lui mais son grand frère.

    Idem.

- Vous comprenez ce que je vous dis Pérez! Gabriel est dingue amoureux de son petit frère et il a été en prison toutes ses années! La première chose qu’il a fait une fois libre c’est se mettre à la recherche de ce dont son corps a été privé pendant des années. S’il attrape Tony ça va lui faire très très mal! Et malheureusement pour vous, il sait que vous êtes amants.

    Je n’ai eu aucune réaction. Comment vous réagiriez à ça vous ? Je ne savais pas moi-même comment réagir. Je suis amoureux d’un homme qui m’a menti. D’un homme qui a un passé de putain et qui met ma vie en jeu!

    J’ai entendu Ray soupiré.

- Voilà maintenant que vous savez tout ça qu’est-ce que vous allez faire ? m’a-t-il demandé.

...

*pause dramatique*

{#}

Alors ? {#} Bon, certaines choses étaient évidentes pour vous puisque j'en avais fait certaines allusions mais vous doutiez-vous que Tony et Gabriel étaient frères ? {#} ( oui bon là je parle à ceux qui ne connaissent pas les "Entre deux" {#} )

Chose à savoir : Gabie adoooooooooore les drames familiaux et histoires incestueuses {#}

Deuxième chose à savoir : il ne reste plus que trois ou quatre chapitres avant la fin de cette fic plus un extra. {#}

Et vi, ce chapitre spécial révélation sera le seul spécial révélation avant le grand BOUM ! ( oui parce qu'y'a un grand boum {#} ) ça va se fighter {#} Bon, dans les prochains chapitres y'aura encore quelques petites révélations secondaires pas trop trop importante ( bah ouais, vous savez pas tout encore {#} )

Le couple Daniel/Tony survivra-t-il a la tempète Gabriel qui s'apprête à s'abattre sur eux ? {#}

{#}

Réponse à votre question muette {#} : pourquoi le michant de cette histoire : Gabriel, porte-t-il le même nom que moi : Gabrielle {#} Parce que {#}, z'en avez pas marre de vous posez des questions bêtes ? {#} {#} {#}

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Que du bonheur - chapitre 19  (Que du bonheur ( terminé )) posté le vendredi 19 juin 2009 20:15

 Gabie's back bande de folasse !!! {#}

Je vais passer outre le fait que ça fait un mois que je vous fais glander et vais vous annoncer ceci :

Finalement je n'aurais pas Internet durant mon séjour de deux ans ( donc 365x2 jours - trop la flemme de compter - ) à Paris ! {#}

... pause dramatique ...

Meuh non je rigole {#} {#}

*reçoit une brique*

Beuh qui a fait ça ? {#}

Je vais dare-dare passer à ma promesse Gabienne en béton armé {#}

Et vi, "Que du bonheur" je l'ai fini toute seule dans mon coin et je vais désormais tout vous publier d'un coup {#} et on commence tout de suite avec le chapitre 19 :

...

    Ce que je vais faire ? Rien. Bien évidemment, je n’ai pas donné cette réponse à Ray le Bourru. À lui j’ai carrément pas répondu. Je suis resté le regard dans le vide un certain moment avant de lui demander - ainsi qu’à Ryan le Niais bien sûr - de sortir et de me laisser seul dans ma chambre d’hôpital blanche qui sent le propre. Qui sent trop d’ailleurs. En temps normal ça m’aurait pas déranger, mais là ça me dérange parce que je veux penser à autre chose. Faut que je pense à autre chose, parce que plus je pense à tout ce que je sais maintenant et plus je m’énerve. Et je n’ai pas envie de m’énerver, pas contre Tony. Ange ? Ma tête me fait mal.

    J’ignore combien de temps je suis resté à ruminer mes pensées et se n’est que lorsque ma rage a atteint un sommet aussi haut que le toit de l’Europe - le Mont Blanc pour les ignares - que j’ai tourné la tête vers la fenêtre pour réaliser qu’il faisait nuit. J’ai quand même pas passé mon après-midi à fixer la porte ?!

    Bon et maintenant qu’est-ce que je fais ? Oui, tout ce temps à penser et encore aucune décision de prise. Je dis tout à Tony ou pas ? Parce qu’apparemment il ne sait pas que Gabriel est ici. Je me frotte les yeux avec ma main valide et pousse un grognement. Bon sang, je sens que si je vois Tony je m’énerve, et généralement quand je m’énerve j’arrive jamais à m’arrêter, et généralement quand je m’énerve - oui je sais une répétition, mais c’est voulu - je dis des choses méchantes que je ne pense pas forcément et que je regretterais à coup sûr.

    Beuh je ne sais pas comment vous appelez ça mais moi j’appel ça être un imbécile.

    Et si je ne disais rien à Tony ? Mon Dieu non je n’y arriverais jamais. J’ai tous les défauts les plus ignobles : je suis lâches et con - on me l’a tellement répété ces derniers temps que j’ai fini par l’admettre - mais j’ai aussi une qualité ignoble : je suis honnête, trop franc. Nan ça fait pas deux, techniquement honnête et franc c’est la même connerie. Et, tout aussi techniquement, lâche et franc ça ne s’oppose pas ? Je ne sais pas ce que vous pensez de moi là mais j’ai pas une très haute opinion de moi-même pour le moment. C’est désespérant. Sans même le vouloir, mes mains tremblent de colère et je construis déjà dans ma tête un monologue bien méchant au cas ou Tony entrerait dans cette pièce dans la seconde.

    La porte de ma chambre s’est ouverte et Tony est entré, affolé. J’aurais presque pu resté coi. Z’avez vu ça la synchronisation de ouf ?

    J’ai croisé son regard et mon cœur a tapé plus fort dans ma poitrine. Dès que je l’ai vu s’approché, un sourire de toute évidence rassuré sur les lèvres - il s’attendait peut-être à me voir bouffer avec une paille - une phrase de Ray en particulier est revenue dans ma tête. Pas des paroles vraiment importante. J’aurais pu penser au fait que Gabriel abusait de son frère, que leur père se servait de lui comme d’un objet sexuel de luxe, qu’il avait très certainement vécu un enfer durant des années mais non. Une seule phrase tambourinait dans mon cerveau chauffé à blanc : « Il vous a menti. »

    Tony m’avait menti, il avait joué avec moi et s’était fait passer pour quelqu’un d’autre. Il m’a menti. Et ma fierté en a prit un coup. C’est égoïste oui je sais. Seulement, je ne le réaliserais qu’après ça :

- Dany ! s’est-il écrié en s’approchant de mon lit pour saisir ma main droite. J’ai paniqué quand …

- Pourquoi tu ne m’as rien dit à propos de Gabriel ? l’ais-je coupé.

    Il s’est arrêté et a continué de me fixer. Rien dans son regard, je ne lisais ni peur ni incompréhension ni même fureur. Apparemment, il tentait juste d’analyser la situation, comme s’il faisait un blocage sur le prénom que je venais de prononcer. J’ai retiré ma main.

- Qui ça ? m’a-t-il finalement demandé d’une voix blanche.

    Il se forçait à sourire mais ses yeux brillaient déjà de larmes retenues. Ça ne m’a pas adoucit. Je ne voyais que ma rage.

- Gabriel ton putain de frère ! ais-je crié.

    Il a sursauté et reculé d’un pas.

- Mais Dany, a-t-il dit, je n’ai pas de frère je suis orphelin je te l’ai dis.

    Il ne faisait que répéter un discours appris par cœur, j’ai tout de suite vu que lui non plus n’était plus convaincu par ce qu’il disait. Petit à petit, des tremblements ont agité ses mains et la peur s’est lu dans son regard. Mais moi je ne voyais toujours que ma rage.

- Bordel mais tu te fous de ma gueule ! ais-je repris. Je sais tout Tony! D’ailleurs je ne devrais pas plutôt t’appeler Ange ?!

    Les larmes ont coulé sur ses joues soudain très pâles. Il s’est avancé et a tenté d’attraper ma main.

- Dany, a-t-il murmuré.

- Sale pute ! ais-je hurlé en repoussant violemment sa main tendue. T’es qu’une saloperie de putain dégage !!

    Il a serré sa main douloureuse contre son cœur et s’est mi a sangloté. J’ai ignoré cette chose à l’intérieur de moi qui me criait d’ouvrir les yeux, d’arrêter tout de suite, de me souvenir. Mais de quoi ? Un briquet et un parapluie ? Hein ! J’ai tout refoulé sans vraiment m’en rendre compte - enfin un peu puisque je vous en parle - et j’ai continué de crier :

- Tires-toi !

    Il m’a regardé quelques secondes, nos regards ne se sont pas lâchés. Je vous ai déjà di que se sont ses yeux qui m’ont attiré dès le départ? Si brillants, si bleus, si purs. Mais en cet instant, ses prunelles étaient ternes, terrifiées, attristées, il a fait demi-tour et la porte s’est refermée sur lui.

    J’ai fixé la porte quelques instants. Un gouffre immense s’est ouvert en moi.

J'ai oublié de vous dire : je vous avais annoncé que ce roman serait fini d'ici trois ou quatre chapitres, et bien non, il y en aura 8 + 1 épilogue + 1 extra + 1 interview {#}

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Que du bonheur - chapitre 20  (Que du bonheur ( terminé )) posté le vendredi 31 juillet 2009 14:46

Le 5 Février

    Et ouais, je suis resté trois jours dans cet hôpital pour une côte fêlée, un bras en écharpe et un genoux gauche remis - le lendemain de l’accident l’inflammation était déjà partie, ne me laissant qu’une légère douleur - les médecins eux-mêmes sont restés incrédules face à mon rapide rétablissement mais hey ! Faut pas sous-estimer un ex-champion national de boxe catégorie poids léger ! J’en ai vu pire dans ma vie.

    Je sais vous vous en foutez. Alors vous serez certainement ravis d’apprendre que j’ai pleuré lorsque Tony est parti. Pas tout de suite certes, mais les minutes passant j’ai fondu en larmes et pleurer ainsi longtemps, jusqu’à ce que l’infirmière revienne. Une charmante femme métisse aux cheveux noirs légèrement crêpés qui portaient un badge sur lequel « Yaya » était écrit - quoi c’est vraiment un nom ça ?! - ndla : coucou ma Yayette ^^ . En me voyant dans cet état elle s’est approché et a gentiment pressé mon épaule en répétant : « Là là ! Ça va aller. » Moquez-vous si vous voulez, mais ça m’a fait du bien. Quelque chose dans son geste et la chaleur de sa voix m’a rappelé ma mère.

    J’avais tant besoin d’elle en cet instant.

    Lorsque cette jeune femme m’a appris que les médecins voulaient me garder une semaine histoire d’être sûr, je suis devenu chiant et irritable. Alors, au bout de trois jours, les différents infirmières - et un infirmier quand même … enfin je crois - sont allés se plaindre au médecin qui s’occupait de moi et j’ai eu le droit de signer une décharge. Je suis sorti de l’hôpital en claudiquant, un bras en minerve et une affreuse coupure sur l’arcade sourcilière gauche avec toujours ce bandage autour de la tête et à peine sortit, devinez sur qui je tombe !

- Salut !

- Ryan ?! ais-je dis perplexe. Qu’est-ce que vous vous foutez là ?!

- On m’a mi sur vot’ dos pour vot’ sécurité. Pas que ça m’enchante mais un ordre direct de Ray Monroe, on n’peut pas passer à côté.

    Hein ?! Pourquoi le Bourru s’en ferait-il pour moi?! C’est pas comme si Gabriel allait retenter quelque chose … Si ?! Ryan le Niais a sourit.

- Vous vous gourez carrément si vous croyez que Gabriel en a finit avec vous, c’est pas parce que vous avez envoyé chier Tony qu’il va vous laisser la vie sauve. Il aime tuer c’est un fait, et plus encore ceux qui l’ont défié.

    Il est quoi lui, empathique ? J’ai pas le temps de me pencher dessus que mon cœur se serre. Tony … je t’aime. Tes yeux si tristes quand je t’ai traité de cette façon, ta peau si douce quand je te touche, ton souffle quand je te fais l’amour … et tu m’as menti. Je secoue la tête.

- Si je l’ai envoyé baladé ça me regarde, déclarais-je brusquement, et Gabriel j’ai jamais cherché à jouer avec lui, moi je veux qu’on me foute la paix.

- Z’êtes un lâche.

- M’en fou.

- Vous voulez que je vous ramène ?

- Nan.

    Ryan a soupiré en souriant. Beuh y’a rien de drôle !!

- Fêtes pas le con, vous êtes handicapé sans voiture et y’a pas de bus.

- Rien à foutre.

- Z’allez quand même rentré à pied jusque chez vous ?

- Si j’ai envie ça me regarde.

    Il a rit.

- Allé, montez.

    Il a traversé le parking pour monter dans une vieille Renault rouge comme on en croise à la pelle. Ouais, j’suis con mais pas à ce point, je me doute bien que je ne peux pas rentré jusqu’à Boissy à pied et appeler un taxi ça me fait chier surtout que j’ai pas de monnaie sur moi. Alors je suis monté dans la voiture du flic. On est vite partis.

- Pourquoi z’avez fait ça à Tony ?

- Pas envie d’en parler.

- Comprends pas, vous l’aimez pourtant non ?

- Occupez-vous de conduire et de fermer votre gueule.

    Il a soupiré.

- Vous êtes vraiment con, a-t-il lâché avec une pointe de colère dans la voix.

    Il a de la chance d’être au volant lui.

    Quelques minutes plus tard, me voilà dans mon appartement. Je crois que je n’ai jamais autant haï rentrer chez moi. J’ai fermé la porte et me suis adossé à elle. J’ai balayé le salon du regard, puis j’ai soupiré et frotté mes paupières. Apparemment, il n’est pas là. J’aurais bien aimé qu’on parle. Il est certainement chez Ray. Tony … j’ai besoin d’une bière. Je claudique jusqu’à la chambre et ouvre l’armoire. Bah c’est pas ici que je vais trouver une bière. Ses affaires sont encore là ! Je me fixe quelques secondes, regarde le lit, puis la porte ouverte de la chambre et enfin, j’appel :

- Tony ?

    Une bouffé d’espoir m’envahit. Une seconde, deux, trois. Je réitère :

- Tony ?

    Rien. Sans refermer l’armoire, je quitte la chambre et entre dans la salle de bain. Personne. Non, il n’est pas là. Mais il n’a pas prit ses affaires. Je soupire et m’appuis contre le mur en plongeant mon visage dans mes mains. Qu’est-ce que j’espérais sincèrement ?! Je l’ai traité de pute ! Des larmes coulent sur mes joues lorsque j’entends raisonner en moi les paroles que j’ai prononcé. Où est-il allé sans ses fringues bordel ?! Et si … Gabriel … La panique m’envahit.

    Je me dirige aussi vite que possible vers la porte de l’appartement. Faut que j’aille voir Ray, lui le sait forcément. Pourvu qu’il ne lui soit rien … je m’arrête. Là, sur la porte d’entrée, une enveloppe est punaisée. Je la décroche. Elle est lourde.

    Je l’ouvre et fait glisser quelque chose dans ma main. C’est froid, c’est en métal. C’est un briquet et je suis certain de l’avoir déjà vu quelque part. Je n’y prête pas plus d’attention et sors une lettre de l’enveloppe. J’ai très facilement reconnu l‘écriture de Tony :

« Daniel, tu ne liras peut-être pas mais :

Je suis désolé j’ai égaré le parapluie dans un bus. Je m’en veux terriblement. Par contre, j’ai gardé précieusement ton briquet, même si après toutes ces années, il a forcément arrêté de fonctionner. Tu as réchauffé mon cœur grâce à lui il y a plus de dix ans. Tu ne t’en rappels pas je le sais. Mais moi si. J’étais mort de peur et de froid, de fatigue aussi enfin, je voulais mourir pour de bon lorsque tu m’a protégé de la pluie. Je me souviens encore du sourire que tu m’as adressé, de la chaleur de ta main lorsque tu m’as doucement caressé, et de ce geste fort lorsque tu as fait glisser ce petit objet en métal dans ma main. Tu m’as sauvé ce jour-là Dany, j’ai trouvé la force de me battre dans tes yeux. Je me suis di à cet instant : « Il y a des gens si gentils dans ce monde ?! » Tu n’as pas arrêté de me hanter dès cet instant, et je me suis accroché à ton souvenir pour lutter, même si j’étais de nouveau seul. Oui Gabriel est mon frère, et ce jour-là il venait de tuer la femme qui s’était occupé de moi quelques années. Simplement pour me récupérer. Il était de nouveau à mes trousses et j’ai fuis. J’ai fuis toute ma vie, sauf face à toi. Lorsque je t’ai revu lors de mon aménagement en face de ton appartement, je n’y croyais pas. C’était toi. On s’est rencontré à Paris et on se retrouve dix ans plus tard dans la cambrousse briarde. C’était presque absurde. Mais c’était si beau. Ce jour-là, lorsque j’ai compris que tu ne me reconnaissais pas, je me suis juré de devenir quelqu’un de proche de toi. Et j’ai réussi, plus que je ne l’espérais. Les instants que j’ai passé dans tes bras ont été le plus beau de ma vie, jamais on ne m’avait aimé comme tu l’as fait. Oui tu as raison, je t’ai menti, je ne suis plus vierge depuis mes quatre ans. Mais je voulais tant tout oublier, je voulais construire quelque chose avec toi sans avoir à parler de tout ça, sans avoir à te révéler que oui, je suis une pute qu’on a prostitué des années. Je ne peux pas t’en vouloir de m’avoir jeté de cette façon, j’aurais mieux fait de te dire la vérité, d’être franc. Mais j’avais beaucoup trop peur et je voulais une histoire longue et saine avec toi. J’ai tout fait foiré je crois. Je suis désolé d’avoir menti et de t’avoir attiré tant d’ennui. Je ferais tout pour que Gabriel ne te fasse aucun mal, je te le promet.

J’aurais peut-être pas dû écrire tout ça parce qu’en vérité, je ne voulais te dire qu’une seule chose et je me suis un peu laissé emporter. Tu n’as certainement pas lu, et donc tu ne verras pas ce que je comptais de dire en priorité, mais c’est un risque que je prend car après tout, se n’est peut-être pas si important.

Bref, je voulais simplement te dire merci.

Merci de m’avoir sauvé la vie, merci de m’avoir aimé.

Merci.

Et pardonnes-moi ces dix ans de retard.

 

Je t’aime »

    Je me suis effondré. Ndla : et moi j’ai chialé en l’écrivant.

    J’ai lentement glissé le long de la porte pour finir à terre, ma main tremblante tenant fermement cette lettre et le briquet. Bien sûr que si je m’en souviens ! Et moi qui me demandait encore pourquoi j’avais tout tenté pour l’éviter au début de notre rencontre. Maintenant je le sais : inconsciemment je revoyais en lui cet enfant que j’avais rencontré, cet enfant que j’avais aidé tellement j’avais eu pitié. Cet enfant que je fus obligé d’abandonner par terre parce que je n’avais rien d’autre qu’un briquet et un parapluie à lui offrir à défaut d‘un toit et d‘un peu d‘argent. Et je revois son petit corps tremblant trempé par la pluie et les larmes, ses grands yeux bleus terrorisés et abattu, tellement différents du regard qu’il avait lorsque nous nous sommes - rencontrés est maintenant mal venu - revus. Bien sûr que je m’en souviens. Je m’en souviens nettement parce qu’en le voyant ainsi, si misérable, je me suis vu à sa place. Nous étions tellement semblable. Deux enfants abandonnés à leur propre sort, touché dramatiquement par le destin. Le sommes-nous seulement encore ?

    J’ai éclaté en sanglot.

    Tout en pleurant, j’ai tourné et retourné le briquet dans ma main. Écrit sur un flanc d’argent usé, le nom de mon père, à qui le briquet avait appartenu : « Daniel Pérez ». Et dire qu’il connaissait mon identité depuis plus de dix ans. Était-ce un hasard si nous nous sommes revus ? Si nous sommes devenus voisins, amis, amants ? Non. Notre rencontre l’avait prédis.

    J’ai été élevé parmi des Tziganes dans le sud de l’Espagne. Je suis né dans une caravane et j’y ai grandis. Jamais d’adresse fixe, juste cette caravane à la tête d’une foule d’autres semblables qui nous suivaient. Tous les matins, un paysage différent à notre fenêtre. Et ma mère, une diseuse de bonne aventure. Avait-elle réellement un don? Savait-elle à quel point elle avait raison en disant - un jour alors que je lui avais demandé de lire les lignes de ma main - : tu sauveras une âme innocente et trouveras le bonheur loin de chez toi mon fils ? Le savait-elle au moins ? Avait-elle seulement raison ? Avais-je réellement sauvé Tony ?

    La réponse m’est venue comme une baffe : non.

    Je ne l’ai pas sauvé. Tout ce que nous avons vécu jusqu’ici : notre rencontre, nos retrouvailles, notre amour, tout ceci n’était qu’une amorce. Je ne l’ai pas sauvé, pas encore. Je fuis alors qu’il est en danger !

    J’ai serré fort le briquet et la lettre - au point de la froisser - et je me suis redressé en réprimant une grimace. Putain de genoux !

    Je suis vite sorti de l’appartement, notre appartement, et descendu les marches. Arrivé dehors, une fine pluie avait commencé à tomber. La Renault rouge était là, garée en face. Je m’en suis approché le plus vite possible. Derrière le carreaux de la portière conducteur, j’ai vu Ryan, la tête renversé en arrière, les yeux clos la bouche ouverte. J’entendais ses ronflements d’ici. J’ai abattu mon point sur la vitre et il a sursauté. En me reconnaissant, il a abaissé le carreaux.

- Qu’est-ce que vous foutez là? s’exclama-t-il. Vous voulez vous faire butter ?!

    Avec un garde du corps qui roupille j’ai toutes mes chances.

- Où est Tony ? ais-je demandé.

    Il est soudain devenu très sérieux.

- Pas le droit de vous le dire.

    Pas le temps de négocier. J’ai déverrouillé sa portière avant qu’il ait eu le temps de réagir et l’ai ouverte. Le tirant par le col de sa veste, je l’en ai fait sortir pour le plaquer contre la voiture.

- Répondez putain ou je vous dérouille ! ais-je hurlé.

    Sur le trottoir d’en face, une vieille dame a pressé le pas. Ryan a levé les mains en signe de soumission.

- Mollo l’asticot ! a-t-il dit pas rassuré pour un sou. Puisque je vous dis que j’ai pas le droit de vous le dire.

    J’ai mal au bras.

- Pourquoi ?

- Parce que Ray ne veut pas se coltiner un con dans vot’ genre alors il m’a donné l’ordre de …

- Et vous êtes près à vous faire casser la gueule pour ce gars ?!!!

- Ouais, et pour trois raisons : de une c’est mon supérieur, de deux c’est mon collègues et de trois c’est aussi accessoirement mon ami.

- Et moi je suis genre méchamment en rogne !

    Il a semblé peser le pour et le contre puis :

- Ils sont à Paris. Ndla : ouais moi aussi xD

    J’ai avalé ma chic. Alors se serait là-bas.

    Là où tout a commencé.

Et là je tiens à féliciter tout particulièrement : Yaya, qui fut la seule à accorder une importance au souvenir du briquet et du parapluie {#}

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Que du bonheur - chapitre 21  (Que du bonheur ( terminé )) posté le vendredi 31 juillet 2009 14:55

Le 7 Février

    Bah ouais, il nous a fallu deux jours pour partir à Paris. Non mais, je suis sûr que Ryan l’a fait exprès. Oui bon d’accord c’est aussi un peu de ma faute, dans mon état je ne peux pas trop voyagé mais maintenant, j’ai retiré mon bandage autour de ma tête et je n’ai plus le bras en écharpe. Il n’y a que mon genoux qui me fasse encore un peu mal ainsi que mon flanc gauche me je ne suis pas en sucre. Ryan et moi on est resté ensemble le temps que le départ se fasse et à force de le côtoyer, j’ai fini par l’apprécier. C’est quelqu’un de naturellement gentil et détendu qui a toujours un mot pour rire. Il ne ressemble pas vraiment à l’image que je m’étais fait du flic ces derniers mois, et encore moi à celle que j’avais d’un ami de longue date de Ray Monroe. Le problème c’est que c’est aussi quelqu’un qui parle énormément.

    Sans que je lui ai rien demandé, il m’a raconté comment il avait rencontré Ray. Apparemment ils avaient fait l’école de police ensemble. Ray étant plus âgé que lui et déjà stagiaire en seconde année, ils ne s’étaient pas adressé la parole tout de suite. Mais la maladresse de Ryan aidant, ils s’étaient rentrés dedans dans la salle de tir et après ça, chaque fois qu’ils se croisaient dans l’école, ils se disaient bonjour. Deux ans plus tard, Ryan devenu stagiaire - il avait redoublé sa première année - et Ray ayant obtenu son diplôme haut la main avant de s’engager dans la Brigade de Répression du Proxénétisme, ils s’étaient perdus de vu pour se retrouver quelques années plus tard lorsque Ryan avait enfin obtenu son diplôme. Scandant qu’il avait été touché par la malchance, il avait été envoyé dans la même Brigade contre son grès. Ses notes étant médiocre, on ne lui avait pas laissé le choix. Là, il avait revu Ray déjà Sergent et ils s’étaient vite liés. De toute évidence, la côté taciturne de Ray ne l’avait pas aidé à se créer une côte de popularité élevée et beaucoup des membres de la Brigade ne pouvaient pas le voir en peinture mais Ryan l’aimait bien lui. D’abord récalcitrant, Ray avait finalement fini par céder et ils étaient devenus bons amis. Lorsque Ray avait demandé une mutation à la Brigade Criminelle, Ryan l’avait suivit. Il m’assura même qu’il suivrait son Capitaine n’importe où, et tenta de me convaincre que malgré son attitude un peu « je m’en foutiste », Ray était un flic au sens de la justice ultradéveloppé et à l’obsession de la vérité hors du commun. Pour ma part il restait ce même connard qui avait fait capoté mon couple en plus d’avoir tout fait pour l’empêcher de naître.

    J’ai également appris que Ryan était marié et père de cinq enfants - en voilà un qui n’a pas chaumé ! - et que sa femme avait préféré avorter du sixième avant de se faire poser un stérilet contre la volonté de son mari. « Moi j’en voulais quatorze minimum ! » m’a-t-il hurlé, et j’ai réalisé qu’il était juif. Il m’a aussi révélé, dans la foulée, que Ray s’était marié il y a vingt-cinq ans, qu’il avait eu un fils un an après et avait divorcé un an plus tard. Là par contre j’étais pas étonné bizarrement.

    Lorsque, en début d’après-midi la veille de notre départ, je lui ai demandé plus d’information sur Gabriel lui-même ainsi que toute l‘histoire Kendallson - quand je me frotte à quelqu‘un, j‘aime en savoir un maximum - il m’a simplement répondu :

- On part demain, je te dirais tout dans le train. Pour l’instant je préfère te voir ruminer sur ta connerie.

    Et il avait raison. J’ai été con. À présent Tony était quelque part dans Paris, cette ville dans laquelle il a grandi et vécu toutes ces … choses. Mais pire encore, il était seul avec Ray pour unique compagnie qui devait certainement s’en donner à cœur joie avec des déclarations du genre : « Tu vois je t’avais prévenu pour ce Pérez à la mords-moi-le-nœud. » Je l’entendais d’ici et je fulminais.

    Pour celles qui se poseraient la question - comme si ça vous intéressait - non mon passage à l’hôpital ne m’a pas guéri de la nicotine. Au contraire j’en ai encore plus besoin. En deux jours : trois paquets. La seule chose qui me frêne c’est Ryan : « Éteins cette merde je supporte pas la fumée », sinon j’en aurais descendu cinq. Ouais, toutes les questions que je me pose ne m’aident pas à me calmer : Est-ce que Tony me pardonneras ? Est-ce que Ray me laissera entrer dans l’appart’ en un seul morceau ? Est-ce que Tony m’aime seulement encore ? Je panique, je l’avoue. Et pour couronner le tout, Philip Starkey qui n’arrête pas de m’appeler pour savoir où je suis passé et si je compte venir bosser un jour. J’ai pris un mois de congé maladie. J’ai cru qu’il allait se ramener ici pour me botter les fesses et je l’ai entendu fumer par les oreilles au téléphone quand je lui ai annoncé.

    L’heure du départ a sonné et nous voilà dans le train. Non, pas ce genre de train pourri dans lesquels faut mordre pour s’assoir. Un train qui a la classe - la première - un train spécial voyageur avec cabines individuelles non-fumeur - j’ai cru que j’allais l’égorger Ryan le Niais !! - et des rideaux rouges pour nous cacher des gens qui traversent le couloir. Voilà pourquoi on a dû attendre deux jours avant de partir. La première chose que j’ai demandé c’est :

- Pourquoi un train comme ça ? Avec un normal on serait déjà à Paris et les places coûtent moins cher.

- Plusieurs bonnes raisons. Déjà, c’est pas nous qu’on paie c’est le gouvernement -l’un des nombreux avantages d’être flic je suppose - ensuite c’est pour qu’on puisse discuter tranquille et enfin, c’est parce que toutes les demi-heure, y’a un contrôleur qui passe. Si Gabriel avait décidé de nous suivre, il se serait fait griller.

- Pas forcément, lui aussi a des papiers en règles.

- Oui c’est sûr, mais on a prit des précautions à la Brigade, tout le monde connaît sa gueule. Gare, aéroport, métro et même les quais. Il peut aller nulle part.

- C’est con ton système il peut très bien se déguiser.

    Ryan a rigolé.

- Quoi ?! me suis-je offusqué - c’est vrai quoi il m’énerve à se marrer chaque fois que je dis quelque chose.

- Si tu savais à quel point t’as raison ! m’a-t-il dit, hilare. J’ai eu beau dire que c’était complètement inutile mais ils ont insisté pour qu’on voyage en première classe.

- Qui ça « ils » ?

- Mes supérieurs.

- Tu leur en as parlé !

- Bah c’est le minimum.

- Et a Ray aussi ?!

- J’ai cru l’achever quand je lui ai annoncé.

    Il a rigolé.

- Il va me tuer, ais-je dis accablé.

- Mais nan ! Vois les choses positivement un peu.

- Il va me tuer très vite.

- Bah voilà c’est mieux.

    J’ai soupiré et enfouis mon visage dans mes mains. Ryan s’est levé pour tirer les rideaux côté couloir.

- Blague à part, a-t-il dit plus sérieusement, si je te dis à quel point t’as raison c’est que c’est vrai. Gabriel est ce qu’on appel un Caméléon.

- Hein ?!

- Caméléon. Tu connais pas la série avec Jarod ?

- Nan.

    Je suis patient mais y’a des limites. Ryan a regardé par la grande vitre, pensif. Le train étant toujours en gare, on ne voyait que les voyageurs qui s’entassaient sur le quai.

- Je crois pas que commencer par-là t’aidera à comprendre, a-t-il déclaré sans bouger, je vais plutôt commencer par le début.

    Sans blague, commencer par la fin ça marche pas généralement ?!

- Avec l’histoire de Ray.

- Et qu’est-ce que l’histoire de ce connard a à voir avec celle des Kendallson ! me suis-je écrié.

    Ryan m’a fixé intensément.

- Tout justement, me dit-il gravement, la vie de Ray est étroitement lié à celle des Kendallson et tout à commencé y’a une vingtaine d’année, presque trente je crois. Quand la petite sœur de Ray s’est fait violée à quinze ans.

    Mon souffle s’est coupé.

- Joshua Kendallson était dans l’histoire ? ais-je demandé d’une voix blanche.

- Non seulement il était dans l’histoire, mais en plus la sœur de Ray - qui s’appelait Sylvia - l’a clairement identifié comme étant son violeur. Malheureusement à cette époque Kendallson était déjà tout puissant et tenait le gouvernement par les couilles, comment je sais pas ! Moi la politique et toutes ces histoires de fric ça me dépasse. Bref, l’affaire a été classée sans suite, Sylvia traitée de menteuse et Ray n’avait plus qu’une idée en tête …

- La venger, ais-je terminé.

- Bingo. C’est pour ça qu’il est devenu flic.

- Dans la Brigade contre le Proxénétisme.

- T’as tout bon. Ray n’avait plus qu’une envie, trouver Joshua et lui trouer la peau.

- Et il a réussit.

    Ryan a gigoté, mal à l’aise.

- Ouais, ce que je vais te dire là doit rester secret hein ?

- Ok, ais-je répondu, pendu à ses lèvres.

- À l’hôpital, Ray t’as un tantinet menti. Quand on a fait cette descente dans la maison des Kendallson, on avait enfin de quoi le foutre au trou pour longtemps sans qu’il ne s’en sorte - un dossier en béton armé si tu préfères - et quand il nous a vu débarquer chez lui, Joshua s’est rendu.

- Mais je croyais que …

    Ryan a levé la main pour m’arrêter.

- Laisses-moi finir. Joshua s’est tout simplement rendu ! Sans arme ni rien, il a levé les bras devant Ray et moi - les autres membres de l’équipe ratissaient la maison - et nous a sourit. De toute évidence, il était persuadé qu’il s’en sortirait encore une fois malgré ce qu’on avait contre lui. Il avait forcément une carte dans sa manche. Et Ray l’a abattu de sang froid.

    Mon sang s’est glacé.

- Et je l’ai couvert, a déclaré Ryan dans un souffle, j’ai menti dans ma déclaration en affirmant que Joshua était armé, dangereux et qu’il s’apprêtait à mettre les voiles. Nos deux témoignages et la mort de Joshua ne tenait pas forcément la route mais le gouvernement nous était tellement reconnaissant de l’avoir enfin débarrasser d’une telle ordure qu’aucune enquête n’a été ouverte.

- Mais qui a mi le feu à la maison alors ?

- Tu devines pas ? Gabriel. Lui, il ne voulait pas qu’on l’attrape. Seulement cet imbécile avait oublié que son petit frère de neuf ans était attaché à un lit à l’étage du dessus. Je l’ai sauvé in-extremis. Après, l’histoire tu la connais, mais pas en détail. Je t’ai dis qu’on avait enfin quelque chose contre Joshua pour le faire plonger ?

    J’ai hoché de la tête.

- C’était une preuve de détournement de mineur. Ouais, jusque là on le poursuivait pour prostitution d’enfants mais on avait jamais réussi à le coincer avec ça et puis un soir une police locale nous appel, ils avaient une vidéo de chambre d’hôtel dans laquelle on voyait Joshua s’envoyer une prostituée mineur. On en a profité et construit un dossier à partir de ça. Malheureusement Ray a perdu les pédales et l’a buté. Pourtant ç’aurait été tellement plus intelligent de le laisser purger une peine de prison et voir son empire s’effondrer. Enfin …

    Il s’est tut alors que le train démarrait enfin. Il a regardé par la vitre. Cette fois, le paysage bougeait.

- Quoi qu’il en soit on a eu une belle surprise ce jour-là, reprit-il dans un sourire contrit.

- De quel genre ?

- Bah jusqu’ici on était persuadé que Joshua n’avait qu’un seul fils et que sa femme était simplement morte d’une overdose de drogue ou de coups. Mais on a trouvé un gamin dans cette maison. Et on a su que Ange était son second fils et que sa putain était morte en le mettant au monde. Là où on ne comprend pas, c’est pourquoi Joshua s’est embêté à élever un deuxième fils alors que Gabriel suivait honorablement ses traces. Et on ne le saura jamais.

- Tu veux dire que l’existence d’An … de Tony a été tenu secrète?

- Mmh pas vraiment secrète enfin, c’est difficile à expliquer ! On ne sait pas si c’est simplement pour s’amuser ou pour réellement garder la vie de l’enfant secrète mais, en interrogeant le petit et en fouillant les décombres de la maison on a découvert qu’il avait grandi dans une cave et qu’il ne sortait à l’air libre qu’en de rare moment quand son grand frère décidait d’aller le « promener » dehors comme un chien, attaché avec une corde autour du cou. Après un examen en soin intensif on a aussi découvert que l’enfant était souvent drogué et battu. Même violé. Le réhabilité a pas été facile mais Ray s’en ait occupé. Le fait qu’il prenne l’enfant de son ennemi sous son aile et qu’en plus il le confie à sa sœur Sylvia, j’ai pas trouvé ça très sain m’enfin.

    Une tristesse intense a envahit mon cœur. Et moi qui me plaignait d’avoir eu une enfance de merde avec un père alcoolique, je me sentais soudain très bête.

- Pour en revenir à Gabriel, après qu’il ait mi le feu à la baraque, il a disparu. Comme je te le disais, c’est un Caméléon, quelqu’un capable de prendre l’identité, même le caractère et l’apparence de n’importe qui. Un as du déguisement si tu préfères. Les autres de la Brigade l’ont cherché trois ans sans résultat, volatilisé le gars. Jusqu’à ce qu’il réapparaisse pour récupérer Tony.

- Je ne comprends pas, se n’est pas toi et Ray qui vous êtes occupé de lui courir après?

- Nan, nous on était de la Brigade de Répression du Proxénétisme, c’est-à-dire à fond contre les macs et autres proxénète du genre Joshua. Mais Gabriel n’était qu’un fugitif responsable de quelques meurtres et détournement de fond - à dix-huit ans je précise - il avait rien à voir avec nous et Ray n’avait rien contre lui. Il l’a laissé courir et a tenté d’oublier tout ça : Joshua et la course poursuite qui a duré des années. Seulement, Gabriel a commis une bourde. Quand il a tenté de récupérer Tony, la femme qui l’avait recueilli - donc la sœur de Ray - lui a barré la route et il l’a tué.

    Bon d’accord, là je commençais un peu à être triste pour Ray Monroe, mais pas au point de le trouver soudain sympathique et de comprendre ce qu’il ressentait. Enfin, juste un peu.

- Et rebelote, a reprit Ryan en regardant de nouveau par la vitre, Ray s’est fait muté à la Brigade Criminelle pour poursuivre Gabriel et je l’ai suivi. Je crois que se sont ses années-là qui ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Quelqu’un d’insupportable. Il croit dur comme fer que sa sœur est morte à cause de lui et il s’est occupé de Tony en le prenant comme enfant à charge alors qu’il avait déjà un fils. Je crois qu’il pourrait remercier ma femme là, c’est en parti elle qui a élevé Monroe junior !

    Et voilà, encore un mensonge de la part de Tony. Lui qui m’affirmait que Ray avait seulement pris soin de lui pendant un moment, alors qu’en réalité, il l’avait carrément élevé. Alors c’était quoi cette lettre ?! Des mensonges aussi ? Comment pouvait-il autant tenir à moi alors que Ray aurait dû être comme un père pour lui !

- C’est comme un cercle sans fin, a continué Ryan pensivement, Ray s’est certainement résigné à venger sa sœur jusqu’à la fin de sa vie.

    Il a tourné la tête vers moi.

- Imagines un peu, il choisit sa voix pour venger le viol de sa sœur et maintenant il ne vit que pour la vengeance.

- J’ai pas l’intention de le plaindre, c’est qu’un emmerdeur.

    Ryan a rigolé.

- On croirait l’entendre, vous vous ressemblez assez tous les deux.

    Je me suis renfrogné. Ouais, on me l’a déjà di. Bon, je résume. Je lui ai demandé de me raconter l’histoire des Kendallson j’ai eu le droit à celle de Ray. Encore là, ça passe à peu près, j’en sais plus maintenant. Mais je lui ai aussi demandé de me parler d’avantage de Gabriel et tout ce que je sais c’est que c’est un Caméléon. Là, ça passe pas du tout.

- Et Gabriel, ais-je dit, qu’est-ce que tu peux me dire de plus sur lui?

- Y’a beaucoup de chose à dire sur lui mais je ne sais pas si je suis le mieux placé pour t’en parler. Tu demanderas à Ray.

- Hein ?! Mais il va m’arracher les burnes avant que j’ai le temps de dire un mot !

    Il a rigolé.

- Pas si tu présentes des excuses convenable à Tony avant qu’il ne t’attrape. Tu sais bien que si Tony le lui demande, Ray ne te fera rien.

    Ouais mais j’ai pas non plus envie de me servir de Tony comme bouclier c’est nul ! Déjà que ce qu’il me dit dans sa lettre m’inquiète assez, quand il me promet de faire en sorte que Gabriel ne me fasses aucun mal j’ai peur. J’ai pas envie qu’il mette sa vie en danger. C’est à moi de le protéger.

    Ah si seulement j’avais pas réagis si bêtement !

- Tu m’excuseras j’ai un coup de fil à donner.

    Ryan est sorti. J’ai ouvert la fenêtre de la cabine et, le train étant lancé à grande vitesse, le vent s’y est engouffré. J’ai sorti mon paquet de cigarette, coincé une Gitane au coin de mes lèvres et sorti mon briquet. Le briquet, même si je sais qu‘il ne fonctionne plus. L’argent terni brillait faiblement. Je l’ai tourné et retourné dans ma main comme j’avais pris l’habitude de le faire.

    Je t’en prie Tony, pardonnes-moi.

    J’ai levé les yeux au ciel et fixé les nuages.

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