- Pardon, s’excusa-t-il en souriant, je t’ai réveillé ?
- Non, marmonnais-je en tournant la tête.
Je passais une main nerveuse dans mes cheveux histoire de leur donner une désinvolture structurée, conscient d’avoir une tête à faire peur au réveil. Mes yeux se baissèrent sur une couverture chaude qui gisait à mes pieds, apparemment déposée sur mon corps cette nuit pendant que je dormais. Oh non ! Il m’a vu dormir. D’après les dires je ronfle comme un porc.
Tony s’avança vers la table - située juste en face du canapé - et y déposa la sucrière et un sachet de pain de mie sans croûte. À sentir l’odeur du café qui régnait dans l’appartement, le petit déjeuné ne tarderait pas.
- J’ai ronflé? demandais-je abruptement.
Il tourna ses yeux bleus pétillants vers moi et me sourit à pleine dent avant d’opiner. Je soupirais et me prenais la tête dans les mains.
- À ce qu’il paraît je suis une vraie star du rock à moi tout seul quand je dors, lançais-je en souriant bien décidé à prendre ça à la rigolade.
Il rit.
- Toi au moins tu racontes pas ta journée à qui veut l’entendre, lança-t-il joyeusement, moi je parle c’est pas mieux.
- On fait la paire.
Il sourit puis baissa légèrement les yeux alors que moi je me retenais de ne pas le dévorer du regard. Mais vas t’habiller bon sang !
- Je suis désolé de t’avoir obligé à dormir ici, dit-il tout penaud, le canapé n’est pas très confortable et t’as dû garder tes fringues.
Je baisse un instant les yeux vers mon tee-shirt froissé et mon jean puis lui sourit.
- Bah c’est pas grave, argumentais-je, c’est pas comme si je devais prendre la voiture pour rentrer chez moi.
Il sourit.
- Il est quelle heure au fait ? demandais-je en oubliant que je portais une montre au poignet.
- Six heure et demi.
- Histoire de voir le point positif, je serais au moins à l’heure aujourd’hui.
- J’ai remarqué que tu courais souvent le matin, t’as vérifié au moins si ton réveil était à la bonne heure ? Ça m’est arrivé une fois, l’heure dans ma chambre et dans le salon n’était pas la même et du coup j’étais toujours en avance d’une bonne demi-heure.
Je souriais en me relevant, persuadé de n’être pas si bête - alors qu’en retournant dans mon appart’ dans une heure, je me sentirais bien stupide en découvrant que mon réveil avait un quart d’heure de retard.
- Du café? me proposa-t-il.
- Oui merci.
Je le regardais rejoindre la cuisine gaiement et se tendre sur la pointe des pieds pour atteindre une porte de placard. Suivant le mouvement, le tee-shirt large qui lui servait de pyjama se souleva et dévoila ses cuisses. Je détournais la tête, les lèvres scellées pour étouffer un juron, et me laissa tomber sur une chaise, les coudes appuyés sur la table, ma jambe droite se mit à tressauter. Oh non ! Ne bande pas ne bande pas ne bande pas !
Tony s’approcha et déposa une tasse pleine d’un café noir fumant devant moi.
- Monsieur est servi ! ironisa-t-il.
Et bien assis-toi sur mes genoux que je puisse te remercier …
Je serrais fort les poings alors que ma jambe redoublait ses tressautements et j’étouffais un juron dans un grognement. Mon genoux heurta le dessous de la table et la douleur me ramena à la raison.
- Ça ne va pas ? me demanda Tony, un peu inquiet.
Je levai les yeux vers lui et forçai un sourire.
- J’ai la tête dans le cul, répondis-je en tentant de calmer les battements de mon cœur.
Il me sourit.
Bon sang c’est pas vrai ! Il est tellement près que je peux sentir l’odeur de kiwi qui se dégage de ses cheveux - apparemment il vient de prendre une douche - et son corps est là, juste à porté de main !!!
Il retourne dans la cuisine et je ne peux détacher mon regard de ses hanches. Sous le ample tee-shirt, je devine la forme de ses fesses.
Je me gifle mentalement.
Maintenant que j’ai réussi à devenir un si bon ami pour lui je ne vais pas tout foutre en l’air ! De tout évidence lui ne me voit que comme un pote et je ne sais même pas s’il est gay - il s’est gardé ses secrets le bougre - ne gâches pas tout triple andouille ! J’inspire et expire lentement et les tressautements de ma jambe se calment. Tony me rejoint, sa tasse pleine de café dans une main et un pot de confiture dans l’autre. Il s’assoit près de moi, en bout de table, et sort une tranche de pain de mie du paquet. Les silences ne vont pas m’aider ! Bien décidé à penser à autre chose, je choisis le premier sujet de conversation qui me tombe sous la main :
- Faut que tu me dises si tes amis cachent tous des flingues sous leur veste, histoire que je prenne mes précautions à l’avenir.
Je ne fais pas dans la dentelle quand je pense avec ma queue. Affligeant. Mais, contre toute attente, Tony garde son calme et me sourit.
- Désolé, s’excuse-t-il en étalant de la confiture sur son pain de mie, j’aurais dû te prévenir plus tôt que Ray était flic mais je ne voyais pas l’utilité d’en parler.
Je pousse un profond soupir de soulagement. Il me fixe, amusé.
- J’suis rassuré! lançais-je en attrapant la sucrière. Pendant un moment j’ai cru qu’il s’agissait d’un gangster, un trafiquant de quelque chose quoi.
Tony perd brièvement son sourire et détourne le regard, les yeux voilés. Bah qu’est-ce que j’ai di ? Mais très vite, il reprend constance et me sourit de nouveau.
- Ça a dû te faire un choc, excuse-moi. Mais, même si Ray est du genre a dégainé pour rien, il est doux comme un agneau.
Je glisse un sucre dans mon café et m’empare de la cuillère, amusé par l’image mentale qui vient de prendre forme dans mon esprit : Ray coiffé d’une toison de mouton en laine blanche. Manquerait plus qu’il est un tatouage dans l’oreille.
- En tout cas cette nuit, j’ai pu découvrir une face de toi que j’imaginais pas, reprend Tony en me fixant de ses yeux brillants.
Je soutiens son regard, intrigué, tout en buvant doucement mon café chaud.
- J’aurais jamais pensé que tu sois si agressif face à quelqu’un, même si t’as été un peu décontenancé devant l’arme, t’es resté courageux et t’as pas bougé.
Je sens une bouffée de fierté m’envahir alors que Tony poursuit :
- C’est pas que ça m’a choqué mais, comment dire, plutôt impressionné. Ray est du genre à faire peur avec ses cent kilos de muscle mais toi, tu lui as fait face sans siller même si t‘avais aucune chance. Jusqu’ici je te prenais plutôt pour un … gros ours en peluche.
Je garde ma tasse près de mes lèvres et arque un sourcil. J’ignore si je dois rire ou pleurer. Je l’ai impressionnée, ok. Mais il m’a bien di que de toute évidence je n’aurais rien pu faire face à Ray le Flic Bourru et je dois bien admettre que c’est vrai. Avec sa carrure de grand basketteur dans le meilleur de sa forme, ce gars aurait fait blanchir d’effrois Sylvester Stallone, et moi du haut de mon petit mètre quatre-vingt - c’est rageant d’être un espagnol des fois * - et mes vingt kilos en moins, j’aurais pas fait le poids c’est sûr. Il me sourit.
- Quoi ? demande-t-il amusé.
Réalisant que je ne l’ai pas quitté des yeux tout le long de mes ruminations, je souris également.
- En fait j’ai vraiment un caractère de merde mais y’a qu’avec toi que j’arrive à être cool et généralement on me surnomme Le Taureau, pas l’Ours en Peluche, rigolais-je.
Il rit aussi, légèrement gêné.
- Pourquoi Le Taureau ? me demande-t-il en portant sa cuillère préalablement plongé dans son café à ses lèvres.
- C’est le surnom que me donne toutes mes conquêtes, selon elles je suis monté comme un taureau espagnol.
Il lâche sa cuillère se stupéfaction et sourit, le rose au joue. Je rigole.
- Mais l’Ours en Peluche ça me va aussi.
Je l’observe à la dérobée, tentant d’imaginer quelle différence de taille et de poids il peut y avoir entre nous. Vu comme ça je dirais qu’il doit faire un mètre soixante-cinq à tout casser et cinquante kilos tout mouillé. Pourtant avec tout ce qu’il avale …
Souriant, je le regarde s’enfiler sa quatrième tranche de pain de mie imbibée de confiture de groseille.
...
Arrivé au garage - à l’heure ! - je me gare et prend le temps de repenser à ce matin. C’est peut-être bête de ma part mais, alors qu’on discutait, je me suis surpris à penser à quel point cela pourrait être agréable de vivre avec lui. Bon vivant, toujours plein de joie de vivre, de bonne humeur et bon cuisinier, se serait déjà plus supportable que seul ou avec ma femme-dinde. Je secoue la tête. N’importe quoi moi …
Je descend de voiture et inspire à fond l’air froid alors que la nuit règne encore sur les alentours. Éclairé par des lampes basse consommation, le garage ne semble, à première vu, pas très accueillant.
J’avais oublié la satisfaction que c’était d’arriver à l’heure !
Karl sort de l’arrière boutique et stoppe net en me voyant, les yeux ronds comme des soucoupes.
- Bah, Grand Dan, lance-t-il éberlué, t’es tombé du lit ou quoi ?
- Lâches-moi, marmonnais je en l’évitant.
Je me stoppe plus vite que lui et reste paralysé. La colère monte peu à peu et je sens mon sang bouillonner de rage. Là, devant le garage, Ray le Flic Bourru est en pleine conversation avec mon chef qui ne semble pas apprécié sa présence. Je m’avance à grande enjambées, bien décidé à l’envoyer balader ! Je m’arrête à quelques pas de lui.
- Qu’est-ce que vous foutez-là vous ! Hurlais-je en leur coupant net la parole.
S’il se met à rôder autour du garage, là je vais vraiment commencer à avoir les chocottes. Il me lance un regard dédaigneux derrière ses lunettes.
- Tiens, l’immigré, maugréa-t-il.
Je sers les poings. Il me cherche vous le reconnaissez ?!
- Pérez, marmonne Philip Starkey apparemment aux limites de ce que sa patience peut supporter, rangez votre fierté à la con et asseyez-vous dessus, j’ai vraiment pas besoin de votre sale caractère maintenant.
- Ce sale connard a osé braquer son flingue sur moi ! criais-je décontenancé.
- J’en ai rien à secouer, c’est un flic il fait ce qu’il veut. S’il estime qu’il doit vous tirer une balle dans le cul parce que vous ne l’avez pas suffisamment torché ça le regarde.
Hein ?
Ray le Flic Bourru sourit.
- T’en fais pas l’immigré, me lance-t-il en décroisant les bras, je ne vais pas empiété sur ton territoire plus longtemps mais toi, t’as intérêt à dégager tes pieds du mien.
Il nous plante là, Philip et moi, et s’approche de sa moto. L’allusion furtive à Tony a fait mouche et mes mains se mettent à trembler. Autant que je me souvienne, c’est Tony lui-même qui lui a craché dessus ! Il s’éloigne dans un bruit de moteur assourdissant.
- C’était qui ce gars ? demande Karl en se grattant le menton.
- Je sais pas, réplique Doug en souriant, mais en tout cas il avait un cul à se damner.
Son amant le fixe, indigné.
- Arrêtez un peu les deux pédés, et la prochaine fois que vous vous tripotez la biscotte pendant vos heures de boulot je vous vire! s’écria Philip encore plus énervé qu’à l’accoutumé.
Je ne sais pas pourquoi mais j’ai bien l’impression que ces deux-là - Philou et Ray - se connaissent.
- La discrimination sexuelle est punie par la loi, répliquais-je amusé.
- Rien à branler, réplique mon chef, et pourquoi tu lui ais rentré dedans comme ça toi ?
- Il n’arrête pas de faire du gringue à mon voisin et ça m’énerve.
- AH ! s’écrit Doug en faisant sursauter tout le monde. Alors c’est lui que tu baises! Ton voisin !
Et il se met à rire.
- La ferme connard de tapette ou je t’éclate la gueule avec la décolleuse ! récriais-je les points serrés.
- Discrimination sexuelle t’as oublié ? coupe Karl dans un sourire.
J’ai envie de les lyncher.
- Alors comment il s’appel ? me demande Doug excité comme une pucelle - des fois j’ai vraiment du mal à le comprendre.
- Tony, répondis-je plus énervé que jamais, et je ne le baise pas c’est juste un pote c’est clair !
Doug continue de rire à gorge déployée et Karl sourit.
- Mais oui c’est ça on te croit, me lance-t-il.
...
« Double meurtre au garage des MontGoings !
Un employé, apparemment prit d’un excès de folie, aurait abattu deux de ses collègues d’un coup de clef à mollette ! »
...
Prédiction des journaux de demain.
Soudain, mon chef m’attrape par les épaules alors que les deux folles continuent de se fendre la poire.
- Comment t’as di qu’il s’appelait ? me demande-t-il une lueur inquiétant dans les yeux.
- Tony, pourquoi ?
- Son nom de famille !
- Euh … Tobias.
Je vois les couleurs quitter le visage de Philip Starkey et, me lâchant, il part s’enfermer dans son bureau en claquant violemment la porte. Je suis entouré de dingue.
...
* = certains pensent,
à tord, que les hommes espagnols sont grand, virils à souhait et
macho ! ( là je parle des purs sangs hein
) 2 choses sur 3 sont exacts. En
réalité, ils ne sont pas très grand. Mon père, un espagnol pur
souche, ne mesure qu'1m70 ( je suis plus grande que lui
) et ses frères c'est pas mieux.
Alors on peut même dire que Daniel est exceptionnellement grand
pour un pur Andalou 
C'est le plus grand
chap que j'ai écris jusque là ! Trop fier la Gabie
et en plus l'histoire avance
On réalise à présent qu'en réalité
Daniel n'est qu'un pauvre bougre plongé dans toute cette histoire,
prit entre deux feux ...
Mais, avec ce que prévois la suite de
l'histoire, je préfère tout bombarder d'humour ( bah oui c'est
drôle !
) tant que je peux.
Comment celui-ci va-t-il réagir
?

) mais je la trouve assez
marrante et je l'aime bien


)
)
J'avais dans l'idée de faire ça avec
plus de description salées mais ça aurait cassé l'ambiance croyez
pas 

)





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