Je me suis allongé près de lui et, blotti contre moi, il s’est endormi. J’ai caressé ses cheveux en désordre un certain moment, tout en constatant qu’il avait maigri puis me suis endormi à mon tour. Ouais, hormis ma sieste dans le train j’ai pas énormément fermé l’œil depuis quelques jours.
Lorsque Ray m’a gentiment réveillé - le connard m’a secoué comme un prunier ! - j’ai cligné des paupières et vu l’heure sur le réveil posé sur le bureau. Milieu de l’après-midi. Étant donné que je suis arrivé ici en fin de matinée, j’ai dormis uniquement quelques heures mais je me sentais incroyablement reposé.
- Je dois y retourner, m’a dit Ray dans un murmure, vous restez là.
J’ai acquiescé en silence et replongé ma tête dans la chaleur diffusé par le corps de Tony. Un froissement, puis la porte, et enfin le silence. Plus de Ray Monroe. Genre il nous a regardé dormir !! Tony a légèrement remué et j’ai relevé la tête. Il m’a sourit, mal réveillé. Je lui ai rendu son sourire.
- Comment tu te sens ? lui ais-je demandé.
- Bien mieux.
Il tremblait plus, c’était déjà un bon début.
- T’as faim ? Tu veux que je te prépare quelque chose ?
- Non je veux juste resté contre toi.
- Tony je ne suis pas psychologue diplômé mais ça se voit que t’as pas énormément mangé ces derniers jours. Je te fais un sandwich.
J’ai fais mine de me lever mais il m’a retenu en s’agrippant désespérément à mon tee-shirt.
- S’il te plait pars pas !
C’est de la peur que j’ai lu dans son regard et il a resserré sa prise.
- Tony le frigo est à cinquante centimètres du lit à peine, ais-je dis doucement.
Il a enfoui son visage contre mon torse. Comment voulez-vous résister à ça vous ? Je me suis rallongé près de lui. Court moment de silence puis :
- Qu’est-ce qui t’a décidé à me retrouver ? m’a-t-il demandé.
J’ai avalé ma chic. Beuh je pensais que c’était clair !
- Ta lettre, ais-je répondu en espérant que le message soit clair.
Il a relevé la tête, indécis.
- Ma lettre ?
- Bah oui, celle que t’as laissé à l’appartement.
- Mais Dany, je ne suis pas retourné à l’appartement. Dès que je suis sorti de l’hôpital quand tu … ( il a évité mon regard quelques secondes et j’ai senti mon cœur se serrer ) enfin, Ray m’attendait dehors sur le parking. Je me suis écroulé dans ses bras et il m’a amené directement ici. Ça doit faire une semaine que je suis enfermé là. J’ai jamais écris de lettre.
J’avais peur de comprendre. Légèrement perdu, j’ai sorti le briquet en argent de ma poche de pantalon.
- Tu m’as même laissé ça dans l’enveloppe, me suis-je entêté.
Son regard s’est illuminé lorsqu’il a identifié l’objet. Il me l’a prit des mains et la serré contre son cœur.
- Je l’avais perdu, a-t-il murmuré en souriant.
Bing Bang Putain !! - tilt vous aviez oublié ?
J’ai serré les poings. C’était un putain de piège ! Je me suis levé précipitamment.
- Restes ici je reviens, ais-je lancé à Tony.
- Non Dany !
- Restes là surtout !
Et je suis sorti en trombe du studio. En laissant la porte ouverte.
Trop énervé pour attendre l’ascenseur, j’ai dévalé les escaliers de services. Une fois au rez-de-chaussée, j’ai constaté qu’un nouveau Bob avait remplacé Bob 3 - celui-là on va l’appeler Bob 4, autant resté dans la logique des choses - il m’a suivis du regard lorsque je suis passé devant lui comme une furie. Jusque là, rien d’anormal me direz-vous.
Celui que je voulais s’était arrêté sur le trottoir pour allumer une cigarette. J’ai poussé la porte de l’immeuble et l’ai tourné vers moi, de la haine dans les yeux. Ray Monroe ne semblait pas étonné de me voir débouler là près de lui.
- Espace de connard ! ais-je explosé.
Il m’a forcé à lâcher prise.
- Qu’est-ce que vous faites là Pérez je vous avais di de rester là-haut ! Gabriel est dans le quartier on a retrouvé deux de mes hommes flingués dans leur voiture y’a pas dix minutes, retourné dans le studio.
- Pas tant que vous m’aurez expliqué.
Pas de panique, y’a un Bob qui surveille l’entrée.
- Vous faites chier Pérez !
- Pourquoi vous avez écrit cette lettre ?
Il m’a regardé quelques secondes et j’ai cru un instant qu’il allait exploser de fureur en hurlant que j’étais un crétin qui déblatérait des conneries, mais il a sourit et m’a dit :
- Vous en avez mi du temps.
- Vous avez tout manigancé espèce de salop !
- Vous n’imaginez même pas à quel point. Même l’emménagement de Tony en face de chez vous était calculé.
J’ai glissé un regard à Bob 4 qui nous regardait de l’autre côté de la porte vitrée de l’immeuble l’air de pas trop bien comprendre. Le fait que la forme de son visage caché derrière ses lunettes noires me soit familier ne m’a même pas effleuré. Pas même lorsque j’ai constaté que la blondeur de ses cheveux n’avait rien de naturel.
- C’est moi qui ai élevé Tony ! a reprit Ray l’air de croire que c’était une révélation pour moi. Le réhabiliter n’a pas été une partie de plaisir, il faisait des crises d’angoisse dès qu’il se retrouvait seul dans le noir ou faisait des cauchemars, il hurlait dès qu’on le touchait et avait la trouille de foutre un pied dehors ! Mais y’a un truc que j’ai vite compris. Il ne s’accrochait pas à la vie pour moi ou grâce à moi, mais grâce à un briquet à la con ! Il avait qu’un nom à la bouche : « Daniel Pérez », il se servait du souvenir d’un gars qu’il ne connaissait même pas pour survivre, il avait fait de vous un exemple à suivre, une idéologie. Vous étiez son héros et un jour j’ai carrément compris qu’il était amoureux d’un bouffon qui lui avait refilé un briquet merdique !
Le ton était monté et j’étais trop estomaqué pour dire quoi que se soit.
- Ça fait dix ans qu’il vous vénère et vous aime et moi ça fait dix ans que je vous ai en travers de la gorge. J’ai lutté pour que Tony devienne indépendant et vive enfin pour lui mais non ! Il vivait pour vous, il voulait vous retrouver et vous dire simplement merci ! Je vous ai haï pour ça, moi qui m’échinait pour qu’il vive comme tout le monde, vous, avec quelques secondes et un putain de briquet, vous l’aviez enchaîné à vous !
C’était trop délirant pour que j’y crois. Malgré moi, j’ai reculé d’un pas.
- Quand j’ai appris que Gabriel s’était évadé j’ai eu une idée. Je ferais d’une pierre deux coups en me vengeant et de lui et de vous.
Alors Ryan avait raison, Ray n’était capable de vivre qu’à travers la vengeance même avec des choses si futiles.
- Tony était enfin devenu sociable et avait besoin d’un boulot. J’ai fais des recherches sur vous et lui ai trouvé un job tout près de chez vous et même un appartement en face du votre. Vous n’êtes pas compliqué à cerner Pérez, vous ressemblez à Gabriel a un point inimaginable. Tout comme lui vous détestez perdre, vous détestez qu’on vous mettes des bâtons dans les roues, vous détestez qu’on se dresse en face de vous et vous détestez qu‘on vous prenne ce qui vous appartient. Il fallait simplement que je fasse en sorte de me dresser entre vous et Tony et le reste vous l’avez accomplis tout seul. Vous avez tout fait pour gagner contre moi et vous ferez tout pour gagner contre Gabriel !
Mon souffle s’est coupé. Alors tout ça, tout ce que je suis en train de vivre depuis le trente et un octobre, tout ça était voulu par Ray Monroe ?
- Je vous ai menti à l’hôpital en vous disant que la première chose que ferait Gabriel en sortant de prison c’était de chercher Tony. Gabriel est pas fou, il est moins con que son père. Il a fait dix ans en taule et ne veut pas courir le risque d’y retourner. On ne l’a vu qu’une seule fois rôder autour de l’appart’ de Tony et c’est le jour où vous l’avez rencontré. Le reste du temps il était impossible à localiser. La première chose qu’il a fait une fois à l’air libre s’est de s’envoyer des putes gay et reprendre contact avec les anciens associés de son père. Avant de tenter quoi que se soit pour reprendre son frère il lui fallait devenir aussi puissant que son paternel et nous tenir par les couilles ! Je ne pouvais pas attendre ça, il fallait que je trouve un moyen pour le forcer à sortir de son trou, et c’est là que vous entrez en jeu. Gabriel n’a pas supporté que vous touchiez son frère et maintenant vous êtes le premier dans sa listes des connards à éliminer et ça va pas traîner !
Je lui ai envoyé mon poing dans la gueule, j’ai vu rouge. En gros, il a utilisé Tony pour m’appâter moi et Gabriel pour que tout ça se termine en règlement de compte entre nous. Tout de suite, je me suis revus sur le ring. Plus vite tu frappes, plus vite tu gagnes ! Et j’ai frappé vite et fort. Il a prit le coup de poing en plein dans la figure et, déstabilisé par mon geste, il s’est écroulé par terre. Sans attendre qu’il se redresse, dégaine ou fasse quoi que se soit d’autre, je lui ai asséné un coup de pied dans l’estomac. Il a toussé et roulé sur le côté.
Ha Ray Monroe ne s’attendait pas à ça ! Le gros nounours de Tony, qui passe son temps à grogner sans prendre l’initiative de mordre, a enfin sortit les crocs ! Moi aussi quand je m’énerve ça fait très mal monsieur Monroe !
- Tony n’est pas un putain d’objet de luxe dont on se sert pour ses règlements de compte perso ! ais-je hurlé en le tirant par le col, penché au-dessus de lui. C’est un être humain qui a besoin de vivre et de respirer !
Je l’ai laissé retombé au sol, le nez en sang, et suis de nouveau rentrer dans l’immeuble. Je me suis approché de l’ascenseur, remonté à bloc, et ai abattu mon poing dans le mur en hurlant :
- Putain !
Puis j’ai tourné la tête pour balayer le rez-de-chaussée du regard. Quelque chose clochait. Ou plutôt : quelque chose manquait. Il ne m’a pas fallu longtemps pour découvrir de quoi il s’agissait. Bob 4 n’était plus sur sa chaise. Bêtement, j’ai regardé de nouveau partout, même au sol. C’est stupide comme réaction, comme si le gars s’était transformé en cafard, mais ça m’a au moins permis de comprendre. Du sang coulait de sous une porte sur laquelle était marquée : interdit au public. Je me suis approché doucement, le cœur battant à cent à l’heure, puis l’ai ouverte. Allongé par terre dans un mélange de sang, d’éclat d’os et de bouillie de cervelle, Bob 3 - avec qui j’avais si intelligemment échangé quelques paroles en arrivant le matin-même - croulait sous les balais et autre ustensiles de maintenance.
Je suis resté paralysé à le fixer quelques secondes avant de me ruer dans l’escalier de service en hurlant :
- Tony !!!
Va y avoir du sport mes enfants !
c'est un salaud Ray..complétement imbécile et aveuglé par sa vengeance


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