La pièce est entièrement noire. Et pourtant je le vois cet enfant totalement nu recroquevillé dans un coin. Ses pleurs raisonnent contre les murs. J’avance d’un pas. Il relève la tête. Ses yeux bleus me transpercent et les larmes coulent sur mes joues. Tony est blessé, de son corps meurtri s’échappe des filets de sang et l’odeur fraîche me paraît désagréablement réelle.
- Daniel? appel-t-il d’une voix tremblante.
Il ne me voit pas. Ses yeux passent à travers moi sans me remarquer. Je tente d’avancer de nouveau mais reste cloué sur place. J’ouvre la bouche pour lui dire que je suis là mais aucun son ne sort de ma gorge nouée.
- Dany, murmure l’enfant entre deux sanglots, tu m’as abandonné.
Mon cœur se serre et je tente de crier. Toujours rien.
- Pourquoi tu m’as abandonné ? répète-t-il plus fort.
L’image de Tony disparaît et ma mère apparaît à sa place, telle que je l’ai vu la dernière fois qu’elle était en vie. Un débardeur blanc, une jupe rouge volante ample et un châle bleu sur les épaules. L’odeur musqué de ses cheveux remplace celle du sang.
- Tu devais le sauver Dany, me dit-elle de sa voix douce.
- Pardon, ais-je réussi à dire.
Les larmes coulent sur mes joues.
- Se n’est pas à moi qu’il faut que tu présentes des excuses Dany.
Ma mère disparaît et je me retrouve seul dans le noir.
- Maman ? appelais-je en pleurant. Maman !!!!
Je me laisse tomber à genoux et pleure sans retenu. Soudain, parmi mes sanglots, d’autres viennent s’y ajouter. Je relève la tête et tend l’oreille.
- Non, murmure une voix suppliante, pas Dany je t’en prie.
Je reconnais la voix de Tony et me redresse. De nouveau, je suis incapable de parler.
- Ne lui fais pas de mal, pitié.
La voix s’élève en échos. J’ai beau tourner sur moi-même, je n’en trouve pas la source.
- Fais ce que tu veux avec moi mais ne le touche pas.
Je commence à paniquer. Tony est en train de s’offrir en pâture pour quelqu’un qui l’a jeté ! Puis enfin, un souffle :
- Daniel …
Derrière moi ! Je me retourne.
Mon cœur manque un battement. Tony est allongé au sol, inerte, la peau anormalement blanche, quelqu’un est penché au-dessus de lui, la tête enfoui au creux de son cou. Non, c’est ma place ici !!! L’homme se redresse et je croise son regard.
Gabriel.
Ses canines démesurément longues sont gorgées de sang qui s’écoule en filet sur ses lèvres et son menton. Il me sourit.
- Tu l’as tué.
Je me tourne de nouveau. Ray Monroe me regarde, son regard glacé caché derrière ses lunettes noires. Il pointe son flingue sur moi.
La détonation.
Je me réveille en sursaut.
- Allo la Terre ici la Lune ! scande Ryan en agitant ses mains devant moi. On est arrivé.
Je regarde par la vitre et plisse les paupières sous la lumière vive du soleil. Je secoue la tête pour m’éclaircir les idées. Un rêve évidemment. Je suis Ryan dans les couloirs du train. Qu’est-ce que l’inconscient peut être bizarre quand même. J’ai fuis ma mère et trahit ma famille alors s’est elle qui m’annonce que je n’ai pas sauvé Tony, et là je vois Gabriel qui vide Tony de son sang, comme un vampire. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il l’a privé d’une vie normale des années et que si je ne le sauve pas il recommencera.
On débarque sur le quai de la Gare de l’Est.
C’est une manie ça chez moi, certainement parce que ma mère était diseuse de bonne aventure et que l’explication des rêves faisait partie de ses « dons » hormis la lecture des cartes et des lignes de la main - nan elle utilisait pas de boule de cristal. Bref, du coup chaque fois que je fais un rêve je m’efforce de l’interpréter.
On est sorti de la gare et traverser la cour caillouteuse pour s’arrêter sur le trottoir ou certains bus et voyageur attendaient. En face, de l’autre côte du boulevard, mon regard s’arrête. Mon cœur se serre. Je reconnais ce coin de mur, ce bâtiment. Je revois son petit corps recroquevillé sous la pluie battante.
Ryan me secoue par l’épaule.
- C’est pas le moment d’être dans la lune, lance-t-il, notre carrosse est arrivé.
Une Mercedes noire aux vitres fumées s’arrête pile à notre hauteur. Vachement discret comme arrivée.
Ryan s’y engouffre et je le suis. Je pose mon sac de voyage à mes pieds et lève les yeux. Deux hommes en costume noir, cravate noire et chemise blanche - sans oublier l’accessoire indispensable de l’agent secret qui veut à tout prix passer inaperçu : la paire de lunette noire - sont assis devant. C’est qui eux, les Men In Black ? Aucun des deux ne me regarde m’enfin, c’est pas comme si je pouvais voir quoi que se soit derrière ces lunettes.
Je regarde Ryan.
- À quoi tu joues ? demandais-je en grognant presque - oui ça faisait longtemps.
- C’est pour faire peur à Gabriel, répond-il dans un sourire contrit.
- Hourra j’suis sûr qu’il a chié dans son froc là !
J’ai entendu l’un des deux Men In Black - ouais bon, généralement des gardes du corps comme ça ça s’appel Bob alors on va les appeler Bob 1 et Bob 2 - se racler la gorge, agacé. Qu’est-ce t’as t’es pas content Bobby ?! Moi aussi je suis capable de me déguiser en copie de Ray Monroe d’abord ! Au fait, pourquoi il est apparu dans mon rêve lui ? Beuh certainement parce que Ryan venait de me faire un cour détaillé sur sa vie.
- Au fait, me dit Ryan alors que la Mercedes hyper discrète se faufile dans les embouteillages, tout ce que je t’ai di dans le train ça reste entre nous hein ?
- À qui je pourrais répéter tout ça et à quoi ça me servirais t’façon ?
- J’sais pas, à énerver Ray par exemple.
- J’suis pas suicidaire !
- Nan mais t’es con.
Bon y’en a marre à la fin !
Je grogne et Ryan se marre.
- Détends-toi, Ray est au rapport à la Brigade aujourd’hui, le bâtiment où Tony et lui sont logés est généralement réservé aux jeunes recrus qu’ont pas de quoi avoir un appart’ dans l’immédiat, il est bourré de flic et surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Gabriel ne risque pas de se montrer là.
- C’est pas Gabriel qui me fait peur.
- Je t’ai di que Ray était au 36 ! Ndla : pour les ignares, la Brigade Criminelle est située au 36 Quai des Orfèvres.
- C’est pas non plus de Ray que j’ai peur.
Cette fois, Ryan s’est tu.
De qui j’ai peur ? De Tony. Avec les choses atroces que je lui ai dites, il risque de m’en vouloir. Moi-même je m’en voudrais.
On a finit par arriver au « 36 » comme dit Ryan. Ndla : je ne sais pas à quoi il ressemble alors je préfère ne pas le décrire ^^ On l’a contourné pour arriver devant un immeuble tout à fait identique au millier d‘autres présents dans la capitale. La voiture s’est arrêté et je ne suis pas descendu. Les deux Bob commençaient à s’impatienter lorsque Ryan a soupiré :
- Je vous ai connu plus courageux.
Beuh quoi, j’ai pas le droit de paniquer ?!!! Je lui ai lancé un regard noir avant de descendre.
- Sixième étages! a-t-il eu le temps de me crier avant que je ne ferme violemment la portière.
Quand même j’suis ingrat, il m’amène jusqu’ici et moi je le lourde. Ouais mais il avait qu’à pas être chiant ! Je suis entré dans la bâtiment. Là, un Bob 3 m’a regardé, enfin il a tourné sa grosse tête carré et ses grosses lunettes carrées vers moi j’ai donc deviné qu’il me regardait.
- Daniel Pérez ? m’a-t-il demandé.
- Nicolas Sarkozy ? ais-je répliqué.
Il a pas trouvé ça drôle. Ah j’ai pensé qu’on jouait à un jeu des devinettes moi.
- Carte d’identité, m’a-t-il ordonné.
- Elle peut être fausse.
Il a pas trouvé ça drôle non plus.
- Je suis sensé vous poser une question dont seul vous connaissez la réponse.
Ah, Ryan ne m’en a rien dit ! Il était trop occupé à raconter sa vie ce gros lourd.
- Combien d’enfant a Ryan Hampton ? m’a demandé Bob 3.
- C’est une blague ? ais-je rétorqué.
- Nan un record.
C’est vrai que c’est plus une famille c’est une équipe de basket.
- Cinq, ais-je enfin répondu.
- Vous l’avez di au pif ?
- Ouais.
Il a enfin sourit.
- Allez-y, m’a-t-il dit.
Et j’y suis allé. Le pire c’est que oui, je l’ai di au pif. Ouais je sais, Ryan m’en a parlé dans le train - c’était fait exprès vous croyez ?! - mais tout ce dont je me souviens c’est que ça commençait vaguement par « sein » et se terminait par « queue » - je vous vois venir bande de perverses et oui je sais on appel ça un transsexuel. Bon j’avoue le choix était limité.
Je suis monté dans l’ascenseur, sixième étage. Et plus l’ascenseur montait, plus mon stress montait avec lui. J’ai serré la bandoulière de ma main moite et repensé à ma mère. Tu avais tord maman, à toi aussi je dois des excuses. Toi aussi je t’ai abandonné. J’ai inspiré et expiré à fond pour tenter de me calmer. L’ascenseur à fait « Ding ! » et la porte s’est ouverte. Au dernier étage, il y avait trois portes. Bah c’est malin, c’est laquelle ?!
Mon portable a sonné. J’ai décroché.
- C’est la seule porte qu’a pas de nom.
- Ryan ?! me suis-je écrié. Mais comment ?
- Lèves la tête.
J’ai obéis bêtement et croisé le regard d’une caméra de surveillance.
- Coucou, m’a dit Ryan dans le combiné.
J’ai souris.
- T’es vraiment trop con.
- Regardes dans ta poche, m’a-t-il répliqué.
J’ai glissé ma main dans la poche de droite.
- Nan l’autre.
Poche de gauche. Une petite clé. J’ai relevé les yeux vers la caméra.
- Je te l’ai di qu’avant de m’engager dans la police j’avais été pickpocket au lycée ?
J’ai secoué la tête en signe de dénégation.
- Bah maintenant tu le sais, a-t-il rigolé.
J’ai souris.
- Merci, ais-je dis plein de gratitude.
- Arrêtes, un Pérez qui se repend c’est flippant, j’te préfère quand t’es con.
J’ai rigolé.
- Allez courage.
Et il a raccroché. J’ai rangé mon portable dans ma veste tout en continuant de regarder la caméra. Puis je me suis tourné et me suis approché de la seule porte sans nom. J’ai glissé la clé dans la serrure. Puis suis entré.
Un petit studio sans prétention, dix mètres carré peut-être un peu plus, un couloir étroit où je peux à peine me glisser, une porte sur la droite et en face une petite pièce qui sert à la fois de cuisine, de bureau et de chambre : une cuisinière sur la gauche, une armoire sur la droite avec un bureau devant et un lit pour terminer le tout - y’a aussi une sorte de mini-bibliothèque en face du bureau - et sur le lit : Tony. Et du sang. Ndla : là je vous ai fait la description de MON studio ^^
Tony semblait dormir et il était affreusement pâle comme dans mon rêve. Je me suis précipité, affolé, et laissé tomber mon sac sur le sol dans un bruit sourd. Des bandages rougies entouraient ses poignets et il respirait difficilement. Je me suis accroupi près du lit et ma gorge s’est serrée. Tendrement, j’ai repoussé une mèche de ses cheveux. Il a gémit.
- Tony, ais-je dis doucement, qu’est-ce que t’as fais ?
Il s’est brusquement tourné et, en perdant l’équilibre, je me suis appuyé au sol. Ma main a rencontré quelque chose que j’ai eu peur d’identifier. Une boîte de calmant gisait au sol, vide. J’ai commencé à paniqué et me suis redressé.
- Tony !
Il a de nouveau gémit.
- On ne vous a jamais appris à fermer les portes Pérez ?
Je me suis retourné. Dans le petit couloir du studio, Ray Monroe me fixait de ses yeux noirs. Je ne l’avais même pas entendu arriver. Il était pas sensé être au « 36 » ? J’ai même pas eu le temps de faire ma prière c’est de la triche ! Il a fermé la porte et s’est approché. Sans le quitter des yeux, je l’ai regardé retirer sa veste en cuir et la poser négligemment sur la chaise du bureau. Il s’y est appuyé et m’a regardé.
- Je l’ai trouvé en arrivant ce matin, m’a-t-il dit, il s’est ouvert les veines sous la douche. Il a pratiquement pas perdu de sang je suis arrivé juste après qu’il se soit tailladé mais il a fait une crise d’angoisse après ça, j’ai dû le tranquilliser.
- Le tranquilliser ! ais-je explosé en me redressant. Complètement shooté ouais !
- La faute à qui ?
En plein dans ma poire. J’ai serré les poings et ravalé ma réplique.
- Vous me tabassez pas ? ais-je demandé.
Il a arqué un sourcil et m’a regardé comme si j’étais l’idiot du village. Puis il a soupiré.
- Ça me démange croyez-moi mais il ne va pas tarder à se réveiller et en vous voyant il se jettera à votre cou en hurlant qu’il vous aime et qu’il vous demande pardon. Si je vous arrange le portrait je serais obligé de m’excuser et ça m’enchante vraiment pas.
Il a tiré la chaise pour s’y assoir et a sortit son arme pour la démonter et commencé à la nettoyer. J’ai jeté un œil à Tony pour vérifier qu’il dormait toujours et reporté mon attention sur Ray.
- Dites-moi tout sur Gabriel.
Il m’a jeté un regard furtif.
- Pourquoi ? m‘a-t-il demandé.
- Un ennemi de ce genre je préfère en savoir plus sur lui.
- Vous voulez pas plutôt tout savoir sur lui parce que c’est le grand frère de Tony et ça vous rapprocherais de lui ?
Mais comment il fait pour être si perspicace ?!
- Peut-être, ais-je di.
- Qu’est-ce que vous voulez savoir ?
- Tout.
- Y’a pas grand chose à dire sur lui en réalité.
- Dites toujours.


Tonyyyyyyyyyyyyyyy !!

Je m'attendais presque même à ce que ce soit un piège et que genre en montant dans la chambre il tombe sur Gabriel xD
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