Le 3 décembre
Sans quitter la porte d’entrée des yeux, il sortit son paquet de Marlboro de sa poche, saisit une cigarette entre ses lèvres et l’alluma. Derrière ses lunettes noires, son regard sombre était empli de méfiance et d’appréhension. Déjà presque dix-neuf heures trente qu’est-ce qu’il foutait ? D’un geste nerveux il ramena ses longs cheveux noirs en arrière et tenta de trouver une position plus confortable sur sa moto. Il y a à peu près trois semaines, Tony lui avait demandé de ne plus se déranger pour venir le chercher à son travail, apparemment son voisin de palier s’était proposé. Non mais qu’est-ce qu’il croyait, qu’il prenait ça pour une corvée?! Et ce Daniel Pérez, il ne lui faisait pas confiance. Il lui ressemblait beaucoup trop …
Dès que la voiture fut dans son champ de vision, il se redressa. Garé assez loin de l’immeuble, aucune chance pour que Tony le voit, il était bien trop imprudent pour prendre la peine de regarder de chaque côté de la route avant de traverser - un vrai gamin à qui il fallait tenir la main - mais ce Pérez, il espérait bien croiser son regard.
La voiture s’arrêta à sa place habituelle. Les deux hommes descendirent. Ils riaient et se parlaient d’une voix forte, apparemment en plein débat. Même s’il ne pouvait voir ce Pérez en couleur, il était bien forcé d’admettre qu’il avait su redonner le sourire à son protégé. À peine eut-il atteint le trottoir d’en face que les yeux de braise de Daniel Pérez rencontrèrent son regard de charbon. Les deux hommes se lorgnèrent du regard quelques brèves seconde avant que l’espagnol ne disparaisse dans l’immeuble à la suite de Tony.
Voilà, le message était passé : « Méfies-toi je veille toujours sur lui. »
D’un geste brusque, il jeta sa cigarette à moitié entamé sur le bitume froid et mouillé de pluie avant de mettre sa moto en route. Dans un vrombissement de moteur, il s’élança et disparu au coin de la rue. Pourquoi fallait-il que Tony prenne son indépendance à ce moment-là?! Il serra les dents et fit une queue de poisson à une Renault particulièrement lente qui manifesta son mécontentement par un furieux coup de klaxon. C’était devenu bien trop dangereux pour qu’il lui demande de rester à l’écart! Quel inconscient. Même s’il comprenait parfaitement que Tony avait désormais besoin d’oublier et de laisser tout ça définitivement derrière lui, son terrible passé le rattrapait bien plus vite que prévu.
Bouillonnant de rage, il ne fit guère attention au feu rouge et continua sa route en slalomant entre les voitures. Il savait où aller. Voilà des jours qu’il le surveillait. Il était temps qu’il sache lui aussi. Quelle ironie qu’il vive si près de là où Tony avait emménagé. Quoi que ça l’arrangeait. Il avait tellement envie de le revoir …
Arrivé devant l’immense grille en fer rouillé, il gara sa moto et releva la tête. Le garage était fermé à cette heure et, plongé dans le noir, le bâtiment de taule semblait plus instable qu’à l’accoutumé. Le jour où il s’effondrera sur la tête de tous ces mécaniciens, qu’ils ne viennent pas pleurer. Il coupa le moteur, mit la cale et descendit. Le cuir de sa veste crissa en accompagnant ses mouvements, recouvert d’une fine couche de pluie froide. Quel temps pourri.
Il tourna la dos à la grille de fer forgé et fixa son regard noir sur une indépendance collée à l’arrière boutique du garage. Une petite maisonnée de pierres effritées aux couleurs oscillant entre le beige et le marron. La porte de vieux bois semblait plus absorber l’eau que la repousser. Il s’approcha, regarda tout autour de lui et frappa doucement. Il entendit un bruit effroyable et devina qu’un quelconque ustensile de cuisine venait de percuter le sol apparemment en dallage. Un juron, des bruits de pas puis Philip Starkey ouvrit sa porte. D’abord furieux, son visage perdit toute couleur et ses yeux d’ambre s’arrondirent comme des soucoupes. Sa bouche entrouverte formant un « Oh! » muet, resta longtemps silencieuse. Quelques secondes passèrent ainsi puis :
- Nom de Dieu Ray c’est toi!! s’étonna-t-il d’une voix blanche.
Ray Monroe retira ses lunettes noires.
- Qui d’autre ? rétorqua-t-il abruptement.
- J’ai une furieuse envie de fermer cette putain de porte sur ta putain de tronche!
- Moi aussi je suis content de te revoir n’en doute pas.
La porte se referma d’un coup sec et Ray Monroe se retrouva dehors alors qu’une pluie fine et glaciale commençait à tomber. Il soupira. Dix ans et cet imbécile n’avait pas changé. Il sourit. Tant mieux au fond. Il toqua de nouveau sur la porte.
- Casses-toi!
- Phil ouvre c’est important.
- M’en fou vas voir ailleurs si j’y suis!
Ray soupira. Autant lâcher la bombe tout de suite :
- C’est Gabriel il s’est échappé le mois dernier on le cherche toujours.
Très court silence. La porte se rouvrit brusquement, une main saisit Ray par le colle puis le tira à l’intérieur. La porte se referma violemment. Philip Starkey la ferma à double tour puis se retourna et plaqua son dos contre le montant de bois. Son visage affichait une terreur sans nom.
- C’est des conneries! lâcha-t-il d’une voix mal assurée. Ce connard en avait prit pour vingt ans!!
- Apparemment c’était trop long pour lui et il s’est évadé. On a retrouvé sa trace il y a quatre jours, il est dans le coin.
Philip enfouit son visage dans ses mains et poussa un gémissement partagé entre le désespoir et la rage.
- Putain putain putain, marmonnait-il.
- Accepte notre protection s‘il te plait, dit doucement Ray, c’est pas sûr qu’il s’en prenne à toi mais on ne veut courir aucun risque.
« Enfin moi surtout » ajouta-t-il pour lui-même.
Philip Starkey se redressa, ses yeux dorés brillant de colère.
- Pas sûr!!!! s’écria-t-il. Pourquoi il serait ici si c’est pas pour me tirer une balle dans la tête hein?!
- Tony est en ville, c’est pour lui qu’il est là.
Un long et lourd silence s’installa. Philip continuait de fixer Ray Monroe dans les yeux, n’osant trop y croire. Tony était là!! Ce petit fils de pute qui avait gâché sa vie et fait de lui un reclus? Ses jambes se mirent à trembler et son sang pulsa dans ses tempes. C’était trop d’information d’un coup. Tout doucement, les larmes remplirent ses yeux et coulèrent sur ses joues. Il prit son visage entre ses mains et sanglota doucement. Ray s’approcha et posa ses mains sur ses épaules.
- Ne t’inquiètes pas, murmura-t-il doucement.
Mais Philip le repoussa violemment.
- Ne me touches pas!!! cria-t-il, dément. Tout ça c’est de ta faute on aurait jamais dû t’écouter! T’as foutu ma vie en l’air connard!!! Elle est morte à cause de toi, de toi !!!
Ray serra les poings de rage.
- C’est peut-être de ma faute aussi si t’as pas été capable de la protéger?!! rétorqua-t-il avec force.
Réagissant au quart de tour - comme toujours - Philip se jeta sur Ray. Le projetant contre le mur, la rage lui fit oublier qu’il était moins costaud de vingt bon kilos et Ray prit vite le dessus. Il l’envoya valser à l’autre bout de la pièce sans grand effort. Philip percuta une petite table branlante et, le souffle coupé, glissa lentement sur le sol.
Fou de colère, Ray le saisit par le bras, lui tordit dans le dos et le releva. Sa victime poussa un cri de douleur et, les jambes flageolantes, serait tombé si Ray ne le tenait pas si fort contre lui. Levant les yeux vers le plafond, il tenta de se concentré sur l’ampoule à économie d’énergie qui pendant lamentablement, baignant la pièce d’une faible couleur orangé - économe c’est sûr mais merdique en éclairage - afin d’ignorer l’ivresse qui faisait battre son cœur. Dans son dos, il sentait le torse puissant de Ray se soulever à chaque respiration, et son souffle qui venait chatouiller sa nuque. Pourquoi sa bouche était-elle si près? Lorsque Ray se pencha pour venir humer l’odeur au creux de son cou, ses longs cheveux noirs glissèrent et caressèrent sa peau. Philip poussa une plainte qu’il aurait aimé plus vibrante de colère. Le bras douloureux et l’autre main prise au piège, il était totalement impuissant. Ray approcha ses lèvres de son oreille.
- Tu sais que j’ai toujours été jaloux d’elle, murmura-t-il sensuellement, ce que tu m’as donné y’a dix ans jamais je l’aurais espéré.
Philip gémit et secoua vivement la tête pour l’obliger à s’écarter de lui. Il aurait tant aimé oublier cet instant …
- Lâches-moi, implora-t-il les larmes aux yeux, espèce de salop lâches-moi !!!
Ray soupira et laissa tomber sa tête sur l’épaule de celui qu’il aurait aimé qualifié de : compagnon. Puis il le lâcha à contre cœur. Vivement, Philip lui fait face, de la rage dans ses yeux dorés brillant de larmes contenues.
- Connard, souffla-t-il.
- Je vais poster deux hommes devant chez toi, répliqua Ray impassible, au cas ou.
- Je m’en fou !! Il peut venir me tuer j’en ai rien à taper!!
D’un geste vif, Ray le saisit par le tee-shirt et le propulsa contre le mur. Philip grimaça mais ne montra pas sa douleur, leur visage étant à quelques centimètres l’un de l’autre. Les yeux ternes de Ray, aussi noirs et profond que la nuit, ressemblaient à ceux d’un ours des glaces.
- Redis jamais ça, ordonna-t-il les dents serrées, même si t’as envie de crever je ne te laisserais pas mourir comme ça. C’est clair?
Sans attendre la réponse qui ne serait sans doute jamais venue, Ray le relâcha, fit demi-tour et sortit de la maisonnette sans plus de cérémonie. Philip le suivit du regard puis, lorsque la porte se fut refermée, il se laissa glisser le long du mur et, dans un sanglot incontrôlé, se roula en boule sur le sol pour pleurer.
...
Le lendemain
Lorsque Daniel Pérez arriva - en retard - au garage, il constata avec étonnement que son chef était encore plus insupportable qu’à l’accoutumé. Chose qu’il n’aurait jamais cru possible.
...
Yeah Gabie est
motived motived en ce moment ! ( faut en profiter tant que ça
dur je me remet à écrire de suite après avoir été faire pipi
)
Alors ça, c'est le
grand truc de Gabie ! Elle fait piétiner son histoire comme pas
possible pendant 5 chaps et là PAAAAAFFFFF ( le chien
) elle vous pond un article qui
en dit plus que les 5 précédents
. Même si tout n'est pas dit 

Ps : musique qui
colle assez bien avec l'ambiance ( enfin je trouve
) c'est l'instrumental de
"Bratja" du manga "Full Métal Alchemist"
Si j'ai bien compris le motard n'est pas si méchant finalement. Quand a Gabriel... A mon avis on a intêret à ce méfier
A tout les coups c'est un fou furieux
! Ouah, bah, c'est vrai que là, on en prend plein la poire... Qu'est-ce qui se trame derrière tout ça ? Le pauvre Tony va morfler et après, tu dis que je suis sadique, ah là là... Parce qu'apparemment, il a déjà pas mal morflé dans son passé. C'est intéressant de voir ces deux-là sous un autre jour mais dis-moi Ray et Philip feraient-ils partis d'une autre hsitoire ? C'est l'impression en lisant le commentaire de Misa. 

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