le 9 novembre
- Ça t’écorcherais la gueule de nous dire ce qu’il se passe?
Une semaine déjà que j’ai grillé Tony et ce motard et je ne m’en remet toujours pas. Bien sûr, il m’arrive de le croiser dans l’immeuble, étant voisin de palier je ne peux y échapper, mais on se contente de se dire bonjour ou bonsoir. Rien de plus. Je le vois bien dans son sourire ou dans son regard qu’il aimerait pousser la conversation un peu plus loin : « Salut ça va? Moi ouais, belle journée non? Alors tu vas faire quoi aujourd’hui? » Bon d’accord, là c’est moi qui fantasme.
Bref, là je suis dans un café-bar avec mes deux collègues de travail, Doug et Karl - oui c’est la pause du midi - je suis devant ma bière fraîche et je me contente de tourner doucement mon verre dans ma main. Perdu dans mes pensées. Bien évidemment, la semaine dernière, ma femme-dinde est arrivée au beau milieu de la nuit et s’est incrustée dans mon lit. Résultat, ça fait du bien. Mais, quand je me suis levé le lendemain elle est déjà parti et toutes mes interrogations sont revenues en même temps que son absence.
- Youhou y’a quelqu’un?
Je lève les yeux de mon verre. Karl me fixe, inquiet, alors que près de lui, Doug est occupé à batailler contre le cellophane qui recouvre son sandwich.
- T’es complètement dans la lune en ce moment, reprend Karl, t’es sûr que ça va?
Je marmonne et avale une gorgée de bière.
- Dis-moi, y’aurait pas une fille dans l’histoire?
J’avale de travers et toussote en grimaçant. Il est con lui ! Doug rigole et chiffonne le cellophane dont il a enfin réussit à se débarrasser.
- Réfléchis un peu crétin, lance-t-il en souriant, si c’était une fille il ne serrait pas là à se décarcasser. Il l’aurait déjà sauter et basta.
- T’as raison.
Ils sont vraiment con ces deux-là.
- Moi je pense qu’il s’agit plutôt d’un mec, continue Doug en me lançant un regard intéressé.
- Vous les gays vous voyez des homo partout, rétorquais-je, je me pose juste des questions sur Katy, je me demandes si j’ai bien fais. On se marie dans deux mois et c’est à peine si on se voit.
- Pouce, coupa Karl les sourcils froncés, c’est qui Katy?
Je soupire.
- Ma blonde, répondis-je.
- Ah.
- Et ? marmonna Doug, un bout de sandwich dans la bouche.
Je soupire une nouvelle fois.
- Toute façon vous vous en foutez carrément, repris-je en regardant les passants par la vitre.
- Exact, reprend Karl, nous tant qu’on peut baiser le reste on s’en fou.
Doug se met à rire.
- Tu ne serais pas bi par hasard ? me demande-t-il souriant.
Il veut vraiment pas lâcher le morceau.
- Vous me faites chier !
J’abandonne ma bière et dépose un billet de dix euros sur la table pour sortir. Une fois dehors, je soupir et me dirige vers ma voiture.
Bon c’est vrai, je suis bi, et alors? C’est pas comme si j’avais éprouvé le besoin de draguer un mec depuis que j’ai rencontré Katy cinq ans auparavant. Je m’arrête. Cinq ans déjà ! C’est inhumain de rester si longtemps avec une fille qui tue des criminels en puissance et utilise un flingue dès que l’occasion se présente. À vrai dire, si je me souviens bien, ma première expérience sexuelle je l’ai eu avec un garçon.
Je monte dans ma voiture.
Comment c’était son nom déjà? Ricco. C’était mon meilleur ami si je me souviens bien. On avait quinze ans, on s’emmerdait, et y’avait pas de fille à l’horizon résultat, est arrivé ce qui devait arrivé. Et j’avoue que c’était drôlement bien! Et puis, trois ans après j’arrive ici, en France, je collectionne les filles, les coups d’un soir. Et puis l’une d’elle n’est jamais repartie de ma vie. Et je me suis dis : pourquoi pas? Avec ce mariage, je vais pouvoir faire sortir ma petite sœur d’Espagne et la faire vivre chez moi. Moi marié, elle aurait un endroit stable et calme pour continuer ses études et reprendre une vie normale après ce drame qui nous a séparé il y a onze ans … Mais ça ne veut pas dire que j’ai un jour renoncé aux garçons. Je me souviens encore comme c’était bien avec Ricco. Faudrait que je retente un jour.
Non non et non ! Je suis tout de même plus fort que ça !
Je laisse ma tête tomber sur le volant en cuir. Je vais me marier bon sang ! Passer les quarante prochaines années de ma vie avec une femme absente - le rêve de tout homme - et apprendre à mon fils que fumer c’est mal avant de lui offrir sa première clope et comment draguer les filles.
Et rien que pour me prouver que je peux le faire, je vais devenir ami avec Tony et rien que son ami !
Parfaitement remonté, j’accepte mon duel et met ma voiture en route. Dès le lendemain, je m’atèle à ma tâche.
Le lendemain justement
C’est pas vrai ça je suis encore en retard ! Mon horloge biologique doit être déréglée. Ça se peut ça chez un homme ?
Je sors en hâte, comme toujours, et m’arrête, les clefs de mon appartement en main, la porte entrouverte. Il est là, devant moi. Il vient de fermer la porte. Le motard aux longs cheveux noirs me regarde. Cette fois, il n’a pas ses lunettes. Ses yeux noirs sont ternes, froids, et son visage de marbre ne laisse rien transparaître de ce qu’il peut penser en cet instant. On se dévisage. Est-ce qu’il me reconnaît?
Soudain, un rictus méprisant étire ses lèvres. Il se détourne de moi et commence à descendre les marches vers le rez-de-chaussée de l’immeuble. C’est une impression où il sort justement de l’appartement de Tony? À peine ais-je le temps de disserter sur cette question que ledit Tony sort en trombe dudit appartement et se ru dans les escaliers en me snobant royalement. Mon cœur manque un battement. Non pas parce qu’il ne m’a pas remarqué, mais parce qu’il est encore en pyjama. Un ample tee-shirt gris, sur lequel des coquillages aux couleurs bleues fatiguées dessinent des formes harmonieuse, s‘arrête sur ses cuisses et pend sur l‘une de ses épaules chatouillée par ses cheveux défaits. Ses jambes mises à nues découvrent une peau d’ivoire qui semble si douce, si tiède et ses pieds nus si petits.
Je déglutis.
Il tend quelque chose au motard qui s’en empare. Ils se murmurent quelque chose. Ils ont l’air complice, si complice que je ne peux me détourner d’eux. Le motard me lance un regard pénétrant et je finis par baisser les yeux. Finalement, ils se séparent et Tony remonte les marches.
- Oh ! s’étonne-t-il tout sourire. Bonjour Daniel.
Il passe près de moi et s’apprête à retourner chez lui. Le fait de l’éviter si longtemps à créer une petite barrière entre nous. Qu’est-ce que je peux être bête !
- Euh … tentais-je incertain.
Il se retourne, les yeux brillants. Et qu’est-ce que je fais maintenant?
- Je … j’aimerais te demander un petit service.
Bon sang ! Du cran! T’es un Pérez oui ou non? ! Tony a plongé ses yeux bleus dans les miens. Il attend, plein d’espérance. Son regard est décidément trop brillant.
- J’ai vraiment pas le temps de faire quelques courses en ce moment alors, si ta proposition tient toujours …
- Oui bien sûr !
Il s’approche de moi tout souriant. Tout ce qu’il y a de plus innocent. Mais ses yeux … pourquoi brillent-ils tant?
Je sors la petite liste - cinq lignes écrites au critérium sur un post-it jaune - de ma poche et lui tend. Il la saisit doucement de ses doigts fins et me sourit sincèrement.
- Je ne travail pas aujourd’hui, me dit-il joyeusement, j’irais cet après-midi. Vous les aurez ce soir.
Décidément il est trop mignon. Je souris, franchement attendri.
- Tu peux me tutoyer, dis-je dans un sourire.
Ah !!!! Je suis en retard !!!
- Je te laisse! repris-je alarmé. Je suis vraiment à la bourre. À ce soir !
- Oui à ce soir …
Je dévale les escaliers sans un regard en arrière, ramené à la réalité. Je suis grave en retard, et c’est Philou qui va encore m’incendier ! Mais, si seulement j’avais prit la peine de me retourner une petite fois, j’aurais croisé son regard brillant de joie et ce sourire béa affiché sur ses lèvres. J’aurais peut-être aussi entendu ce murmure :
-… Daniel.
...
Gabie n'est vraiment pas contente de ce qu'elle vous écrit pour l'instant mais si je fais avancer l'histoire trop vite vous allez finir par ne plus rien comprendre. Ne désespérez pas, n'oubliez pas que c'est un Thriller ^^

Ps : Salut Morganelafee02 ! Je suis impressionnée de voir qu'une ancienne lectrice de " Entre eux deux " est toujours fidèle à ce blog 0_o et pour répondre à ta question je dirais : oui ^^ mais seulement pour cette fic-ci =) je suis désolé, ça risque d'être ennuyeux pour toi =(
Bisous, et merci d'être là !

Ralala, chuis pas douée
Commentaires