le 31 Octobre
Il m’a fallu un certain moment avant de me rappeler notre rencontre … Le jour d’Halloween. C’est une blague?
Je travail donc dans un garage, qui avait appartenu à mon oncle maternel. Ma mère étant d’origine française, j’y avais de la famille. Mais cinq ans après mon arrivée, il est mort d’un cancer du poumon qui a finit par se généraliser. Je me souviens encore qu’il m’avait demander de le suivre dans son bureau crasseux au senteur d’huile de vidange. Il m’a annoncé la nouvelle ici, assit devant son bureau. Ce dont je me souviens le plus, c’est le tic-tac incessant de l’horloge murale en forme d’enjoliveur. Bref ! Il m’a donc tout dit ici. Comme quoi il n’aurait plus que quelques mois à vivre et que compte tenu de mon inexpérience dans le domaine, il ne pouvait me remettre son garage. Autant vous avouer que lorsque je suis arrivé en France, tout ce que je savais faire c’était donner des coups de poing et fumer comme un pompier. Je cogne et fume toujours mais au moins maintenant, je sais réparer une roue. Quoi qu’il en soit, celui qui se vit devenir garagiste en chef fut Philip Starkey, un grand ami de mon oncle qui avait fait ses études avec lui. Un homme que je n’arrive pas, mais alors pas du tout à renifler! Résultat, je suis toujours mécanicien, et bien dans mes baskets. Enfin jusqu’à ce que je le rencontre …
Je disais donc : le jour d’Halloween. Et comme tous les jours - Halloween ou non - j’étais en retard. J’arrive pas à savoir pourquoi tous les matins je suis en retard ! Ça doit être hormonal … et si j’arrêtais de m’égarer?
J’ai ouvert la porte de mon appartement, ma veste en cuir à moitié tombé sur mon épaule gauche et réalisé que je n’avais pas mes clefs de voiture. J’ai donc fait de mi-tour rapidement - la porte se refermant petit à petit dans un grincement - et saisit mes clefs, sur le petit porte-clef si utile qui permet justement, de ne pas oublier ces fichues clefs ! Et là j’ai entendu des voix. Et j’ai reconnu celle du propriétaire de l’immeuble. Et j’ai entendu sa voix, pour la première fois. Et, pour une raison que j’ignore, je suis resté près de l’entrebâillement de ma porte à l’écouter :
- Vous serez très bien ici jeune homme ! disait la voix du proprio - un homme que je n’ai jamais pu encadrer. Le voisinage n’est pas invivable et le quartier est agréable.
Cet arnaqueur m’a servit le même discours quand j’ai emménagé y’a onze ans donc c’est pour dire! Sauf que moi, il m’a servi du Monsieur, pas du jeune homme …
- Merci Monsieur Ruchard, répondit-il enjoué.
- Bon donc on est d’accord, se sera cinq cent soixante-cinq euros par moi, le premier moi en cadeau.
Quoi ! Et là je fais mon entrer. Je pousse la porte et surgit dans le couloir. Il est là, en face de moi, mais je n’ose pas le regarder. J’ai les yeux rivés sur cet homme ridé au cheveux délavé et teint grisâtre qui tient les papiers. Il a l’air soudain très gêné.
- Ah! Monsieur Pérez! Que je suis heureux de vous voir.
C’est ça.
- Je vous présente votre nouveau voisin…
- C’est drôle, le coupais-je en m’appuyant nonchalamment contre le mur, faisant sautiller mes clefs dans la main gauche. Si je me souviens bien, mon loyer à moi quand je me suis installé était cent euros moins cher. Étrange non?
Monsieur Ruchard passe du teint gris à l’écarlate, et il me fusille du regard. Je crois que j’ai manqué une belle occasion de me taire. Déjà que ce vieux chiant aime déranger les courriers de ses colocataires.
- Euh oui … oui bien sûr ! lance-t-il en rigolant, faussement joyeux. C’était une anodine petite blague!
Il raille quelque chose sur les papiers.
- Quatre cent soixante-cinq euros donc … si vous pouvez signer ?
Et il tend son dossier au jeune homme , et je croise son regard pour la première fois. Et j’en ai le souffle coupé. Des yeux si bleus, si pétillants de malice à cet instant, entourés de mèches de cheveux chocolat, il me remercie du regard. Et ce petit sourire en coin complice … s’en comprendre pourquoi, mon cœur s’est mis à battre plus vite. Il a continué de me regarder quelques secondes - qui m’ont paru une éternité - et il a tourné le regard pour signer.
Monsieur Ruchard a récupéré ses papiers, les yeux baissés, et sans même un regard pour moi ou lui , il nous a souhaité une bonne journée d’une voix sourde et a dévalé les escaliers. Je le regarde disparaître et continu de fixer les marches après que la porte du hall de l’immeuble se soit refermée, un étage plus bas. Je refuse de croiser de nouveau son regard azur. C’est puéril je sais, mais je sens au fond de moi que si je le regarde dans les yeux je serais … envoûté.
- Merci …
Irrésistiblement, je tourne la tête et CHBIM ! deux orbes de saphir en pleine face. Dieu merci, je suis assez maître de mes émotions pour ne pas rougir et bégayer comme une pucelle.
- De rien, répondis-je simplement en lui tournant le dos.
Je claque ma porte et la ferme à clef.
- Je m’appel Tony.
Je me retourne, croise de nouveau ses yeux trop bleus. Il me tend la main. Le sang pulse à mes oreilles. Je la serre. Ses doigts sont si fins dans les miens, sa peau est si douce contre la mienne, et son sourire est si chaleureux. Je prononce mon nom, le bourdonnement à mes oreilles devient de plus en plus fort, et je n’entend pas mes paroles. Tout ce que je sais, c’est que je me suis présenté au moins. Même si je ne me souviens pas avoir ordonné à ma bouche de commettre l’irréparable.
Il penche légèrement la tête sur le côté, souriant malicieusement. Néanmoins, je perçois une certaine réserve timide derrière ce sourire engageant.
Nous restons un moment à nous regarder, nous serrant toujours la main. Puis il finit par baisser les yeux et pouffer doucement, le rose aux joues. Mon cœur explose. Je retiens mon souffle.
- Je pourrais récupérer ma main? demande-t-il doucement, gêné.
Je cligne des yeux, et revenant à la réalité, réalise qu’il a tenté de desserrer ma main mais que moi, je tiens toujours fermement la sienne. Je la lâche vivement, comme si je m’étais brûlé, étonné moi-même de ce qu’il venait de se passer. Doucement, il se masse la main dans un sourire contrit. Apparemment, je la lui ai serré un peu fort. Un peu honteux, je secoue la tête et détourne le regard.
- Euh … je vais être en retard au boulot.
J’entend ma voix retentir entre les murs en béton du couloir dans lequel nous venons de faire connaissance, grave et sonore, sans que j’ai ordonné les mots, encore une fois. Puis, rassemblant mon courage, je descend les marches sans un regard en arrière. Je sens ses yeux bleus brûlés ma nuque, devinant qu’il me suit du regard dans la cage d’escalier.
Une fois au rez-de-chaussée, j’entend encore son nom raisonner dans ma tête. Je me souviens encore de ce que je me suis répété à cet instant : mais reprends-toi! Ça n’est qu’un gosse ! La vingtaine à tout casser, ce qui explique pourquoi il a si facilement faillit se faire plumer par Ruchard. Non mais franchement, payer un soixante-cinq mètres carré près de six cent euros. N’importe quoi. Il est bête ou quoi? Naïf peut-être … un petit innocent dans un monde de brute.
Je secoue la tête.
Vraiment n’importe quoi ! J’ai vraiment besoin de vacances moi. Perdu dans mes pensées, je manque de percuter un homme en sortant de l’immeuble. Je l’identifie rapidement : veste et jean noir, lunettes noires, cheveux noirs, clope au coin de la bouche…un mafieux?
Je le suis du regard. Il monte les escaliers d’un air pataud, un peu lourd. Impossible de dire son âge avec certitude. C’est une manie ça chez moi, d’essayer de deviner l’âge de tous ceux que je rencontre. Une manie qui me fait chier.
Je monte dans ma voiture bleue. Quelques minutes plus tard, j’arrive au garage. C’est calme, l’humidité de la nuit a remplie la cour de flaque d’eau froide, et le ciel gris accentue encore la couleur du bitume. J’avance.
- PEREZ !!!
Et voilà ça commence.
Philip Starkey se rut vers moi, habillé d’un jean délavé qui a connu des jours meilleurs et d’un pull marron aux manches trop larges. Ses cheveux couleur cuivre sont en bataille et ses yeux fatigués brillent comme de l’ambre. Un homme d’une quarantaine d’années qui a su, malgré les ans, resté … attractif.
- Putain t’es encore en retard! hurle-t-il.
Et aussi chiant qu’une femme ménopausée.
- Dépêches-toi de t’habiller, m’ordonne-t-il en me jetant ma combinaison bleue, tu dois t’occuper de la voiture de Madame Foster, elle s’est encore encastrée dans une boîte aux lettres et son crétin de chien s’est lâché sur la banquette arrière.
Il fait demi-tour et me crie par-dessus son épaule :
- Et vas me chercher Doug et Karl ! Ils m’énervent à se tripoter la nouille dans l’arrière boutique ces deux-là!
Et voilà. La journée commence à peine et je comprend déjà pourquoi celui qu’on surnomme ici : Philou, n’est toujours pas marié à quarante-trois ans.
Euh la, Gabie aurait aimé vous pondre quelque chose de plus long
-_-" Mais, quand tout est dit, que dire de plus?

Ps : et voilà
Plaisance! J'ai augmenté la taille de police
si tu veux plus gros dis-le
moi





garagiste
trop marrant
Bon hâte de savoir quel sera mon chouchou de cette histoire.
Commentaires